Chapitre 7
L'académie magique (Partie 1)
Aux portes du royaume
— Vous êtes sûr qu'on peut vous laisser là ? demanda Spark.
— Oui, monsieur, répondit Fine calmement. De toute façon, ils vont s'inquiéter si on ne les rejoint pas.
— C'est pas faux, dit Spark. Comme promis, nous allons vous inscrire dans un endroit où tous vos amis seront en sécurité.
— Yeah ! dit Fine en esquissant une petite danse.
— Mec, je te jure que t'es malade, soupira Yannis avec un regard désespéré.
— Je pourrais peut-être le soigner, non ? proposa Andrew.
— Bonne idée, ça pourrait être intéressant, dit Yannis avec un sourire sournois.
— Ils ne changeront jamais, dit Ned.
— Je les préfère comme ça. Mais dans le futur, ils vont faire des choses terribles, dit Spark, un sourire en coin.
Spark s'approcha des trois garçons pour leur dire qu'ils se reverraient le lendemain, et leur fit ses adieux.
— À demain, répondirent les trois en chœur.
Spark et Ned s'éloignèrent, laissant les trois amis seuls devant les portes du royaume.
— Je commence à avoir faim, et vous ? demanda Fine — mais les deux autres s'étaient déjà mis en marche vers la taverne où ils espéraient retrouver les autres. Attendez-moi, les gars !
La taverne
Ils entrèrent dans la taverne, mais ne reconnurent aucun visage familier.
— Mais ils sont où ? demanda Andrew.
— Fine, va demander à la dame de la réception, là-bas, dit Yannis d'un ton sans appel.
— Pourquoi moi ? demanda Fine.
— C'est un ordre.
— Okay, je demande.
Fine s'approcha de la réceptionniste et appuya sur la clochette posée sur le comptoir.
— Excusez-moi — la réceptionniste se retourna vers lui. Waoh, Fine resta bouche bée. Vous êtes une elfe ?
— Euh, oui. Que puis-je faire pour vous, monsieur ? dit-elle.
« Oh, elle est belle, en plus elle a de gros… » Quelqu'un coupa sa pensée : c'était un aventurier qui venait de rendre son rapport de mission.
— Eh, Marcelline, j'ai fini ma quête, ça te dit de prendre un verre avec moi ? lança-t-il en la draguant sans détour.
— Désolée, monsieur, mais je ne pourrai pas, répondit-elle. Et voici votre récompense — elle lui tendit un petit sac rempli de pièces d'argent. Merci, monsieur.
— Arrête d'être difficile.
« Je pensais pas que ce genre de personnage existait vraiment, je croyais que c'était juste dans les animes… bah, tout est possible alors », pensa Fine.
— Hé, gamin, oh… tu m'entends ? demanda l'aventurier.
— Oui ? Désolé ? dit Fine.
— La dame t'appelle.
— Ah oui ? Vous n'étiez pas en train de discuter ?
L'aventurier s'approcha de Fine et lui chuchota à l'oreille :
— De toute façon, elle est à ma portée ce soir.
Fine se figea un instant, puis répondit, très sérieux :
— Vous êtes fort. Respect.
Les deux éclatèrent de rire ensemble, tandis que Yannis et Andrew attendaient, un peu plus loin.
— Il met du temps, dit Andrew.
— Ouais, répondit Yannis.
La réceptionniste finit par demander à Fine ce qu'il voulait vraiment.
— Ah, en fait, est-ce que vous auriez vu des gens arrivés la semaine dernière ?
— Pouvez-vous me décrire l'une de ces personnes, s'il vous plaît ?
— Un homme noir, avec des coiffures en tresses, des lunettes, environ 1m81, barbu.
— D'accord… est-ce que, par hasard, il s'appelle Albert Pouf ?
— Oui ! s'écria Fine.
— Ah, je le connais, dit l'aventurier.
— Ah oui ? demanda Fine.
— On s'est battus quand il est arrivé — il cherchait des enfants.
Les trois garçons sifflèrent, l'air innocent. La réceptionniste tendit alors une lettre venant de M. Pouf. Elle disait :
« Mes chers élèves mal élevés, si vous lisez cette lettre, alors vous êtes rentrés. Quand vous avez disparu, le lendemain, le roi est venu nous chercher, nous et les autres, dans la forêt, pour que nous puissions vivre tous ensemble dans un endroit sûr — une académie plutôt qu'une simple auberge. Alors si vous lisez ceci, attendez que quelqu'un vienne vous chercher. Votre professeur, Albert Pouf. »
— Bon, ben… on attend, hein, dit Fine.
— On attend quoi ? fit Yannis.
— Du secours, dit Fine en levant le pouce.
Andrew demandait justement ce qu'ils allaient faire en attendant, quand un chevalier entra dans la taverne, cherchant trois personnes du nom d'Andrew, Yannis et Fine. Fine leva la main.
— On est là.
— Sans explication ? répondit Fine.
— En chemin, je vous expliquerai, dit-il.
Avant de partir, Fine demanda tout de même le nom de l'aventurier. Celui-ci hocha la tête et se présenta.
Nikai
Âge : 21 ans | Classe : Épéiste | Rang : B
— On se reverra peut-être, dit Nikai.
— Oui, et vous m'apprendrez à draguer.
— Ouais, ouais.
Les autres attendaient Fine dehors.
— T'as l'air de t'être fait un nouveau pote, dit Yannis.
— Ouais, dit Fine, satisfait.
Sur la route de l'académie
Ils quittèrent une nouvelle fois le royaume, en direction de l'académie. Pendant la marche, le chevalier leur expliqua :
— Quand Spark est arrivé, le roi a ordonné qu'on vous envoie à l'académie pour vous reposer et vous entraîner, car un malheur est survenu.
— Et c'est quoi, ce malheur ? demanda Andrew.
Le chevalier repensa aux paroles du roi : « Ne dites à personne que Lucka est mort, sinon ça va faire scandale — voire pire. En attendant, je vais annoncer la nouvelle à Spark moi-même. »
— Même moi, je n'en sais rien, répondit-il, un peu nerveux. Allez, montez dans la carrosse, le trajet va durer quelques heures.
— Je ne supporte pas les voyages en véhicule, gémit Fine.
— Sale faible, va, dit Yannis.
— Je peux peut-être te soigner, alors, proposa Andrew.
— Tu peux vraiment ? dit Fine, le regard rempli d'espoir.
— Si je trouve le bon sort.
— Va te faire voir.
Yannis éclata de rire devant le mal des transports de son ami.
Pendant le trajet, ils profitèrent du paysage et de l'air frais — jusqu'à ce que Fine gâche un peu l'ambiance en vomissant par la fenêtre. Épuisé, il finit par s'endormir, laissant les deux autres admirer la route en silence. Après plusieurs heures, Andrew et Yannis aperçurent enfin l'académie au loin ; ils voulurent réveiller Fine, mais il n'était clairement pas en état. Les deux descendirent et découvrirent l'académie : un château gigantesque, digne d'un film. Ils portèrent Fine jusqu'au dortoir, puis repartirent aussitôt — le chevalier leur avait dit qu'ils devaient rejoindre les cours propres à leur classe.
Le réveil
Fine ouvrit les yeux et se réveilla dans un dortoir inconnu.
— J'ai mal à la tête, punaise… je suis où, là ?
Il se leva et remarqua de la nourriture posée sur la table.
— Ah, à manger… Fine se jeta littéralement sur le plateau. De la viande, de la viande, de la viande, je vais manger !
Une fois rassasié, il regarda par la fenêtre et découvrit l'académie dans toute son ampleur : des élèves de toutes les espèces se croisaient dans la cour — des elfes, des fées, des sorcières, et bien d'autres silhouettes magnifiques. Curieux, Fine sortit de sa chambre pour explorer. Dès qu'il ouvrit la porte, tout le monde se tourna vers lui.
— Waoh… y a du monde, on dirait. Fine sentit soudain un regard posé sur lui, quelque part au loin. Pourquoi je vois aussi net, là ? marmonna-t-il.
Une voix murmura à son oreille.
— Qui est là ? demanda-t-il, sur ses gardes. Et t'as dit quoi, d'abord ?
— Je disais que tu maîtrises l'Hageshi de la perception, dit la voix.
— Montrez-vous.
— Bah, je suis juste derrière toi.
Fine se retourna, et sursauta en découvrant un vieil homme.
— Vous m'avez fait peur, monsieur… monsieur comment, déjà ?
Le vieillard se présenta.
— Je me nomme Albert Eint.
Albert Eint
Âge : 72 ans | Classe : Maître mage | Rang : S+ | Titre : Directeur de l'académie, ancien maître mage du royaume
— Vous avez 72 ans… vous êtes vraiment vieux, dit Fine.
— Hoho… pour nous, les maîtres mages, c'est encore jeune, répondit Albert en riant. Et à ce que je vois, tu es un Archimage — mais encore inexpérimenté. Il te faudra environ 150 ans pour devenir un véritable expert.
Fine le fixa d'un air étrange et déclara qu'il n'avait aucune intention de devenir un vieillard expérimenté.
— N'as-tu personne à retrouver, parmi tes amis ?
— Ah, oui, merci — mais ils ont disparu. Bon, ben, je vais les chercher moi-même.
Fine se mit en route pour retrouver ses amis à travers l'académie.
À la recherche des autres
— L'endroit est immense, mais y a un problème, dit Fine en marchant. Je suis où, en fait ? Ça fait un moment que je tourne en rond, mais cette académie est gigantesque, sa mère ! cria-t-il.
— Arrête de crier, imbécile ! cria quelqu'un en retour.
— Tu veux quoi, toi ? dit Fine.
— C'est toi qui veux quoi, d'abord.
« Waoh, il est beau pour quelqu'un d'aussi con », pensa Fine.
Une fille passa devant eux à cet instant ; les deux garçons la fixèrent en même temps.
— Une belle créature, souffla l'inconnu.
— Je te le fais pas dire, mon ami, répondit Fine.
Ils échangèrent un regard, puis se tapèrent dans la main, scellant une complicité immédiate.
— C'est quoi ton nom, en fait ? demanda Fine.
— Ah, oui, j'oubliais. Je m'appelle Isaac Like, j'ai 17 ans.
— Moi, c'est Fine Armor, j'ai 16 ans. Tu es donc mon grand frère.
— Je suis pas ton grand frère. En plus, je suis fils unique.
— Non, tu comprends rien — ça veut juste dire que t'es plus âgé que moi.
— Ah bon ? Bon, ben, je dois aller à mes cours de combat au gymnase, et j'aime pas trop le sport.
— T'aimes pas le sport ? T'as pourtant l'air bien bâti.
— Non, c'est ma classe qui me donne ça. Toi aussi, d'ailleurs, t'as l'air pas mal foutu.
— Merci, je fais de la muscu depuis mes 13 ans.
— Et c'est quoi, ta classe, en fait ?
— Je suis mage. Un mage très puissant, hehe.
— Bizarre, pour un mage… Ah, mince, je dois filer, j'ai cours. Bye.
— À bientôt.
Fine entendit alors, juste derrière lui, deux filles qui chuchotaient des choses peu flatteuses sur Isaac.
— Regarde-moi ce type, il traîne avec le plus gros pervers de l'académie.
— Peut-être qu'il l'est aussi, lui.
« Pervers ? Ils parlent de qui, là ? » pensa Fine. « Bon, je m'en fiche un peu. »
Il continua sa route à travers des salles de classe, des laboratoires, puis la bibliothèque. Il ne trouvait toujours pas ses amis — alors qu'en réalité, ils se trouvaient chacun dans l'une des pièces qu'il traversait, mais il était bien trop flemmard pour y jeter plus qu'un regard distrait.
— Je vais aller dehors, moi, y a trop de murs ici.
Fine sortit à l'extérieur et aperçut Patricia et Gracia.
— Eh, les filles ! cria-t-il.
— Ah, c'est Fine, dit Patricia, visiblement peu enthousiaste.
— Salut Fine, dit Gracia, plus chaleureuse.
— Yo ! Où sont les autres ? demanda Fine.
— Yassin est par là-bas, dit Patricia en pointant le jardin.
— Où ça ?
— Ah, il est déjà parti, en fait. Il doit faire une quête.
— Une quête ? Il en fait déjà une ?
— Bah oui, il est très fort, tu sais, dit Gracia. August aussi.
Patricia ajouta que Sona et Raoul étaient forts également — Sona évoluant très vite, et Raoul qu'on surnommait déjà « l'invincible ».
— Et j'oubliais, dit Patricia, Kyle est de retour.
— Quoi ?! Il est où ? Et depuis quand ?
— Il est réapparu le lendemain de votre départ. Ses amis se sont jetés sur lui pour le serrer dans leurs bras, mais son œil droit avait changé — il est rouge, maintenant. Et il a un pistolet.
— Stylé, le pistolet ! Mais comment il est réapparu, au juste ?
— On en sait rien de plus.
« Bizarre… il est peut-être devenu encore plus puissant, alors », pensa Fine.
— Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Patricia, en le voyant soudain pensif.
— Non, rien — je dois le retrouver… pour jouer avec son pistolet. Allez, je file, je dois voir ça de mes propres yeux.
— Il est bizarre, lui, dit Gracia en le regardant partir.
— Et con, aussi, ajouta Patricia.
Blight
Fine se mit à courir, puis s'arrêta net.
— Pourquoi je cours, en fait ?
Sans s'en rendre compte, il activa son Hageshi de la perception — mais rien de particulier ne lui sauta aux yeux.
— Ô force invisible qui maintient les cieux et les terres, plie l'espace autour de moi… Grafitas.
Fine sentit soudain son corps devenir lourd, écrasé par une pression invisible.
— Mais c'est quoi, ce délire, articula-t-il, la voix étouffée.
— T'es qui, toi ? J'aime pas trop les gens comme ça, dit un garçon aux cheveux verts, qui venait d'apparaître. « Alors c'est lui, Fine, celui que je dois tester… punaise, c'était galère de le retrouver. » T'es nouveau ?
— Bah… ouais, parvint à articuler Fine, écrasé sous la pression.
— Je dois d'abord te tester, comme tes amis avant toi. Je me nomme Blight, mage gravitationnel.
Blight
Âge : 18 ans | Race : Elfe | Classe : Mage gravitationnel | Rang : S
— Sérieux… libère-moi d'abord, grogna Fine.
— Libère-toi toi-même, répondit Blight, un sourire en coin.
Fine commença à rire, puis rassembla son mana pour lancer un sort.
— Mana du chaos, réponds à mon appel ! Que le ciel tremble et que la terre résonne ! Explosion.
L'explosion fonça vers Blight, qui l'esquiva d'un bond. Profitant de l'instant, Fine activa son sort de renforcement corporel et se téléporta presque devant lui pour lui asséner un coup de poing. Blight encaissa, vacilla, et recula de plusieurs pas.
« Il m'a frappé au corps à corps… c'est censé être un mage, non ? En plus, il a renforcé son coup avec l'Hageshi », pensa Blight, surpris.
— T'es qui, toi ? T'es vraiment un mage ?
— Je suis Fine. Et je serai… je sais pas encore, dit-il avec un sourire en coin.
Fine se mit en garde. Blight fit de même, un sourire tout aussi déterminé sur le visage.
Qui, des deux, allait l'emporter ?