Chapitre 10
Le magicien fou ( part 1 )
— Je suis… UN GÉNIE ! cria Fine.
Au loin, Yannis lui répondit en criant :
— Non, t'es con, zebi !
Fine s'évanouit après ce combat éprouvant, tandis qu'Isaac flottait déjà au septième ciel. Les soigneurs accoururent vers eux.
— Pourquoi il a sorti ça comme punchline ? demanda Yannis.
— C'était censé être une punchline ? demanda Andrew.
— J'en sais rien, moi.
Des visages familiers s'approchèrent : c'était la bande à Kyle, composée de Kyle, Nanty, Fy et Judh.
— Les gars ! dit Kyle en les saluant d'un signe de tête. Ça fait un bail.
— Wesh, Kyle, t'es enfin de retour ? dit Yannis.
— Ouais, mon reuf, même nous on est encore sous le choc, ajouta Nanty.
— Pourquoi t'as disparu, et comment t'es réapparu ? questionna Andrew.
— Même moi, j'en sais pas plus que ça. J'étais dans un autre monde, complètement seul, puis quelqu'un m'a entraîné pendant un mois entier. Après ça, j'ai été convoqué quelque part, et une déesse du nom de Merlin m'a donné une classe. Sauf qu'en fait, j'en ai maintenant deux — j'en avais déjà une, dans le monde d'où je viens, et on m'en a attribué une seconde ici.
— Et c'est quoi, ce cache-œil, et surtout CE PISTOLET de malade mental ? s'exclama Yannis.
— Ah, ça — c'est pour cacher mon œil droit. Et le pistolet, je l'ai ramené de l'autre monde. On l'appelle le Hybrid Gun, un croisement entre un revolver classique et un Desert Eagle.
— T'as de la chance, dit Yannis. Et tu sais vraiment t'en servir ?
— Ouais, pour un gamer, c'est un sacré avantage. Mais y a un truc.
Yannis lui demanda quel était le problème. Kyle lui tendit son arme. Yannis la saisit, la trouva immédiatement beaucoup trop lourde, et la laissa tomber au sol.
— Mais c'est quoi, ce truc ? demanda-t-il, sidéré.
— Même les autres n'ont jamais réussi à la soulever.
— Euh, évite le mot "soulever" dans ce contexte, on dirait un sous-entendu bizarre, dit Judh en rigolant.
Kyle récupéra son arme et proposa à Yannis et Andrew de se retrouver le soir même — ils avaient une réunion prévue entre Alandins.
Du côté de Blight
— Ce combat était quelque chose de spécial, dit Blight.
— Je t'avais prévenu de pas trop sous-estimer Fine, répondit Arlene.
— Bruh.
— Comment il a pu maîtriser son Hageshi de perception comme ça, et surtout, comment il a pas fini K.O. ? Il a pourtant encaissé les coups d'Isaac en plein fouet.
— C'est ce qu'on appelle la… euh…
— Bruh ?
— Ouais, t'as raison, Bera. La persévérance.
— Dans tous les cas, je suis sûr d'une chose, dit Blight, soudain sérieux.
Arlene et Bera se tournèrent vers lui.
— Fine et Isaac font désormais partie de l'élite de cette académie.
Dans la cour royale
Spark était assis, perdu dans ses pensées, quand Ned accourut vers lui.
— Sir Spark, on vient d'avoir le résultat du combat de Fine !
— Ah oui ? Ça vient de ma nièce ?
— Oui, d'Arlene. Elle dit que Fine a gagné… hourra !
— Génial. Je savais qu'il y arriverait.
— Et c'est pas tout.
— Quoi d'autre encore ?
— Il maîtrise maintenant son Hageshi de perception.
— Quoi ?! Déjà ?! s'exclama Spark, manquant de tomber de sa chaise.
— Ouais… même moi j'ai eu du mal à y croire.
Spark se mit à rire.
— Il est toujours aussi doué, celui-là, dit-il en riant franchement.
Puis son expression redevint grave.
— Il sait toujours pas que Lucka est mort, hein ?
— Non. Le roi n'a encore rien dit officiellement.
Une fois Spark et Ned repartis loin du groupe, ils arrivèrent au château, où Spark fut immédiatement convoqué par le roi, qui lui annonça la nouvelle de la mort de Lucka.
— Mais, mon roi… comment c'est possible ? dit Spark, abasourdi.
— Moi non plus, je n'en sais rien.
— Et sa sœur, comment elle va ?
— Elle est en plein choc émotionnel. On lui a envoyé des gardes et une soigneuse pour veiller sur elle.
Spark se sentit soudain complètement vidé. Le roi ajouta :
— Ne révèle cette nouvelle à personne — surtout pas aux enfants. Sinon… je préfère ne même pas y penser.
Maintenant
— Il est peut-être temps de leur dire, non ? demanda Spark.
— Je sais pas, monsieur, répondit Ned.
Une voix mystérieuse se mit soudain à rire, tout autour d'eux.
— Qui est là ? demanda Ned, sur ses gardes.
— C'est le magicien fou. Il est de retour, dit Spark, le visage durci par la colère.
Des brumes noires se matérialisèrent devant eux, formant une silhouette sombre.
— Ça fait un bail, mon petit Spark, dit la voix. Depuis cet incident provoqué par ton disciple, on ne s'était plus revus. Et dire qu'il est mort, maintenant… quelle tragédie.
— Qu'est-ce que tu veux, encore ? gronda Spark.
— La justice ! répondit la voix, soudain beaucoup plus forte.
— La justice ? Mais de quoi il parle, sir Spark ? demanda Ned.
— Même moi, je l'ignore.
— Ce n'est pas encore le moment, reprit la voix. Je viens de sentir quelqu'un mourir, à l'instant même.
— T'as dit quoi ?! s'écria Spark.
La silhouette avait déjà disparu. Spark se précipita aussitôt vers le roi pour le prévenir.
— Sans même me prévenir ? protesta Ned, resté en arrière.
— Pas le temps, lança Spark en courant.
Dans la chambre d'hôpital
Fine ouvrit les yeux et se redressa d'un bond.
— Ma tête… elle me fait même pas mal, haha.
— T'es toujours comme ça ? demanda Isaac, assis juste à côté de lui.
Fine sursauta en le découvrant là.
— Je savais pas que t'étais gay.
— Ferme-la, débile.
— On est à l'hôpital ?
— Ouais, pourquoi ?
Fine afficha un sourire sournois. Isaac, perplexe, lui demanda ce qui lui prenait.
Une heure plus tard
— Pourquoi Fatima est pas venue ? demanda Fine, presque boudeur.
— Même moi, je sais pas, répondit Isaac. Fine, je dois te dire un truc.
— Quoi donc ?
— C'est à propos de notre combat.
— Oui, il y a quoi ?
— Pourquoi tu reposes tout sur ton talent plutôt que sur tes efforts ?
— Hein ? J'ai pas compris.
— Tu as très bien compris ce que je voulais dire.
— Non, tu te trompes. J'utilise aucun talent particulier, je suis juste très observateur.
— Et ça, justement, c'est ton talent — l'observation.
— Et je suis persévérant, en plus, dit Fine avec fierté.
— C'est exactement ça, ton problème. Tu réduis tout au talent.
— Bah, tout est une question de talent.
— Non. Tout, c'est du travail acharné — maîtriser, acquérir, progresser. Tout ça, c'est le fruit de l'effort, pas d'un don.
Un silence pesant s'installa. Fine s'approcha soudain d'Isaac et le gifla.
— Mais ta gueule, frère. Tout le monde fait ce qu'il peut avec ce qu'il a — c'est ça, la survie.
— Hein, quoi ?
— Tout le monde réussit grâce à sa capacité à survivre, pas uniquement grâce à ses efforts.
Andrew et Yannis accoururent vers eux, alertés par la scène.
— Je suis sérieux, tout ça c'est grâce aux efforts, insista Isaac — avant de se volatiliser dans un éclair.
Fine resta bouche bée, fixant l'endroit où Isaac venait de disparaître. Yannis lui donna alors un coup de pied en plein visage.
— Félicitations, tête de nœud, dit-il.
— Aïe… ça fait mal, enculé !
— Tout ça pour rien, soupira Andrew.
Les trois amis étaient enfin réunis — à l'exception d'une personne, qui venait justement d'apparaître : Antonia.
— Salut, les gars, dit-elle, tout sourire.
Fine et Andrew se tournèrent vers Yannis, dont le visage s'était instantanément illuminé.
— Ma Antonia, dit-il en se précipitant vers elle.
— Tch… toujours le même, celui-là, grommela Fine, agacé. J'ai horreur des couples.
— Arrête d'être jaloux, laisse-les être heureux, dit Andrew, imperturbable.
Gaël, Jess et Miguoel firent alors leur apparition.
Gaël Robert
Âge : 18 ans | Classe : Guerrier | Rang : A
Jess Adoré
Âge : 14 ans | Race : Homme-chat | Classe : Épéiste | Rang : B
Miguoel Mitto
Âge : 15 ans | Classe : Athlète | Rang : A
Antonia Salima
Âge : 16 ans | Classe : Guerrière | Rang : A
— Mince, soupira Fine.
— Pourquoi tu dis ça ? demanda Andrew.
— Encore de nouveaux personnages.
— Hein, quoi ?
C'étaient simplement de nouveaux camarades de classe.
Le soir tombait
Ils se dirigeaient vers la salle de réunion, croisant au passage plusieurs élèves. Yannis et Antonia marchaient main dans la main devant Fine, qui en était visiblement dépité.
— Ô dieu de ce monde, s'il te plaît, donne-moi une copine, murmura-t-il.
— Pourquoi tu pries ? demanda Gaël.
— Non, t'inquiète, c'est rien.
Fine chercha Andrew du regard — il était déjà entouré de filles : Romina, Noëla, Sandy et Leyla.
— Pourquoi Andrew a droit à un harem, et pas moi ? Je suis censé être le personnage principal, pourtant.
— Mais qu'est-ce que tu racontes, toi ?
— Pourquoi la vie est aussi dure avec moi…
— T'es foutu, mon pauvre, dit Kyle, un sourire en coin.
La salle du conseil
En arrivant, ils trouvèrent M. Pouf déjà assis à une grande table ronde, visiblement en pleine attente.
— Alors, on peut dire qu'on est les chevaliers de la table ronde ? plaisanta Fine.
Tout le monde se tourna vers lui, et des chuchotements fusèrent aussitôt :
« Il est vraiment débile. » « Que quelqu'un le soigne. » « Il fait quoi là, sérieusement ? »
« Tant de cruauté, même dans ce monde », pensa Fine, levant les yeux au ciel.
— Silence, tout le monde ! cria M. Pouf. J'ai une information importante à vous communiquer, au plus vite.
Un murmure d'inquiétude parcourut la salle.
« C'est quoi, à ton avis ? » chuchota quelqu'un.
« Aucune idée. »
— Un élève a été tué pendant le duel de Fine et Isaac.
Un silence glacé s'abattit — suivi, chez certains, de soupirs de soulagement un peu honteux. Quelques élèves se détendirent, se disant que ce n'était "rien de grave" qui les concernait directement, tandis que d'autres s'inquiétaient sincèrement.
— Le nom de l'élève est Theo Brandon.
Le visage de Fine changea du tout au tout.
— Vous avez dit qui ? demanda-t-il.
— Theo Brandon. Il a été assassiné dans une ruelle de l'académie, là où personne ne passe habituellement.
Raoul, dans un coin de la salle, souriait discrètement en observant les réactions autour de lui, tandis que Noëla et Sandy fondaient en larmes.
Fine demanda qui était l'assassin, mais M. Pouf n'en savait pas plus. Fine regarda autour de lui — ses camarades semblaient déjà passer à autre chose, se retrouvant et discutant comme si de rien n'était. Il sentit la colère monter dangereusement, mais Andrew et Yannis le retinrent à temps.
— Garde ton sang-froid, Fine, dit Andrew.
— Ouais, frère, calme-toi un peu.
Fine parvint à se maîtriser, lâchant un long soupir. M. Pouf enchaîna alors avec une nouvelle annonce.
— Cette nouvelle-là concerne Fine, Andrew et Yannis.
Les trois se figèrent, surpris.
— Quoi ?
— Vous êtes convoqués tous les trois par le roi, pour une nouvelle quête, dans une semaine.
— Ouf, souffla Fine, soulagé.
— Le héros actuel, Lucka, est mort, dit une voix mystérieuse, résonnant dans toute la salle.
— Quoi ?! lâcha Fine.
Une brume noire envahit la pièce, et la voix répéta, encore et encore, inlassablement : « Le héros actuel, Lucka, est mort. »
Des élèves commencèrent à s'évanouir, d'autres à pleurer, suppliant qu'on les aide. Kyle, lui, restait impassible, observant la scène avec calme. Raoul se dissimula dans l'ombre en marmonnant : « C'est pas prévu, ça. » Yannis fit bouclier de son corps devant Antonia ; Andrew demeurait, comme toujours, d'un calme olympien.
Puis, un homme d'une quarantaine d'années apparut, debout au centre de la table ronde.
— Et bien, bonjour à tous.
Fine se jeta sur lui avant qu'il ne puisse continuer.
— Tu peux pas fermer ta gueule, deux minutes ? lâcha-t-il, le regard noir.
— Quel manque d'éducation, dit l'inconnu, imperturbable.
Il leva un doigt, et Fine se retrouva instantanément téléporté ailleurs.
L'homme claqua des mains ; le vacarme cessa aussitôt, comme coupé net.
— Voilà. Le calme est revenu. Il est temps que je me présente : je m'appelle Mani — ou, si vous préférez, le magicien fou.
Du côté de Fine
— Aïe, aïe, aïe… encore ? Je suis même pas complètement guéri, et déjà un nouveau problème qui me tombe dessus.
Fine se releva et découvrit qu'il se trouvait dans un endroit plongé dans l'obscurité. Il activa son Hageshi — et un sourire se dessina lentement sur son visage.
— Bon, ben… c'est maintenant que ça commence.