Le bruit de coups violents tonna contre la porte à plusieurs reprises.
Puis, les voix des Chevaliers rugirent dans la pièce.
« Ouvrez, bande de bâtards ! »
Pourtant, aucune réponse ne parvint de l'autre côté.
Les Chevaliers s'impatientaient rapidement et, en quelques secondes, ils perdirent toute envie d'attendre.
L'un d'eux donna un coup de pied dans la porte, la faisant sortir de ses gonds avec un fracas assourdissant.
Il entra alors, suivi de deux autres Chevaliers, et scruta la pièce.
Ses yeux se plissèrent devant la scène.
« C'est quoi ce bordel... »
Les lèvres du Chevalier se crispèrent dans une grimace alors qu'il fixait la chambre presque vide et impeccablement rangée, où Finn et Terrence dormaient sur le même lit.
« Putains d'abrutis. Ils dorment malgré tout le boucan qu'on a fait », marmonna l'un d'eux avant de se tourner vers son collègue. « Je les réveille à coups de latte ? »
Le Chevalier en tête fixa le duo un instant avant de secouer la tête.
« Non. On n'a pas le temps pour ça... » Il se détourna. « On a encore un bâtard masqué à attraper. »
Sur ce, les trois hommes sortirent de la pièce et refermèrent la porte derrière eux.
Avant de partir complètement, l'un des Chevaliers s'arrêta près de la serrure brisée et posa sa main dessus.
La serrure frissonna.
Puis, l'instant d'après, ce fut comme si le temps lui-même s'était inversé.
Le mécanisme fracassé se recousit pièce par pièce jusqu'à être totalement restauré, ne laissant aucune trace de dommage.
Il ferma la porte derrière lui, laissant Finn et Terrence seuls une fois de plus.
Quelques instants passèrent.
Puis Estes réapparut dans la pièce, s'extirpant de l'épée ancienne.
Sa silhouette éthérée se matérialisa lentement à côté du lit.
Elle se tint au-dessus de Finn et Terrence, observant en silence les deux garçons qui dormaient paisiblement.
Bien que Finn fût encore un peu pâle à cause de sa perte de sang, il allait globalement bien grâce à elle et à l'intervention chirurgicale qu'elle avait pratiquée.
Estes laissa échapper un grognement étouffé en regardant ses propres mains.
Elle n'avait pas pu terminer le processus à cause de l'interruption des militaires.
Cependant, le peu qu'elle avait réussi à faire était largement suffisant pour assurer la survie de Finn.
Et maintenant...
Il y avait ceci.
Une notification flottait devant son regard.
[Vous avez aidé votre Incarné au-delà de la limite autorisée.]
[Avertissement 2/3]
L'expression d'Estes devint froide.
Le premier avertissement était survenu lorsqu'elle était intervenue pendant la bataille dans le donjon pour sauver la vie de Finn.
Et maintenant, elle l'avait sauvé à nouveau.
Estes sentit son cœur se serrer en se rappelant ce qui arriverait si elle recevait le troisième avertissement.
La simple pensée la remplissait d'effroi.
Pourtant, malgré cela, un léger sourire se dessina sur son visage.
Elle jeta un coup d'œil à Finn et Terrence et manqua d'éclater de rire.
« Je suis fière de ta performance, Finn. Tu grandis vraiment vite. »
Un soupir faible s'échappa de ses lèvres.
Puis, sans qu'elle ne donne d'ordre, son corps commença à se dissoudre en d'innombrables lumières éthérées.
Sa forme se fragmenta en particules scintillantes avant de retourner dans l'épée ancienne, redevenue banale.
L'arme tomba au sol avec un léger cliquetis.
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Pendant ce temps, dans le bureau familier du Lieutenant Harold, l'atmosphère était étrangement chargée par rapport à son état habituel.
Harold était assis derrière son bureau, traitant des piles de dossiers les unes après les autres.
Ses yeux étaient cernés.
Son expression semblait perpétuellement épuisée, comme s'il pouvait s'endormir à tout moment.
Plusieurs personnes occupaient la pièce.
Edmund était présent.
Puis Clara.
Ainsi que le Chevalier Gris qui avait combattu Finn cette nuit-là.
Son épaule était complètement guérie, mais sa main tranchée n'avait pu être restaurée, ne laissant qu'un moignon à la place.
Un froncement de sourcils profond barrait son visage.
En dehors d'eux, plusieurs sbires d'Edmund se tenaient dans la pièce, tandis que deux autres Chevaliers restaient près de la porte, comme pour la protéger des regards indiscrets.
Harold continua de travailler en silence.
Il ne parla pas et ne leva pas la tête.
Il ignorait simplement toute la pièce.
Le silence devint de plus en plus inconfortable.
Lourd.
Oppressant.
Puis, finalement, Harold prit la parole.
« Le monde est entré dans une ère où les documents peuvent être stockés sur une tablette numérique et traités instantanément. »
Ses mots captèrent immédiatement l'attention de la pièce.
Il fit une pause dans son travail et, pour la première fois, leva les yeux vers eux.
« Toi. »
Il pointa Edmund du doigt.
« Pourquoi crois-tu que je travaille sur papier ? »
Edmund resta silencieux un moment avant de hausser les épaules.
« Pour assurer la traçabilité. »
Harold le fixa comme s'il luttait contre l'envie de se frapper le front.
Puis il leva les yeux au ciel et se tourna vers le Chevalier manchot.
« Et toi ? »
Le Chevalier grinça des dents.
« Qu'est-ce que ça a à voir avec mon... »
Il se figea.
Le reste de ses mots mourut dans sa gorge alors qu'Harold lui lançait un regard dément.
« Euh... Je suis désolé, monsieur. » Le Chevalier déglutit. « Vous utilisez du papier parce que vous... euh... préférez ce style de travail. »
Harold secoua la tête.
« La persévérance. »
La pièce retomba dans le silence.
« C'est pourquoi je m'inflige la punition de cette pile de déchets. »
Il désigna la montagne de paperasse qui l'entourait.
« Un homme sans punition, sans souffrance, sans le moindre problème, n'est rien de plus qu'une belle fleur. »
Son regard dériva vers le plafond.
« Il a une vie magnifique. Une vie qui attire les regards de beaucoup. »
« Les gens passent devant et sourient. Peut-être même font-ils un signe de la main. Ils envient la fleur. »
Un sourire étira le coin de ses lèvres.
« Cependant, une belle fleur peut toujours être coupée. Cueillie. Arrachée à ses racines et laissée à l'abandon pour mourir. »
« C'est ce qui arrive à un homme qui ne souffre pas un seul jour de sa vie. »
« Il devient faible. »
« Pathétique. »
« Mais la souffrance... » Harold se renversa lentement dans son siège. « La persévérance... cela crée une mauvaise herbe tenace. »
Sa voix s'assombrit.
« Une mauvaise herbe qui étouffe le beau jardin. »
« Une mauvaise herbe qui survit à chaque tentative de destruction. »
Ses yeux fatigués balayèrent la pièce.
« C'est ça, les conquérants. »
« C'est ce qui m'a mené là où je suis aujourd'hui. »
« Et c'est ce qui fera aboutir notre plan. »
Harold laissa échapper un soupir solennel et s'enfonça davantage dans son fauteuil, fixant le magnifique plafond au-dessus de lui.
« Perdre une main. »
« Perdre une âme. »
« Perdre son argent. »
« Perdre une femme. »
Il gloussa sombrement.
« La perte est ce qui pousse un homme à avoir soif de victoire. »
Il grogna.
« Et à en juger par ce que vous voyez... »
Il désigna son expression à moitié morte.
« J'ai déjà gagné. »
Un sourire étrange apparut sur son visage.
« Je suis celui qui parvient à vivre. »
***Note de l'auteur***
Désolé pour la sortie tardive et lente. Je suis actuellement en période d'examens et je fais de mon mieux pour écrire pendant mon temps libre.