Chapitre 7
Chapitre 7
## Scène 1 — Les souvenirs d’Edward
Les souvenirs revinrent à Thom sans prévenir.
Il sentit sous ses pieds le sol froid de la cuisine et perçut l’odeur familière du petit-déjeuner. Ses cheveux roux lui tombaient devant les yeux. Son cœur battait déjà trop vite, et une inquiétude inexplicable lui serrait la poitrine.
Il ne voulait pas aller à l’école.
Cette pensée lui semblait si naturelle qu’il ne chercha même pas à comprendre d’où elle venait. Il poussa la porte de la cuisine en courant, encore à moitié habillé, les cheveux plus désordonnés que d’ordinaire.
« Maman ! Est-ce que je dois vraiment y aller aujourd’hui ? »
Sa voix résonna dans la pièce.
Thom l’entendit comme si elle sortait de sa propre bouche.
Vanessa préparait déjà le petit-déjeuner. Parfaitement calme, elle poursuivait ses gestes avec une précision tranquille, comme si l’agitation permanente de ses enfants faisait partie du décor familier de la maison. Elle tourna légèrement la tête vers lui, l’observa un court instant, puis reprit ce qu’elle était en train de faire sans accélérer ni interrompre son mouvement.
« Tu cries comme si l’on t’envoyait à la guerre, Edward. »
Edward s’arrêta net.
Thom sentit ses épaules s’abaisser, comme si la remarque venait de lui rappeler qu’il avait peut-être tendance à exagérer ses réactions.
Edward.
Ce prénom résonna dans son esprit, mais il ne parvint pas encore à s’y accrocher. Dans ce souvenir, il n’était pas un spectateur. Il était l’enfant qui se tenait au milieu de la cuisine.
« Ce n’est pas la guerre, mais l’école est longue. »
Assise à table, Laura éclata aussitôt de rire. Ses petites jambes, qui ne touchaient pas encore correctement le sol, se balançaient sous sa chaise tandis qu’elle observait son frère avec une joie manifeste. Elle avait à peine quatre ans, et tout chez elle demeurait spontané, sans filtre ni retenue.
« Tu veux rester avec maman comme un bébé ! »
Thom sentit la gêne lui monter aux joues. Il baissa légèrement les yeux, comme si Laura venait réellement de se moquer de lui.
« Je ne suis pas un bébé. »
Laura, visiblement très fière de l’effet produit par sa remarque, se balança davantage sur sa chaise avant d’ajouter :
« Si, si ! Tu pleures presque chaque fois que maman te laisse ! »
Une vague de honte et d’agacement traversa Thom. Il aurait voulu répondre plus durement, mais il savait déjà que Laura rirait davantage s’il se mettait en colère.
Vanessa posa doucement le couteau qu’elle tenait sur la planche, puis se retourna complètement vers eux. Son regard se posa d’abord sur Laura avant de revenir vers lui. Elle poussa un soupir qui semblait révéler qu’elle connaissait déjà l’issue de cette scène.
Elle s’approcha d’Edward et s’agenouilla légèrement afin de se placer à sa hauteur. Thom sentit la chaleur de sa présence et reconnut aussitôt cette manière qu’elle avait de lui parler lorsqu’elle voulait être douce, mais ferme.
« Edward. »
Il releva les yeux vers elle.
« Oui… ? »
Vanessa le fixa encore un instant, comme pour s’assurer qu’il l’écouterait attentivement, puis déclara d’un ton simple et ferme :
« Tu vas à l’école. »
La réponse était claire. Pourtant, Thom sentit la déception envahir sa poitrine. Il baissa brièvement les yeux, puis tenta malgré tout de négocier.
« Mais… est-ce que je peux rester ici aujourd’hui ? »
Derrière lui, Laura laissa échapper un petit rire qu’elle ne chercha même pas à retenir.
« Il est désespérant. »
Vanessa ne lui accorda pas un regard. Toute son attention demeurait tournée vers Edward. Elle leva une main et lui ébouriffa doucement les cheveux roux, déjà suffisamment en désordre, avant de reprendre avec plus de douceur :
« Tu rentreras après l’école. Je serai là. »
Thom sentit son cœur se serrer.
Cette promesse avait quelque chose d’essentiel. Il avait besoin de l’entendre, de savoir que sa mère serait là lorsqu’il rentrerait. Il cligna des yeux et observa attentivement son visage, comme s’il cherchait à vérifier qu’elle disait vrai.
« Tu me le promets ? »
Vanessa soupira légèrement, partagée entre l’amusement et une résignation affectueuse.
« Tu es vraiment impossible. »
Puis, voyant qu’il attendait toujours sa réponse, elle ajouta clairement, sans la moindre hésitation :
« Je te le promets. »
Une chaleur rassurante se répandit dans la poitrine de Thom. Edward resta silencieux quelques secondes, puis acquiesça.
« D’accord. »
Laura croisa alors les bras sur sa poitrine, toujours installée sur sa chaise.
« Franchement, maman, il est vraiment trop collant. »
Vanessa se redressa lentement et retourna vers le plan de travail. Elle répondit à sa fille sans même se retourner :
« Il est simplement honnête. Et, dans cette maison, c’est presque un défaut. »
Edward, qui avait retrouvé un peu de légèreté, tira la langue à Laura.
« Tu es jalouse parce que je suis le préféré. »
Laura ouvrit de grands yeux, feignant une indignation profonde.
« Moi ? Jamais ! »
Vanessa soupira de nouveau, mais un sourire discret passa sur son visage.
Thom ressentit cette scène avec une précision troublante. Il sentait la chaleur de la cuisine, entendait les voix de Laura et de Vanessa et percevait jusqu’au moindre mouvement de son propre corps d’enfant.
Puis le souvenir changea.
Les années défilèrent devant lui avec une brutalité silencieuse, emportant peu à peu l’insouciance de cette époque. La cuisine disparut. La chaleur familière de la maison laissa place à une chambre sombre, imprégnée d’une odeur de médicaments.
Edward avait dix ans lorsque Vanessa tomba malade.
Thom se retrouva assis près de son lit. Ses jambes ne touchaient pas encore correctement le sol, et ses mains étaient crispées sur le bord de la chaise. Il observait sa mère avec inquiétude, incapable de comprendre pourquoi elle ne se levait plus.
Au début, personne ne comprit véritablement la gravité de sa situation. Les médecins parlaient de fatigue, d’anomalies rares et de symptômes difficiles à stabiliser. Les examens se succédaient, les consultations s’allongeaient, mais les réponses demeuraient incertaines.
Puis le diagnostic tomba comme une sentence définitive : un empoisonnement à l’éther.
Thom sentit la peur d’Edward l’envahir.
Il ne comprenait pas entièrement ce que cela signifiait. Il savait seulement que sa mère était de plus en plus faible et que les adultes parlaient à voix basse lorsqu’ils pensaient qu’il ne les entendait pas.
Il restait souvent près du lit de Vanessa et lui posait des questions simples.
« Quand est-ce que tu pourras te relever ? »
« Quand est-ce que tu recommenceras à sourire comme avant ? »
« Quand est-ce qu’on pourra se promener ensemble ? »
Vanessa essayait de lui répondre avec douceur, mais ses paroles devenaient de plus en plus hésitantes à mesure que son état se dégradait. Parfois, elle lui souriait malgré la fatigue. D’autres fois, elle fermait les yeux avant même d’avoir terminé sa phrase.
Peu à peu, Edward comprit que certaines réponses ne viendraient jamais.
Il comprit aussi que sa mère ne retrouverait probablement pas la vie qu’elle avait connue auparavant.
À partir de ce moment-là, quelque chose changea en lui. Thom le sentit. L’enfant qu’il était devenu semblait soudain beaucoup plus vieux. Il se montrait sérieux, presque trop responsable pour son âge, comme si son enfance avait été déplacée ailleurs, dans une période de sa vie à laquelle il ne pouvait plus accéder.
À douze ans, Edward travaillait déjà.
Ce n’était pas un choix qu’il avait fait librement, mais une nécessité à laquelle les circonstances ne lui avaient jamais permis d’échapper. Thom sentit ses muscles se fatiguer, ses mains devenir douloureuses et ses vêtements s’imprégner de poussière et de transpiration.
Edward enchaînait les petits emplois, les livraisons et les tâches physiques simples, tout ce qu’un enfant de son âge pouvait accomplir sans attirer trop l’attention.
Il rentrait souvent épuisé, mais il se plaignait rarement. L’argent qu’il gagnait ne lui appartenait jamais réellement. Il servait aux soins médicaux de Vanessa, aux dépenses liées à la scolarité de Laura et aux besoins essentiels que la maison ne parvenait plus à couvrir seule.
Laura Chiara, bien qu’encore très jeune, comprenait déjà certaines choses. Elle le regardait parfois avec inquiétude lorsqu’il rentrait tard ou qu’il s’asseyait en silence après une longue journée de travail.
Elle ne posait pas toujours de questions, comme si elle craignait de lui donner une raison supplémentaire de s’inquiéter.
Un soir, alors qu’elle jouait distraitement avec un crayon, elle lui demanda d’une voix encore enfantine :
« Tu gardes un peu d’argent pour toi ? »
Edward secoua simplement la tête.
« Cela ne servirait à rien si vous manquiez de quelque chose. »
Thom sentit le poids de cette réponse s’abattre sur lui. Il ne ressentait pas seulement la fatigue d’Edward. Il ressentait également la responsabilité qui pesait sur ses épaules et cette impression constante de ne jamais en faire assez.
Un autre souvenir s’imposa alors à lui.
Edward avait quinze ans et se tenait devant un miroir, l’épaule gauche découverte. Une trace nette y était apparue, sombre et stable, presque irréelle dans sa simplicité.
Thom resta immobile devant le reflet.
Il examina son épaule sous différents angles, passa prudemment les doigts sur la marque, puis demeura silencieux. Son cœur battait avec force. Pour la première fois depuis longtemps, une lueur d’espoir naquit en lui.
Finalement, un sourire se dessina sur son visage.
Ce signe représentait un soulagement qu’Edward n’avait pas ressenti depuis longtemps. Il constituait la preuve que quelque chose, en lui, avait répondu.
Son Cyphe s’était éveillé.
Thom sentit l’espoir d’Edward se répandre dans sa propre poitrine.
Peut-être pourrait-il devenir assez fort pour aider sa mère. Peut-être pourrait-il alléger le poids qui pesait sur sa famille et offrir à Laura une existence moins difficile que celle qu’ils menaient alors.
À l’âge de dix-sept ans, Edward passa les évaluations d’entrée de l’Académie de l’Étoile Polaire.
Thom se retrouva de nouveau dans son corps. Il sentait la tension dans ses muscles, la nervosité qui lui serrait l’estomac et le poids de ses espoirs. Comme tous les futurs Cyphers souhaitant intégrer l’établissement, Edward devait démontrer ses capacités avant de pouvoir obtenir une place.
Il se présenta aux différentes épreuves avec sérieux, conscient que son admission pouvait représenter une véritable occasion de changer de vie.
Cependant, ses résultats ne furent pas exceptionnels.
Son Cyphe était éveillé, mais sa manifestation restait difficile à maîtriser dans des conditions réelles. Thom sentit l’énergie lui échapper chaque fois qu’Edward essayait de mobiliser son pouvoir. Malgré ses efforts, rien ne fonctionnait correctement.
Sur le plan physique, il se situait même en dessous de la moyenne. Ses résultats théoriques demeuraient corrects, mais ils ne lui permettaient pas de se démarquer véritablement des autres candidats.
Pourtant, quelques mois après les délibérations, son admission en classe Bronze fut confirmée.
Cela lui suffisait.
Du moins, il s’en convainquit.
Edward n’avait pas besoin d’être le meilleur, ni même de posséder un talent remarquable. Il lui suffisait d’avoir une chance d’apprendre, de progresser et, peut-être, de devenir assez fort pour aider les siens.
Puis son intégration à l’Académie commença.
Les premières évaluations furent difficiles. Les exercices pratiques exigeaient une manifestation claire et contrôlée du Cyphe. Edward essaya encore et encore, répétant les mêmes gestes, concentrant toute son attention et mobilisant chaque once d’énergie dont il disposait.
Pourtant, rien ne venait véritablement.
Son pouvoir refusait de répondre comme il l’aurait souhaité, et chacune de ses tentatives se soldait par un résultat insuffisant.
Très vite, les regards changèrent.
Au début, il ne s’agissait que de sourires en coin ou de regards curieux, parfois amusés, lorsque ses échecs se répétaient durant les épreuves. Puis les remarques apparurent.
Les étudiants commencèrent à échanger des murmures lorsqu’il passait près d’eux. Peu à peu, les mots qu’ils prononçaient se transformèrent en surnoms qui circulèrent dans les couloirs.
« Inutile. »
« Incomplet. »
« Le retardé. »
Thom sentit chaque mot s’enfoncer en lui.
Ces insultes étaient simples, mais elles finirent par définir l’image que beaucoup se faisaient d’Edward. Il n’était pas considéré comme une menace, ni même comme quelqu’un dont il fallait réellement se méfier.
Il était simplement celui qui semblait ne jamais parvenir à la hauteur des autres, celui dont les efforts ne suffisaient jamais à compenser les faiblesses.
Parmi tous ceux qui le harcelaient, un nom revenait avec une insistance particulière : Luka Rossi.
Luka ne se contentait pas de l’insulter. Lorsque personne ne regardait, il employait aussi la force. Il frappait Edward dans les couloirs, après les entraînements ou dans certaines zones isolées où les surveillants passaient rarement.
Un coup.
Puis un autre.
Thom sentit la douleur dans ses côtes et le goût métallique du sang dans sa bouche. Son corps se replia sous l’impact, mais il ne répondit pas.
Ce n’était pas qu’Edward en fût incapable. Il avait simplement appris très tôt que toute riposte entraînait un prix qu’il ne pouvait pas toujours se permettre de payer.
Il avait peur de perdre sa place à l’Académie.
Peur de ne plus pouvoir aider sa mère.
Peur de laisser Laura sans soutien.
Le souvenir devint alors plus intense.
Thom ne regardait plus Edward subir les coups de Luka. Il les recevait lui-même. La douleur était la sienne, la peur était la sienne, et le poids de cette famille reposait directement sur ses épaules.
Pendant un bref instant, il ne sut plus qui il était.
Thom ou Edward.
Puis la scène s’éloigna.
La douleur disparut lentement, remplacée par un silence profond. Thom retrouva peu à peu la conscience de son propre corps, mais les émotions d’Edward demeuraient encore en lui.
La voix de Thom se noya dans le silence de sa propre conscience, tandis que le souvenir poursuivait son cours sans lui.
## Scène 2 — La chute
Edward avait une famille à protéger. Sa mère était clouée au lit par la maladie, et sa sœur était encore trop jeune pour porter seule les responsabilités de la maison. Leur situation était fragile, et le moindre problème pouvait avoir de graves conséquences.
Edward ne pouvait donc pas se permettre d’être exclu de l’Académie, de recevoir une sanction importante ou de subir une blessure qui l’empêcherait de travailler. Même si l’Académie lui apportait davantage de difficultés que d’espoir, elle représentait toujours une possibilité d’avenir.
Il supportait donc les insultes et les coups de Luka sans répondre. Il savait qu’une riposte pouvait lui attirer des problèmes, et il ne voulait pas risquer sa place à l’Académie.
Quelques semaines plus tard, l’Académie organisa une sortie dans un portail contrôlé. Cette activité parascolaire devait permettre aux étudiants de se familiariser avec l’environnement des portes. Les élèves ne devaient pas participer à un véritable combat, et plusieurs membres du personnel étaient chargés de surveiller les groupes.
Au début de l’exploration, Edward resta près de ses camarades. Il suivait les consignes et observait les alentours sans se méfier de cette sortie.
Luka vint finalement vers lui.
« Viens avec moi », lui dit-il.
Edward le regarda avec méfiance.
« Pourquoi ? »
« J’ai besoin de te parler. »
Edward jeta un coup d’œil au reste du groupe. Il n’avait aucune envie de suivre Luka, mais celui-ci se trouvait encore à proximité des autres élèves. Rien, dans son attitude, ne permettait de comprendre ce qu’il préparait.
Après quelques secondes d’hésitation, Edward accepta de le suivre.
Luka marcha lentement, en prenant soin de s’éloigner du groupe. Il connaissait déjà le chemin qu’il voulait emprunter et vérifiait régulièrement que personne ne les observait.
Edward remarqua rapidement qu’ils s’éloignaient trop des autres étudiants. Les voix de leurs camarades devinrent de moins en moins audibles, jusqu’à disparaître complètement.
Une inquiétude grandissante lui serra l’estomac.
« Où est-ce qu’on va ? »
Luka ne répondit pas.
Edward ralentit.
« Luka… On devrait retourner avec les autres. »
Sa voix tremblait légèrement. Il essayait de rester calme, mais ses mains s’étaient crispées et sa respiration était devenue plus rapide.
Luka continua d’avancer jusqu’à atteindre une zone isolée du portail. Le passage était étroit et bordé de surfaces instables. Les surveillants ne pouvaient pas voir clairement ce qui s’y déroulait depuis l’endroit où se trouvait le groupe.
Luka s’arrêta et se retourna vers Edward.
« Tu crois vraiment que tu as ta place à l’Académie ? »
Edward recula d’un pas.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Luka s’approcha de lui.
« Tout le monde sait que tu es inutile. Ton Cyphe ne fonctionne presque jamais, tu es faible et tu ralentis les autres. Tu n’as rien à faire ici. »
Edward regarda autour de lui. Aucun étudiant n’était suffisamment proche pour l’entendre, et les surveillants se trouvaient trop loin. Il comprit alors que Luka l’avait volontairement éloigné du groupe.
La peur commença à prendre le dessus, mais Edward s’efforça de ne pas le montrer.
« Arrête… Je retourne avec les autres. »
Il se retourna pour partir.
Luka lui attrapa le bras.
Edward sursauta et tenta immédiatement de se dégager.
« Lâche-moi. »
Luka resserra sa prise.
« Tu as peur ? »
« Lâche-moi, Luka ! »
Edward tira sur son bras, mais Luka refusa de le libérer. Edward savait qu’il devait éviter de se battre, mais il ne parvenait plus à réfléchir correctement. Il avait déjà subi les coups de Luka auparavant, mais cette fois, ils étaient seuls, loin des autres étudiants.
« Aide-moi ! » cria-t-il.
Personne ne répondit.
Luka regarda brièvement derrière lui afin de vérifier que personne ne les observait. Puis il repoussa Edward avec violence.
Edward trébucha. Il agita les bras pour retrouver son équilibre, mais ses pieds ne trouvèrent aucun appui. Il se trouvait au bord d’une zone instable du portail.
« Non… »
Son corps bascula en arrière.
Edward tenta d’activer son Cyphe. Il concentra toute son énergie, mais son pouvoir ne répondit pas. La panique envahit son visage.
« À l’aide ! Luka, aide-moi ! »
Luka resta immobile. Il savait qu’Edward allait tomber, mais il ne fit aucun geste pour le retenir.
Edward tendit une main vers lui.
« S’il te plaît ! »
Luka ne bougea pas.
Une seconde plus tard, Edward disparut dans la zone instable du portail.
Luka resta au bord de la zone, le visage pâle. Il regarda l’endroit où Edward venait de tomber, puis recula précipitamment.
Il savait qu’Edward n’était pas simplement parti. Il venait de le pousser, et personne ne devait découvrir la vérité.
Luka retourna ensuite auprès du groupe. Il prétendit qu’Edward s’était éloigné seul et qu’il ne savait pas où il se trouvait. Il répondit aux questions des surveillants avec suffisamment de calme pour ne pas éveiller immédiatement les soupçons.
Deux semaines plus tard, Edward Esposito fut officiellement porté disparu.
Des recherches furent organisées dans le portail et autour de la zone où il avait été vu pour la dernière fois. Les équipes de secours inspectèrent les passages accessibles, mais elles ne trouvèrent aucune trace de lui.
Aucun corps ne fut découvert.
Après plusieurs jours d’investigation, les autorités conclurent qu’Edward avait probablement été emporté par une zone instable du portail. Comme personne ne pouvait expliquer précisément ce qui s’était passé, sa disparition fut classée comme un accident survenu pendant une activité de l’Académie.
Pourtant, Luka Rossi n’avait pas agi seul.
Laura Vega et Mark Castillo, deux étudiants de la classe Argent, avaient participé à la préparation du piège. Ils avaient choisi l’endroit où Edward devait être conduit et s’étaient assurés que les surveillants ne pourraient pas intervenir à temps.
Luka n’avait été que l’exécutant de leur plan.
Tous les trois décidèrent de garder le silence. Luka déclara qu’Edward s’était éloigné seul du groupe, tandis que Laura et Mark confirmèrent sa version lorsqu’ils furent interrogés.
Personne ne découvrit la vérité.
La famille d’Edward attendit pourtant son retour. Vanessa espéra longtemps qu’il avait survécu quelque part, tandis que Laura refusa d’accepter sa disparition. Mais les jours passèrent sans apporter la moindre nouvelle.
Pour l’Académie, Edward Esposito devint un étudiant porté disparu après un accident dans un portail contrôlé.
Pour sa famille, il resta un fils et un frère dont personne ne pouvait confirmer la mort.
Pour Luka, Laura et Mark, il devint le secret qu’ils devaient protéger afin d’échapper aux conséquences de leurs actes.