Chapitre 33
## Scène 1 — L’observer
Le couloir du bâtiment de la Classe Or était calme. Alvina avançait seule, mais son esprit, lui, revenait sans cesse à la même personne.
Edward Esposito.
Elle se rappelait leur dernière conversation, dans le réfectoire de la Classe Bronze. Elle l’avait rejoint à sa table, pour le sonder, sans succès. Il avait répondu à ses questions avec cette tranquillité qui la déconcertait, comme si rien de ce qu’elle pouvait dire ne parvenait à le surprendre.
Depuis, elle était retournée le voir plusieurs fois.
Elle ne s’était jamais donné de raison très convaincante. Edward l’intriguait. Il ne réagissait pas comme les autres, et Alvina n’arrivait pas à déterminer ce qui se cachait derrière son calme. Alors elle revenait, lui posait quelques questions, observait ses gestes et tentait de comprendre ce qu’il ne disait pas.
Edward, de son côté, ne semblait pas s’habituer à ses visites. Chaque fois qu’elle apparaissait, son expression lui faisait comprendre qu’il ne l’attendait pas — et qu’il ne savait pas vraiment quoi faire d’elle. Il ne cherchait pourtant pas toujours à la chasser. Cette contradiction l’intéressait presque autant que le reste.
Alvina s’arrêta près d’une baie vitrée. Sur les terrains, les étudiants s’entraînaient, échangeant des attaques et des instructions. Elle les regarda quelques secondes, sans vraiment suivre ce qui se passait.
Puis elle repensa à Edward.
« Pourquoi lui ? » se demanda-t-elle.
Elle avait l’habitude de comprendre les gens. Elle repérait les hésitations, les regards, les changements de ton. À force d’observer, elle finissait généralement par saisir ce qui motivait leurs réactions.
Avec Edward, rien ne s’assemblait clairement. Il pouvait se montrer froid sans être hostile, indifférent sans l’ignorer tout à fait. Et même ses réponses les plus simples semblaient parfois cacher une pensée qu’il ne prenait pas la peine d’expliquer.
Elle aurait pu décider de passer à autre chose. Elle aurait pu cesser d’aller le voir.
Mais elle ne le fit pas.
Cette fois, elle voulait simplement l’observer. Pas le pousser à parler, ni chercher à obtenir une réponse particulière. Elle voulait voir comment il se comportait lorsqu’elle était là, et s’il finirait par laisser paraître quelque chose de différent.
Alvina reprit sa marche et quitta le bâtiment de la Classe Or pour se rendre dans celui de la Classe Bronze.
Les couloirs y étaient plus animés. Des étudiants se croisaient en parlant de leurs cours et de leurs entraînements. Alvina s’approcha de deux d’entre eux.
« Excusez-moi. Vous savez où se trouve Edward Esposito ? »
L’un des étudiants lui indiqua la direction du réfectoire.
« Il est probablement par là. »
« Merci. »
Alvina continua jusqu’au bout du couloir. Elle approchait de l’entrée du réfectoire quand Edward apparut, venant en sens inverse, un dossier sous le bras.
Il la reconnut aussitôt. Son pas ralentit, et un soupir lui échappa.
« Qu’est-ce qu’elle veut encore, cette fille ? » marmonna-t-il.
Alvina s’arrêta devant lui.
« Je t’ai entendue. »
Edward baissa un instant les yeux vers son dossier.
« Je m’en doutais. »
« Tu pourrais au moins faire semblant d’être surpris de me voir. »
« Je le serais si je ne te voyais pas souvent. »
Elle inclina légèrement la tête.
« C’est vrai. Je viens souvent te déranger. »
« Tu as remarqué, alors. »
« Difficile de ne pas le remarquer quand tu soupirs chaque fois que j’arrive. »
« Je ne soupire pas chaque fois. »
« Presque chaque fois. »
Edward ne répondit pas. Il la regarda avec son calme habituel, mais sans tenter de mettre fin à l’échange. Alvina remarqua ce détail. Il n’était pas devenu plus chaleureux, ni plus à l’aise avec elle. Il avait simplement cessé de faire de chacune de ses visites un événement.
« Tu me cherchais ? » demanda-t-il.
« Oui. »
« Pour me poser encore des questions ? »
« Pas cette fois. »
Il attendit la suite.
« Je voulais t’observer. »
Edward cligna des yeux, à peine.
« M’observer ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Alvina aurait pu inventer une explication plus raisonnable. Elle choisit de ne pas le faire.
« Parce que tu m’intrigues. »
Il sembla réfléchir à cette réponse, puis détourna légèrement le regard.
« Ce n’est pas très intéressant. »
« C’est ce que je cherche à vérifier. »
Un silence s’installa. Edward ne paraissait ni flatté ni vexé. Il avait seulement l’air de ne pas savoir quoi répondre à cette franchise.
Alvina désigna l’entrée du réfectoire.
« Tu allais y entrer ? »
« J’en sortais. »
« Alors rentre avec moi. »
« Tu ne viens pas de dire que tu voulais m’observer ? »
« Justement. »
Edward la fixa quelques secondes. Elle s’attendit à ce qu’il refuse, ou qu’il lui demande de le laisser tranquille. Il finit par pousser un léger soupir — cette fois, Alvina ne put s’empêcher de sourire.
« D’accord. Mais ne t’attends pas à ce que je fasse quelque chose d’intéressant. »
« Je n’attends rien de particulier. »
Ils entrèrent dans le réfectoire. Alvina choisit une table un peu à l’écart et s’assit. Edward prit place en face d’elle, toujours avec son dossier.
Elle l’observa sans se presser. Il ne semblait pas gêné, mais il ne semblait pas non plus avoir oublié pourquoi elle était venue. Son regard passa brièvement de son visage au dossier, puis revint vers elle.
« Tu comptes rester silencieuse à me regarder ? » demanda-t-il.
« Peut-être. »
« Ça risque d’être ennuyeux. »
« Pour toi ou pour moi ? »
« Pour nous deux. »
Alvina posa les mains sur la table.
« Alors parle-moi. »
« De quoi ? »
« De n’importe quoi. »
Edward réfléchit, comme si cette consigne était plus difficile qu’une question précise.
« Tu me demandes de parler pour que tu puisses m’observer ? »
« Oui. »
« Tu pourrais au moins choisir un sujet. »
« D’accord. Pourquoi tu ne me demandes jamais pourquoi je reviens ? »
Il la regarda. Cette fois, le silence dura un peu plus longtemps.
« Je pensais que tu me l’avais déjà dit. »
« Je t’ai dit que tu m’intriguais. Ce n’est pas vraiment une explication. »
« C’est suffisant pour toi ? »
Alvina chercha une réponse honnête.
« Pour l’instant, oui. »
Edward baissa les yeux vers son dossier, mais ne l’ouvrit pas. Alvina ne sut pas si elle avait obtenu une réponse ou si elle venait simplement de déplacer sa question.
Cela ne la dérangea pas. Elle était venue pour l’observer, pas pour le comprendre en une seule conversation.
Edward ne lui demanda pas de partir non plus.
## Scène 2 — Force et Contrôle
L’Académie de l’Étoile Polaire était la plus grande de toutes les académies. Ses installations s’étendaient sur une immense superficie, et chaque promotion possédait ses propres espaces réservés à l’entraînement.
La salle d’entraînement principale de la Classe Or se trouvait derrière leur bâtiment de cours.
Au centre du terrain, Shobba Joshi attendait déjà.
Elle se tenait droite, calme, les bras croisés. Ses cheveux noirs coupés courts renforçaient son allure de garçon manqué. Ses traits indiens et son regard direct donnaient l’impression qu’elle observait chaque détail autour d’elle.
Lorsque sa voix résonna dans l’espace, les conversations cessèrent immédiatement.
« Aujourd’hui, je veux voir vos progrès. Le premier semestre touche bientôt à sa fin, et le tournoi des champions approche. »
Les quatre-vingt-cinq juniors de la Classe Or étaient alignés devant elle, répartis en trois groupes.
Shobba parcourut leurs visages avant de reprendre : « Vous allez former des duos. Chaque duo s’affrontera pour me montrer ce que vous avez appris ces derniers mois. »
Elle marqua une courte pause.
« Avec votre nombre, il restera une personne sans partenaire. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Cette personne sera avec moi. »
Quelques juniors échangèrent des regards. Ils connaissaient suffisamment Shobba pour comprendre que ce n’était pas forcément une bonne nouvelle.
Les groupes commencèrent immédiatement à se former.
En quelques instants, les binômes furent constitués.
Une seule personne resta seule : Alvina.
Rowel Brandon s’approcha d’elle.
« Alvina, on peut se mettre ensemble si tu veux. »
Son ton était calme, comme toujours. Elle tourna légèrement les yeux vers lui.
« Non. Je peux me débrouiller seule. »
Sa réponse fut courte. Elle ne lui laissa aucune occasion de poursuivre la discussion et partit directement rejoindre Shobba.
Rowel resta immobile quelques secondes avant de détourner le regard.
Shobba observa la scène avec un léger sourire.
Elle n’ajouta aucun commentaire et hocha simplement la tête.
« Très bien. On commence. »
Elle se tourna vers le terrain.
« Premier duo. Avancez. »
Dorian Vex et Soren Blackthorn furent les premiers à entrer dans l’arène. Shobba les rejoignit au centre avant de sortir de la zone de combat.
« Les règles sont simples. Pas d’attaque visant à tuer. Aucun parchemin enchanté. Pour le reste, utilisez vos propres capacités. »
Les deux juniors hochèrent la tête.
Dorian fut le premier à agir.
Il tendit ses mains devant lui.
Une lumière violette apparut autour de ses bras. L’énergie enveloppa progressivement ses mains avant de se condenser.
L’éclat diminua peu à peu. Deux gantelets bleus apparurent, recouvrant ses poings. La manifestation de son cyphe venait de prendre forme.
Face à lui, Soren resta immobile.
Une lumière noire apparut dans sa main. Elle s’étendit progressivement, les contours de l’arme se dessinant peu à peu.
Quelques secondes plus tard, la manifestation de son cyphe était complète. Un fouet noir reposait désormais dans sa main.
Le silence tomba sur le terrain.
Les autres juniors observaient désormais les deux combattants.
Shobba recula d’un pas.
« Commencez. »
[….]
Le vent soulevait de fines poussières sur le terrain d'entraînement. Dorian Vex et Soren Blackthorn se faisaient face sans quitter leur adversaire des yeux. Aucun des deux ne parlait. Ils observaient la posture de l'autre, cherchant le moindre indice qui révélerait la première attaque.
Dorian fléchit légèrement les genoux et serra les poings. Une lumière violette recouvrit lentement ses mains. Son Cyphe prenait la forme de deux lourds gantelets alimentés par son aura. Contrairement à une arme tranchante ou à distance, ce Cyphe renforçait directement la puissance de chaque impact. Chaque coup de poing devenait capable de transmettre une force écrasante jusque dans le corps de la cible.
En face, Soren fit glisser son bras sur le côté.
Le Fouet de Vérité apparut dans sa main. Le long fouet noir ondulait sous l'effet du vent. Son Cyphe était conçu pour maintenir les adversaires à distance, contrôler leurs mouvements et créer des ouvertures grâce à sa portée largement supérieure à celle d'un combattant de mêlée.
Soren inspira calmement avant de sourire légèrement.
« Que le meilleur gagne. »
Dorian répondit avec un léger rictus, sûr de lui.
« Je vais gagner de toute façon. »
Soren resta silencieuse pendant quelques secondes, puis laissa échapper un soupir agacé en levant légèrement les yeux.
« Quelle confiance... »
Elle resserra sa prise sur son Fouet de Vérité. Son expression changea progressivement, laissant place à une concentration totale. Elle savait que Dorian était un combattant dangereux : s'il arrivait à entrer dans sa portée, un seul coup bien placé pouvait faire basculer le combat.
Soren attaqua la première.
« Danse des Cent Fouets. »
Cette compétence permettait d'enchaîner une succession de coups provenant d'angles différents. Le fouet changeait constamment d'orientation grâce aux mouvements du poignet de Soren, rendant difficile la lecture de sa prochaine trajectoire.
Dorian ne tenta pas de bloquer.
Il activa immédiatement [Jeu de jambes].
L'aura descendit jusque dans ses jambes et ses appuis devinrent beaucoup plus souples. Son équilibre changeait à chaque pas. Il pivotait avec fluidité, reculait d'un demi-pas puis avançait aussitôt sur un autre angle. Cette compétence améliorait ses déplacements et ses esquives, mais elle ne le rendait pas plus rapide qu'une attaque impossible à suivre.
Les premières frappes passèrent à quelques centimètres de son visage.
Une autre effleura son épaule. Une troisième frappa son avant-bras.
Dorian grimaça sous la douleur.
Il comprit immédiatement que rester à distance lui ferait perdre progressivement le combat.
Il accéléra.
Ses pieds frappaient le sol avec régularité tandis qu'il réduisait la distance.
Soren continua de faire tournoyer son fouet. Elle gardait son calme. Son regard suivait uniquement les épaules et les hanches de Dorian afin d'anticiper ses changements de direction.
Lorsqu'il arriva enfin à portée, elle recula d'un bond tout en faisant claquer son arme.
« Jugement du Vent. »
Au moment où le fouet claqua, une puissante onde de vent comprimé fut projetée devant elle. Cette compétence utilisait son affinité avec le vent pour repousser l'adversaire et casser son équilibre avant qu'il ne puisse engager un combat rapproché.
Le souffle frappa Dorian de plein fouet.
Son buste bascula en arrière.
Ses pieds glissèrent sur plusieurs mètres. Il planta néanmoins un pied plus profondément dans le sol pour retrouver son équilibre.
« Pas mal... »
Il essuya le filet de sang au coin de sa lèvre avant de reprendre sa garde.
Cette fois, il ne fonça pas immédiatement. Il observa attentivement les mouvements du fouet.
« …. »
Soren remarqua cette légère hésitation dans les mouvements de Dorian. Ce n'était qu'un instant, mais cela lui suffit pour comprendre qu'il réfléchissait davantage à ses options.
Elle fit légèrement tourner son Fouet de Vérité autour de sa main, gardant son regard fixé sur lui.
Un sourire amusé apparut sur son visage.
« Tu as peur ? »
Dorian fronça légèrement les sourcils. Soren pencha la tête sur le côté, presque provocatrice.
« Où est passée toute ta confiance, Dorian ? »
Le ton de sa voix était calme, mais ses paroles étaient clairement destinées à le provoquer.
Dorian resta silencieux un moment. Il savait qu'elle cherchait à le faire réagir. Si elle contrôlait son rythme, elle avait déjà un avantage.
Puis il esquissa un sourire.
« Tu crois vraiment que j'ai perdu confiance parce que j'ai connu un moment d'égarement ? »
Il resserra ses poings, les Gantelets d'Éole laissant échapper une légère vibration d'aura. Dorian ne quittait pas Soren des yeux. Malgré la pression exercée par son fouet, il n'avait pas perdu son assurance.
« Je cherche juste le meilleur moment pour t'attraper. »
Soren conserva son sourire. Elle voyait bien qu'il n'avait pas été déstabilisé par sa provocation. Au contraire, il semblait attendre une erreur de sa part tout autant qu'elle attendait une ouverture chez lui.
« Alors viens me chercher. »
Elle fit claquer son fouet dans un mouvement sec, reprenant immédiatement une posture offensive.
Sans attendre de réponse, elle lança de nouveau son arme.
Dorian partit cette fois légèrement sur le côté.
Grâce à Jeu de jambes, il avançait en zigzaguant, changeant constamment son rythme. Soren dut modifier plusieurs fois l'angle de son fouet pour continuer à le suivre.
Elle finit par apercevoir une ouverture.
« Entrave du Serpent. »
Le fouet changea brusquement de trajectoire et s'enroula autour du bras droit de Dorian. Cette compétence n'était pas conçue pour infliger des dégâts importants. Son objectif était d'immobiliser momentanément une partie du corps adverse en resserrant fortement le fouet autour d'un membre afin de réduire les mouvements.
Dorian sentit immédiatement la pression. Son bras refusait presque de bouger. Soren tira violemment en arrière.
Le corps de Dorian fut déséquilibré. Elle leva aussitôt son autre main pour préparer un nouveau coup.
Mais Dorian réagit avant.
Au lieu de résister, il accompagna la traction.
Son corps fut littéralement attiré vers elle. La surprise traversa le regard de Soren.
« Hein ?! »
« Boom bye baby. »
À moins de deux mètres d'elle, Dorian concentra brutalement son aura dans ses deux poings. L'énergie afflua dans ses gantelets, qui commencèrent à vibrer sous la pression de sa puissance.
Un sourire mauvais se dessina sur son visage.
« Charge du Bélier... » murmura-t-il.
Cette compétence concentrait une importante quantité d'aura dans les deux gantelets avant de libérer deux frappes extrêmement rapides.
Lorsqu'elles atteignaient leur cible, la sensation produite était comparable à l'impact violent d'un bélier lancé à pleine vitesse.
Le premier coup partit avec une violence sèche.
Soren plaça instinctivement son Fouet de Vérité devant elle pour former une garde. Au moment de l'impact, une onde de force traversa son bras et remonta jusque dans son épaule. Malgré sa défense, la puissance du coup la repoussa sur plusieurs mètres, ses pieds glissant sur le sol tandis qu'elle tentait de conserver son équilibre.
Elle n'eut presque pas le temps de reprendre sa position.
Le deuxième coup arriva.
Cette fois, Soren pivota légèrement son corps et tourna son épaule pour réduire la surface d'impact. Elle réussit à limiter les dégâts, mais la force du coup traversa tout de même sa défense. Son souffle se bloqua brutalement dans sa poitrine et elle fut forcée de reculer davantage.
Elle serra les dents, maintenant difficilement son appui. Son bras tremblait encore sous le choc, et elle sentit une douleur sourde parcourir son épaule.
Malgré cela, un sourire agacé apparut sur son visage.
« Espèce de brute... Tu y as mis toute ta force. On ne t'a jamais appris à être galant avec une dame ? »
Dorian resta concentré. Il savait que cette remarque n'était qu'une manière pour elle de masquer son désavantage.
Il avait vu l'ouverture.
Sans lui laisser le temps de reprendre complètement ses distances, il profita immédiatement de cet instant pour avancer.
Il leva son poing droit.
Toute son aura convergeait dans son gantelet.
« Hypercut. »
Cette technique concentrait la totalité de sa puissance dans une seule attaque. Si la résistance physique de l'adversaire était inférieure à celle de Dorian, le coup pouvait briser sa garde et provoquer un impact extrêmement destructeur.
Soren comprit immédiatement le danger.
« Ha... »
Elle abandonna toute idée de contre-attaque.
Au dernier instant, elle effectua un bond sur le côté pour éviter l'attaque.
Le poing de Dorian traversa l'endroit où elle se trouvait une fraction de seconde auparavant. Malgré son esquive, l'onde de choc provoquée par l'impact frappa son épaule.
Elle fut projetée au sol avant de rouler sur plusieurs mètres.
Une douleur vive parcourut tout son bras gauche. Elle serra les dents, prenant appui sur sa main valide pour se relever lentement.
Elle fixa Dorian avec un mélange d'agacement et d'amusement.
« Tu veux abîmer mon joli minois ou quoi ? Espèce de brute. »
Dorian respirait plus lourdement.
Son regard resta fixé sur Soren, mais sa poitrine se soulevait plus rapidement qu'au début du combat. L'enchaînement de ses attaques, combiné à l'utilisation de son aura dans ses gantelets, commençait déjà à lui demander un effort important.
Soren le remarqua aussitôt.
« Tu commences à fatiguer. »
« Toi aussi... » répondit-il d'une voix légèrement essoufflée, son souffle encore irrégulier après l'enchaînement.
Ils reprirent leur garde.
Aucun des deux ne se précipita.
Soren savait désormais qu'une seule erreur au corps-à-corps lui coûterait le combat. Dorian, lui, avait compris qu'il devait traverser la zone contrôlée par le fouet sans gaspiller son énergie.
Pendant plusieurs secondes, ils tournèrent lentement l'un autour de l'autre, respirant profondément, les muscles tendus, chacun attendant le moindre mouvement de l'autre.
Puis Soren s'élança.
Dorian fronça les sourcils.
C'était étrange. Depuis le début, elle cherchait à maintenir la distance avec son Fouet de Vérité. Alors pourquoi attaquait-elle soudainement de face ?
« Où est le piège... ? »
Il pensa d'abord à une tentative désespérée.
Mais il s'élança quand même.
Au dernier instant, il remarqua quelque chose.
Son fouet avait disparu.
« Entrave du Serpent constricteur. »
Aussitôt, le fouet dissimulé dans le sol jaillit et s'enroula autour de Dorian, stoppant son mouvement en plein élan.
Soren sourit largement.
« Tu t'es fait avoir ? Pauvre chaton. »
Elle s'approcha et lui tapota la joue. Dorian écarquilla les yeux.
« Comment... ? »
« Très simple. J'ai encerclé l'espace autour de nous avec mon fouet pendant qu'on tournait. »
Dorian tenta de se libérer, mais plus il forçait, plus l'étreinte se resserrait autour de lui.
Il comprit qu'il ne pouvait plus utiliser ses Gantelets d'Éole.
Dans un soupir de lassitude, il finit par lâcher :
« ... J'abandonne …. »
Shobba apparut immédiatement.
« Vainqueur : Soren Blackthorn. »