Chapitre 32
## Scène 1 — La dispute
Le couloir de la Classe Or était relativement calme. Les étudiants qui y circulaient ne s’attardaient pas ; chacun semblait pressé de rejoindre son prochain cours ou de remplir quelque obligation.
Alvina avançait sans se presser, son terminal à la main. Elle venait de consulter une nouvelle fois la fiche d’Edward Esposito lorsqu’une voix l’interpella derrière elle.
« Alvina. »
Elle ne ralentit pas.
« Si tu es venu me parler de tes sentiments, la réponse n’a pas changé. »
Rowel la rejoignit et marcha à côté d’elle.
« Tu ne m’as même pas laissé parler. »
« Je t’ai déjà laissé parler. Beaucoup trop souvent, même. »
Il serra la mâchoire.
« Je t’ai dit que je t’aimais. Je ne vois pas pourquoi tu continues à faire comme si ça ne comptait pas. »
Alvina tourna vers lui un regard calme.
« Parce que tes sentiments ne m’obligent à rien. »
« Je ne t’ai jamais demandé de m’y obliger. Je te demande seulement de me donner une chance. »
« Et je t’ai déjà répondu. »
Elle reprit sa marche. Rowel resta à sa hauteur, mais son expression s’était durcie.
« Tu n’as pas toujours été aussi catégorique. »
« Je l’ai toujours été. C’est toi qui as choisi de ne pas entendre ma réponse. »
Il s’arrêta brusquement. Alvina fit encore quelques pas avant de s’immobiliser à son tour.
« Tu ne peux pas continuer à m’éviter chaque fois que je veux te parler. »
« Je peux, et je le fais. »
« Tu ne me laisses même pas essayer. »
« Tu essaies depuis des années, Rowel. Ce n’est pas un manque d’occasions. »
Il la regarda, contrarié. Puis ses yeux glissèrent vers le terminal qu’elle tenait encore à la main.
« C’est à cause de lui ? »
Alvina baissa les yeux sur son écran, puis le verrouilla.
« De qui ? »
« Edward Esposito. »
Elle ne répondit pas tout de suite. Ce bref silence suffit à tendre davantage les traits de Rowel.
« Tu ne le connais même pas », reprit-il. « Pourtant, tu passes ton temps à demander des informations sur lui. »
« Et alors ? »
« Tu t’intéresses à lui. »
« C’est possible. »
La réponse sembla le prendre de court. Il se rapprocha d’un pas.
« Depuis quand ? »
Alvina le fixa sans bouger.
« Ça ne te regarde pas. »
« Tu pourrais au moins me dire pourquoi lui. »
« Je n’ai pas à justifier mes choix auprès de toi. »
« Tu pourrais choisir quelqu’un qui te convient. Quelqu’un qui te comprend. »
« Tu veux dire quelqu’un comme toi ? »
Rowel détourna brièvement les yeux, puis les reporta sur elle.
« Je te connais mieux que lui. »
« Non. Tu sais ce que tu voudrais que je sois. Ce n’est pas la même chose. »
« Je suis sérieux, Alvina. »
« Moi aussi. Je ne veux pas de toi. »
Il resta silencieux un instant. Dans le couloir, des étudiants passèrent à quelques mètres d’eux, mais aucun ne s’arrêta.
« Tu ne peux pas me dire ça après tout ce que j’ai fait pour toi. »
Le regard d’Alvina se refroidit.
« Je ne t’ai rien demandé. »
« Je suis toujours là, pourtant. »
« C’est justement le problème. »
Rowel fit un nouveau pas vers elle. Cette fois, Alvina recula d’un demi-pas, sans détourner les yeux.
« Arrête de t’imposer à moi. »
Il sembla vouloir répondre, mais les mots ne vinrent pas tout de suite.
« Tu préfères vraiment t’intéresser à un inconnu ? »
« Je préfère décider moi-même à qui je m’intéresse. »
« Et tu penses qu’il te comprendra mieux que moi ? »
« Je ne sais pas. Je ne le connais pas encore. »
Elle rangea son terminal.
« Mais, au moins, il ne prétend pas avoir droit à mon attention parce qu’il m’aime. »
Rowel eut un mouvement de recul, comme si la remarque l’avait atteint. Son visage se referma aussitôt.
« Tu crois que tout ce que je fais, c’est pour te contrôler ? »
« Je crois que tu refuses d’accepter ma réponse. »
« Ce n’est pas pareil. »
« Pour moi, si. »
Alvina passa à côté de lui. Il pivota pour la suivre du regard, mais ne la retint pas.
« Tu vas vraiment me laisser de côté pour lui ? »
Elle s’arrêta, sans se retourner.
« Je ne t’ai jamais choisi, Rowel. Il n’y a donc personne à qui te laisser de côté. »
Puis elle reprit sa route.
Rowel resta au milieu du couloir, les poings serrés le long du corps. Alvina, elle, ne se retourna pas. Qu’il soit jaloux ou blessé ne changeait rien : elle lui avait déjà répondu, et elle n’avait aucune intention de céder simplement parce qu’il insistait davantage.
[...]
Le réfectoire de la classe bronze bruissait de conversations et de chaises qu’on déplaçait.
Caspian racontait quelque chose à Edward, qui l’écoutait d’une oreille en mangeant. Puis le regard de Caspian s’arrêta sur une fille qui avançait entre les tables.
« Il y a une fille qui vient dans notre direction. »
Alvina Nighthawks n’était pas de la classe Bronze. Elle appartenait à la classe Or, une classe d’excellence. Sa présence dans le réfectoire de la classe Bronze ne passa donc pas inaperçue. Quelques conversations s’interrompirent et des murmures s’élevèrent parmi les élèves, intrigués de la voir là. Certains la regardaient à la dérobée ; d’autres ne prenaient même pas la peine de cacher leur curiosité.
Edward leva les yeux. Alvina traversait la salle sans se presser. Elle avait déjà repéré leur table.
Caspian suivit son regard, puis se pencha légèrement vers Edward.
« Je vais vous laisser. »
« Pourquoi ? »
Caspian haussa les épaules et se leva avec son plateau.
« Tu verras. »
En arrivant à leur hauteur, Alvina échangea un bref regard avec Caspian. Il comprit, lui adressa un signe de tête et s’éloigna.
Elle prit place en face d’Edward.
« Tu n’as pas l’air surpris de me revoir. »
« Je ne le suis pas. »
« Au tournoi, je n’ai pas eu le temps de me faire une idée. »
Un sourire discret passa sur le visage d’Edward.
« Pourtant, tu as eu le temps de m’agripper. »
Alvina rougit légèrement, mais soutint son regard.
« Tu t’en souviens, donc. »
« C’est toi qui viens de le rappeler. »
« Je pensais que tu essayais surtout de me gêner. »
« Je peux faire plusieurs choses à la fois. »
Il avait l’air amusé, sans que sa réponse semble cacher quoi que ce soit de plus. Alvina l’observa un instant, puis reprit :
« Je voulais surtout vérifier quelques informations. »
« Lesquelles ? »
Elle commença à les énumérer, sans quitter son visage des yeux.
« Au départ, tu étais un étudiant assez ordinaire. Tes résultats théoriques n’avaient rien d’exceptionnel. Tu as aussi été la cible de certains élèves, qui s’en prenaient souvent à toi. Puis tu as disparu pendant une activité académique. »
Edward continua de manger, l’air parfaitement tranquille.
« Après ton retour, deux semaines ont passé. Ensuite, tu as affronté Luka et manifesté ton cyphe pour la première fois. »
Elle s’interrompit, attentive à sa réaction. Edward mâchait sans se presser.
« Tu veux que je continue ? »
Il secoua la tête.
« Non. »
Alvina eut un petit sourire.
« Tu n’es pas curieux de savoir ce que j’ai entendu d’autre ? »
« Pas particulièrement. »
« Même si je te dis que tout ça ne colle pas ? »
Edward haussa légèrement les épaules.
« C’est ton problème si tu trouves que ça ne colle pas. »
La réponse la fit sourire davantage. Elle s’attendait peut-être à le voir se défendre, ou à obtenir au moins une réaction plus marquée. Au lieu de ça, il semblait simplement trouver sa démarche divertissante.
« Tu t’en fiches vraiment de ce que les gens pensent de toi ? »
« Ça dépend des gens. »
« Et moi ? »
« Je ne te connais pas assez pour que ça m’intéresse. »
Il n’y avait ni provocation ni animosité dans sa voix. Il lui répondait franchement, avec un calme presque désinvolte.
Alvina croisa les bras sur la table.
« Alors, qu’est-ce qui t’intéresse ? »
« Pourquoi tu es revenue. »
Elle se tut une seconde. C’était à son tour d’être examinée.
« Parce que tu m’intrigues. »
« À cause de ce que tu as entendu ? »
« Et pendant les évaluations théoriques, tu as obtenu le score parfait. Premier de toute la première année, toutes classes confondues : Adamantium, Or, Argent, Fer et Bronze . »
« Puis, au test de sélection du tournoi, tu as encore obtenu le meilleur score. »
« Tu cherches toujours à occuper ton temps comme ça ? »
« Je me lasse vite. Les mystères, au moins, me donnent une raison de rester attentive. »
Edward s’appuya légèrement contre le dossier de sa chaise.
« Et tu veux savoir ce que je cache. »
« Je veux savoir s’il y a quelque chose à cacher. »
« Tu as déjà décidé que oui ? »
« Pas encore. »
Elle avait l’air sincère. Sa curiosité n’était pas feinte, pas plus que son envie de le pousser à réagir. Edward la regarda un instant, puis esquissa un sourire.
« C’est bien. Au moins, tu sais que tu ne sais pas. »
« Et toi, tu sais ce que je cherche ? »
« Tu me l’as dit. Tu veux comprendre ce qui ne colle pas. »
« Ce n’est pas tout. »
« Non ? »
« Je veux aussi voir comment tu réagis quand quelqu’un te pose la question. »
Edward baissa les yeux vers son repas, toujours amusé.
« Alors tu as ta réponse. »
« Pas vraiment. Tu n’as presque pas réagi. »
« Peut-être que c’est ça, ma réponse. »
Alvina le fixa, réfléchissant à la réplique plutôt que de se laisser décourager.
« Tu fais exprès de ne rien montrer ? »
Edward releva les yeux vers elle.
« Et toi, tu fais exprès de poser des questions dont tu connais déjà une partie des réponses ? »
Elle sourit, cette fois franchement.
« On dirait qu’on essaie tous les deux de comprendre ce que l’autre cherche. »
« C’est toi qui es venue me sonder. »
« Et toi, tu essaies de savoir pourquoi. »
« Je trouve ça amusant. »
Il le dit simplement. Alvina sembla apprécier l’aveu, même si elle n’avait pas encore obtenu ce qu’elle voulait.
« Alors, je reviendrai quand j’aurai de meilleures questions. »
« Fais comme tu veux. »
Elle se leva, sans donner l’impression d’avoir été repoussée. Au contraire, elle avait l’air d’avoir trouvé une nouvelle énigme à poursuivre. Edward reprit son repas, toujours aussi détendu.
## Scène 2 — Réunion
La salle de réunion de la Classe Or était isolée du reste de l’académie. Derrière les baies vitrées, la cour était vide. Dix étudiants entouraient la table, les yeux tournés vers les résultats affichés sur leurs terminaux.
Au centre de l’écran : Edward Esposito, Classe Bronze.
Les chiffres étaient sans équivoque. Ses progrès n’étaient pas seulement réguliers : ils étaient impressionnants. Pour que son nom circule dans toute l'académie. Assez pour qu’un transfert, s’il continuait sur cette lancée, devienne plausible.
Rowel Brandon referma le dossier.
« Il faut l’approcher. »
Caleb Rowe releva les yeux.
« Pour lui proposer de rejoindre la Classe Or ? »
« Pas encore », dit Rowel. « D’abord, je veux savoir comment il réagit quand on lui ouvre une porte. »
Soren Blackthorn posa son terminal sur la table.
« Je peux aller lui parler. Sans lui faire croire qu’on a déjà pris une décision. »
« C’est ce qu’il faut », répondit Rowel. « Qu’il se sente libre de parler. »
À l’autre bout de la table, Alicia Viremont faisait glisser son stylet entre ses doigts.
« Tu as tout préparé, on dirait. »
« J’ai lu son dossier. »
« Ce n’est pas pareil. »
Rowel ne lui demanda pas ce qu’elle voulait dire. Alicia aimait laisser une phrase en suspens, juste assez pour que l’autre se demande si elle parlait de lui.
Mira Solven se pencha vers l’écran.
« Ses résultats sont déjà très extraordinaire. S’il garde ce rythme, il pourrait être transféré ici au second semestre. »
Elena Whitman le regarda attentivement.
« C'est quoi votre but ? »
Alicia arrêta de jouer avec son stylet.
« Il veux l’attirer ici, comprendre s'il ne représente pas une menace et décider ensuite quoi en faire. »
Le ton était neutre. Les mots, eux, ne l’étaient pas.
« Je veux qu’on sache à qui on a affaire. », dit Rowel.
« Quelle prudence. »
Il ne releva pas la pique. Aux yeux des autres, ils se querellaient sur la méthode. Lui savait qu’Alicia testait déjà ses intentions, et qu’elle n’avait aucune envie de le laisser mener le jeu sans s’y mêler.
Kael Morcant croisa les bras.
« Et si Edward est simplement ambitieux ? »
Rowel n’avait pas l’intention de leur annoncer ce qu’il ferait si Edward devenait une menace réelle. Les autres pourraient contester la décision, vouloir le protéger, ou s’interposer au nom du bon sens. Il valait mieux les laisser croire qu’il s’agissait seulement d’évaluer un candidat.
Alicia reprit son stylet.
« Alvina pourrait lui parler. »
Rowel tourna lentement la tête vers elle.
« Pourquoi Alvina ? »
« Parce qu’elle s’intéresse à lui. Elle n’aurait pas besoin de fabriquer un prétexte pour l’approcher. »
Le stylet s’immobilisa dans la main d’Alicia. Elle observait Rowel, cette fois. Elle savait ce qu’elle faisait.
Dorian fronça les sourcils.
« Alvina lui a déjà parlé ? »
« Oui », répondit Alicia.
« Et tu voudrais la charger de le sonder ? » demanda Lysandre Kael.
« Je n’ai pas dit ça. Je dis qu’elle pourrait lui parler naturellement. Si Edward veut vraiment rejoindre la Classe Or, il ne sera pas indifférent à l’attention d’une élève de cette classe. »
« Tu veux voir s’il se rapproche d’elle parce qu’elle lui plaît ou parce qu’elle représente une occasion », dit Elena.
« Exactement. »
Rowel se redressa.
« Alvina ne sera pas mêlée à cette démarche. »
Alicia inclina la tête, attentive comme si elle pesait l’objection.
« Tu préfères que Soren fasse tout le travail ? »
« Soren ira lui parler. J’ai confiance en sa capacité à écouter. »
Alicia posa son stylet près de son terminal.
« Ce n’est pas de Soren que je parle. »
La phrase resta entre eux. Rowel sentit le regard de Dorian passer de l’un à l’autre.
« Ne te sers pas d’Alvina pour me provoquer », dit-il.
Alicia eut un sourire léger.
« Je ne savais pas qu’il fallait te provoquer pour que tu réagisses à son nom. »
Caleb s’agita sur sa chaise. Thane Vale intervint avant que la tension ne devienne trop visible.
« Si Alvina veut parler à Edward, elle le fera de son propre chef. Ce n’est pas à nous de lui dicter ses fréquentations. »
« Je n’ai jamais prétendu le contraire », répondit Alicia. « Je dis seulement que sa présence pourrait nous apprendre beaucoup. »
« À propos d’Edward ? » demanda Rowel.
« Entre autres. »
Elle n’avait pas besoin de préciser à propos de qui d’autre. Depuis des semaines, elle le voyait se rapprocher d’Alvina, essuyer ses refus et recommencer comme si la persévérance pouvait finir par changer son esprit. Maintenant, Alvina s’intéressait à Edward. Alicia savait que Rowel y verrait plus qu’une simple distraction.
Rowel soutint son regard.
« Soren l’approchera. Il lui parlera de la Classe Or, de ce qu’on attend de ses élèves. Il verra comment Edward se comporte. »
« Tu comptes déjà lui faire miroiter une place ? » demanda Mira.
« Je veux qu'il comprenne comment nous fonctionnons. »
C’était vrai. Pas encore. Rowel voulait qu’Edward voie la Classe Or comme une possibilité, qu’il s’y projette, qu’il accepte de se rapprocher d’eux. Une fois la porte ouverte, il serait plus facile de découvrir ce qu’il voulait et jusqu’où il était prêt à aller. Les détails, lui, les garderait pour lui.
« On devrait au moins lui laisser le choix de venir », dit Soren. « Si on veut savoir ce qu’il vaut, il faut qu’il comprenne ce qu’on lui propose. »
Rowel acquiesça.
« Tu lui parleras. Et tu me raconteras tout ce qu’il dira, y compris ce qui te paraît insignifiant. »
« D’accord. »
Alicia récupéra son stylet.
« Et Alvina ? »
« Elle n’a pas à participer. »
« Tu peux l’empêcher de le voir ? »
« Je n’essaierai pas. »
« Alors, tu acceptes qu’elle fasse ce qu’elle veut. »
« Je n’ai pas dit ça. »
Alicia eut un petit rire, presque inaudible.
Rowel se leva.
« La réunion est terminée. »
Les autres commencèrent à ranger leurs affaires. Alicia resta assise un instant, son terminal ouvert devant elle.
« Je n’irai pas lui parler », dit-elle.
« Je n’ai rien demandé. »
« Tu as l’air de craindre que je le fasse. »
« Je crains ce que tu fais quand tu prétends aider. »
Un éclair passa dans les yeux d’Alicia. Il disparut presque aussitôt.
« Tu me prêtes beaucoup d’intentions. »
« Je t’en attribue moins que tu n’en as. »
Pour les autres, c’était encore une dispute à propos d’Edward et d’Alvina. Rowel savait que ce n’était pas le sujet. Alicia avait compris qu’il préparait quelque chose. Elle ne connaissait pas encore le plan dans son ensemble, mais elle avait reconnu sa façon d’avancer : se rapprocher, poser les questions utiles, laisser l’autre croire qu’il choisissait la direction.
Elle se leva enfin.
« Fais attention à ne pas laisser ton intérêt personnel gâcher une bonne occasion. »
« Mon intérêt personnel ne te regarde pas. »
« Tout ce qui peut te faire perdre ton calme finit par regarder tout le monde. »
Elle passa près de lui et sortit de la salle. Rowel la suivit des yeux, sans bouger.
Edward ne savait rien de la réunion. Il ne savait pas que ses résultats avaient retenu l’attention de la Classe Or, ni qu’on s’apprêtait à l’approcher. Il ignorait aussi qu’Alvina intéressait Rowel depuis bien plus longtemps, et qu’Alicia venait de faire de cette rivalité silencieuse un levier.
***
Dorian rattrapa Rowel dans le couloir.
« Tu avais déjà prévu d’aller vers Edward avant qu’Alicia parle d’Alvina ? »
Rowel continua jusqu’aux escaliers.
« Oui. »
« Pour le faire venir ici ? »
« Non. »
Dorian attendit la suite. Rowel ne lui en donna pas.
« Je veux qu’il pense qu’on lui en donne l’occasion. »
Dorian le dévisagea.
« S’il vient de lui-même, il se dévoilera davantage. », reprit Rowel.
« Et ensuite ? »
« Ensuite, je déciderai. »
Ils arrivèrent au palier. Rowel s’arrêta devant la fenêtre donnant sur la cour.
« Tu comptes vraiment lui proposer une place, n’est-ce pas ? »
« Je n’ai encore rien décidé. »
Dorian eut un sourire sans joie.
« Tu ne réponds pas à ma question. »
« C’est parce que tu poses la mauvaise. »
Rowel reprit sa marche. Il ne dirait pas à Dorian ce qu’il ferait si Edward se montrait trop difficile à contrôler. Il ne le dirait à personne. Il voulait qu’Edward s’approche, qu’il s’habitue à l’idée d’entrer dans leur monde, qu’il se laisse sonder sans voir le piège se refermer.
Et si l’on devait ensuite se débarrasser de lui, personne ne devrait pouvoir relier sa disparition à cette réunion.
Derrière eux, Dorian resta immobile, avec la certitude que Rowel lui avait caché l’essentiel — et celle, plus inquiétante encore, qu’Alicia l’avait compris.