Chapitre 16
Chapitre 16
## Scène 1 — Un autre visage
Je quittai finalement le bâtiment administratif, mais la conversation avec Palmer continuait de tourner dans ma tête. Surtout sa dernière phrase :
« Tu m’as même oublié… nous… »
Bon sang.
Pourquoi avais-je l’impression qu’elle venait de me lancer une énigme avant de me renvoyer dans les couloirs ? Je n’avais rien compris à ce qu’elle voulait dire, et elle ne m’avait pas vraiment laissé le temps de lui demander des explications.
Je poussai un soupir et poursuivis ma route.
Les couloirs étaient relativement calmes à cette heure-ci. Quelques étudiants discutaient près des fenêtres ou se dirigeaient vers leurs prochains cours, mais la plupart des salles étaient déjà occupées. Mes pas résonnaient sur le sol lorsque je ressentis soudain une présence dans le couloir.
Je ralentis et relevai les yeux.
Un jeune homme se tenait quelques mètres plus loin, adossé au mur. Il était grand, avec de longs cheveux roux qui lui tombaient sur les épaules. Les bras croisés, le dos droit, il me fixait sans bouger.
Autour de lui, les étudiants semblaient inconsciemment garder leurs distances. Certains lui jetaient des coups d’œil discrets avant de détourner rapidement la tête.
Je continuai d’avancer, sans le quitter des yeux.
Lorsqu’il ne resta plus que quelques mètres entre nous, il décroisa les bras et se redressa légèrement.
« Edward Esposito. »
Sa voix était calme, mais son ton ne ressemblait pas à celui de quelqu’un qui cherchait simplement à me saluer.
Je m’arrêtai devant lui.
« Mark, c’est ça ? »
Un léger éclat passa dans ses yeux.
« Tu te souviens de moi ? »
« Laisse-moi réfléchir. »
Je portai une main à mon menton, faisant mine de réfléchir sérieusement, puis haussai les épaules.
« Non. Je ne peux pas dire que ce soit grâce à de bons souvenirs. »
Le silence qui suivit attira davantage l’attention des étudiants autour de nous. Quelques-uns ralentirent pour observer la scène, tandis que d’autres s’éloignèrent prudemment.
Mark, lui, ne semblait pas s’en soucier. Il m’examinait avec une attention presque dérangeante, comme s’il essayait de repérer la moindre différence entre l’homme qu’il connaissait et celui qui se tenait devant lui.
« On raconte que tu as perdu la mémoire. »
« Apparemment. »
« Et tu t’attends à ce que je croie cette histoire ? »
Je soupirai et passai une main dans mes cheveux.
« Honnêtement ? Je commence à me lasser de répondre à cette question. »
Ses yeux se plissèrent légèrement.
« Alors réponds correctement, pour une fois. »
« Pourquoi ? »
Mark fit un pas vers moi. Il ne me menaçait pas ouvertement, mais sa posture avait changé. Ses épaules s’étaient légèrement tendues et son regard était devenu plus dur.
« Parce que je te le demande. »
Je ne pus retenir un sourire.
Voilà donc le genre de personne qu’il était. Le type qui considérait que son statut suffisait à obtenir ce qu’il voulait.
Malheureusement pour lui, je ne connaissais même pas son niveau d’importance.
« Non merci. »
Le couloir se tut presque entièrement.
Même les étudiants qui nous observaient cessèrent de chuchoter. Mark resta immobile, les yeux fixés sur moi. Pendant quelques secondes, aucun de nous ne parla.
Puis son expression changea à peine. Sa mâchoire se crispa et ses doigts se refermèrent lentement contre son bras.
L’atmosphère devint immédiatement plus tendue.
Je sentis mon corps se raidir par réflexe. Ce n’était pas de la peur. Je me méfiais simplement de lui. Luca était agressif, mais son comportement restait facile à prévoir. Mark, en revanche, semblait parfaitement capable de dissimuler ses intentions.
Il avait davantage l’air du genre à régler les problèmes en silence qu’à les provoquer ouvertement.
Et c’était précisément ce genre de personne qui m’inquiétait le plus.
« Tu as changé », dit-il finalement.
« Encore cette phrase. »
« L’ancien Edward baissait les yeux quand je lui parlais. »
Je réfléchis un instant avant de répondre.
« L’ancien Edward avait probablement de bonnes raisons d’avoir peur de toi. »
Une expression presque imperceptible traversa son visage. De l’irritation, peut-être. Elle disparut aussitôt, remplacée par son calme habituel.
« Que veux tu dire par ancien Edward ? »
Il fit un nouveau pas vers moi.
« Certaines personnes survivent à un accident et en ressortent différentes. »
Je ne bougeai pas, mais je gardai les yeux fixés sur lui.
Mark s’arrêta à moins d’un mètre de moi.
« D’autres reviennent avec des choses qu’elles auraient dû laisser derrière elles. »
Mon sourire disparut.
Cette fois, il ne parlait pas au hasard. Il faisait clairement référence à quelque chose de précis, à quelque chose qui s’était produit avant ma chute dans le gouffre.
Nos regards se croisèrent.
Mark semblait attendre une réaction de ma part. Je soutins son regard sans lui donner la satisfaction de détourner les yeux.
Après quelques secondes, il recula finalement d’un pas.
« Fais attention. »
« À quoi ? »
Un léger sourire apparut sur son visage. Il n’avait rien d’amical.
« À ce que tu pourrais dire. »
Il se détourna et commença à s’éloigner. Après quelques pas, il s’arrêta sans me regarder.
« Certaines vérités sont plus dangereuses que les mensonges. »
Puis il reprit sa route.
Je restai immobile au milieu du couloir, les yeux fixés sur son dos jusqu’à ce qu’il disparaisse au détour d’un angle.
Je soufflai par le nez.
« Décidément… Tout le monde, dans cette académie, parle comme un prophète dépressif. »
Je repris ma marche, mais les paroles de Mark continuèrent de me trotter dans la tête.
Depuis mon retour, j'avais l’impression qu'on mettait en garde contre quelque chose. Mais quoi ? Aucune idée.
Ma montre vibra soudainement à mon poignet.
Je baissai les yeux vers son écran.
Cours de maîtrise du cyphe — début dans deux minutes.
Je fixai la notification pendant une seconde.
Puis je me redressai brusquement.
« Oh non. »
J’étais déjà en retard.
Je me mis à courir dans le couloir en suivant les indications qui s’affichaient sur ma montre. Plusieurs étudiants s’écartèrent précipitamment sur mon passage. Certains me lancèrent des regards surpris, mais je n’avais pas le temps de m’en préoccuper.
Après quelques virages, j’aperçus enfin la salle.
Une grande porte métallique se dressait au bout du couloir. Je ralentis juste avant de l’atteindre, repris rapidement mon souffle et poussai la porte.
Le grincement attira immédiatement l’attention de toute la classe.
Merde.
Des dizaines de regards se tournèrent vers moi. Au centre de la salle, un homme interrompit son explication et posa lentement son regard sur moi.
Albert Kahn.
D’après son apparence, il devait avoir une quarantaine d’années. Ses larges épaules et son visage sévère lui donnaient une présence imposante. Il portait une tenue sombre, renforcée au niveau des bras et du torse, probablement adaptée aux exercices pratiques.
Il croisa les bras.
« Edward Esposito. »
Son ton n’avait rien d’amical.
Je refermai doucement la porte derrière moi.
« Bonjour. »
Un silence s’installa.
Puis quelques rires étouffés s’élevèrent dans les gradins. Le professeur me fixa encore quelques secondes avant de plisser les yeux.
« C’est donc aujourd’hui que tu décides de réapparaître. »
Je retins un soupir.
Encore quelqu’un qui allait me fair un sermont.
« Ce n’était pas vraiment prévu. »
Quelques élèves assis au premier rang étouffèrent un rire. Le professeur, lui, ne sembla pas apprécier ma réponse.
« Je vois que ton sens des priorités n’a pas changé. »
Je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait, mais le ton employé m’indiquait clairement que ce n’était pas un compliment.
Il désigna la salle d’un geste sec.
« Ne reste pas devant la classe. Entre. »
Je ne me fis pas prier.
La salle était vaste et plus proche d’une arène que d’une salle de cours traditionnelle. Des gradins métalliques occupaient les côtés, tandis qu’une large zone circulaire se trouvait au centre. Le sol était recouvert de plaques gravées de motifs lumineux. Les symboles pulsaient faiblement sous la surface, alimentés par une énergie que je ne parvenais pas à identifier.
Un espace conçu pour les exercices pratiques.
Parfait.
Je ne comprendrais déjà pas grand-chose aux cours ordinaires. Et le cours de maîtrise du cyphe, me rendait moins enthousiaste.
Je parcourus rapidement la salle du regard.
Puis je reconnus plusieurs visages familiers.
Au fond des gradins, Laura et Luca me regardaient en silence.
Je m’arrêtai une fraction de seconde.
Évidemment.
Est-ce qu’ils faisaient autre chose de leurs journées ?
Je détournai le regard et remarquai une place libre tout au fond de la salle. Sans réfléchir davantage, je m’y dirigeai.
À peine fus-je assis que le professeur reprit son cours.
« Puisque nous sommes enfin au complet… »
Son regard se posa brièvement sur moi.
« …nous allons procéder à une évaluation pratique. »
Un murmure parcourut immédiatement la classe.
Une évaluation pratique ? Aujourd’hui ?
Je m’enfonçai légèrement dans mon siège.
Le professeur leva une main et le bruit diminua progressivement.
« Comme vous le savez, le tournoi de sélection approche. Je vais donc évaluer votre niveau actuel. »
Il se plaça au centre de la zone d’entraînement et désigna les plaques métalliques sous ses pieds.
« La maîtrise du cyphe constitue le fondement de tout combat entre Cyphers. Peu importe la puissance de votre capacité ou la diversité de vos techniques : si votre contrôle est médiocre, votre efficacité le sera également. »
Plusieurs élèves acquiescèrent avec sérieux.
De mon côté, je restai silencieux.
Je ne savais toujours pas comment utiliser le cyphe dont tout le monde parlait. Quelques souvenirs de l’ancien Edward m’étaient revenus, mais ils demeuraient trop fragmentaires pour m’être vraiment utiles. Je ne savais toujours pas quelles étaient mes capacités ni comment les utiliser.
Je regardai les symboles lumineux au centre de la salle.
Mon mauvais pressentiment revint immédiatement.
Cette journée était loin d’être terminée.
##Scène 2 —Le duel
Le professeur poursuivit :
« Les duels se feront par tirage au sort. »
... Non. Non. Non.
Je n'aimais pas du tout où cela allait.
Une sphère lumineuse apparut au-dessus de sa paume. Des dizaines de noms commencèrent à défiler à l'intérieur. La lumière tournoya plusieurs secondes avant de ralentir progressivement.
Puis elle s'immobilisa.
Le professeur observa le résultat. Et un sourire étrange apparut sur son visage. Un sourire qui me donna immédiatement envie de quitter la salle.
« Premier duel. »
Un silence s'installa.
« Edward Esposito. »
...
Je savais que ça allait arriver.
« Contre Luca Rossi. »
Le silence qui suivit fut si brutal que même les respirations semblèrent s'arrêter. Je tournai lentement la tête. Au fond de la salle.
Mark me regardait déjà.
Pourquoi ce salaud sourit-il ?
Luca se tourna à son tour et croisa brièvement le regard de Mark. Sans échanger aucun mots ou même un geste.
Pourtant...
J'avais l'impression qu'ils venaient de tenir une conversation entière. Une fraction de seconde d'un simple regard, et ils semblaient s'être compris.
Le sourire de Luca s'élargit. Je détestais encore plus ce sourire. J'avais sincèrement envie de lui coller une gifle. Juste pour qu'il arrête. Autour de nous, les murmures reprirent immédiatement.
« Esposito est tombé sur Rossi. »
« Quelle malchance. »
« Pour Esposito. »
Quelques rires éclatèrent.
D'autres élèves observaient déjà la scène avec intérêt. Comme s'ils s'attendaient à assister à un spectacle. Albert Kahn leva légèrement la main.
Le calme revint aussitôt.
« Les duels auront lieu sur le terrain extérieur numéro trois. »
Son regard passa brièvement sur Luca. Puis sur moi.
« Préparez-vous, tous. »
Luca se leva immédiatement.
Confiant.
Beaucoup trop confiant.
Il passa près de ma rangée sans me quitter des yeux. Puis il s'arrêta.
« Essaie au moins de tenir quelques minutes. »
Son sourire s'élargit encore.
« J'aimerais profiter un peu du combat. »
Je le regardai quelques secondes. Puis haussai les épaules.
« Désolé de te décevoir d'avance. »
Son sourire vacilla légèrement.
« Quoi ? »
« Je ne me souviens même pas pourquoi tu me détestes. »
Quelques étudiants éclatèrent de rire.
Luca, lui, ne riait plus.
Du tout.
Excellent.
Touché.
Il reprit finalement sa marche sans répondre. Je le regardai partir.
Puis poussai un soupir.
Pourquoi avais-je l'impression que j'étais la seule personne normale dans cette académie ?
Au même instant, une voix retentit derrière moi.
« Fais attention. »
Je me retournai et découvris Caspian, qui me regardait avec une expression sérieuse.
« Luca essaiera sûrement de se venger. »
« Je m’en doute. »
« Je suis sérieux, Edward. »
Je haussai les épaules avec désinvolture avant de me pencher légèrement vers lui.
« Tu sais comment on manifeste un Cyphe ? »
Caspian poussa un soupir. Comme tout le monde à l’Académie, il savait que mon Cyphe ne s’était jamais manifesté.
« Edward… Tu ne peux pas compter sur ton Cyphe pour cette évaluation. »
« Je sais. »
« Alors concentre-toi sur ce que tu peux faire et donne tout ce que tu as. »
Je hochai la tête, même si ses paroles ne me rassuraient pas vraiment.
….
Quelques minutes plus tard, toute la classe quitta le bâtiment principal. Je suivais le groupe en silence tandis que les conversations se multipliaient autour de moi. Sans surprise, la plupart parlaient de mon duel.
Et sans surprise non plus, personne ne semblait miser sur moi. Quelle bande d'optimistes.
Nous traversâmes plusieurs allées avant d'arriver devant un vaste complexe extérieur.
Le terrain d'entraînement numéro trois. L'endroit était immense.
Une gigantesque plateforme circulaire occupait le centre de l'espace. Des gradins entouraient entièrement l'arène. De hautes colonnes métalliques étaient disposées tout autour et reliées entre elles par des lignes lumineuses. On aurait dit un mélange entre un stade et un champ de bataille.
Albert Kahn s'arrêta au bord du terrain.
« Prenez place. »
Les étudiants s'installèrent rapidement dans les gradins. Je remarquai que certains avaient déjà commencé à faire des paris.
Charmant.
Vraiment charmant.
Luca descendit immédiatement dans l'arène.
Les mains dans les poches, comme s'il était déjà certain du résultat.
Je poussai un soupir avant d'avancer à mon tour. Le métal sous mes pieds vibrait légèrement.
Je n'aimais pas ça.
Pas du tout.
Une fois au centre de l'arène, je me retrouvai face à lui. Le vent soufflait doucement. Autour de nous, les gradins étaient désormais remplis.
Je repérai Caspian, puis Laura.
Et Mark.
Évidemment.
Mark affichait toujours cette expression calme qui me donnait envie de lui lancer quelque chose au visage.
Albert leva la main.
Immédiatement, le silence retomba.
« Duel d'évaluation. »
Sa voix résonna dans tout le stade.
« Les règles sont simples. »
Des symboles lumineux s'illuminèrent soudainement sur le sol. Des dizaines de lignes parcoururent l'arène. Puis une barrière translucide se forma lentement autour du terrain.
« Pas d'attaque mortelle. Vous pouvez manifester vos cyphes. »
Mon cœur rata un battement.
Ah oui. Ce détail là ….
« Le combat prendra fin lorsqu'un participant sera incapable de poursuivre ou abandonnera. »
Je commençais vraiment à détester cette journée.
Albert nous observa quelques secondes. Puis abaissa lentement la main.
« Commencez. »
Le silence s'installa.
Luca ne bougea pas.
Moi non plus.
Quelques secondes passèrent. Puis dix. Puis quinze. Le sourire de Luca commença à disparaître.
« Qu'est-ce que tu attends ? »
Je clignai des yeux.
« Aucune idée. »
« Pardon ? »
« Je pensais que quelqu'un allait expliquer ce que je suis censé faire. »
Le terrain entier devint silencieux. Complètement silencieux. Même le vent semblait avoir disparu. Luca me regarda et je le regardai aussi. Puis il regarda le professeur.
Albert se pinça l'arête du nez. Comme un homme qui regrettait profondément ses choix de carrière.
« Esposito. »
Je relevai la tête vers le professeur.
« Oui ? »
« Essaie de manifester ton Cyphe. »
Je réfléchis un instant avant de hocher sérieusement la tête.
« Excellente idée. Comment je fais ? »
Le professeur resta silencieux, les yeux fixés sur moi. Son expression se crispa progressivement, comme s’il venait de se rappeler pourquoi je n’avais jamais réussi à manifester mon Cyphe.
Il se pinça l’arête du nez et inspira profondément pour garder son calme.
« Fais simplement ce que tu fais d’habitude. »
Il s’écarta ensuite de la zone d’entraînement et rejoignit le bord de l’arène, prêt à arbitrer le duel.
...
Le silence qui suivit fut presque gênant.
Dans les gradins, plusieurs élèves éclatèrent de rire. D’autres me regardèrent avec incrédulité, comme si ma question confirmait ce qu’ils pensaient déjà de moi. Même Caspian semblait hésiter entre l’inquiétude et l’envie de se prendre la tête entre les mains.
Luca, lui, ne riait pas.
Il me détailla lentement, de la tête aux pieds, avant de laisser échapper un rire bref et méprisant.
« Tu te moques de moi ? »
« Non. »
« Tu sais très bien que tu n’as jamais réussi à manifester ton Cyphe. Alors pourquoi poser cette question ? »
« Je voulais simplement savoir si quelque chose avait changé. »
Luca secoua la tête avec condescendance.
« Toujours aussi pitoyable… Même après tout ce temps, tu es incapable de faire quoi que ce soit par toi-même. »
Je baissai les yeux vers son bras, puis les relevai vers lui.
« Tu sembles très fier de réussir quelque chose que même moi, je suis incapable de faire. »
Son sourire disparut.
« Fais attention à ce que tu dis. »
« Pourquoi ? Tu risques de perdre ton calme avant même le début de l’évaluation ? »
Le visage de Luca se crispa. Il serra les dents et ses doigts se refermèrent lentement autour de son poing.
« Tu as vraiment changé. »
« C’est ce que tout le monde me répète. »
Une veine apparut sur sa tempe. Il détourna brièvement la tête et prit une profonde inspiration, comme s’il tentait de contenir sa colère. Lorsqu’il me regarda de nouveau, son expression était devenue beaucoup plus froide.
« Très bien. Puisque tu tiens tellement à te ridiculiser, je vais me faire un plaisir de t’y aider. »
Il leva lentement le bras.
Une lueur rouge apparut dans sa paume, puis se concentra rapidement autour de ses doigts avant de remonter le long de son avant-bras en formant des volutes lumineuses. La marque gravée sur sa main gauche s’illumina d’une lueur rougeâtre, et une chaleur brutale envahit la zone d’entraînement. L’air se mit à vibrer autour de lui.
Les derniers rires s’éteignirent dans les gradins.
L’instant suivant, une immense hache de guerre apparut entre ses mains. L’arme était noire, massive, parcourue de veines incandescentes qui pulsaient comme de la lave sous une croûte de pierre.
Avant même que je puisse réfléchir à la suite des événements, plusieurs sphères de feu se formèrent autour de lui. Elles se mirent à flotter dans les airs, illuminant son visage d’une lueur rouge.
Je regardai l’énergie qui enveloppait son bras, puis mes propres mains. Je les retournai lentement, comme si elles allaient soudainement me révéler comment manifester mon Cyphe.
Rien ne se produisit.
Luca remarqua mon regard et son sourire revint aussitôt.
« Alors ? Tu comptes attendre que ton Cyphe se manifeste tout seul ? »