Chapitre 15
Chapitre 15
##Scène 1 —Un autre visage familier
Sur le vaste terrain d’entraînement de l’Académie, un jeune homme aux longs cheveux roux s’exerçait seul. Debout au centre de la cour, une épée en bois à la main, il fixait les mannequins disposés devant lui avec une concentration imperturbable.
Puis son corps se mit en mouvement.
Son pied glissa vers l’avant et sa lame fendit l’air dans un geste net, sans la moindre hésitation. Une deuxième coupe suivit aussitôt, puis une troisième. Chaque mouvement s’enchaînait avec une précision presque mécanique, comme si son corps connaissait déjà le chemin avant même que son esprit ne lui en donne l’ordre.
Il pivota brusquement, bondit en arrière et frappa de nouveau. Le sifflement de l’épée résonna sur le terrain désert, tandis que sa respiration demeurait parfaitement régulière. Seules les gouttes de sueur qui perlaient sur son front trahissaient l’effort qu’il fournissait.
Face à lui, plusieurs mannequins portaient déjà les marques de ses précédentes attaques : des entailles profondes, parfois exactement au même endroit. Il répétait le même mouvement encore et encore, avec une obstination qui ressemblait presque à de l’obsession.
Lorsqu’il leva une nouvelle fois son épée, son geste ralentit. La lame s’éleva, puis redescendit avec une fluidité si parfaite qu’elle évoquait davantage une cérémonie qu’un simple exercice.
« Mark ! »
La voix d’une jeune fille traversa soudain le terrain.
Mark s’immobilisa. Il abaissa lentement son épée et attendit que son souffle retrouve un rythme normal avant de se tourner vers Laura, qui courait dans sa direction.
« Qu’y a-t-il ? »
Laura s’arrêta devant lui pour reprendre son souffle.
« C’est Edward. »
Mark fronça légèrement les sourcils.
« Qu'est-ce qu'il y a encore ? »
« Il est revenu. »
L’expression de Mark se durcit aussitôt.
« C’est impossible. »
« Je te dis que je l’ai vu. »
Mark resserra les doigts autour de la poignée de son épée.
« Je l’ai vu tomber dans ce gouffre. Personne ne pourrait survivre à une chute pareille. »
« Je sais. Mais je l’ai vu de mes propres yeux. »
Un silence tendu s’installa entre eux.
Laura baissa la voix.
« Il se trouve actuellement dans le bureau de la directrice. »
Le regard de Mark se perdit un instant dans le vide. Il semblait réfléchir rapidement, comme s’il cherchait déjà à anticiper les conséquences de ce retour impossible.
« Tu crois qu’il va lui parler ? »
Laura hésita.
« Je ne sais pas. »
Mark secoua lentement la tête.
« Non. Il est trop lâche pour ça. »
Laura ne sembla pas convaincue. Elle croisa les bras contre sa poitrine, les yeux toujours rivés sur le bâtiment principal.
« Je ne suis pas rassurée. »
Mark resta silencieux. Le vent souleva légèrement ses cheveux roux tandis qu’il observait, lui aussi, l’Académie.
« Moi non plus. »
Un silence pesant retomba entre eux. Laura finit par tourner la tête vers lui.
« Tu crois qu’il se souvient de quelque chose ? »
« Non. »
La réponse fut si immédiate qu’elle le dévisagea avec surprise.
« Comment peux-tu en être aussi sûr ? »
Mark baissa les yeux vers son épée. Ses doigts se resserrèrent légèrement autour de la poignée.
« Parce que si Edward se souvenait vraiment… »
Il marqua une pause. Sa voix se fit plus froide.
« …il ne serait pas revenu ici aussi calmement. »
Laura pâlit.
« Et s’il mentait ? »
Mark releva lentement les yeux vers elle.
« Alors nous avons un problème. »
Ces mots suffirent à faire disparaître le peu d’assurance qui restait à Laura.
« Tu crois qu’il va tout raconter à la directrice ? »
« Palmer n’est pas stupide. »
« Ce n’est pas ce que je t’ai demandé. »
Mark demeura silencieux quelques secondes avant de ranger son épée dans son fourreau.
« Peu importe ce qu’il lui dira. Tant qu’il n’a aucune preuve, personne ne le croira. »
Laura détourna le regard. Elle aurait voulu partager sa certitude, mais quelque chose la dérangeait. Une impression persistante, semblable à un mauvais pressentiment, lui nouait l’estomac.
« Je ne sais pas… »
Mark commença à se diriger vers la sortie du terrain.
« Où vas-tu ? »
« Le voir. »
Laura se retourna brusquement.
« Maintenant ? »
« Oui. »
« Tu ne trouves pas ça suspect ? »
Mark s’arrêta. Après quelques secondes, un léger sourire apparut sur son visage. Un sourire sans chaleur.
« Justement. »
Son regard se porta vers le bâtiment administratif.
« J’ai envie de le voir de mes propres yeux. »
Puis il reprit sa marche.
« Mark… »
Il ne se retourna pas.
« Quoi ? »
« Nous sommes encore a l'academie. Sois prudent. »
Mark ne répondit pas tout de suite. Il atteignit presque la sortie du terrain avant de s’arrêter une dernière fois.
« Laura. »
La jeune fille releva la tête.
« Oui ? »
Il resta silencieux quelques secondes, comme s’il hésitait à poursuivre. Puis il parla sans se retourner.
« Je ne peux pas te garantir la suite si je détecte quelque chose d'inhabituel dans son comportement. »
Sa voix était plus froide que jamais.
Laura sentit un frisson lui parcourir l’échine.
« Mark… j'espère que tu sais ce que tu fais ? »
Mais il était déjà parti.
Elle demeura seule au milieu du terrain d’entraînement, le regard fixé sur sa silhouette qui disparaissait peu à peu. Au loin, le bâtiment principal de l’Académie se dressait dans la lumière déclinante. C’était là que se trouvait Edward, derrière les murs du bureau de la directrice.
Pendant ce temps, à l’intérieur du bâtiment, la porte du bureau de Palmer se refermait lentement. La directrice resta immobile quelques instants, les yeux fixés sur le battant.
Une inquiétude qu’elle ne parvenait pas à dissimuler assombrissait son visage.
« Edward… »
Elle baissa les yeux, comme si elle espérait trouver une réponse dans le silence du bureau.
« Qu’est-ce qui t’est réellement arrivé dans ce gouffre ? »
Dehors, le vent se leva brusquement. Les arbres qui bordaient le terrain frémirent sous la rafale.
Laura resserra ses bras autour d’elle.
Le retour d’Edward aurait dû être impossible. Pourtant, il était revenu. Et, pour une raison qu’elle ne parvenait pas à expliquer, elle avait la sensation que quelque chose venait de se remettre en marche.
Quelque chose qui aurait dû rester enfoui.
Pour toujours.
##Scene 2 —Infiltration
L'existence des étudiants de la promotion Bronze s'écoulait dans une monotonie rassurante. Entre les cours, les discussions et les habitudes immuables, chacun suivait le même rythme, mus par l'espoir secret de s'extirper un jour des rangs inférieurs de l'Académie.
Dans ce flux, Laura Véga et Mark Castillo s'étaient fondus avec une aisance déconcertante. Pour leurs camarades, ils étaient devenus des visages familiers, presque invisibles tant leur comportement ne suscitait aucun soupçon.
Laura s'était forgé un masque de simplicité. Ouverte et avenante, elle multipliait les échanges superficiels et répondait aux sollicitations avec un sourire naturel, incarnant l'étudiante ordinaire, curieuse de son nouvel environnement. Mark, à l'inverse, s'effaçait dans l'ombre des couloirs. Silencieux et distant, il ne cherchait jamais la sympathie. Sa présence était discrète, mais elle dégageait une intensité froide que certains ressentaient sans parvenir à l'expliquer.
À leurs côtés, Luka Rossi jouait le rôle de guide. Il maîtrisait les rouages de la promotion, connaissait chaque nom et chaque rumeur circulant dans les couloirs. Cette connaissance du terrain le rendait indispensable.
« Beaucoup de nouveaux viennent d'intégrer cette aile du bâtiment », glissa Luka alors qu'ils marchaient ensemble après un cours.
Laura hocha la tête, mais son regard ne s'attardait pas sur les visages. Elle scrutait autre chose. Là où les autres ne voyaient que des étudiants, elle percevait des vibrations, des lueurs invisibles qui s'entrelacent : le flux spirituel. Certaines essences étaient ternes, presque éteintes ; d'autres, plus stables. Rarement, une qualité supérieure scintillait, signalant un potentiel hors norme. Ce n'était pas une question de force brute, mais une signature propre à chaque âme. Laura gardait ces observations pour elle, ne transmettant à Mark que l'essentiel.
« Rien d'inhabituel ? » demanda-t-il d'une voix monocorde.
« Pas pour le moment », répondit-elle simplement.
Luka, qui marchait un pas derrière eux, ne posait plus de questions. Il avait compris depuis longtemps que leur présence ici n'avait rien d'une simple curiosité. Pour Mark et Laura, les étudiants n'étaient pas des camarades, mais des sujets d'étude.
Quelques jours plus tard, alors qu'ils s'étaient isolés dans un couloir peu fréquenté, la tension monta d'un cran. Laura continuait son analyse silencieuse tandis que Mark attendait son verdict.
« La majorité possède un flux médiocre, voire faible », analysa-t-elle. « Quelques profils intéressants, mais rien qui sorte de l'ordinaire. »
Mark fixa les élèves qui passaient au loin. « La promotion Bronze correspond donc à nos attentes. »
Luka, qui ne supportait plus ce silence pesant, finit par intervenir :
« Vous comptez rester longtemps ici ? »
Mark tourna lentement les yeux vers lui, son regard froid comme une lame.
« Pourquoi cette question ? »
Luka hésita, déstabilisé par cette intensité. « Parce que vous ne ressemblez pas à ceux qui cherchent simplement à progresser. »
Un silence glacial s'installa. Laura fut la première à briser la glace, avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux :
« Tu réfléchis beaucoup pour quelqu'un qui parle si peu, Luka. »
Le jeune homme baissa les yeux, comprenant qu'il venait de franchir une limite invisible. Mark reprit sa marche sans un mot de plus, laissant derrière lui une vérité non dite : certaines réponses ne s'offraient qu'à ceux qui avaient le pouvoir de les exiger.
« Continue simplement de nous guider », ajouta Laura d'un ton léger, presque protecteur. « C’est pour ça que tu es utile. »
Luka hocha la tête, le visage fermé. Le mot était lâché. Il n'était pas un allié, encore moins un ami. Il était un outil.
Tandis qu'ils se perdaient à nouveau dans la foule, Laura et Mark reprirent leur jeu. Dans cette masse d'étudiants luttant pour leur survie ou leur gloire, ils attendaient, invisibles et patients, que l'information qu'ils recherchaient enfin fasse surface.