Chapitre 17
Chapitre 17
##Scène 1 —Manifestation du Cyphe
Thom ne répondit pas. Luca maîtrisait parfaitement son Cyphe, tandis que Thom ne savait même pas comment activer celui d’Edward. La situation était déjà catastrophique, et l’évaluation n’avait pas encore commencé.
Au bord de l’arène, Albert Kahn leva une main. Le brouhaha des gradins diminua progressivement jusqu’à disparaître.
« Commencez. »
Luca fut le premier à agir. Il raffermit sa prise sur sa hache de guerre et s’élança vers Thom. Les sphères de feu qui flottaient autour de lui se mirent à tournoyer, éclairant son visage d’une lueur rougeâtre.
« Essaie donc de m’impressionner, Edward. »
Une première sphère fila vers Thom. Son corps réagit avant même qu’il ait le temps de réfléchir. Il recula juste à temps et le projectile passa à quelques centimètres de son visage avant de s’écraser contre le sol dans une explosion brûlante.
Luca profita de l’ouverture pour abattre sa hache.
Thom tenta de se jeter sur le côté, mais il était trop lent.
La lame ne le toucha pas directement. Pourtant, l’impact explosa à moins d’un mètre de lui. Une onde de choc le frappa de plein fouet et le projeta contre le sol. Son épaule heurta violemment la plaque métallique.
Une douleur aiguë traversa son bras gauche.
Il se redressa en serrant les dents, à peine capable de bouger ses doigts.
Luca retira sa hache du sol.
« Tu pensais vraiment pouvoir esquiver ça ? »
Thom ne répondit pas. Il venait de comprendre la différence entre eux. Il pouvait éviter un projectile isolé. Il pouvait lire un mouvement simple. Mais il ne pouvait pas simplement disparaître à chaque attaque.
Luca leva la main.
« Salvo ! »
Les sphères de feu se multiplièrent autour de lui, puis fusèrent dans toutes les directions.
Thom recula instinctivement. Une explosion éventra le sol derrière lui. Il changea brusquement d’appui pour éviter la suivante, tandis qu’un projectile passait si près de son bras qu’il sentit la chaleur lui mordre la peau.
Une troisième sphère arriva droit devant lui.
Il n’eut pas le temps de l’éviter.
Thom croisa les bras devant son visage. La déflagration le frappa au torse et le repoussa sur plusieurs mètres. Son dos glissa contre le sol tandis que ses vêtements se déchiraient sous la chaleur.
Une brûlure cuisante se répandit sur sa poitrine.
Il resta quelques secondes à genoux, le souffle coupé.
Les gradins s’animèrent aussitôt.
« Il a été touché ! »
« Il ne peut pas éviter Salvo ! »
« Il ferait mieux d’abandonner ! »
Thom posa une main au sol et se força à se relever. Ses jambes tremblaient déjà.
Son corps réagissait vite, mais il n’était pas invincible. Chaque attaque évitée lui demandait une concentration extrême, et chaque attaque encaissée réduisait un peu plus ses chances de rester debout.
Luca s’avança lentement.
« Tu as de bons réflexes. C’est tout. »
Une nouvelle salve apparut autour de lui.
Thom observa les sphères avec attention. Elles ne partaient pas au hasard. Luca cherchait à lui fermer certaines trajectoires, à l’obliger à se déplacer dans une direction précise.
Une première sphère explosa à sa droite.
Thom partit vers la gauche.
Une deuxième l’attendait déjà.
Il tenta de freiner, mais ses pieds glissèrent sur la plaque métallique. Le projectile frappa son flanc avant qu’il ait pu se protéger. La chaleur traversa son uniforme et lui arracha un cri. Il fut projeté sur le côté et roula plusieurs fois avant de s’immobiliser.
Cette fois, du sang coulait depuis une plaie ouverte sous ses côtes.
Plus haut dans les gradins, deux étudiants observaient attentivement le combat.
« Les projectiles ne sont pas réellement destinés à le toucher, comprit le premier. »
« Ils bloquent ses trajectoires, ajouta son voisin. Ils réduisent progressivement son espace de mouvement. »
« Comme une prison qui se referme. »
Le premier baissa la voix.
« Luca joue avec lui. »
Thom se redressa péniblement. Il porta une main contre son flanc et sentit immédiatement l’humidité du sang sous ses doigts.
Luca continuait d’avancer.
« Tu comprends enfin ? Chaque fois que tu évites une attaque, je t’envoie exactement là où je veux. »
Une nouvelle sphère apparut près de son épaule.
Thom se prépara à bondir, mais Luca lança sa hache au même moment.
Le mouvement fut trop rapide.
Thom pivota, mais la lame lui entailla profondément le haut du bras. Une ligne de sang jaillit aussitôt. Il recula en titubant, tandis que la hache revenait dans la main de Luca comme attirée par une force invisible.
La douleur lui engourdit le bras gauche.
Luca sourit.
« Tu ne peux pas tout prévoir. »
Thom serra les dents. Il savait qu’il avait raison.
Une nouvelle sphère de feu se forma entre eux. Cette fois, Thom plongea sur le côté au dernier moment, mais l’explosion le rattrapa dans le dos. La chaleur lui brûla la peau et le projeta en avant.
Il s’écrasa lourdement sur les mains.
Sa vision se brouilla.
Il entendait les spectateurs, mais leurs voix semblaient venir de très loin.
Luca profita de son déséquilibre pour fondre sur lui. Thom aperçut la hache trop tard et leva son bras valide pour se protéger.
Le manche de l’arme heurta ses côtes.
Un craquement sourd résonna dans son corps.
Thom fut projeté plusieurs mètres plus loin. Il roula sur le sol avant de s’immobiliser sur le côté, incapable de respirer correctement.
Cette fois, la douleur explosa dans son flanc.
Il porta instinctivement une main contre ses côtes. Lorsqu’il la retira, elle était couverte de sang.
« Il devrait être hors combat… »
« Pourquoi continue-t-il de se relever ? »
« À sa place, j’aurais abandonné depuis longtemps. »
Thom resta immobile quelques secondes.
Puis il posa un pied au sol.
Ses muscles protestèrent immédiatement. Son bras gauche pendait contre son corps, son flanc le lançait à chaque respiration et une douleur sourde battait contre ses côtes.
Pourtant, il se releva.
Luca posa sa hache sur son épaule.
« Je comprends maintenant. »
Thom releva les yeux vers lui.
« Quoi ? »
« Tu essaies simplement de te donner en spectacle. »
Thom fronça les sourcils.
« De quoi tu parles ? »
« De ton histoire d’amnésie. »
Des murmures parcoururent les gradins.
« C’est vrai qu’il est revenu complètement différent… »
« Peut-être qu’il ment. »
« Perdre la mémoire juste après avoir disparu deux semaines ? C’est pratique. »
Quelques rires étouffés s’élevèrent autour de l’arène. Thom sentit son estomac se nouer. Luca savait exactement où frapper.
« Sérieusement, Esposito… »
Il écarta les bras en désignant les gradins.
« Tu crois vraiment que quelqu’un ici te croit ? »
Thom resta silencieux. Il ne savait même pas qui était réellement l’ancien Edward Esposito.
Luca reprit :
« Tu te croyais protégée par Caspian, mais son influence s'arrête ici. Désormais, tu ne peux plus te draper dans l'innocence. »
Thom tenta de reprendre une respiration régulière, mais chaque inspiration lui brûlait le flanc.
« Deux semaines de disparition, tu reviens sans explication et tu te fais écraser devant toute l’académie. Tu es pathétique. »
Luca planta brutalement sa hache dans le sol avant de la retirer d’un mouvement sec.
« Tu sais ce que je pense ? »
Les flammes qui l’entouraient gagnèrent en intensité.
« Je pense que tu as fui parce que tu es un lâche. »
La température monta d’un cran.
« Comme toujours. »
Une pression oppressante envahit l’arène.
Thom tenta de se remettre complètement debout. Ses jambes tremblaient et son bras gauche refusait presque de répondre. Il cracha un peu de sang sur le côté avant de relever la tête.
« Va te faire foutre. »
Le sourire de Luca s’élargit.
« Oh ? Il mord encore. »
Thom balaya les gradins du regard.
« Ils parlent comme s’ils étaient meilleurs que moi. Pourtant, aucun d’entre eux n’est descendu dans cette arène. »
Le silence retomba. Luca le fixa quelques secondes avant de durcir les traits.
« Et maintenant, tu espères que tout le monde va oublier ? »
Les flammes tournoyèrent autour de sa hache, de plus en plus vite.
« Tu resteras toujours le même. »
Il fit un pas. Le sol se fissura sous son pied.
« Faible. »
Un deuxième pas. La chaleur devint presque insupportable.
« Inutile. »
Un troisième. L’air vibra autour de lui.
« Incapable de changer. »
S'approchant de lui, Luca murmura d'une voix glaciale : « Tu aurais dû rester mort au fond de ce gouffre. »
Ces quelques mots agirent comme un déclencheur, brisant des digues que Edward croyait éternelles. Soudain, des souvenirs et des émotions qu'il n'avait jamais connus remontèrent à la surface : c'étaient les vestiges de l'ancien Edward, des sentiments enfouis sous des couches d'indifférence. Depuis qu'il portait ce nom, il était resté étranger à la peur, notamment celle que Luca inspirait, et aux horreurs qui avaient marqué sa vie passée. Même lors de son premier éveil, ces fantômes étaient restés silencieux. Pourquoi ressurgissaient-ils maintenant, avec une telle violence ?
Thom était déjà au bord de l’effondrement, mais il refusait de tomber ici. Il refusait d’être humilié et écrasé devant toute l’académie.
Luca leva lentement sa hache. Les flammes convergèrent vers la lame, s'intensifiant jusqu'à devenir d'un blanc aveuglant. Thom comprit immédiatement qu’il ne pourrait pas éviter l'attaque ; il était trop lent, son bras blessé ne lui permettrait pas de se protéger et ses jambes, déjà chancelantes, ne supporteraient pas une nouvelle onde de choc.
Soudain, Luca disparut.
Le sol explosa sous les pieds de Thom et, l’instant suivant, son adversaire était là, devant lui. La hache s’abattit avec une violence terrifiante. Thom tenta de pivoter, mais le mouvement fut incomplet : la lame traversa sa garde et entailla profondément son flanc. La force du coup le projeta à genoux, tandis qu'une explosion éclata derrière lui, le souffle le faisant basculer brutalement sur le ventre.
Un cri parcourut les gradins.
« Il l’a touché de plein fouet ! »
Thom porta une main contre sa blessure, sentant le sang s’échapper entre ses doigts. Le souffle coupé, il luttait pour respirer. Luca leva de nouveau sa hache, le regard froid.
« C’est terminé. »
Thom essaya de se relever, mais son corps refusa d’obéir. Ses bras tremblaient et ses jambes s’effondrèrent une dernière fois. Une seule attaque de plus, et tout serait fini.
Depuis le début du combat, Caspian observait la scène, fasciné par la capacité de Thom à survivre grâce à ses réflexes et son expérience. Mais il savait que Thom n’était pas invincible. Blessé, épuisé et à bout de forces, sa volonté semblait enfin avoir atteint sa limite.
Luca s’arrêta net. Pour la première fois depuis le début du duel, son expression changea, comme s'il percevait un basculement invisible.
À cet instant, au plus profond de Thom, quelque chose répondit. Ce n'était pas sa volonté consciente, mais un écho sombre, nourri par les émotions qui venaient de briser ses digues. L'effroi, l'horreur et, surtout, ce sentiment viscéral de mort imminente agirent comme une clé. En acceptant enfin de ressentir l'agonie de l'ancien Edward, il avait ouvert une porte que personne n'aurait dû franchir. Une présence obscure, tapis dans les abysses de son être, s'éveilla pour répondre à l'appel du néant.
Thom baissa les yeux vers sa main gauche. L’air se mit à vibrer. Une énergie sombre se rassembla autour de son bras blessé, se condensant lentement avant de prendre forme : une faux noire apparut dans sa paume, comme si elle avait été extraite des profondeurs de l’ombre elle-même. Sa lame était gravée de motifs anciens, étrangers à Thom et pourtant étrangement familiers.
Lorsqu’il referma les doigts autour du manche, une sensation inexplicable traversa son corps. Cette arme lui donnait l’impression d’avoir toujours existé, comme si elle l’avait attendu depuis l'époque du gouffre.
Un silence absolu s’éveillé son Cyphe ? »
« Maintenant ? »
« En plein combat ? »
Albert Kahn décroisa légèrement les bras. Son regard se fixa sur la faux noire. Une brève lueur de surprise traversa ses yeux avant de disparaître.
Thom contempla l’arme sans savoir ce qu’elle pouvait faire ni comment il était censé l’utiliser. Pourtant, une partie de lui semblait déjà connaître la réponse.
Luca resta immobile quelques secondes, son regard glissant avec une indifférence glaciale de la lame noire aux yeux brisés de Thom. Alors que la foule s'agitait et que les murmures s'intensifiaient, lui demeurait de marbre. Un léger rictus, presque imperceptible, étira le coin de sa bouche ; ce n'était pas de la peur, mais un mépris profond. Pour lui, cet éveil n'était qu'un sursis pathétique, l'ultime spasme d'un homme déjà vaincu.
Il brisa le silence d'une voix traînante, chargée de dédain :
« Alors, c’était ça ? »
Il releva lentement sa hache, et d'un coup, les flammes se mirent à danser avec frénésie autour de la lame, illuminant son visage arrogant.
« Tout ce cinéma pour une simple faux ? »
Sans un mot de plus, avec une assurance imperturbable, il resserra sa prise sur son arme, prêt à briser cet espoir naissant.
## Scène 2 — La riposte
Luca attaqua.
Sa hache s’abattit avec une violence terrifiante. Une ligne de flammes comprimées déchira l’air et s’écrasa à l’endroit où Thom se trouvait une fraction de seconde plus tôt. L’explosion souleva un nuage de fumée et de poussière brûlante, occultant tout champ de vision. Pendant un instant, le silence retomba sur l'arène, avant que les gradins ne s'agitent.
« Il est mort ? »
« Je ne le vois plus ! »
Luca, lui, ne partageait pas leur certitude. Quelque chose n’allait pas ; son attaque aurait dû être fatale. Il balaya rapidement la fumée du regard, ne trouvant rien, quand son instinct lui hurla soudain de se retourner. Il pivota, mais il était déjà trop tard.
Le poing de Thom s’enfonça brutalement dans son plexus. L’air quitta les poumons de Luca dans un souffle rauque et, pour la première fois depuis le début du combat, son corps recula sous l’effet d’un coup. Les yeux de plusieurs étudiants s’écarquillèrent.
Thom ne s’arrêta pas. Il savait que s’il laissait Luca reprendre ses distances, le cycle recommencerait : Salvo, explosions et contrôle total du terrain. Il devait maintenir la pression. Il avança et frappa une seconde fois, son poing heurtant les côtes de Luca, suivi d'un troisième coup à l'épaule, avant de remonter brusquement le genou dans son abdomen.
Aucun de ses coups n’était parfait. Son bras gauche le faisait souffrir et chaque mouvement tirait sur la plaie de son flanc, mais Thom savait frapper. Il utilisait son poids et exploitait la perte de contrôle progressive de son adversaire. Lorsque Luca tenta instinctivement de relever sa hache, il commit une erreur fatale : son arme, redoutable à moyenne portée, devenait encombrante au corps à corps.
Thom frappa son avant-bras, déviant la trajectoire de la hache qui passa à côté de lui. Luca jura entre ses dents et tenta de reculer, mais Thom ne lui en laissa pas le temps. Il frappa encore, mais Luca parvint cette fois à lever le genou. Le coup atteignit Thom au ventre et le força à reculer de deux pas, une douleur aiguë traversant son abdomen.
Luca profita de cet instant pour faire pivoter sa hache. Une gerbe de flammes jaillit de la lame et frappa Thom au torse. Bien qu'il ait croisé les bras pour se protéger, la déflagration le repoussa brutalement. Ses pieds quittèrent le sol et il retomba lourdement sur le dos, le souffle coupé.
Luca reprit une inspiration difficile. Il avait souffert, mais il était toujours debout.
« Tu pensais vraiment pouvoir m’écraser parce que tu as fait apparaître une arme ? »
Thom se redressa lentement. La faux noire vibrait dans sa main, mais il ignorait toujours comment s'en servir. Dans les gradins, l'atmosphère avait changé. Les étudiants, qui attendaient simplement sa défaite, étaient désormais debout, fascinés.
« Il l’empêche de lancer Salvo ! »
« Depuis quand Edward se bat comme ça ? »
« Il ne lui laisse même pas une seconde ! »
Caspian observait la scène avec une attention totale. Il comprit finalement la stratégie de Thom.
« Ce n’est pas du hasard… » murmura-t-il, attirant le regard des autres élèves. « Depuis le début, Luca utilise Salvo pour forcer son adversaire à se déplacer comme il le souhaite, puis profite de la confusion pour l'attaquer. Mais Edward a changé sa manière de penser. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Il ne cherche plus à dominer Luca. Il intervient juste avant que Luca puisse terminer ses attaques. »
Sur le terrain, Luca avait lui aussi compris. Lorsqu’il armait un coup direct, Thom se déplaçait pour fermer l’angle d’impact, forçant Luca à modifier son mouvement au dernier moment : transformer un poing en coup de pied ou abandonner sa trajectoire. Cela ne l'arrêtait pas, mais cela le forçait à combattre dans l'improvisation.
Thom ne pouvait pas tout anticiper, mais il savait ce que Luca avait commencé et ce qu'il avait abandonné. Cette méthode rendait les attaques de Luca plus prévisibles, et cette contrainte commençait à l'agacer profondément.
« Tu crois que ça suffit ?! »
Les flammes autour de sa hache explosèrent brusquement. Thom tenta de reculer, mais son flanc blessé ralentit son mouvement. Une gerbe de feu frappa son épaule droite et le fit tourbillonner. La douleur lui arracha un grognement. Il faillit tomber, mais planta la faux dans le sol pour se maintenir debout.
Alors que Luca se précipitait vers lui, Thom arracha la faux du sol et frappa instinctivement. La lame noire fendit l’air, et bien que Luca esquivât de justesse, le mouvement dispersa un instant les flammes de la hache. Thom comprit alors que son arme ne servait pas uniquement à trancher : elle réagissait à son intention.
Luca revint à la charge. Thom bloqua son bras, entra dans sa garde et frappa les côtes. À chaque tentative de pivot de Luca, Thom se plaçait pour l'obliger à modifier son mouvement, le suivant sans lui laisser le moindre répit. Pourtant, l'effort était colossal. Son souffle devenait irrégulier, son sang coulait toujours et son bras gauche était presque inutilisable.
Luca comprit qu'il ne devait plus offrir à Thom une attaque unique. Il fit alors graviter des sphères de feu autour de lui, les répartissant à différentes hauteurs : devant, sur les côtés et derrière son dos.
Thom les observa sans bouger. Il ne pouvait pas toutes les surveiller, mais son expérience lui permit de garder son calme. Il repéra l’intervalle le moins dangereux et attendit le dernier moment.
Luca leva la main.
« Salvo. »
Les sphères fusèrent de toutes les directions. Thom se déplaça sur le côté, évitant une première boule de feu, mais une seconde explosion le frappa violemment dans le dos. La chaleur traversa sa chemise et brûla profondément sa peau. Il s’écrasa sur un genou, le souffle coupé. Une troisième sphère arriva par la gauche ; il roula sur le côté, mais l'explosion le rattrapa à l’épaule, le projetant au sol dans un cri de douleur.
Les flammes continuaient de graviter. Luca, ayant compris que Thom pouvait anticiper certaines trajectoires, modifia l'ordre et la direction des attaques, l'obligeant à réévaluer la situation sans cesse. Thom parvenait à esquiver, mais les autres projectiles l'atteignaient. Une sphère explosa près de son flanc blessé, une autre frappa sa cuisse.
« Il ne peut pas toutes les éviter ! »
« Il va être complètement brûlé ! »
Luca resta à distance, observant les sphères tournoyer.
« Tu comprends maintenant ? Tu pouvais lire une attaque. Mais tu ne peux pas toutes les anticiper. »
Thom resta immobile quelques secondes, une main pressée contre le sol. Sa respiration était saccadée, son corps hurlait de douleur. Luca attendit, certain de sa victoire.
« Abandonne. Tu n’as aucune chance de sortir de là. »
Thom baissa les yeux vers la plaque métallique couverte de poussière et de sang. Il savait qu'il n'était ni invincible, ni plus rapide. Mais son expérience lui permettait de rester lucide assez longtemps pour repérer une ouverture. Il posa une main contre le sol et se força à se relever. Ses jambes faillirent céder, mais il resta debout.
Luca plissa les yeux.
« Tu refuses encore d’abandonner ? »
Thom essuya le sang au coin de ses lèvres.
« Je t’ai dit que je n’abandonnerais pas. »
Les sphères de feu accélérèrent. Thom les observa malgré la douleur. Il n’avait pas besoin de toutes les éviter ; il devait seulement trouver le bon moment.
Plus haut dans les gradins, Mark poussa un léger soupir.
« Il le force à changer ses attaques, mais Luca a trouvé une solution. »
« Les sphères ? » demanda Laura.
« Oui. Tant qu’il n’utilisait qu’une attaque à la fois, Edward pouvait anticiper. Maintenant, Luca attaque de plusieurs directions. Edward peut repérer certaines trajectoires, mais il ne peut pas toutes les éviter. »
Sur le terrain, Luca maintenait la pression. Thom se déplaçait entre les explosions, mais chaque esquive était un supplice. Une sphère passa près de sa tête, une autre l'explosa derrière, le projetant en avant. Il posa une main au sol pour ne pas tomber, tandis qu'une troisième boule de feu brûlait son épaule.
Pourtant, Thom continuait d’observer. Il attendait qu’une des sphères quitte sa position et révèle l’espace vide derrière elle. Lorsque l’ouverture apparut enfin, il se déplaça. Le mouvement fut lent et douloureux, et une explosion frappa tout de même son côté, mais il réussit à sortir du cercle.
Luca l'abandonna ses sphères et se précipita vers lui. Thom releva la faux noire. Luca lança sa hache, mais Thom s'écarta, la lame frôlant son visage. Il tenta de profiter de l'ouverture, mais Luca transforma aussitôt son mouvement en coup de pied. Thom bloqua l’attaque avec son avant-bras valide, reculant sous l'impact.
Luca pivota et frappa de nouveau. Thom para le coup, fut repoussé, mais parvint malgré tout à lire le début du mouvement suivant. Il se déplaça avant que Luca ne puisse terminer son attaque et frappa avec précision au niveau des côtes.
Luca recula d’un pas. Ce n’était pas une victoire, juste une ouverture, mais Thom l’exploita immédiatement.
Une sensation étrange parcourut son bras. La même énergie sombre qui avait donné naissance à sa faux circulait désormais sous sa peau, comme un courant froid répondant à sa volonté. Thom baissa brièvement les yeux vers son poing. Une seconde lui suffit.
Luca lança une nouvelle attaque. Thom s’écarta, entra dans sa garde et arma son bras. Puis il frappa.
Le choc fut différent de tous les autres. L’air sembla se contracter autour de son poing et une fine ligne noire traversa l’espace entre les deux combattants. Luca fut littéralement arraché du sol. Ses yeux s’écarquillèrent tandis que son corps traversait plusieurs mètres avant de s’écraser contre le mur de l’arène dans une explosion de poussière et de gravats.
Le bruit résonna dans tout le terrain, suivi d'un silence absolu. Personne ne bougeait. Même Albert Kahn resta immobile quelques secondes. Au milieu des débris, Luca ne se relevait pas.
Thom regardait encore son poing, incapable de comprendre ce qui venait de se produire. La faux noire avait disparu, mais une faible lueur sombre persistait autour de ses doigts. Finalement, Albert Kahn s’avança.
« Fin du combat. » Sa voix résonna. « Vainqueur : Edward Esposito. »
Le public resta figé avant que les murmures ne s'enflamment.
« Il a vraiment gagné… »
« Contre Luca ? »
« Comment est-ce possible ? »
Alors que le personnel de l'académie descendait pour prendre en charge Luca, Laura secoua lentement la tête.
« Je ne comprends plus rien… »
Caspian, lui, ne regardait pas le vaincu. Son attention était fixée sur Thom. Quelque chose n’allait pas. Depuis la fin du combat, Thom n’avait pas bougé. Son souffle était irrégulier et sa posture devenait instable. La tension qui l’avait maintenu debout disparaissait, laissant son corps subir le poids des coups, des brûlures et de l'épuisement.
Thom fit un pas hésitant. Une douleur sourde traversa ses côtes et un vertige envahit son esprit. Les voix s’éloignèrent et les contours de l’arène devinrent flous. Ses jambes cédèrent.
Caspian se redressa brusquement.
« Edward ! »
Sa voix trahissait une véritable inquiétude. Thom bascula en avant et s'effondra, tandis que Caspian quittait les gradins pour le rejoindre. Thom, lui, ne voyait déjà plus rien. Les derniers sons furent confus et étouffés, avant que tout ne disparaisse dans le noir.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il se sentit incapable de bouger. Une odeur de produits médicaux flottait dans l’air et une lumière blanche l'obligea à cligner des yeux. Il tourna la tête et vit les lits alignés et les rideaux de l'infirmerie de l’Académie.
Un léger soupir lui échappa. Puis il retomba contre son oreiller, alors que les douleurs de son corps commençaient progressivement à refaire surface.