Chapitre 12
Chapitre 12
Laura Chiara quitta silencieusement la remise.
La vieille clé reposait au fond de la poche intérieure de sa veste, enveloppée dans le morceau de tissu où Carlito l’avait dissimulée tant d’années auparavant. Malgré le tissu, elle avait l’impression d’en sentir le poids à chacun de ses pas.
Elle referma soigneusement la porte derrière elle et resta quelques secondes immobile devant la remise. La maison était encore silencieuse. Veyra dormait toujours, tout comme Francis. Personne ne savait qu’elle était sortie.
Laura Chiara baissa les yeux vers sa poche.
Elle aurait dû retourner réveiller Veyra.
Après tout, elles avaient découvert la grotte ensemble. Elles avaient examiné la porte, essayé de l’ouvrir, puis quitté les lieux en sachant qu’elles devraient y retourner avec un moyen de l’ouvrir.
Mais Carlito lui avait laissé une clé.
Et il avait écrit que la première lui avait permis d’ouvrir cette porte.
Laura Chiara inspira profondément.
« Je vais juste vérifier. »
Elle savait déjà qu’elle se mentait à elle-même, mais cela ne l’empêcha pas de prendre le chemin des falaises.
L’aube commençait à peine à éclairer Lunez. Les premières lueurs du soleil coloraient l’horizon d’une teinte orangée, tandis que la mer semblait encore assoupie. Le vent marin faisait doucement onduler les hautes herbes qui bordaient le chemin.
Très vite, les dernières maisons disparurent derrière elle. Le fort réapparut au sommet des falaises, dominant toujours la côte de ses vieilles murailles.
Laura Chiara détourna les yeux et poursuivit sa marche.
Elle connaissait désormais le chemin.
Quelques minutes plus tard, elle atteignit le sentier qui descendait vers les rochers. La marée était suffisamment basse pour laisser apparaître le passage qu’elle avait découvert avec Veyra.
Elle descendit prudemment.
Les pierres étaient encore humides et glissantes. À plusieurs reprises, elle dut s’appuyer contre la paroi pour conserver son équilibre. Lorsqu’elle atteignit enfin le niveau de la mer, elle retrouva l’ouverture dissimulée entre les rochers.
Laura Chiara sortit sa lampe torche de son sac et l’alluma.
Le faisceau éclaira le tunnel.
Elle resta quelques secondes devant l’entrée avant de se baisser pour y pénétrer.
L’air frais et humide l’enveloppa immédiatement. Le clapotis de l’eau, les gouttes tombant du plafond et le frottement de ses chaussures contre la pierre accompagnèrent chacun de ses pas.
Cette fois, elle était seule.
Lors de leur première visite, Veyra marchait à ses côtés. Elles avaient observé les gravures, étudié les symboles de Carlito et découvert ensemble la vaste salle souterraine.
Laura Chiara avançait désormais avec une certitude qu’elle n’avait pas eue la veille.
Elle savait où elle allait.
Les anciennes gravures réapparurent bientôt sous la lumière de sa lampe. Elle ralentit un instant en reconnaissant les symboles qu’elle avait déjà examinés avec Veyra, puis poursuivit son chemin sans s’arrêter.
Le tunnel s’élargit progressivement.
Quelques instants plus tard, elle déboucha dans la vaste salle souterraine.
La lumière de sa lampe balaya le sol et les parois avant de s’arrêter sur l’immense porte de pierre.
Laura Chiara s’immobilisa.
Elle l’avait déjà vue quelques heures auparavant. Rien n’avait changé.
La porte était toujours encastrée dans la roche, sans poignée ni serrure apparente. Le même emblème était gravé en son centre.
Laura Chiara s’approcha lentement.
Lorsqu’elle parvint devant la pierre, elle posa son sac contre la paroi. Elle resta un instant à observer l’emblème avant de glisser la main dans la poche intérieure de sa veste.
Ses doigts rencontrèrent le métal froid de la clé.
Elle la sortit lentement.
À la lumière de la lampe, les gravures qui parcouraient sa tige étaient parfaitement visibles. Laura Chiara leva ensuite les yeux vers l’emblème de la porte.
Les mêmes symboles.
Son cœur se mit à battre plus rapidement.
Carlito avait écrit que la première clé lui avait permis d’ouvrir cette porte. Il n’avait pas parlé d’une serrure. Il avait simplement écrit qu’elle lui avait permis de l’ouvrir.
Laura Chiara s’approcha encore d’un pas.
Elle leva la clé devant l’emblème, comme elle l’avait fait des dizaines de fois dans son esprit depuis qu’elle avait découvert le message.
Pendant quelques secondes, rien ne se produisit.
Laura Chiara sentit une légère déception lui serrer la poitrine.
Puis la clé devint tiède entre ses doigts.
Elle se figea.
La chaleur augmenta progressivement, sans devenir douloureuse.
Un souffle invisible parcourut la salle. Les gouttes d’eau accrochées aux parois se mirent à vibrer légèrement.
Laura Chiara retint son souffle.
Durant un bref instant, l’emblème gravé au centre de la porte sembla perdre sa rigidité, comme si la surface de la pierre venait de bouger sous ses yeux.
Elle recula instinctivement d’un pas.
Un grondement profond monta alors des entrailles de la roche.
La porte s’écarta lentement de quelques centimètres.
Laura Chiara resta immobile, les yeux fixés sur l’ouverture qui venait d’apparaître.
Aucun mécanisme ne se révéla. Aucun engrenage ne bougea. La pierre s’était simplement déplacée, laissant apparaître une ouverture sombre derrière elle.
Un air froid et sec s’en échappa.
Laura Chiara serra la clé dans sa main.
Elle dirigea lentement sa lampe vers l’ouverture.
Le faisceau pénétra dans l’obscurité, révélant seulement un sol de pierre qui se prolongeait au-delà de la porte.
Elle resta quelques secondes sans bouger.
Carlito avait réussi.
Il avait réellement ouvert cette porte.
Laura Chiara baissa les yeux vers la clé qu’elle tenait encore entre ses doigts, puis reporta son regard vers l’ouverture.
« Carlito… »
Sa voix se perdit dans la salle.
Elle inspira profondément, resserra sa prise autour de la clé et avança.
Un pas après l’autre, Laura Chiara franchit le seuil.
Derrière elle, la porte demeura ouverte.
Laura Chiara avança dans le passage.
La lumière de la salle souterraine diminua progressivement à mesure qu’elle s’enfonçait dans l’obscurité. Le sol était régulier, et l’air devenait de plus en plus froid et sec. Aucun bruit ne venait troubler le silence, pas même le murmure lointain de la mer.
Elle poursuivit sa marche, sa lampe tendue devant elle.
Le faisceau se perdait dans un long couloir de pierre dont les parois semblaient parfaitement lisses. Il n’y avait ni gravures ni ouvertures, seulement cette roche sombre qui s’étendait devant elle.
Après quelques instants, Laura Chiara se retourna.
La porte était encore visible au bout du passage. Elle distinguait l’éclat faible de la salle souterraine, comme une lueur venue d’un autre monde.
Elle fit quelques pas supplémentaires.
Un grondement sourd résonna soudain dans le couloir.
Laura Chiara s’immobilisa.
La porte se mit à se refermer.
« Non… »
Elle se retourna vivement et se précipita vers l’ouverture. Ses pas résonnèrent contre la pierre, mais la porte continuait de glisser lentement sur elle-même.
Elle accéléra.
Lorsqu’elle arriva à quelques mètres du seuil, l’ouverture n’était plus assez large pour lui permettre de passer. Elle tendit la main, comme si elle pouvait retenir la pierre, mais ses doigts ne rencontrèrent que le vide.
La porte se referma complètement dans un grondement profond.
Puis le silence retomba.
Laura Chiara resta immobile face à la pierre.
Elle posa ses deux mains contre la surface froide et la poussa de toutes ses forces. La porte ne bougea pas. Elle chercha une serrure, un symbole, n’importe quoi qui aurait pu lui permettre de l’ouvrir à nouveau, mais la pierre était parfaitement lisse.
Elle recula lentement.
Sa lampe éclairait toujours le couloir derrière elle. Rien n’avait changé. Aucun passage ne s’était ouvert. Aucun mécanisme ne s’était déclenché.
Il n’y avait rien.
Laura Chiara attendit quelques secondes, le cœur battant.
Rien ne se produisit.
Elle se retourna enfin et poursuivit son chemin, sans savoir où le couloir la conduirait.
De l’autre côté de la porte, dans la vaste salle souterraine, une silhouette apparut.
Elle se tenait exactement à l’endroit où Laura Chiara avait franchi le seuil quelques instants plus tôt.
La jeune femme resta immobile, une lampe torche à la main. Elle portait la même veste, le même sac et les mêmes vêtements. Ses cheveux étaient identiques. Son visage aussi.
C’était Laura Chiara.
Elle baissa les yeux vers la clé qu’elle tenait entre ses doigts, puis observa la porte de pierre.
Comme si elle savait déjà ce qu’elle devait faire, elle se détourna et traversa la salle.
Elle reprit le tunnel, passa devant les anciennes gravures et rejoignit l’ouverture dissimulée entre les rochers.
Dehors, l’aube s’était levée sur Lunez.
La seconde Laura Chiara remonta prudemment le sentier, puis prit le chemin qui menait au village.
Elle marchait d’un pas calme, sans jamais se retourner.
Derrière elle, sous la roche, l’autre Laura Chiara se tenait toujours devant la porte refermée.
Seule.
Et personne, à la surface, ne savait qu’elle était restée enfermée.