Chapitre 10
Chapitre 10
## Scène 1 — La grotte
Les premiers rayons du soleil filtraient à travers les rideaux lorsque Laura Chiara descendit dans la cuisine. Francis était déjà levé. Comme chaque matin, il préparait le café tandis qu’une casserole fumait doucement sur la cuisinière. Quelques minutes plus tard, Veyra les rejoignit en bâillant discrètement avant de prendre place autour de la table.
Le petit-déjeuner se déroula dans une atmosphère paisible. Francis parlait du marché qui se tenait ce jour-là dans le centre de Lunez, des pêcheurs revenus plus tôt que prévu à cause du vent et des touristes qui commençaient à arriver avec les vacances.
Laura Chiara répondait lorsque cela était nécessaire, mais son attention revenait sans cesse au carnet rangé dans son sac.
À plusieurs reprises, Veyra croisa son regard.
Elle avait compris. Elles n’avaient pas besoin d’en parler devant Francis.
Lorsque le repas prit fin, Francis se leva pour débarrasser la table.
« Je vais passer une bonne partie de la matinée au marché. Il me manque encore quelques provisions. Vous pouvez profiter de votre journée, mais évitez de rentrer trop tard. »
« D’accord », répondit Veyra.
Elles attendirent que la porte d’entrée se referme derrière lui avant d’échanger un long silence.
Laura Chiara ouvrit finalement son sac et en sortit le carnet de Carlito.
« J’y ai repensé toute la nuit. »
Veyra s’assit à côté d’elle.
« Moi aussi. »
Laura Chiara ouvrit le carnet à la page qu’elle avait marquée avant de le lui tendre.
« Regarde cette note. »
Veyra parcourut rapidement les quelques lignes.
> La marée basse révèle un passage oublié. Les anciens le connaissent encore, mais plus personne n’ose s’y aventurer.
Elle releva aussitôt les yeux.
« Un passage... »
Laura Chiara acquiesça.
« Carlito ne parle pas d’une entrée principale. Il parle d’un passage que la mer découvre seulement lorsque la marée descend. »
Veyra resta silencieuse quelques instants.
« Tu crois qu’il mène au fort ? »
« Je n’en sais rien. Mais Carlito avait une raison d’insister autant dessus. »
Le silence retomba.
Puis Veyra se leva d’un bond.
« Alors, on arrête de tourner autour du sujet. »
Laura Chiara fronça les sourcils.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Veyra attrapa son sac à dos, l’ouvrit et commença à y glisser une lampe torche, une gourde et une petite trousse de secours.
« Je veux dire qu’on va vérifier par nous-mêmes. »
Laura Chiara la regarda quelques secondes avant de laisser échapper un sourire.
« J’espérais que tu dirais ça. »
Quelques minutes plus tard, les deux jeunes filles quittèrent discrètement la maison. Le carnet de Carlito était soigneusement rangé dans le sac de Laura Chiara.
Devant elles, les falaises de Lunez se dessinaient sous la lumière du matin. Quelque part, au pied du fort, un passage oublié attendait peut-être d’être découvert.
La fraîcheur du matin rendait l’ascension plus agréable que les jours précédents. Le soleil venait à peine de dépasser l’horizon et les rues de Lunez étaient encore calmes. Quelques habitants ouvraient leurs commerces tandis que d’autres traversaient la place centrale en échangeant quelques salutations. Laura Chiara et Veyra quittèrent rapidement les dernières habitations pour emprunter un sentier qui longeait les falaises.
Le fort apparut progressivement devant elles.
Massif et silencieux, il dominait la côte depuis des siècles. Ses murailles, rongées par le temps et les embruns, semblaient appartenir à une autre époque. Même en plein jour, il dégageait quelque chose de difficile à expliquer, une présence qui poussait instinctivement à garder ses distances.
Laura Chiara s’arrêta un instant pour sortir le carnet de son sac.
Elle retrouva le croquis de Carlito et compara le dessin au paysage qui s’étendait devant elles.
« Le chemin est bon », murmura-t-elle. « Il a dessiné cette partie de la côte avec précision. »
Veyra observa les falaises avant de désigner un amas de rochers situé un peu plus bas.
« Regarde. À cette heure-ci, la mer s’est beaucoup retirée. »
Laura Chiara suivit son regard.
Là où les vagues recouvraient habituellement les rochers, une bande de pierre humide était désormais visible. Un passage étroit serpentait entre les blocs de roche avant de disparaître sous l’une des murailles extérieures du fort.
« Tu crois que c’est ça ? »
« Je ne vois rien d’autre qui puisse correspondre à la description de Carlito. »
Elles descendirent avec précaution. Les pierres étaient glissantes et couvertes d’algues. Plusieurs fois, elles durent s’aider des parois pour conserver leur équilibre.
En arrivant au niveau de la mer, le bruit des vagues résonna différemment. Les falaises formaient une sorte de couloir naturel où chaque son semblait amplifié.
Laura Chiara s’immobilisa.
« Tu entends ? »
Veyra tendit l’oreille. Seul le ressac répondait.
« Quoi ? »
Laura Chiara hésita.
« J’ai cru... entendre quelqu’un chanter. »
Le silence retomba aussitôt.
Veyra posa une main sur son épaule.
« Tu as peut-être pensé à la berceuse dont tu m’as parlé. »
Laura Chiara ne répondit pas. Cette voix n’avait duré qu’un instant, si brève qu’elle doutait déjà de l’avoir réellement entendue.
Elles reprirent leur marche jusqu’à atteindre une ouverture dissimulée entre deux énormes rochers. À marée haute, elle devait être entièrement recouverte par les eaux. À présent, un homme pouvait s’y glisser en se baissant légèrement.
Veyra alluma sa lampe torche.
Le faisceau éclaira un tunnel de pierre qui s’enfonçait dans l’obscurité.
Les deux jeunes filles échangèrent un regard.
Sans prononcer un mot, elles comprirent qu’elles venaient de trouver le passage dont parlait Carlito.
Pendant quelques secondes, aucune des deux ne bougea.
Le faisceau de la lampe torche glissait lentement sur les parois humides du passage.
La roche était sombre, polie par les marées successives, et de fines gouttes d’eau tombaient du plafond à intervalles réguliers, venant se briser sur le sol dans un bruit presque hypnotique.
Laura Chiara sentit sa gorge se nouer.
« Tu es sûre qu’on fait le bon choix ? » demanda-t-elle à voix basse.
Veyra ne répondit pas tout de suite. Son regard demeurait fixé sur l’ouverture.
« Non », admit-elle finalement. « Mais si Carlito est réellement passé par ici, alors c’est probablement la seule piste qu’il nous reste. »
Laura Chiara acquiesça lentement.
Elle ouvrit son sac, vérifia une dernière fois que le carnet de Carlito s’y trouvait toujours, puis le referma soigneusement. Si quelque chose leur arrivait, elle refusait de le perdre.
« On y va. »
Elles se baissèrent pour franchir l’entrée.
L’air changea immédiatement.
Il devint plus frais, plus humide, chargé d’une odeur de pierre, de sel et d’eau stagnante.
Derrière elles, la lumière du jour diminua rapidement jusqu’à n’être plus qu’une mince ouverture découpée entre les rochers.
Le tunnel avançait en pente douce.
Par endroits, elles devaient contourner de larges flaques laissées par la marée. Ailleurs, le plafond s’abaissait suffisamment pour les obliger à se courber davantage.
Le silence était étrange. On entendait le clapotis de l’eau, leurs pas, leur respiration...
Puis quelque chose d’autre : un souffle si faible qu’il aurait pu passer pour un simple courant d’air.
Laura Chiara s’arrêta.
« Attends... »
Veyra se retourna.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Laura Chiara tendit l’oreille. Le bruit avait disparu. Elle secoua doucement la tête.
« Rien... J’ai cru entendre quelqu’un derrière nous. »
Veyra balaya le tunnel avec sa lampe. Le passage était vide.
« On est seules. »
Laura Chiara voulut répondre, mais son regard fut attiré par une série de marques gravées dans la pierre.
Elle s’approcha.
Les gravures étaient anciennes. Certaines avaient été presque effacées par l’humidité, mais plusieurs demeuraient parfaitement visibles.
Une étoile, une spirale.
Puis un symbole qu’elle connaissait déjà.
Le même que celui dessiné à plusieurs reprises dans le carnet de Carlito.
« Veyra... »
Cette dernière s’approcha à son tour.
« C’est exactement le même symbole. »
Laura Chiara passa lentement ses doigts sur la gravure. Elle n’avait plus le moindre doute.
Carlito était venu ici. Et bien avant lui, quelqu’un avait pris soin de baliser ce passage, comme s’il conduisait à un endroit que l’on voulait à la fois protéger... et dissimuler.
Laura Chiara retira lentement sa main de la paroi.
La pierre était froide et légèrement humide. Les rainures de la gravure étaient si nettes qu’elles semblaient avoir été tracées avec une précision presque irréelle, malgré les années qui avaient dû s’écouler depuis leur création.
Veyra sortit le carnet de Carlito du sac de Laura Chiara et l’ouvrit directement à la page où figuraient les mêmes symboles. Elle compara longuement les dessins.
« Ce n’est pas une simple ressemblance », souffla-t-elle. « C’est exactement le même symbole. Les proportions, les courbes... tout est identique. »
Laura Chiara acquiesça.
« Carlito ne les a pas inventés. Il les a copiés. »
Cette idée fit naître un nouveau silence entre elles. Jusqu’à présent, le carnet leur paraissait être un assemblage de notes prises au fil d’une enquête. Désormais, elles comprenaient qu’il s’agissait aussi d’un témoignage. Carlito avait réellement parcouru ces lieux.
Veyra tourna encore quelques pages.
Au milieu de plusieurs observations, une phrase, entourée à deux reprises, attira son attention.
> Les marques ne montrent pas le chemin. Elles indiquent seulement que quelqu’un est déjà passé avant vous.
Laura Chiara relut la phrase plusieurs fois.
« Ça veut dire quoi ? »
« Je ne sais pas... »
Veyra referma presque complètement le carnet avant de relever la tête.
« Mais si Carlito a pris la peine de l’entourer, c’est qu’il avait fini par comprendre quelque chose. »
Elles reprirent leur progression.
Le tunnel s’élargissait peu à peu. Les parois devenaient moins irrégulières, presque trop régulières pour être entièrement naturelles. Par endroits, on distinguait des pierres taillées qui semblaient avoir été intégrées à la roche.
« Regarde ça... »
Laura Chiara s’accroupit près d’un vieux bloc de pierre. Des traces d’outils étaient encore visibles.
« Quelqu’un a aménagé cet endroit. »
« Il y a longtemps », ajouta Veyra.
Elles continuèrent d’avancer sans accélérer le pas. Quelques mètres plus loin, le passage déboucha sur une vaste cavité. Le plafond s’élevait plusieurs mètres au-dessus de leurs têtes et l’écho de leurs respirations se répercutait dans toute la salle.
Au centre, le sol était presque parfaitement plat.
En face d’elles, une immense porte de pierre, encastrée dans la roche, leur barrait le passage. Elle ne possédait ni poignée ni serrure apparente. Seul un étrange emblème était gravé en son centre.
Une étoile à plusieurs branches, enlacée par une forme sinueuse qui ressemblait à un serpent... ou à quelque chose qui en avait la silhouette.
Laura Chiara sentit son cœur accélérer.
« Carlito est bien arrivé jusqu’à cette porte... »
Veyra resta immobile devant la pierre.
« Oui... Mais rien ne prouve encore qu’il ait réussi à l’ouvrir. »
Sa voix n’était plus qu’un murmure.
« La vraie question, c’est de savoir ce qui se trouvait derrière-elle. »
Veyra s’avança jusqu’à la porte de pierre et posa lentement ses deux mains contre sa surface. La roche était froide, presque glaciale malgré la température plus douce qui régnait à l’extérieur. Elle exerça d’abord une légère pression, comme pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas simplement d’une dalle mal ajustée, puis tourna la tête vers Laura Chiara.
« Viens m’aider. »
Laura Chiara déposa son sac contre la paroi avant de la rejoindre. Toutes les deux prirent appui sur leurs jambes et poussèrent de toutes leurs forces. Le frottement de leurs chaussures contre le sol résonna dans la vaste salle, leurs épaules se crispèrent sous l’effort, mais la porte demeura parfaitement immobile. Pas le moindre grincement, pas la moindre vibration ne traversa la pierre.
Elles relâchèrent finalement leur effort et reprirent leur souffle. Laura Chiara passa le revers de sa main sur son front avant d’observer de nouveau l’immense porte qui leur faisait face. Elle semblait avoir été taillée d’un seul bloc, comme si elle faisait partie de la montagne elle-même.
Veyra s’accroupit lentement et entreprit d’examiner les contours de la porte. Ses doigts glissèrent le long de la pierre, suivant chaque rainure, chaque relief, à la recherche d’une ouverture ou d’un mécanisme dissimulé.
Laura Chiara l’imita de l’autre côté. Elles inspectèrent minutieusement les bords, l’emblème gravé au centre, puis le sol à leurs pieds, sans découvrir le moindre indice.
« Ce n’est pas la force qui l’ouvrira », finit par dire Veyra en se redressant.
Laura Chiara leva les yeux vers le symbole sculpté au centre de la porte. Plus elle le regardait, plus elle avait la conviction qu’il n’était pas là pour décorer la pierre. Tout semblait avoir été construit autour de cet emblème.
« Tu crois qu’il existe une clé ? »
Veyra ne répondit pas immédiatement. Elle resta quelques secondes à observer la gravure avant de hausser légèrement les épaules.
« Une clé... ou autre chose. En tout cas, si cette porte est restée fermée jusqu’à aujourd’hui, ce n’est sûrement pas sans raison. »
Laura Chiara acquiesça en silence. Elles avaient enfin atteint l’endroit que tant de rumeurs entouraient depuis des années, mais leur découverte s’arrêtait là. Elles ignoraient ce qui se trouvait derrière cette porte et, surtout, elles ne possédaient aucun moyen de l’ouvrir.
Après un dernier regard échangé, Laura Chiara ramassa son sac tandis que Veyra éteignait la lampe torche. La lumière du tunnel, au loin, indiquait encore le chemin du retour.
« On reviendra », dit Laura Chiara en reportant une dernière fois son regard sur la porte de pierre.
Veyra hocha simplement la tête.
« Oui. Et la prochaine fois, on reviendra avec de quoi l’ouvrir. »
Sans ajouter un mot de plus, elles quittèrent la salle et s’engagèrent de nouveau dans le passage qui conduisait vers l’extérieur.
Derrière elles, la porte retrouva son silence, immobile, comme si leur visite n’avait jamais eu lieu.
## Scène 2 — Un vieil ami
Le lendemain matin, une lumière pâle baignait encore les rues de Lunez lorsque Francis prit place près de la fenêtre avec sa première tasse de café. La maison était silencieuse. Laura Chiara et Veyra dormaient encore à l’étage, et seul le bruit régulier des vagues venait troubler le calme qui régnait à l’intérieur.
Le vieil homme gardait les yeux tournés vers la mer lorsqu’un léger crissement de gravier retentit devant la maison.
Il ne bougea pas.
Quelques secondes plus tard, quelqu’un frappa deux fois à la porte.
Francis posa lentement sa tasse avant d’aller ouvrir.
L’homme qui se tenait devant lui portait un long imperméable sombre malgré la douceur du matin. Son chapeau masquait une partie de son visage, mais cela n’empêcha pas Francis de le reconnaître immédiatement.
« Entre. »
L’homme hocha simplement la tête avant de pénétrer dans la maison. Il referma la porte derrière lui sans précipitation, puis promena un bref regard autour de la pièce.
« Tu es venu de bonne heure », observa Francis.
« Je n’avais pas envie d’attendre. »
Sa voix était calme, presque neutre. Francis retourna s’asseoir près de la fenêtre.
« Tu prendras un café ? »
« Non. »
Le silence s’installa quelques instants.
L’homme finit par retirer lentement ses gants avant de relever les yeux vers Francis.
« Elles sont allées au fort ? » demanda-t-il.
« Oui. »
La réponse fut précise et directe.
Le vieil homme ne répondit pas tout de suite.
L’inconnu resta immobile.
Cette absence de mots suffit à alourdir l’atmosphère. Francis soupira discrètement.
« Je n’imaginais pas qu’elles iraient jusque-là. »
« Tu leur as laissé entendre trop de choses. »
Francis releva les yeux.
« Je ne leur ai parlé du fort que brièvement. Elles ont trouvé la piste toutes seules. »
L’homme demeura silencieux quelques secondes, comme s’il réfléchissait.
« Ce n’est pas ce qui m’inquiète. »
« Alors, quoi ? »
Son regard glissa vers la fenêtre. Au loin, le fort dominait toujours les falaises.
« C’est imprudent pour deux jeunes filles ordinaires d’aller là-bas. »
Francis sentit un frisson lui parcourir le dos.
« Tu crois qu’elles courent un danger ? »
L’homme ne répondit pas immédiatement. Il remit lentement ses gants.
« L’histoire du fort n’est pas un simple mythe », dit-il d’une voix lointaine.
Il se dirigea vers la porte. Francis se leva à son tour.
« Tu vas faire quoi ? »
L’homme posa la main sur la poignée.
« Les surveiller. »
Il ouvrit la porte. Avant de sortir, il s’arrêta un bref instant.
« Et j’espère que tu leur interdiras de retourner là-bas. »
La porte se referma doucement derrière lui.
Francis demeura immobile au milieu de la pièce, les yeux perdus vers l’entrée.
Au-dehors, le bruit de ses pas s’éloigna rapidement, puis le silence reprit sa place dans la maison.
La lumière du matin traversait doucement les rideaux de la chambre lorsque Laura Chiara ouvrit les yeux.
Pendant quelques secondes, elle resta immobile, encore perdue entre le sommeil et la réalité. Puis les souvenirs de la veille lui revinrent progressivement : le passage sous les falaises, la salle cachée dans la roche et cette immense porte de pierre qui leur avait barré le chemin.
Elle se redressa lentement sur son lit et passa une main sur son visage.
La nuit n’avait pas été aussi reposante qu’elle l’aurait voulu.
À quelques mètres d’elle, Veyra dormait encore profondément. Contrairement à son habitude, elle n’avait même pas pris le temps de ranger ses affaires avant de s’endormir. Son sac était posé au sol, légèrement ouvert, avec la lampe torche qui dépassait encore.
Laura Chiara observa la scène quelques secondes avant de laisser échapper un léger sourire.
Elle se leva sans faire de bruit et commença à ranger leurs affaires. En prenant son sac, elle sentit immédiatement le poids du carnet de Carlito à l’intérieur.
Ses doigts restèrent un instant posés dessus. Elle repensa aux dernières pages qu’elles avaient découvertes, aux symboles, aux notes incompréhensibles et surtout à cette porte qu’elles n’avaient pas réussi à ouvrir.
Elles avaient trouvé quelque chose. Mais elles étaient encore loin de comprendre quoi. Un léger mouvement derrière elle attira son attention.
« Tu es déjà réveillée ? »
Laura Chiara se retourna.
Veyra était assise sur son lit, les cheveux légèrement en désordre, encore marquée par le sommeil.
« Depuis quelques minutes. »
Veyra regarda le sac posé entre les mains de son amie. Elle n’eut pas besoin de demander ce qu’il contenait.
« Tu y pensais encore ? »
Laura Chiara baissa légèrement les yeux vers le carnet avant de hocher la tête.
« Oui. »
Veyra se leva et s’approcha de la fenêtre. Elle écarta légèrement le rideau pour regarder l’extérieur.
Lunez commençait déjà à s’animer. Quelques habitants traversaient les rues, les commerces ouvraient progressivement et, au loin, la mer continuait son mouvement régulier contre les falaises.
Rien ne semblait avoir changé.
Pourtant, elles savaient toutes les deux qu’un endroit oublié existait quelque part sous cette côte.
« On devrait peut-être y retourner ce matin », dit Veyra.
Laura Chiara acquiesça.
« Mais pas maintenant. »
Veyra tourna la tête vers elle.
« Pourquoi ? »
Laura Chiara regarda en direction de la porte de la chambre.
« Parce que Francis est là. »
Elle n’avait pas besoin d’expliquer davantage. Elles savaient toutes les deux que leur grand-père n’était pas naïf. Il remarquait les détails, les changements d’attitude et les silences trop longs.
Après leurs sorties répétées, leurs absences et leurs recherches, il finirait forcément par poser des questions.
Veyra soupira doucement avant de récupérer ses affaires.
« Alors, aujourd’hui, on fait comme si rien ne s’était passé. »
Laura Chiara esquissa un léger sourire.
« Jusqu’à ce qu’on trouve comment ouvrir cette porte. »
Elles quittèrent finalement la chambre après avoir rangé leurs affaires.
Dans le couloir, la maison semblait calme. Elles ignoraient encore que, quelques heures plus tôt, quelqu’un était venu parler à Francis à leur sujet.
Et que cet homme connaissait déjà une partie de ce qu’elles venaient tout juste de découvrir.