Traduction: Moonkissed
La dernière scène commença avec la même introduction que Something.
Le public parut perplexe.
Ils allaient refaire, pour l’au revoir, le duo qu’ils avaient déjà vu en ouverture ?
Certains froncèrent les sourcils.
Ils nous la resservent jusqu’à l’os…
Même si le morceau avait cartonné et atteint la première place, recycler la même chanson sur scène semblait être un pari maladroit.
Tout le monde le pensa.
Jusqu’au seuil des cinq secondes, juste avant que l’intro ne change.
À la répétition déjà, je trouvais ça bien… et là, c’est encore meilleur.
Ha Seungju, retiré sur le côté, laissa naître un sourire.
Ce n’était pas l’intro originale.
À l’introduction acoustique, une ligne de piano vive venait se poser, légère… et en plus, une batterie.
Là où l’original était doux, frais, presque aérien, cette version était pétillante, entraînante.
En écoutant cette nouvelle mélodie, Ha Seungju garda ce sourire au coin des lèvres.
Gyuhwan y a mis les mains.
On sentait clairement la patte d’un pro.
Même si Sun Woojoo savait composer, il n’aurait jamais eu le temps d’arranger le titre entre la confirmation de l’invitation et l’enregistrement.
Dans les petits détails, on devinait l’odeur familière d’un jeune compositeur proche, un “petit frère” de longue date.
Quoi qu’il en soit… c’est vraiment bien.
Une chanson créée par le fils d’un pianiste qu’il avait tant admiré, mêlée à l’arrangement d’un compositeur junior qu’il aimait : le résultat avait fière allure.
Un goût étrange, subtil… un mélange qu’on n’arrive pas à nommer, mais dont on a envie d’une deuxième bouchée.
Ha Seungju ferma les yeux, sourire éclatant.
Sans même remarquer que la caméra de la production s’était braquée sur lui.
« Pff… ha ! »
En régie, un membre du staff éclata de rire.
Sur l’écran diffusé, Ha Seungju souriait… en faisant une pose “fleur” sous le menton.
Une expression bizarrement… mignonne.
« Encore cette tête, MC Ha ! La “tête de jeune fille” quand il entend de la bonne musique. »
« Quand ça passera à l’antenne, on aura encore un meme, là. »
« Ils vont forcément en faire un screen. »
Les techniciens gloussèrent.
« Cet épisode de New Black, on récolte vraiment beaucoup de choses. La tête de MC Ha, l’histoire du pianiste génial, la période underground de Jang Sowon… »
« C’est vrai. »
Le PD acquiesça.
« Mais le plus important… c’est maintenant. »
Il avait raison.
Music Café de Ha Seungju restait une émission musicale avant tout.
On invitait des artistes, on parlait musique… mais l’essence, c’était de montrer une scène qui vaut le détour.
Le talk avec Jang Sowon et New Black avait été excellent.
Mais ce n’était pas une scène.
La première performance, Something, avait été irréprochable… sauf que le morceau était trop familier.
Après avoir monopolisé les charts plus d’un mois, la fatigue du public s’était déjà accumulée.
Il fallait donc du neuf.
Quelque chose de frais.
L’impro jazz de Seon Woojoo jouait le rôle d’un amuse-bouche, une promesse.
Le plat principal… commençait maintenant.
Pourvu qu’ils fassent comme à la répétition.
Au moment où le PD pensa cela, le chant démarra.
Dans la version originale, c’était la partie où Jang Sowon s’avançait vers Seo Leehyuk.
On s’attendait à entendre la voix principale.
Mais contre toute attente, le premier à saisir le micro fut Kim Joonghyun, le rappeur de New Black.
Il s’avança avec assurance et s’assit sur la chaise préparée.
– L’horloge qui t’attend
indique deux heures trente.
Quand est-ce que j’apercevrai ton visage ?
Tu vois comme je m’inquiète…
Un rap qui sonnait presque comme du chant.
Une voix solide, posée, portée par une mélodie douce qui attirait l’oreille.
L’arrivée soudaine du rap fit grimper d’un coup la concentration du public.
Puis ce fut au tour de Jang Sowon.
Sa voix claire fit vibrer la salle entière.
– Est-ce que tu as beaucoup attendu,
quel visage feras-tu ?
Adossée à la vitre du bus,
je t’imaginais.
D’où vient ce frisson ?
Sans doute de notre “entre-deux”, between.
Les gens commencèrent à dessiner des images dans leur tête.
Un homme assis à un arrêt de bus.
Une femme dans un bus, en route vers lui.
Et tandis que cette scène s’installait naturellement, le micro passa à Sun Woojoo.
– Est-ce ça, l’amour ?
Attendre, ce n’est pas grand-chose.
Toi, comme un vent de printemps…
Tu ne pourrais pas patienter un peu ?
Un troisième personnage venait d’entrer.
Les spectateurs appréciaient le chant de Sun Woojoo tout en laissant leur imagination courir.
Un triangle amoureux ?
Certains se rappelèrent ce que Jang Sowon avait dit plus tôt.
« À la base, Something avait des parts pour chaque membre de New Black. »
« Vraiment ? Alors pourquoi elles ont disparu ? »
« Parce que moi je suis la voix féminine, et avec cinq voix masculines… l’ambiance devenait un peu bizarre. »
« Bizarre ? »
« Oui. Comme si j’étais une fille qui “gère son vivier”, vous voyez… »
Et effectivement, dès que de nouveaux personnages s’ajoutaient, l’atmosphère n’avait plus rien à voir avec la version initiale.
Au moment où la curiosité montait, la voix principale surgit.
Une humeur plus joyeuse que l’originale.
Dans cette chanson devenue lumineuse, la puissance vocale de Seo Leehyuk fit trembler la salle.
– Si tu me demandes ce que nous sommes,
moi je dirais…
que notre “entre-deux” est un bonbon sucré.
Il fond, lentement, entre nous,
et je franchirai ce mur pour saisir ta main.
Je prends ta main qui semble si proche et pourtant si lointaine,
et je vais te chuchoter, maintenant…
Si la version originale était fraîche, celle-ci était douce, sucrée, et franchement amusante.
Les expressions des membres de New Black en étaient la preuve.
Contrairement à la première scène, très sérieuse, ils chantaient tous avec une joie visible.
Un sourire se dessina sur les lèvres du public.
Au départ, New Black avait envisagé une chanson “humide”, émotionnelle, adaptée au late night.
Jusqu’à ce que Sun Woojoo s’y oppose.
« C’est une scène où des seniors monstrueux sont déjà passés. Même si on chante bien “pour des idols”, ce sera difficile de provoquer une claque émotionnelle. »
Plutôt que de forcer l’émotion avec une chanson lourde, il voulait une scène amusante, vivante.
C’est ainsi qu’ils avaient préparé la version pétillante de Between.
Une version “améliorée” de l’original, spécialement pensée pour divertir.
« Ils sont bons. »
Le PD sourit en régie.
« Ils ont du sens du timing dans le talk, et ils savent construire une scène qui amuse au lieu de tenter une ballade maladroite. Faut que je m’en souvienne. Le leader de New Black… comment il s’appelle déjà ? J’ai oublié. »
« Woojoo, apparemment. »
« Voilà. Ce gars-là. »
Le PD se dit qu’un jour, s’il produisait une autre émission musicale, il faudrait les rappeler.
« Ça va arriver. Le highlight. »
« Oui. »
Ils fixèrent les dizaines de moniteurs, impatients de lire la réaction du public.
Et dans la deuxième partie, celui qui prit le micro fut Kim Bijoo.
Une voix plus proche du timbre cristallin, presque enfantin, lança la ligne.
– Ton visage me manque…
Je préparerai des fleurs de printemps,
notre “entre-deux” sucré…
pour que tu sentes ce frisson.
En disant cela, Kim Bijoo sourit et sortit un bouquet.
C’était… élégant.
À mesure que les cinq membres chantaient chacun leur tour, le public comprit que l’image qu’il s’était faite de New Black était fausse.
C’était un groupe où chaque membre possédait une couleur vocale propre.
Sans même dire “idol”, on aurait pu croire à un quatuor vocal.
Mais alors que les spectateurs admiraient leur niveau, ils commencèrent aussi à froncer les sourcils en goûtant les paroles.
Attends… qu’est-ce qui se passe, exactement ?
Kim Joonghyun attend quelqu’un.
Jang Sowon est dans un bus, en route vers lui.
Sun Woojoo s’avance vers quelqu’un.
Et Kim Bijoo, lui aussi, semble attendre quelqu’un.
Un carré amoureux ?
Comme Puck, le lutin de Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, Seo Leehyuk et Wang Jiho jouaient le rôle de narrateurs, de commentateurs au milieu des amours qui s’emmêlent.
Les quatre autres, hommes et femmes…
On avait l’impression que leurs liens se nouaient et se dénouaient, enchevêtrés.
Et lorsque le dernier highlight démarra, les quatre “protagonistes” se mirent en mouvement autour de Seo Leehyuk et Wang Jiho, placés au centre.
– Je prends ta main qui semble si proche et pourtant si lointaine,
et je vais te chuchoter, maintenant…
Jang Sowon s’avança à petits pas rapides, comme quelqu’un qui vient de descendre du bus.
Et, comme on s’y attendait, vers Kim Joonghyun.
Lui, comme s’il était à un arrêt, l’accueillit avec joie. Ils rapprochèrent leurs micros et posèrent leurs harmonies.
Alors… et les deux autres ?
Si Jang Sowon choisissait Kim Joonghyun… que devenaient les deux derniers ?
C’est à ce moment-là que Sun Woojoo s’approcha de Kim Bijoo.
Kim Bijoo sourit, lui tendit le bouquet, et Sun Woojoo le prit.
Un petit rire jaillit dans la salle.
Ils harmonisèrent l’un vers l’autre, et, sans s’en rendre compte, plusieurs spectateurs se mirent à rire aussi.
Certains eurent soudain en tête un certain type de clip.
Un homme qui regarde une mariée avec nostalgie, comme s’il regrettait un amour impossible… avant qu’on comprenne, au twist final, que ce qu’il regrettait, ce n’était pas la mariée… mais l’homme qu’elle épousait.
Et pendant ce temps, Seo Leehyuk et Wang Jiho se dispersèrent, tels des cupidons, pour bénir chaque couple.
Quand la chanson prit fin, le public rendit à ces six artistes ce qu’ils venaient de recevoir.
Une ovation.
Une salve d’applaudissements si forte qu’elle fit résonner la salle entière.
Un chanteur le sait.
Il sait s’il a été bon ou non. Même sans écouter les applaudissements, on le comprend.
Une bonne scène a quelque chose de différent.
Comme une partie qui “prend” dès le début, où tout s’emboîte et s’enchaîne parfaitement, un bon concert glisse, dès la première seconde.
C’était déjà comme ça quand nous avions chanté du trot pour l’évaluation de fin d’année.
Mais savoir qu’on a réussi… et entendre, sentir, recevoir la réponse du public en clameurs et en battements de mains, ce n’est pas la même dimension.
C’est pour ça que je souriais, là, au milieu des applaudissements.
Jang Sowon.
Bijoo. Joonghyun. Leehyuk. Jiho.
Avec les membres et sunbae Sowon qui avaient partagé la scène, nous échangeâmes des sourires, puis nous inclinâmes poliment le micro à la main.
« Merci ! »
Les applaudissements qui remplissaient la salle me firent rire malgré moi.
Mais ce que je préférais, plus que tout… c’étaient les visages.
Sur les traits du public, je retrouvais l’expression que mes parents avaient, dans mes souvenirs d’enfance, quand ils me regardaient.
La raison même pour laquelle j’avais voulu devenir idol.
Dans la voiture qui nous ramenait au dortoir.
Quel silence.
Épuisés, les corps s’enfonçaient dans les sièges.
Après un pré-enregistrement tôt le matin, des heures d’attente, puis un direct… l’énergie était à sec.
Et pourtant, j’étais comblé.
Une sensation simple : aujourd’hui, j’avais vraiment vécu à fond.
« Vous avez tous bossé dur. »
Je souris largement.
« Enfin… c’est la fin de la promo. »
« Wah… dire que c’est fini… »
« Tu te sens soulagé ? »
« Pas soulagé… plutôt triste. On flottait sur un nuage depuis un mois, quoi. »
À la remarque du maknae, nous acquiesçâmes.
« Mais on a bien fini, non ? »
« Quand les gens applaudissaient, j’ai eu des frissons. C’était dix fois plus fort que l’évaluation de fin d’année. »
« Dix fois ? Moi j’aurais dit cent. »
« Et vous, chef, vous en avez pensé quoi ? »
À la question de Bijoo, Seokhwan hyung, silencieux sur le siège passager, esquissa un sourire.
« C’était bien. Au point que les gens n’auront plus matière à vous chipoter sur votre niveau vocal, sur internet. »
« Oooh. »
« Vraiment, vous avez été excellents, les gars. »
À l’affirmation d’un pro du milieu, nous nous tapâmes dans les mains en poussant des cris de victoire.
C’était exactement le résultat qu’on voulait.
Montrer qu’on savait chanter.
« Minki hyung, et toi, alors ? »
« Elle était jolie. »
« Minki, je t’envoie chez Hwa, moi ? »
« A-ah, chef, pardon ! Je conduis, je… je suis un peu ailleurs ! »
Le road manager maladroit déclencha un éclat de rire général.
Bijoo me demanda, comme pour se rassurer :
« Hyung… à l’antenne, ça va être bien reçu aussi, non ? »
« Le public sur place a adoré. »
« C’est vrai… il y a eu des cris quand je t’ai donné les fleurs à la fin, non ? »
« Moi j’avais peur que ça fasse un flop. Je suis soulagé. »
« Tu peux l’être. »
Je hochai la tête vers Leehyuk, en souriant.
Puis j’appelai celui qui regardait la vitre en silence.
« Joonghyun, ça allait ? »
« Oui. C’était bien. »
« Aujourd’hui, je te suis le plus reconnaissant. Tu sais pourquoi, hein ? »
J’étais reconnaissant pour tout à l’heure, dans la loge. Quand il avait dit que je n’avais pas à porter tout le monde sur mon dos, et que je pouvais choisir pour moi, cette fois.
Joonghyun sourit sans répondre.
Il y avait une mélancolie étrange.
Il était passé vingt-deux heures.
Dans la voiture sombre, seulement traversée par les lampadaires, nous ressentions quelque chose d’inhabituel.
Un vide.
Comme Jiho l’avait dit, ce mois de rêve touchait à sa fin.
La promo en émissions musicales était terminée, et il n’y aurait plus, pendant un moment, de “vraies” activités de célébrités comme les shootings.
Nous n’avions même pas encore débuté.
Dès notre retour au dortoir, nous redevenions des trainees.
Un long tunnel.
Nous avions roulé dans un tunnel sombre, puis pris un détour par un jardin magnifique, respiré l’odeur des fleurs, chanté dans la lumière.
Mais le moment sucré s’achevait.
Nous allions retourner dans le tunnel, et courir vers la lumière.
Et même si nous traversions ce tunnel…
Est-ce qu’on retrouverait un jour cette douceur, cette parenthèse de lumière ?
Sans le dire, tout le monde devait porter la même inquiétude.
J’aurais voulu dire : Ne vous inquiétez pas.
Mais je n’étais pas un dieu de l’industrie. Je ne pouvais pas promettre le succès.
Alors j’ai dit autre chose.
« Vous avez vraiment bossé dur, les gars. »
Nous regardâmes tous, à travers les vitres, Yeouido s’éloigner.
« Jusqu’au jour où on reviendra… travaillons encore plus. »
Et tout le monde acquiesça, en souriant.
Mars 2014.
Avec l’enregistrement de Music Café de Ha Seungju, New Black mit officiellement fin aux activités promotionnelles du single projet Something.