Traduction: Moonkissed
À l’origine, j’aurais dû partir pour l’entretien, mais à cause d’un certain quelqu’un qui ne se sent jamais apaisé tant qu’on ne fait pas “un truc tous ensemble”, je me suis assis un instant.
L’ambiance était joyeuse.
« Leehyuk hyung, j’ai préparé un ssam spécial pour toi ! »
« Oh, ouais. Tiens, toi aussi, mange ça. »
Non mais… c’est quoi ce miracle.
Le maknae et Leehyuk se passaient gentiment des ssams de bossam et de jokbal.
Et voilà le résultat.
« Pff… ! Hé ! Wang Jiho, t’as mis quoi là-dedans ? »
« Kof ! Hyung, kof… c’est quoi, ça ? »
Voilà, on y revient.
On aurait dit qu’ils avaient bourré ça de piments et d’ail à outrance. Le visage rouge écarlate, ils se vidaient des verres d’eau comme si leur vie en dépendait.
Il y a des moments où je me dis que, peut-être, ces deux-là ont été programmés au niveau ADN pour s’assassiner mutuellement.
« Hyung, mange ça. »
Bijoo, tel un oisillon… non, plutôt comme une maman oiseau, déposa dans mon assiette les morceaux de jokbal et de bossam les plus appétissants.
J’avais un petit creux, sans plus.
Je n’avais pas vraiment d’appétit, mais dès que ça a touché ma langue, ça a fondu comme si ça n’avait jamais existé.
Contrairement à la ligne des “petits” qui passait son temps à se chamailler, la ligne des hyungs, assise en face, mangeait dans un calme presque paisible.
Joonghyun, qui aspirait le jokbal jusqu’à l’os, prit soudain un air grave, comme s’il venait de se souvenir d’un détail crucial.
« Woojoo hyung. »
« Hm ? »
« La technique que t’as utilisée pour… battre le PDG. »
Bijoo et moi avons éclaté de rire. Bijoo, qui riait au point de s’étouffer, taquina son camarade du même âge en souriant.
« Kim Joonghyun, pourquoi tu “bats” le PDG ? Le PDG, c’est pas un méchant. »
« Ah… ouais. Alors… l’attaquer… ? »
En le regardant lutter pour trouver un mot correct, Leehyuk claqua la langue.
« Hyung, ton boulot, c’est d’écrire des raps, et t’as zéro vocabulaire ? »
« Je suis juste concentré sur ma bouffe. Bref, quand t’as envoyé le PDG s’écraser au sol, cette technique-là… t’as appris ça où ? »
« En regardant deux-trois trucs sur MiTube. »
« Ça marche, juste comme ça ? »
« Hyung, il apprend aussi des chorés en regardant, non ? »
À la remarque du maknae, tout le monde fit : « Aaah… », comme si l’univers venait de se remettre en place.
Puis ils se mirent à bavarder entre eux.
« C’est complètement impossible, en vrai… mais vu toutes les choses impossibles qu’on voit, on finit par se dire “bon, ok”. »
« La première fois, quand tu as fait l’arrangement en une journée, c’était vraiment bizarre, hein. Je te jure, je croyais que t’étais un extraterrestre. »
« Carrément. Moi, j’étais choqué. »
« Quand t’es arrivé, même pas une semaine après, et que t’as dit : “Vous avez tous faux”, puis que t’as arrangé le truc en une journée… je me suis dit : “C’est un type louche”, hyung. »
« C’était si bizarre que ça ? »
Oh, Seo Leehyuk. Tu me défends, là ?
« C’était super bizarre. »
« … »
« Au début, j’arrivais pas à m’y faire, j’étais en mode “hein ?”, mais maintenant… j’ai l’impression qu’on s’est juste adaptés. Genre : “Ah, ça, c’est Woojoo qui fait du Woojoo”, et voilà. »
« J’étais à ce point bizarre ? »
À mon murmure, les petits répondirent en chœur.
« Oui, vraiment bizarre. »
« Je te jure, je pensais que t’étais un alien venu nous aider. »
« Tu disais que tu savais pas danser, puis on te félicite pour ta danse. Tu fais l’arrangement d’une semaine en une journée. À l’évaluation de fin d’année, le sunbae Jang Sowon te propose de bosser ensemble. Et quand tu vas bosser, tu sors une guitare, tu fais “tac tac” l’arrangement… et la chanson finit numéro un. »
« Dit comme ça… c’est vrai que c’est bizarre. »
Après que Bijoo eut conclu en mâchonnant ses baguettes, je me mis à rire.
Je savais même plus si c’était un compliment ou une insulte.
Mais, même moi, je devais l’admettre : depuis mon arrivée dans cette boîte, tout ce qui s’était passé était… étrange. Les événements s’imbriquaient, il y avait une logique, mais au point où ça ressemblait presque à une blague du destin.
« C’est sûrement grâce aux dons chamaniques du directeur Jo Gyuhwan, non ? »
Quand le maknae sortit cette théorie farfelue, je me rappelai soudain la promesse que j’avais oubliée.
Ah, c’est vrai.
J’avais rendez-vous avec le directeur Jo pour un entretien.
« Mais quel idiot… je suis en retard. »
« Tu vas où ? »
« J’ai rendez-vous pour un entretien avec le directeur Jo. »
« Un entretien… ? »
En regardant les membres qui me fixaient, perdus, j’entrouvris les lèvres… puis je me ravisai.
L’heure était bizarre.
Et puis, au fond, je me disais que ce genre de souci… c’était à moi de le porter.
« Je reviens vite. On se voit tout à l’heure. »
Bureau du PDG.
Je suis monté en pensant que j’allais faire un entretien avec le directeur Jo, et quand j’ai repris mes esprits… j’étais dans le bureau du PDG.
« Santé ! »
Des messieurs au visage déjà rosé entrechoquaient des canettes de bière.
Qui suis-je, et pourquoi je suis là ?
Le PDG me tendit une canette avec un sourire bonhomme.
« Woojoo, tu veux boire un verre ? »
« PDG, dites pas des choses pareilles. Lui, demain, il doit courir à l’émission musicale. »
Le directeur Jo agita la main pour l’en empêcher.
Moi, je sirotais un Coca zéro pendant que le PDG me fourrait du bossam dans la bouche.
« Woojoo, t’as bossé dur. Vraiment. »
« Merci. »
« Je l’ai senti dès l’évaluation de fin d’année, mais depuis que Woojoo est arrivé, tout se débloque tout seul. Ha ha ! Après Gyuhwan, voilà notre deuxième porte-bonheur. »
« Exactement. »
Le directeur Jo renchérit.
« Le chef de l’équipe soutien de gestion était en train de chanter tellement il était content. Il dit qu’on va probablement battre le record historique des revenus de musique ce trimestre. Je n’avais pas vu ce type sourire depuis le jour où un film a fait dix millions d’entrées. »
« Woojoo a vraiment fait un truc énorme. Le directeur Yoon doit être fier. »
« Oh, c’est grâce au PDG et au directeur, voyons. »
« Quel “grâce à moi” ? Woojoo a été bon, les gamins ont été bons. C’est le résultat de tout le monde. Ha ha ! »
« Sans le fait que vous ayez bouclé l’accord avec Hwain Entertainment, PDG, rien de tout ça n’aurait été possible. »
À chaque mouvement de langue de Yoon Seokhwan, des fleurs de sourire éclosaient sur le visage du PDG.
Évidemment.
Ce hyung-là n’a pas eu ce poste gratuitement.
Pendant que Yoon Seokhwan excellait dans l’art de la vie en société, l’attention du PDG glissa ailleurs.
« Au fait, comme beaucoup d’argent va rentrer… t’as déjà pensé à quoi faire de tes royalties ? »
« Pas encore. »
Je répondis en souriant.
« Je vais d’abord épargner. Je n’ai jamais eu à gérer une somme aussi grosse. »
La vie de trainee, c’est comme ça.
L’argent s’accumule.
On ne sait pas comment le dépenser, et on n’a même pas où le dépenser.
« Mais si je devais dépenser, ce serait pour ma grand-mère. »
« Bonne idée. Hé, Jo, quand t’as eu ton premier énorme succès, t’avais fait quoi ? T’avais acheté une maison à tes parents ? »
« La maison, c’était après, PDG. Moi, j’ai d’abord changé leur voiture. »
« Ah, c’est vrai. »
Pendant que les adultes parlaient immobilier entre eux, je mangeais mon bossam en silence.
Je n’avais pas de sujet pour m’incruster.
Quelqu’un me donna un petit coup au côté. C’était Yoon Seokhwan, qui me lançait un regard chargé de sous-entendus.
J’acquiesçai.
« Euh… tout à l’heure, je suis désolé, PDG. Votre dos… ça va ? »
« Ça lance un peu, mais ça ira. Je mettrai un patch, c’est tout. »
« Je suis vraiment désolé. »
« Non. C’est moi qui ai eu tort de te saisir l’épaule pour te faire peur. Et puis, comme on dit : “prends ça comme une bonne expérience”. Ha ha ! »
Heureusement, le PDG passa ça avec son sourire bonhomme.
Je regardai en silence la deuxième victime, baguettes à la main.
« Et toi, hyung ? »
« Moi, j’ai une hernie discale, abruti. »
« …Pardon, vraiment. S’il se passe quoi que ce soit, je prendrai mes responsabilités. »
« Laisse tomber, idiot. Toi, fais juste en sorte de pas te blesser, et reste en bonne santé. »
Pendant que Yoon Seokhwan faisait un geste agacé de la main, le PDG s’interposa naturellement, toujours avec ce sourire chaleureux.
« On m’a dit qu’à la base, c’était l’heure de ton entretien. »
« Ah, oui. »
« Tant qu’on y est… on peut écouter aussi ? »
Je n’hésitai pas longtemps.
De toute façon, ce que je disais au directeur finirait forcément par arriver aux oreilles du PDG.
Alors, à quoi bon se priver.
Je sortis prudemment le souci que je portais depuis quelque temps.
Les trois “messieurs” légèrement éméchés m’écoutèrent sans m’interrompre.
Quand j’eus terminé, un silence s’installa.
Le premier à parler fut le directeur Jo.
« Tu veux montrer que les membres savent bien chanter ? »
« Oui. »
« C’est nécessaire ? »
« Pardon ? »
Devant mes yeux qui clignaient, il continua.
« Le classement des charts est historique, les classements en émission musicale, on n’en parle même pas. Les médias appellent ça une “domination longue durée”. Et puis, ce n’est pas votre titre de début, si ? C’est un projet, non ? Une popularité qui n’était même pas prévue. Franchement, je me dis que ça suffit largement. »
Le directeur Jo conclut d’un ton un peu blasé.
L’atmosphère donnait l’impression qu’il fallait répondre “correctement”, mais je dis ce que je pensais, simplement.
« Euh… je suis quelqu’un d’assez gourmand. Et je pense qu’en ce moment, c’est justement le moment d’être gourmand. Même si cette popularité n’était pas prévue, une occasion comme ça ne revient pas deux fois. J’ai envie de la faire fructifier au maximum. »
Il me fixa.
J’avais dit quelque chose de travers ?
Il me scruta comme s’il essayait de lire quelque chose dans mes yeux, puis il sourit et but une gorgée de bière.
« Bonne réponse. »
Je regardai autour de moi.
C’est seulement à ce moment-là que je remarquai que le PDG et Yoon Seokhwan me regardaient avec des yeux attendris.
Quand je compris enfin, le directeur Jo reprit :
« Je voulais juste voir ce que tu répondrais. Désolé. »
« Ah… »
« C’est juste que je trouvais ça un peu drôle. »
Il sourit.
« Parce que le directeur Yoon et moi, on avait exactement la même inquiétude. »
« Ah bon ? »
« C’est une opportunité de construire l’image de New Black. Mais si on retire Leehyuk, vous n’attirez pas autant l’attention, donc forcément, ça nous frustre. Et comme tu dis, vos gamins ont un niveau qui, comparé à beaucoup de chanteurs, n’a rien à envier. »
C’est vrai.
Les adultes, ils n’allaient pas ignorer ce genre de problème.
« On est d’accord avec toi. Dans ce milieu, pour réussir, il faut attraper chaque occasion et en tirer le maximum. »
Les autres hochèrent la tête, approuvant.
« Directeur Yoon, dis-lui aussi, s’il te plaît. »
« Oui. »
Yoon Seokhwan se leva, fouilla dans sa serviette, et en sortit quelque chose.
Un document intitulé « Plan d’activités de New Black », rempli de projets soigneusement organisés.
« Je comptais te le dire quand le planning serait fixé, mais je te le dis à toi en avance. »
« Quoi ? »
« Ta question, on l’a prise au sérieux, nous aussi. Et on a trouvé une solution. »
Ils avaient déjà trouvé ?
Je le regardai avec curiosité, et il me répondit :
« Pour remplir tes conditions, il faut qu’on présente le groupe New Black aux gens, pas vrai ? »
« Oui. »
« On ne peut pas aller dans les variétés. Encore moins sur les grandes chaînes. Personne ne vous invitera juste vous, sans Jang Sowon, et puis… vous n’avez pas encore assez d’expériences pour alimenter des histoires et tenir un talk. »
C’était logique.
Entrer dans l’arène des variétés où tout le monde se bat pour du temps d’antenne, c’était comme débarquer en newbie dans un jeu rempli de vétérans.
« Mais il y a un endroit où vous pouvez apparaître sans pression, tout en recevant un spotlight musical. Et où vous pouvez montrer vos voix. »
« Une radio ? »
« Non. Une émission musicale. »
Hein ?
Une émission musicale, genre… celles où on va tous les jours ?
En me voyant cligner des yeux, il pointa un nom sur la feuille.
« Le Music Café de Ha Seungju… ? Ah ! »
Le Music Café de Ha Seungju.
Une émission musicale de nuit diffusée après minuit sur la chaîne PBS.
Ha Seungju, pianiste et compositeur, y animait une émission réputée pour ses bons chiffres d’audience malgré son horaire tardif.
L’animateur était connu pour mener les échanges avec talent, et surtout, le niveau des performances live y était élevé.
Du coup, y être invité signifiait qu’on avait un certain niveau, reconnu.
Pour nous, c’était une occasion rêvée.
Contrairement aux émissions musicales où l’on fait juste la scène et on repart, le Music Café reposait sur un talk où l’animateur mettait en valeur le charme des invités.
Pour des rookies débutants comme New Black, c’était l’endroit idéal pour terminer la promo en laissant une image forte.
Mais…
« …Vous pensez qu’on peut vraiment y passer ? »
Le Music Café était connu pour être exigeant.
J’avais entendu dire que même des artistes populaires se faisaient recaler sans pitié si leur live n’était pas jugé satisfaisant.
« Je connais Seungju hyung, et le directeur Yoon a des contacts avec le PD responsable. Donc l’invitation, ce ne sera pas compliqué. »
« J’ai graissé les rouages pendant plusieurs jours. »
« Maintenant, il ne reste qu’une chose : ce que vous montrerez à l’antenne. Alors ? Ton souci, il s’est un peu allégé ? »
« Oui. »
« Mais dis donc, Woojoo. »
Le directeur Jo sourit doucement.
« Avant d’en parler à nous… tu en as parlé aux membres ? À t’entendre, on dirait qu’ils ne savent rien. »
J’eus l’impression de recevoir un coup derrière la tête.
Ah.
J’avais fait une erreur.
« Tu es le leader. Alors quand tu parles, nous, on ne peut que penser que tu parles au nom des autres. »
« Je suis désolé. »
« Ce n’est pas une raison de t’excuser. Tu l’as fait pour l’équipe. Mais la prochaine fois, j’aimerais que tu en parles d’abord avec eux. »
Il sourit.
« New Black, ce n’est pas un groupe où tu es seul. »
Peu de temps après, le directeur Yoon revint avec une bonne nouvelle.
« C’est confirmé, vous passez au Music Café. »
Le temps fila.
On n’avait qu’une dizaine de minutes à l’antenne, mais pour ces dix minutes, il fallait une préparation énorme.
Pour créer des sujets de talk, on devait faire des interviews en amont avec les scénaristes.
Pour le live, il fallait inventer une scène différente, spéciale.
Presque chaque nuit, on veillait tard : on construisait un répertoire, on le cassait, on le reconstruisait.
C’était dur, mais bon.
Quand on tient à une occasion, on la saisit à force d’efforts.
Il y a bien des émissions musicales où l’on passe douze heures de travail pour une scène de trois minutes, alors ce genre de préparation… ce n’était pas de quoi se plaindre.
Loge d’une émission musicale, artistes en attente.
« Le Music Café ? »
Évidemment, la participation de New Black se faisait en duo avec Jang Sowon.
À part « Something », on n’avait pas encore de chanson à nous.
Elle, qui devait participer, réagit avec enthousiasme. Il faut dire que j’avais déjà préparé le terrain en lui en parlant lors de nos “séances de conseil”.
« Oh, c’est super. »
Jang Sowon, en mangeant un soufflé avec un café, affichait un large sourire.
« J’ai vu les commentaires sur vous, et je te jure, il y a des fois où j’ai répondu tellement j’étais outrée. Cette fois, montrez-leur bien, et qu’ils n’osent plus jamais dire des trucs comme “bouquet décoratif” ou “pot de fleurs”. »
« Merci de venir avec nous. »
« Arrête. Après la fin de la promo, on ne se verra pas si souvent, alors autant profiter quand on peut encore se croiser. »
Elle sourit.
« Et puis surtout… j’ai hâte de voir la scène que vous allez faire ensemble. Alors ? Qu’est-ce que vous avez préparé, cette fois ? »
Salle publique de la chaîne PBS.
C’était début avril, quand les fleurs de printemps devaient être magnifiques, le jour de l’enregistrement du Music Café de Ha Seungju.
Entre-temps, nous avions terminé les émissions musicales habituelles.
On gardait toujours la première place mensuelle sur le chart Mango, mais à la quatrième semaine, un soliste en comeback et un idol très populaire nous avaient dépassés, et nous avions quitté la course au trophée.
Les deux agences jugèrent qu’il était temps de clore la promo.
Et nous venions d’arriver au dernier arrêt de cette activité.
« Waouh… c’est immense. »
Quand nous avons quitté la loge pour rejoindre les coulisses afin de faire la répétition, nous avons vu la taille de la scène et nous avons failli défaillir.
C’était… d’une autre échelle.
Rien à voir avec un studio d’émission musicale.
Et forcément, la tension a doublé.
Bijoo mordillait sa lèvre sans arrêt, puis la relâchait.
Leehyuk essuyait du bout du mouchoir la sueur qui lui perlait dans la paume.
Même le maknae, qui d’habitude se serait moqué de Leehyuk en demandant “tu stresses ?”, restait bouche entrouverte, figé.
Et au milieu de tout ça, seul Joonghyun avait l’air d’un moine, parfaitement serein.
Bon, ce type-là… quand j’avais fait une projection au PDG, alors que les autres avaient sursauté, lui s’était juste dit : « Oh, cette technique est trop stylée. » Donc ce n’était pas si surprenant.
Un membre du staff, un FD, finit par se frayer un chemin jusqu’à nous à travers l’agitation.
« Équipe New Black. »
« Oui ! »
Avec son intercom, le FD écouta des consignes, puis nous balaya du regard.
« Qui est Woojoo ? »
« C’est moi. »
« On commence par toi pour la répétition. On va d’abord vérifier le son du piano. On fait environ deux minutes, puis on enchaîne tout de suite avec la répétition de groupe. Et quand vous montez sur scène, n’oubliez pas ce qu’on vous a dit : attention aux déplacements, d’accord ? »
Après ça, il continua encore une minute à débiter des avertissements à toute vitesse, puis disparut aussitôt vers un autre endroit.
« Il a dit quoi, là ? »
« Euh… je crois que je suis tellement stressé que j’ai oublié. »
« Joonghyun, toi, t’as entendu, hein ? »
« Ah… j’étais dans mes pensées. »
Dans la confusion, les petits se tournèrent naturellement vers moi. Non, je ne savais même pas pourquoi c’était “naturel”, mais bref.
Et moi, en soupirant, je leur tendis mon téléphone.
« Tenez. »
« … ? »
« J’ai enregistré. Écoutez. »
« … ! »
Ils me regardèrent comme si j’étais un sauveur. Je leur fis un petit signe de la main, puis je montai sur scène.
Au centre, un piano à queue déjà installé.
En bas de la scène, je voyais les scénaristes, carnet en main, en train de chercher des choses à corriger, ainsi que l’équipe de production qui surveillait les écrans.
Je vérifiai d’abord la position des caméras.
Puis, en sentant sous moi le contact froid du siège du piano, je fermai les yeux.
Et je commençai à jouer.