Traduction: Moonkissed
Nous avons regardé Gil Chaegyeong s’installer à côté de Jiho.
C’est quoi, son plan ?
L’ambiance, jusque-là centrée sur Jiho, changea d’un seul coup.
À chaque phrase de la fille au sourire éclatant, des réactions favorables jaillissaient de ci, de là.
Comme elle nous tournait le dos, je ne voyais pas l’expression de Jiho.
Nous la surveillions, tendus, quand soudain… à ce qu’elle dit, un murmure se répandit.
Comme si quelqu’un avait jeté une pierre dans un étang : des ondes qui partaient en cercles, de plus en plus larges.
Puis des regards. Vers nous.
« Pourquoi ils nous regardent ? »
« Hé, j’ai flippé… c’est quoi ce délire ? »
Contrairement aux autres qui paniquaient, je caressai mon menton, pensif.
Chaegyeong avait l’air légèrement déstabilisée.
Ce qu’on pouvait déduire, c’était simple : elle avait tenté de descendre Jiho… et avait échoué.
Pour nous utiliser contre lui, il n’y avait qu’une arme possible : la différence de notoriété.
Elle avait raté.
Donc si les élèves se tournaient vers nous, c’était probablement parce qu’ils savaient qui nous étions.
Quand ce raisonnement se mit en place, j’appelai Leehyuk.
« Leehyuk. »
« Oui ? »
« Cherche notre nom, là. »
« Le vieux, t’as pas de mains ? »
En sortant son téléphone, il fit danser ses doigts à toute vitesse.
« …Hein ? »
Après avoir tapé “New Black”, Leehyuk fronça les sourcils et se mit à faire défiler des articles.
Ses yeux s’écarquillèrent.
Bijoo et Joonghyun tournèrent aussi la tête.
Moi, je commençais à sentir le truc venir, mais eux, en voyant sa réaction, se crispèrent.
« Leehyuk, qu’est-ce qu’il y a ? »
« Il nous arrive un truc ? »
Sans répondre, il continua à scroller.
Et là, le jaune familier de l’écran de Mango apparut.
« …Hein ? »
Il fut si choqué qu’il lâcha son téléphone.
Je le vis en plein bâillement.
Le smartphone glissa entre ses doigts comme en ralenti.
Mon corps réagit tout seul, mon talon se leva.
Toc.
Comme un petit coup de jonglage, je le renvoyai en l’air avec le talon et l’attrapai au vol, puis je le lui rendis.
« Waouh. »
À côté, Joonghyun ouvrit de grands yeux, admiratif.
À force de m’entraîner à des mouvements acrobatiques à chaque occasion grâce à mon aptitude d’imitation, ce genre de geste sortait maintenant naturellement.
Revenu à la situation, j’appelai Leehyuk, encore figé.
« Leehyuk. »
« …… »
« Seo Leehyuk. »
« Oui ? »
« Prends ton téléphone. »
Leehyuk croisa mon regard. Avec une tête à moitié ailleurs, il murmura :
« Hyung… on a tout explosé. »
« Explosé ? Mais tu racontes quoi ? »
« Regarde. »
Il nous tendit l’écran.
[Classement Mango, temps réel]
Something était 1er.
On chercha frénétiquement sur internet pour comprendre pourquoi.
Tout avait commencé avec une émission de variété le week-end précédent.
Dans un programme de “mariage virtuel”, pendant une scène où les deux participants confirmaient leurs sentiments, notre chanson avait été utilisée en fond sonore.
Donc c’est ça… le “s’il vous plaît, mettez-la” que Seokhwan hyung avait supplié au PD ?
À ce stade, pourtant, les gens n’avaient pas explosé.
Ils avaient juste pensé : “Tiens, c’est joli.” Et ils avaient continué leur vie.
Le vrai départ, c’était quand le moment phare, monté en clip, s’était mis à tourner sur les réseaux.
– Wubin et Jieun, soyez heureux !
– Trop sucré… le meilleur ㅜㅠㅠㅠㅠㅠ
– Quelqu’un sait le titre du BGM ?
– Moi aussi je veux savoir, je l’entends souvent en radio ou au café.
– C’est le single de Jang Sowon ! Ça s’appelle Something.
La notoriété montait, mais ce n’était pas encore assez.
Puis une vidéo est arrivée et a fait basculer le monde.
Un BJ (streamer) avait posté une reprise en duo de Something avec un autre BJ, et le cover s’était répandu sur les réseaux.
Un bouche-à-oreille instantané.
Une propagation virale.
Grâce à cette vidéo partagée comme un microbe joyeux, notre chanson reçut soudain une attention énorme.
Depuis hier à l’aube, le classement montait sans arrêt, et ce matin… elle avait finalement atteint la 1re place.
Pendant toute la cérémonie, j’avais rafraîchi la page une centaine de fois.
« C’est pas un rêve, hein ? »
« Tu veux que je te pince ? »
« Pince-toi d’abord. »
Bijoo et moi nous pinçâmes mutuellement les côtes.
Ça fit mal, point final.
Mais franchement… même si c’était un rêve, qui voudrait se réveiller ?
Joonghyun, qui ne s’étonnait d’habitude de rien, clignait des yeux comme un ours sorti de l’hibernation.
Leehyuk, lui, se tenait la poitrine, épaules remontées.
« Aïe… mon cœur tremble. »
« Ça va ? »
« J’ai l’impression que le sol ondule. Mes jambes tremblent. Hyung, toi, tu réalises ? »
« Le fait que tu m’appelles “hyung” d’un coup, ça, j’ai du mal à réaliser. »
Leehyuk me fusilla du regard.
Pendant que je riais, Bijoo me demanda :
« Au fait, hyung… à l’agence, ça doit être la guerre, non ? »
Équipe de promotion de Lemon Entertainment.
“C’est le feu” était une description insuffisante : les téléphones sonnaient de partout.
« Hé ! Quelqu’un décroche, bordel ! »
« Oui, j’y vais ! »
« Le dossier de communiqué, ça avance ? »
« J’ai préparé le brouillon pour les journalistes. Je finis en trente minutes ! »
« Bien. Dépêchez-vous. »
« On n’envoie personne à la remise de diplôme de Jiho ? »
« Les journalistes ne s’intéressent pas encore assez à nos gamins, si ? »
« Si, justement. Avec la membre de Girls On Top sur place, ils seront là. »
« Quoi ? »
« Chef, vous saviez pas ? Gil Chaegyeong est dans la même classe que Jiho, au collège Seo-il. »
Le chef chercha le combiné, paniqué.
« Hé ! Quelqu’un file au collège, tout de suite ! Si on laisse des journalistes leur parler et qu’ils disent une connerie, c’est fini ! Surtout Jiho : c’est une bombe ambulante ! »
« Chef ! Le manager Yoon du management est déjà parti ! »
« Quand ? »
« Dès qu’il a entendu la nouvelle. Il a foncé. »
« OK. Si Yoon est là, on souffle un peu. Mais… c’est quoi ce délire. Sérieux. »
Même eux ne comprirent que tard, une fois la montée soudaine visible.
Qui aurait pu prévoir qu’une chanteuse dont le meilleur score tournait autour du Top 30 placerait un single au numéro 1 ?
Pendant deux semaines, il n’y avait eu aucun signe.
Personne ne l’avait imaginé.
« Les ados et leurs “web-diffusions”, j’ai sous-estimé. Ça ne rigole pas. Une chanson, et boum, ça la propulse. »
« Les chansons destinées à percer… percent. »
« Soyons honnêtes : le morceau est excellent. C’est juste nous qui manquons de budget. »
« Ne vous emballez pas trop. Des numéros 1 d’un jour qui retombent, on en voit tous les jours. »
Quelqu’un, les yeux sur le classement, murmura :
« Chef… ça ne descend pas. Ça n’a même pas l’air d’avoir envie de descendre. »
Dans cette scène irréelle, c’est notre maknae qui nous ramena au réel.
« Hyung !! »
À l’entrée de la salle, Jiho arriva en courant, un énorme bouquet dans les bras, tel un golden retriever en mode sprint.
« Je suis plus un collégien !! »
« Ohhh, il a grandi. »
« Vous avez vu ? Le classement ? »
On hocha tous la tête.
« On a vu. »
Vu et revu.
Avec un sourire adorable, Jiho sortit une carte.
« Alors, on mange quoi ? Papa m’a donné sa carte. C’est une carte illimitée. Maman dit juste : “reste sous un million de wons” et c’est bon. »
L’échelle… wow.
On était surexcités, entre la montée du morceau et la fin de la cérémonie, à débattre de quoi manger, quand…
« Hé, Jiho… »
On se retourna : des élèves s’approchaient.
Ils n’osaient pas venir quand nous étions “les quatre inconnus bizarres”, mais avec Jiho, qui leur semblait familier, ils trouvèrent le courage.
En même temps… nous étions clairement figés, super maladroits.
« On peut prendre une photo ? »
« Moi aussi ! »
« Moi aussi ! »
On prit des selfies.
Au début c’était gênant, puis, après des dizaines, on se mit à sourire naturellement.
Ils demandèrent si c’était OK de poster sur les réseaux.
Quand on essaya enfin de respirer… un autre groupe nous tomba dessus.
« Vous êtes New Black, c’est ça ? »
« Pardon ? »
« Bonjour, Star Daily. »
Les journalistes qui venaient de terminer l’interview de Chaegyeong se ruèrent vers nous.
Ils avaient flairé le sujet chaud.
Des caméras se rapprochèrent, et on bégayait déjà quand une voix douce s’interposa.
« Excusez-nous. »
Yoon Seokhwan.
Notre manager qu’on ne voyait presque plus ces derniers temps.
« C’est leur première interview, vous savez. »
Il expliqua calmement la situation aux journalistes et se plaça à nos côtés.
Chaque fois qu’une question dangereuse arrivait, il coupait, réorientait, ou nous soufflait quoi dire.
Grâce à lui, on s’en sortit.
Mais j’avais la tête vide.
Honnêtement, je n’avais pas envie de revivre ça.
Cela dit… il y avait un côté délicieux.
Au loin, Chaegyeong nous regardait.
Elle souriait devant les élèves qui demandaient des photos, mais si on observait bien… ses lèvres tremblaient.
Toute l’attention qui devait lui revenir avait été aspirée ailleurs.
Elle tournait autour des journalistes, comme pour dire “regardez-moi”, mais à part quelques-uns, personne ne lui accordait un vrai intérêt.
C’était logique.
Une cérémonie de diplôme déjà “faite”, ça pèse moins qu’une chanson qui vient d’exploser sur les réseaux.
En la voyant quitter le terrain, frustrée, en donnant des coups de pied dans le sable, je souris.
Bien fait.
À partir de la mi-février, une période magique commença.
Dès que la chanson fut numéro 1, tout changea.
– « Something fait un carton… 1re place au classement hebdo »
– « Le retour flamboyant de Jang Sowon »
– « La ruée de Something, un boom des collabs arrive ? »
À chaque histoire “amour” en radio, notre chanson sortait en demande.
Même chose à la télévision.
Émissions, rues, cafés… Something était partout.
C’était… absurde.
Voir notre morceau en BGM dans une grosse émission, ou entendre des célébrités le fredonner, c’était comme vivre dans une salle de miroirs.
Dans un clip envoyé par Jang Sowon sur le groupe, des participants parlaient carrément de notre chanson.
Dans une voiture, caméra embarquée :
– Attrape cette main qui m’échappe…
« C’est quoi cette chanson, hyung ? »
« Hé, Jinwoo ! Tu connais pas ça ? C’est LE morceau du moment ! »
« Sérieux ? »
Même Dice Around the World, l’émission ultra populaire, l’utilisait.
Je savais qu’on avait fait quelque chose de bien… mais de là à un tel raz-de-marée, jamais.
Bien sûr, le succès du morceau n’était pas automatiquement notre notoriété.
– « Qui est le groupe rookie New Black, qui chante Something ? »
– « Jang Sowon : “New Black, ce sont des jeunes vraiment exceptionnels.” »
– « Lemon Entertainment : “Les demandes explosent.” »
Il y avait des articles sur nous, oui, mais au compte-gouttes.
En vérité, la majorité du public aime une chanson sans aller chercher le nom du chanteur, comme on fredonne un OST sans connaître l’interprète.
Une fois, j’ai demandé à Seokhwan hyung :
« Sérieux… y a vraiment une avalanche de demandes sur nous ? »
Il répondit, sec :
« Une avalanche, tu crois ? »
« …… »
Mais ça nous allait.
Parce que le bonheur principal, c’était que la chanson ait gagné.
Et on savourait même ce décalage.
Quand notre morceau passait devant une boutique de téléphones, on se filmait en chantant pile au bon moment.
À la supérette, quand ça sortait des enceintes, on demandait avec un air innocent :
« C’est qui, cette chanson ? »
Tout était drôle.
Surtout pour moi.
Quand Jo Gyuhwan me donna une estimation de revenus de droits d’auteur via l’équipe de gestion, je restai bouche ouverte.
« Pourquoi tu fais cette tête ? »
« D-directeur… c’est vraiment autant ? »
« Évidemment. »
Il sourit.
« Tu ne réalises pas, mais Something, c’est le genre de titre qu’un compositeur n’a peut-être qu’une fois dans sa vie. Et toi, t’as eu la main chanceuse. »
« Mon cœur fait du trampoline. »
« Félicitations. Maintenant, t’es vraiment compositeur. »
Même en partageant avec Jang Sowon, c’était énorme.
Jo disait que ce n’était que le début : si la dynamique continuait, ça serait un hit sur tout le premier semestre, et en ajoutant karaoké, downloads et le reste… je pourrais acheter une voiture importée.
Bref : impossible à croire.
Chaque journée était une suite de moments joyeux, confus, lumineux.
Évidemment, comme toujours, le succès attire aussi les regards aigres.
– Vous trouvez pas ça louche ? Ça ressemble à de la manipulation, la courbe est bizarre.
Des posts comme ça revenaient régulièrement.
Mais ça ne prenait pas.
– Post écrit avec une mauvaise intention, c’est évident.
– Peut-être… mais si tu vois le monde comme ça, tout est “truqué”.
– On n’achète pas les perroquets du “truqué !”
– Et puis la chanson est juste… trop bonne.
– Oui, tout le monde la chante au karaoké maintenant.
– En plus Lemon et Hwai, c’est pas des boîtes capables de faire ça.
– ㅋㅋㅋㅋ Hwai a déjà paniqué sur l’affaire Ju Hana, tu crois qu’ils savent monter un truc aussi “propre” ?
– J’étais presque convaincu et puis “Hwai” m’a refroidi d’un coup.
J’avais eu peur que ça devienne un problème, mais ça resta cantonné à une petite zone d’internet.
Dans la vraie vie, aucun impact.
Et puis… enfin.
L’événement qu’on attendait finit par arriver.
Dans la salle d’entraînement souterraine, en plein travail, Yoon Seokhwan descendit.
« Les gars. »
Avec une tête “ça y est”, il annonça :
« Votre passage en émission musicale est confirmé. »
Et pas juste “confirmé”.
Confirmé… comme candidats au numéro 1.