Traduction: Moonkissed
L’équipe de promotion de Lemon Entertainment.
Alors que la collaboration Something avec Jang Sowon s’apprêtait à sortir, l’équipe RP de Lemon Entertainment tournait à plein régime.
« Il y a nos gamins dans le clip ? »
« De quel morceau vous parlez, “Something” ? Ce n’est pas la title track, donc non, il n’y en a pas. »
« Dommage. »
« Et même s’ils l’avaient fait, ils n’auraient mis que leurs propres artistes, de toute façon. »
« C’est vrai… Seunghee ? »
« …Oui ? »
Une voix venait du fond, derrière les cloisons. La personne qui passa la tête avait des cernes d’apocalypse, comme si elle n’avait pas dormi depuis plusieurs nuits.
« Vous m’avez appelée ? »
« La vidéo à mettre sur notre chaîne MyTube, ça avance ? »
« Oui. »
Elle répondit calmement.
« La vidéo que Jiho m’a donnée, celle où on voit Jang Sowon travailler sur le morceau… Le montage est quasiment fini. Il ne reste plus qu’à incruster les sous-titres. »
« OK. Mets-la en ligne dès que c’est prêt. »
Le chef de l’équipe promo tourna la tête.
« Vous avez créé les comptes officiels du groupe sur Twitter et les réseaux ? »
« Oui, c’est fait. »
« Pour l’instant, on poste seulement des messages liés à la sortie. Et si on voit que les réactions sont correctes, on publiera aussi des vidéos d’entraînement qu’on a filmées. On peut convertir en fans les gens qui viendront “juste écouter par curiosité”. »
« Oui. »
« Quand la vague arrive, on rame. »
C’était la philosophie numéro un de l’équipe promo de Lemon Entertainment.
« Les éléments à envoyer à la presse, tout est prêt. »
« Chef, mais… ça suffira, si c’est juste nous qui diffusons ? »
« Pourquoi ? »
« Non, mais… d’après ce que j’ai entendu, chez Hwai, ils ne font aucune promo. Honnêtement, pour une piste 3 qui n’est même pas la title, c’est nous qui avons l’air les plus motivés. »
« Pourquoi ils font ça ? »
« Cette boîte est bizarre, vraiment. »
« C’est clair. Il y a pas longtemps, autour d’un verre, des journalistes disaient ça, justement. »
« Ils disaient quoi ? »
« Que Hwai est nul en gestion de crise. Les autres boîtes, quand un truc éclate, au moins elles font semblant d’agir… eux, ils restent immobiles. Même si un journaliste “dégoupille” quelque chose, ils traînent, traînent… et ne sortent qu’après que la situation a empiré. »
« Comme à l’époque de Sugarfish : ils se sont fait couler comme ça, non ? »
« Exact. »
« Après, je comprends… leur pilier, c’est Girls On Top. Et là, même l’investissement pour l’album de Jang Sowon a été réduit, on dit qu’elle le sort en format single. »
L’atmosphère devenait brouillonne, alors le chef promo tapa dans ses mains.
« Bon, bon. On arrête le bavardage. Demain matin, on envoie le communiqué de presse… »
« Chef ! »
Un employé qui faisait de la veille web cria.
« Chef, je crois qu’on ne pourra pas promouvoir demain. »
« Quoi ? »
« Regardez Internet. »
« Internet où ? »
« Partout. »
Partout ? Ça ressemblait à du vent. Mais vu son expression, le chef n’argumenta même pas et alluma son smartphone.
Rubrique actualités people.
Au moment où il vit la une… ses sourcils se froncèrent.
Il comprit enfin pourquoi Hwai ne bougeait pas.
Non, pourquoi ils ne pouvaient pas bouger.
– « Choc : enregistrement de propos choquants du boygroup populaire “Sixty Seconds” »
– « Dans l’audio, le membre Juwan révèle une relation avec Ju Hana (Girls On Top), nouveau choc »
– « KM Entertainment : silence, “nous vérifions la situation” »
Un accident d’une ampleur historique venait d’exploser.
[“Sixty Seconds” : scandale d’un enregistrement… l’agence : “nous vérifions les faits”]
Le boygroup populaire “Sixty Seconds” se retrouve plongé dans une controverse sans précédent.
Ce matin, un site internet a publié un enregistrement contenant des propos choquants. Un utilisateur se présentant comme “un proche anonyme”, sous le pseudonyme “Wang-bam-bbang”, a posté un audio d’environ une minute.
Il semblerait que l’audio ait été enregistré à l’intérieur d’un véhicule se rendant sur un tournage. On y entend des membres critiquer d’autres célébrités, tenir des propos obscènes et proférer des insultes. La diffusion a rapidement enflammé les réseaux sociaux et les communautés en ligne.
Les internautes réagissent : “Quelle mentalité…”, “c’est inhumain”, “ils manquent d’éducation”, et les demandes de retrait de toutes les émissions prévues pleuvent déjà.
L’agence KM Entertainment a déclaré : “Nous vérifions actuellement les faits, et il n’est pas certain que cet enregistrement soit réellement celui des membres de Sixty Seconds” et “nous pourrions prendre des mesures légales contre les attaques infondées”.
La section commentaires, près de cinq mille messages, était sanglante.
– Bande de tarés… j’ai cru que mes oreilles pourrissaient.
– “On vérifie les faits” mon cul ㅋㅋㅋ on entend leurs voix, et ils s’appellent par leur nom, ils se défilent là ㅋㅋㅋ
– Le problème c’est pas juste de quitter une émission. Ces types doivent être blacklistés
– J’étais fan depuis quatre ans… putain
– Ju Hana n’a rien demandé et se prend tout dans la figure ㅋㅋㅋㅋ une seule fuite et ils font du mal à combien de gens ?
Le résumé était simple.
Sixty Seconds.
Un boygroup de première division, en plein sommet.
Produit par KM Entertainment, l’un des “Big 4”, Sixty Seconds cultivait une musique unique et une image très “hip”.
Le producteur Heo Kangmin, surnommé “la machine à fabriquer des idoles”, les avait entraînés lui-même, et, dès leurs débuts, ils avaient attiré une attention énorme. Avec TNT, ils faisaient partie des boygroups les plus populaires.
Jusqu’à hier.
Le problème, c’était que des insultes, des propos obscènes et des commérages entendus dans leur véhicule avaient fuité.
Dit comme ça, on pourrait répondre : “Hein ? Et alors ?”
Sauf que le contenu était d’un niveau… inimaginable.
Nous, on n’avait même pas tenu la première phrase.
On a coupé.
Impossible de répéter ça à voix haute.
La Corée entière s’était enflammée.
Sixty Seconds devint l’ennemi public numéro un, suspendit ses activités, et leur fandom se désintégra.
Un membre, parce que ses propos étaient “moins graves”, échappa partiellement au pire, mais sur Internet, on disait déjà : “pareil, tous les mêmes”, et ils étaient tous jetés dans le même sac.
En voyant les articles tomber par dizaines chaque minute, et les commentaires remplis de colère, même nous, simples spectateurs, on se sentait glacés.
Au dortoir, en lisant, on pensa tous à la même phrase.
“L’industrie est petite. Une phrase dite dans une voiture peut se répandre sur tout un plateau dès le lendemain.”
La clairvoyance de Yoon Seokhwan, qui nous avait avertis.
« Donc… quand le manager nous a engueulés, c’était pas du cinéma. »
« On aurait pu finir comme ça, nous aussi, non ? »
« N’importe quoi. »
Leehyuk répliqua.
« Même si on disait des trucs horribles, vous nous voyez être à ce point dégoûtants ? Rien qu’en le lisant, j’ai des vertiges. »
« C’est vrai. »
Je répondis.
« Nous, en général, on a plutôt la parole “propre” pour notre âge. »
« Hyung, personne ne dit “pour notre âge” comme ça aujourd’hui. »
Ah.
« Sérieux, Woojoo hyung. Sans nous, tu serais fini. »
« Ouais. Personne n’aurait joué avec toi parce que t’es vieux. Heureusement qu’il y a des jeunes comme nous qui te supportent. »
J’ignorai leurs moqueries et continuai de lire.
C’est mort.
J’eus un petit rire vide.
Après le jour du concours d’entrée à l’université, encore une coïncidence grotesque : la veille d’une sortie d’album, une catastrophe nationale.
Les supports de promo que l’équipe avait fabriqués… à cette heure, ils étaient sûrement déjà passés à la broyeuse.
Dans ce contexte, promouvoir un album n’avait plus aucun sens.
Bon.
On n’y peut rien.
Autant appeler ça “une mort honorable”.
De toute façon, si ça devait flop, on avait au moins une excuse en cadeau.
Jour de sortie.
L’affaire Sixty Seconds tenait toujours le haut des recherches.
– « Audio Sixty Seconds »
– « Juwan Baek Yujin »
– « Juwan Ju Hana »
– « Baek Yujin Ju Hana »
On avait même l’impression que l’attention se déplaçait du contenu de l’audio vers les idol girls impliquées dans la rumeur de couple.
La presse et les internautes regardaient ailleurs, dans une direction tordue.
– Ancienne déclaration de Ju Hana : “Je sors avec mes fans”, remise en lumière
– Baek Yujin : “Relation avec Ju Hana ? NON. Nous agirons légalement.”
– Comeback de Girls On Top en danger ?
On avait mis Baek Yujin et Ju Hana sur la planche à découper, et tout le monde se précipitait.
Les médias se mirent à dévorer la vie privée des filles.
Dans les communautés, des montages malveillants apparurent, et certains répandaient des rumeurs sales avant de supprimer leurs posts dès qu’on parla de poursuites.
Et, par-dessus, une “suite plus choquante” était annoncée, et le terme “version complète de l’audio” monta dans les recherches.
Un chaos total.
Au moment où certains disaient enfin : “Mais celui qui a posté l’audio, c’est pas un problème aussi ?”, on apprit l’identité du déclencheur.
On parla d’un manager rancunier, d’un styliste… mais le coupable était inattendu.
Un mécanicien.
Voici ce qui s’était passé.
Après un planning, le manager détecta un problème sur le véhicule et l’envoya au garage.
En voyant ce SUV, clairement “voiture de célébrité”, un employé, poussé par la curiosité, prit la carte mémoire de la dashcam et la copia.
En l’écoutant, il paniqua et la partagea à des amis.
Et quelqu’un, “pour rire”, posta le fichier sur une communauté en ligne.
C’est ce que le mécano avoua en se dénonçant.
« Waouh… impossible de trouver un seul article sur l’album de Jang Sowon. »
En voyant les pages 1 à 12 couvertes de Sixty Seconds, on murmura, écœurés.
Je changeai l’écran du PC sur Mango, le site de musique.
– 3 février
Dans cinq minutes, à midi pile, l’album de Jang Sowon allait être publié.
Une minute avant.
On rafraîchissait la page sans s’arrêter, et dès que les titres apparurent, on cliqua “Télécharger”.
Après avoir pris les trois morceaux du single Wishful Thinking, on lança, le cœur serré :
Something.
La première chose qui accrocha mes yeux, ce fut l’artwork.
Deux silhouettes, un garçon et une fille, assis à un arrêt de bus, vus de dos.
Ils partageaient des écouteurs, chacun une oreille.
Un fond beige, pastel, très doux.
Leur regard était tourné vers un ciel bleu dessiné comme au crayon de couleur.
[Jang Sowon X New Black – Something]
Composition : Jang Sowon, Woojoo
Paroles : Jang Sowon
Voir mon nom, accroché à la composition, me tira un sourire.
C’est vraiment… notre chanson.
Et au moment où la guitare acoustique entra, on s’écria tous :
« Woah… »
Je m’étais trompé lourdement.
Je pensais que mix et mastering, “ça change pas grand-chose”.
En réalité, c’était le jour et la nuit.
Comme un détail infime sur un visage peut changer toute l’impression générale, Something avait été poli jusqu’à devenir un morceau parfaitement élégant.
À cet instant, je compris la puissance des ingénieurs du son.
Je fermai les yeux.
C’était vraiment bon.
Ça chatouillait le cœur, et, en même temps, ça ramenait une nostalgie étrange… comme si un passé flou revenait vous frôler.
C’était frais, doux, chaud.
C’était mon impression.
– Je vais attraper ta main qui semble à portée, mais échappe toujours,
Je vais réduire la distance entre toi et moi…
Quand le refrain arriva avec la voix sucrée de Jang Sowon, je souris.
La qualité est incroyable.
On resta figés, comme hypnotisés, jusqu’à la fin.
C’était nos voix, et pourtant, on n’y croyait pas.
On était émus.
Les nuits de travail revenaient, et quelque chose se serrait au fond de la poitrine.
Oui.
Ça suffit.
Notre chanson existe dans ce monde.
Même si le scandale Sixty Seconds avalait tout comme un trou noir, on décida de ne regarder qu’une chose :
New Black avait une première chanson publiée.
Jour de sortie.
La title track, “Garçon, et Fille”, entra péniblement dans les alentours de la 90e place.
Les autres pistes, elles, n’entrèrent pas dans les charts.
Mais aucun de nous ne fut déçu.