Chapitre 216
* * *
« On dit qu'il existe un plat qui se prépare en trois minutes. »
« J'ai entendu dire que le comte Curso était célèbre pour sa cuisine en trois minutes. »
« Kyaa~ Hahaha ! Hahaha ! »
Où avait-elle déjà entendu ça… C’est vrai, quand elle était petite. Elle avait surpris sa mère en train de discuter avec ses amies. À l’époque, elle n’avait absolument pas compris ce que cela signifiait… Est-ce que c’est quelque chose de ce genre ?
Allice enfonça son visage dans les draps, hébétée. Elle n’arrivait pas à y croire. Honnêtement, ce n’était même pas quelque chose qu’on pouvait qualifier de « trois minutes ». Parce que… ils n’avaient même pas commencé.
Impossible de lever l’ancre tant que le mât n’est pas dressé. Le mât… ne veut pas se dresser…
Pourtant, Lord Ignis agissait comme s’il s’y était attendu.
« Comme je le pensais, cela ne fonctionnera pas. La compatibilité corporelle est désespérée. »
« O-Oui ? »
« Il y a un autre Ignis. Je vais l’amener ici. Attends. »
Un autre Ignis ? Pourquoi continuait-il à parler de lui à la troisième personne ? Peut-être devrais-je essayer aussi. Ça semble assez mignon.
C’est alors que cela arriva. La porte vola en éclats et un homme entra.
« Ah, Votre Altesse Allice. Il semble que vous soyez toujours indemne. »
Allice eut un hoquet de surprise. C’était l’hôte qui avait dirigé la vente aux enchères. Pourquoi était-il soudainement venu ici ?
Ignis fronça les sourcils, mécontent. « Et qui êtes-vous ? »
« Qu’en pensez-vous ? Je suis là pour protéger Votre Altesse. »
« Quoi ? Maintenant, de tous les moments ? »
« Oui. Maintenant, de tous les moments. » L’hôte haussa les épaules avec un ricanement. « On n’y peut rien. Même parmi nous, le peuple serpent, que vous appelez barbares, il y a des modérés et des radicaux. » Il grommela. « Sur ce Navire Rouge, 80 % sont des radicaux. 80 %. Comment suis-je censé protéger Votre Altesse devant eux ? »
« Alors, qu’essayez-vous de faire ? »
« Pour ma part, je suis un modéré intelligent. J’aimerais rester en bons termes avec le chef de votre faction anti-église. Il n’apprécierait pas que vous leviez la main sur Votre Altesse Allice, n’est-ce pas ? »
« N’interférez pas. »
« Vous n’êtes qu’un exécutant, n’est-ce pas ? Vous devriez suivre la volonté du chef. »
« Je vous ai dit de ne pas interférer ! Plus importante que la volonté du chef, il y a l’évolution de l’humanité. Des expériences et des recherches pour développer des humains plus forts ! » cria Ignis, sa voix si forte que les veines de son cou saillaient. « Nous devons poursuivre des défis sans fin ! Nous devons ouvrir et explorer de force les portes de la connaissance que Dieu n’a pas permises ! C’est ainsi que nous abandonnerons notre dépendance envers Dieu pour protéger le monde humain par la puissance humaine ! »
À ce discours fervent, l’hôte laissa échapper un soupir irrité. « Ah, honnêtement, complètement obsédé par ses expériences… Les humains imprégnés d’idées radicales sont épuisants. » Comme s’il était agacé, il tira une dague de ses vêtements et l’enfonça profondément dans l’épaule d’Ignis.
« Kyaaah ! »
Que fait-il ?! Allice hurla en agrippant sa couverture. Il a poignardé Lord Ignis ! Mais cela ne devrait pas suffire à ébranler Ignis. Parce qu’Ignis est incroyablement fort…
« Ugh, uuh. »
Hein ?
Ignis, poignardé à l’épaule, chancela en avant et s’effondra juste à côté d’Allice. Surprise, elle secoua son épaule.
« E-Êtes-vous o— Kyaaaah ! »
Sa chair se détacha avec un bruit visqueux.
« Kyaaah, kyaaaah ! »
Ce n’était pas tout. Sa peau, ses muscles, ses os fondaient comme de la glace !
« Kyaaaaaah ! »
« Wahaha. Il semble que Votre Altesse soit assez surprise— »
« P-Partez ! Partez ! »
« Ne vous inquiétez pas. Je ne laisserai rien de trop brutal vous arriver. Cependant, pour bien vous utiliser lors des négociations avec le chef de la faction anti-église… » Souriant, il sortit une chaîne. « Je vais devoir vous contrôler un peu avec ces chaî— »
L’instant d’après, ses mots furent brusquement coupés, comme si quelque chose lui restait coincé dans la gorge.
« Ke-Keugh ! »
Le sang jaillit de sa bouche. Quelque chose, comme une broche de fer, lui avait transpercé la poitrine. À l’instant où elle fut retirée, l’homme s’effondra mollement avec un bruit sourd. Il ne bougeait plus. Cet homme était mort.
« Est-ce que ça va ? »
Puis vint la voix d’un autre homme.
Allice leva son visage baigné de larmes. Quand était-il entré ? Un homme très grand se tenait derrière l’hôte mort. Des cheveux bruns en bataille, des lunettes à monture d’écaille et une peau claire qui semblait briller malgré les éclaboussures de sang. Cet homme était… Le numéro 66 ! C’était l’homme numéro 66 !
Fondant en larmes, Allice passa ses bras autour de lui. « M-Merci de m’avoir sauvée. Hic, hic. »
« Très bien, très bien. »
Le numéro 66 tapota l’épaule d’Allice deux ou trois fois, puis la dégagea doucement de ses bras. Ensuite, il prit la chaîne de la main de l’homme qu’il avait tué et la glissa dans sa poche.
« Hic, q-que faites-vous ? »
L’homme commença à fouiller la pièce. Il fouilla dans l’armoire, vérifia entre les meubles et finit par inspecter minutieusement sous le lit.
« Ahh, le voilà. » Il sourit avec satisfaction. Puis, tout à coup, il donna un coup de poing violent dans le vide.
Kwaaang ! Pendant un instant, un flash de lumière éclata, suivi d’un fracas tonitruant, comme si quelque chose d’invisible s’était brisé et effondré.
« Kyaaah ! » Allice se couvrit les oreilles. Tout son corps tremblait. Qu’était-ce que ça ? Quelque chose s’est définitivement brisé à l’instant, mais il n’y a rien là !
Puis, enfin, le numéro 66 passa sous le lit et en tira un gros paquet.
Il y avait quelque chose comme ça sous le lit ?
C’était un objet rectangulaire très fin, large et long. Il était étroitement enveloppé dans un tissu blanc pur, et sur le tissu couraient de longues lignes de caractères inconnus, semblables à des talismans.
Qu’est-ce que c’est ?
Le coinçant sous son bras, le numéro 66 tendit la main à Allice. « Allez. Partons. »
« O-Oui ? »
« Ce navire est sur le point de devenir très dangereux. Pour l’instant, vous devriez sortir d’ici. »
« Uh, ça… »
« Grâce à vous, je n’ai pas eu à errer pour trouver le miroir facilement. Merci. »
Qu’a-t-il voulu dire ? Un miroir ? Est-ce que l’objet enveloppé dans le tissu est un miroir ?
Comme s’il n’y avait plus rien à dire, l’homme passa un bras autour d’Allice et la souleva sans effort.
« Kyaa ! »
Qu’est-ce que, il est fort aussi !
Allice s’accrocha au cou du numéro 66. Il sentait bon. Une odeur familière et réconfortante. Son cœur battait la chamade.
« Très bien. Descendez maintenant. »
Pour une raison quelconque, tous les barbares sur le pont étaient morts. Malgré les innombrables cadavres, l’homme ne semblait pas surpris. Il mit un canot de sauvetage à la mer et descendit une échelle.
« Voici une boussole. Continuez à ramer vers le sud. »
« V-Vers le sud ? »
« Oui. Continuez vers le sud. Vous pouvez vous débrouiller seule, n’est-ce pas ? Mettez un gilet de sauvetage. »
Allice était profondément émue. Aller aussi loin pour elle… Y avait-il déjà eu un homme aussi dévoué à son égard ?
« Eh bien, voilà. »
Alors que l’homme se tournait pour partir, Allice saisit fermement son poignet. « Attendez ! A-Au moins, d-dites-moi votre nom ! »
« Hein ? »
« Je veux vous récompenser ! »
Boum, boum. Son cœur battait à tout rompre. Elle n’avait pas ressenti cela depuis le début de sa relation avec Raios.
« Euh, je suis la consort impériale. Je ne sais pas pourquoi vous faites cela, mais v-veuillez venir avec moi. Si vous devenez m-mon consort, non, ce n’est pas ça. Si vous voulez, je divorcerai même de Sa Majesté ! » Elle ne savait même pas ce qu’elle disait. Allice l’avait juste lâché.
Bien sûr, Allice n’avait aucune intention de divorcer réellement. Elle faisait semblant juste pour l’attirer.
« Ma pauvre. Allice. Tu es vraiment tout comme ta mère. »
À ce moment-là, le numéro 66 éclata de rire et retira ses lunettes. Puis il rejeta en arrière la mèche qui couvrait à moitié ses yeux.
« … »
Allice resta sans voix.
Son père sourit froidement. « Dépêche-toi maintenant. »
Des mensonges.
Allice descendit péniblement l’échelle, sentant comme si son âme avait été blanchie.
Des mensonges.
Elle renifla en ramant.
Des mensonges. Des mensonges. Des mensonges.
C’est un mensonge !
« Huuung. » Incapable de supporter le désespoir et l’humiliation, Allice finit par fondre en larmes dans le canot de sauvetage.