Chapitre 173
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B.
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Chapitre 173
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« Je devrais y aller. J’ai quelques petites choses à vérifier avant la séance plénière. On se retrouve dans la salle de réunion, mon ami. »
Torumph se leva.
David se leva à son tour.
Frouich.
Torumph s’éloigna et la barrière de qi translucide disparut.
Le brouhaha du restaurant nous revint aux oreilles.
Et…
« … »
« … »
« … »
Le silence retomba sur notre table.
Ce que nous venions d’entendre était tout bonnement sidérant.
Après avoir soigneusement remis de l’ordre dans mes pensées, je pris la parole à voix basse.
« Ça explique un peu mieux les choses. »
« … Qu’est-ce qui les explique ? »
« Pourquoi les grandes puissances thésaurisaient leurs points au lieu de les partager. Torumph nous l’avait déjà dit à la Maison-Bleue, tu te souviens ? Ce n’étaient pas des points en surplus, mais des réserves destinées à assurer la survie des États-Unis à l’avenir. »
Torumph nous l’avait déjà expliqué.
Un jour, le Grand Cataclysme surviendrait.
Voilà pourquoi les grandes puissances accumulaient désespérément des points.
Maintenant que je savais ce qu’était le Grand Cataclysme, tout s’éclairait.
Pour l’instant, nous ne devions payer qu’un point par personne et par mois.
Mais un jour, le montant dû pourrait être multiplié par plusieurs fois, voire par des dizaines.
Ils devaient mettre des points de côté pour s’y préparer.
Voilà pourquoi il avait dit qu’ils ne pouvaient pas se permettre de sauver les autres pays.
Le président Jang Daehan prit la parole à voix basse.
« J’ai parlé une fois au téléphone avec le président Trump. Nous avions évoqué la Période du chaos. »
La Période du chaos.
Au cours de la deuxième année suivant l’apparition de la Tour, l’humanité avait enfin commencé à s’adapter un peu… avant de péter les plombs aux quatre coins du monde.
Les grandes puissances avaient verrouillé leurs points, des guerres avaient éclaté partout et d’innombrables personnes avaient péri.
Une période de putain d’enfer sur Terre, absolument immonde.
Jang Daehan poursuivit, le visage fermé.
« Il m’a dit que certaines grandes puissances avaient découvert la vérité sur le Grand Cataclysme cinq ans plus tôt. Et que la Période du chaos avait commencé lorsqu’elles s’étaient mises à s’y préparer. Je n’avais pas compris ce qu’il voulait dire à l’époque, mais… »
C’était évident.
« Elles ont dû verrouiller leurs points et se mettre à enlever les chasseurs des autres pays, sous prétexte de se préparer au Grand Cataclysme. »
« … C’est probable. Je ne vois pas d’autre explication aux manœuvres étranges des grandes puissances, à l’époque. »
« Et chacun s’est retrouvé livré à soi-même. »
Jusqu’à la deuxième année de la Tour, l’humanité était en mode : « Unissons nos forces pour surmonter ensemble cette catastrophe sans précédent ! Ha ha ! Ho hisse ! On va y arriver ! Allez, l’équipe ! »
Puis elle avait appris qu’une catastrophe appelée Grand Cataclysme approchait, et son petit exercice de cohésion était parti en couille.
L’ère du chacun pour soi avait commencé !
Pendant ce temps, des pays complètement pourris comme la Russie et la Chine avaient même envahi d’autres nations pour mettre la main sur des chasseurs de haut niveau.
Je claquai la langue.
« L’égoïsme, c’est vraiment le problème. Partir en guerre pour quelques misérables points… Regardez-moi ces putains d’humains ! Quels sauvages barbares et incultes ! Pas le choix : je vais devoir les guider moi-même et leur apporter la civilisation… ! »
« Qu’est-ce que tu racontes, à vouloir guider l’humanité… ? Tu ne vises pas un peu haut ? »
« Tu parles de moi. »
Une bande de fourmis.
À se battre entre elles pour sauver leur propre peau.
Elles avaient vraiment l’air de sauvages barbares et incultes.
On n’y pouvait rien.
À ce rythme, j’allais devoir guider moi-même l’humanité, un jour… !
J’en étais capable ! S’il y avait quelqu’un pour le faire, c’était bien moi !
Alors que j’annonçais mes grandes ambitions…
« Je pensais qu’on avait enfin gagné un peu de répit… Mais si les paiements en points sont multipliés par des dizaines, je ne sais pas combien de temps nos réserves actuelles tiendront… »
Haa…
Le président Jang Daehan se frotta le visage à deux mains.
Rien que de penser aux dépenses en points semblait lui couper le souffle.
Hyeji et Yejin prirent elles aussi la parole, l’air inquiet.
« Notre pays paie environ 51,1 millions de points par mois, c’est ça ? Même si le montant était multiplié par dix, ça ferait 511 millions de points… Si ça augmente vraiment de plusieurs dizaines de fois… »
« Putain de monde à la con. Alors, si on ne paie pas, des monstres des Étages supérieurs débarquent ? Des Ogres et des Wyverns qui surgissent en plein Séoul ? »
Mes compagnonnes en discutaient d’un air grave.
Bon sang, elles s’inquiétaient trop.
Ploc.
Je piquai de ma fourchette un morceau de saucisse que j’avais découpé et pris la parole.
« Pourquoi vous tirez tous une tête d’enterrement ? Je n’ai qu’à gagner plus de points, non ? »
« … ? »
Tout le monde se tourna vers moi.
Le président Jang Daehan, Choi Yejin et Na Hyeji.
Ils me dévisagèrent tous, déconcertés.
Tss, tss.
C’était bien le problème des gens ordinaires : ils se faisaient trop de souci.
S’ils restaient tranquilles, je leur apporterais le salut.
Et pourtant, les voilà qui cherchaient de quoi s’inquiéter.
Je mâchai ma saucisse et repris :
« Même s’il nous faut plus de points, je peux simplement en gagner davantage, non ? Je ne comprends vraiment pas. »
« Jiho, même si le montant était multiplié par dix, ça ferait 500 millions de points par mois. Tu es incroyable, mais une telle quantité de points, c’est tout simplement… »
« Hyeji, pour une Juive maléfique, tu n’es pas très douée en calcul. Tu as oublié que j’ai gagné 100 millions de points d’un coup au cinquantième étage ? Plus je monterai, plus les monstres vaudront cher. Je n’aurai qu’à les tuer et à empocher tous ces points comme du kimchi. »
« Non, mais… ? »
À mes paroles pleines d’assurance, une lueur de « Hein ? » passa sur leurs visages.
C’est ça.
J’étais le Chasseur sorcier de Difficulté Extrême Lunatique.
J’étais aussi l’amiral Yi, le chasseur patriote.
Directeur de centrale électrique, hélicoptère d’attaque Apache furtif à l’arc long, successeur de la Secte gobeline, maître suprême du Royaume mystique, génie du massacre qui marchait dans les pas de Mao Zedong, alchimiste aux compétences célestes, Prophète et ange.
Bref, j’étais un être extraordinairement incroyable.
Alors, gagner quelques misérables points ne devrait pas être si difficile !
« Vous augmentez les paiements en points ? D’accord, allez-y~ Je n’aurai qu’à en gagner plus~ »
« … Ha. »
« Et si ça ne suffit pas, je pourrai toujours tuer ce qui sortira de la Tour. Alors ne vous inquiétez pas. Je ne laisserai pas le pays s’effondrer. »
« Ha ha. »
Choi Yejin eut un rire sans joie.
« Espèce de taré. Tu présentes ça comme si c’était putain de simple. Le pire, c’est que je crois que tu en serais vraiment capable. »
« Je sais. Franchement, ça paraît absurde… Mais on a vu de quoi tu étais capable. »
Hyeji sourit et laissa échapper un petit rire, elle aussi.
Le président Jang Daehan me contempla longuement.
Puis il hocha lentement la tête.
« Si c’est vous, chasseur Baek Jiho… C’est peut-être vraiment possible. Continuez à veiller sur notre patrie, la République de Corée, je vous en prie. »
« Iing ! »
Iing Iing leva le poing depuis mon épaule.
Comme prévu, c’était la seule conscience de notre équipe de raid.
Iing Iing était la seule à soutenir mes ambitions sans la moindre hésitation !
À cet instant, un assistant s’approcha derrière le président.
« Monsieur le Président, la séance plénière va bientôt commencer. »
« Hmm. C’est déjà l’heure ? »
Il était apparemment temps d’assister à la séance plénière.
Je me levai.
« On a fini de manger, alors allons-y. C’est l’heure de cette Convention de Londres ou je ne sais quoi. »
* * *
La grande salle de la réunion ordinaire de la Convention de Londres.
L’intérieur était immense.
Des rangées de bureaux ornés de drapeaux nationaux s’étendaient devant nous.
Un écran géant était suspendu derrière l’estrade.
Les personnes qui remplissaient l’espace devant lui étaient toutes des hommes et des femmes d’âge mûr vêtus de beaux costumes.
Des dirigeants nationaux et des hauts fonctionnaires.
Ainsi que des chasseurs des Étages supérieurs, assis par pays.
Nous prîmes place aux sièges marqués « République de Corée ».
Je regardai autour de moi et demandai à voix basse :
« Choi Yejin, madame Tout-le-monde. Tu as déjà assisté plusieurs fois à la Convention de Londres, c’est ça ? C’est sympa ? »
« Tu trouves que ça a l’air sympa, espèce de connard ? Ils se contentent de débiter des conneries diplomatiques. On est là pour faire de la figuration. On reste assis sans rien dire, puis on va papoter avec les autres chasseurs après la réunion. Voilà tout. »
« … Pourquoi je suis venu à cette réunion, déjà ? »
« Jiho, tu as dit que tu rencontrerais des diplomates et que tu aiderais Jiye dans son travail. »
« Ah, oui. »
J’avais oublié.
L’expansion à l’étranger des Laboratoires de la Difficulté Extrême Lunatique !
J’avais accepté de faire connaissance avec des gens d’autres pays et de soulager un peu ma sœur.
Ce qui voulait dire…
Le vrai travail ne commencerait qu’après la réunion, non ?
Je maugréai en regardant autour de moi, puis un visage familier attira mon attention.
Un homme assis au sein de la délégation américaine.
Quand je le reconnus, je plissai les yeux.
« Alors c’est ça, Yu Seunghee. »
J’avais vu ce visage plusieurs fois sur ses photos de profil, sur les réseaux sociaux.
Cette expression figée et ce menton relevé d’un air suffisant.
Il ressemblait exactement à ses photos !
Choi Yejin suivit mon regard.
Son visage se crispa aussitôt en une grimace de dégoût.
« Rien que de voir la gueule de ce salaud, ça me fout en rogne. »
« Hmm. Voilà donc le premier client de la clinique Tukstaks de Londres. »
À mon murmure, Choi Yejin se tourna vers moi.
Hyeji me posa elle aussi une question, l’air inquiet.
« Jiho… Tu ne vas pas faire de bêtises, hein ? »
« Pour qui tu me prends, Hyeji ? Je suis un intellectuel cultivé et bien élevé, docteur en philosophie et sorcier de l’université Korea ! Le summum de l’intelligence humaine ! Est-ce que j’ai l’air du genre à faire des bêtises dans un événement international comme celui-ci ? »
« … Je ne te crois pas du tout. »
Quelle cruauté !
Après tout le temps qu’on avait passé ensemble, elle doutait encore de mon raffinement… !
En plus, ma sœur ne m’avait-elle pas répété mille fois, avant notre départ…
de ne pas cogner les gens dès qu’ils me cherchaient ?
J’avais donc l’intention de me tenir à carreau jusqu’à la fin de la réunion.
« Je lui ferai juste un petit massage du cuir chevelu après. Ça ne compte absolument pas comme une bêtise ! »
J’avais traversé la mer jusqu’à Londres pour offrir des soins médicaux gratuits.
Ils pouvaient au moins me remercier !
Tandis que j’échafaudais mes plans pleins de bonté, Yu Seunghee se tourna brusquement vers nous.
Nos regards se croisèrent.
Je lui adressai un large sourire.
« … ! »
Le visage de Yu Seunghee tressaillit.
Puis il se détourna aussitôt et baissa les yeux sur les documents devant lui !
Petit con.
Il avait peur !
Il en avait raconté, des conneries, sur Internet.
Mais maintenant qu’on se retrouvait face à face, il n’arrivait même pas à me regarder dans les yeux.
Un petit monsieur banal qui n’était qu’un moulin à paroles.
J’allais devoir lui apprendre les bonnes manières en lui massant le sommet du crâne, tout à l’heure.
Pendant que j’examinais l’état de mon patient, dont le rendez-vous était déjà fixé, la séance plénière commença.
« Le premier point à l’ordre du jour est notre réponse commune au Grand Cataclysme. »
Le Premier ministre britannique prononça quelques mots d’introduction.
Puis l’écran derrière l’estrade changea.
Des vidéos de monstres filmés partout dans le monde.
Et des documents remplis de chiffres et de graphiques.
Je regardai l’écran et murmurai :
« C’est exactement ce que Torumph nous a raconté. »
« … En effet. Dire que le Grand Cataclysme est bien réel… »
« Hé, monsieur le Président. Vous doutiez de l’honnêteté de mon ami Torumph ?! »
« Non, c’est simplement une nouvelle tellement sidérante que… »
D’après ce que j’en comprenais, c’était la même histoire que Torumph nous avait racontée le matin même.
La barrière s’amincissait et nous aurions besoin de davantage de points.
Alors, discutons de la façon de survivre.
Voilà, en gros, ce qu’ils disaient.
À la fin de la présentation, de nouveaux mots apparurent à l’écran.
[Proposition de création d’un fonds de points pour répondre ensemble au Grand Cataclysme]
« La crise qui approche ne se limitera pas à une seule nation. Nous devons mettre en commun une partie de nos réserves dans un fonds commun et instaurer un système pour aider les pays qui peinent à effectuer leurs paiements. »
La personne présentée comme le président de la Convention de Londres prit la parole dans le micro.
Une main se leva aussitôt pour s’y opposer.
« Quels pays fourniront ces réserves ? Nous ne savons même pas de combien les paiements vont augmenter. Comment comptez-vous déterminer qui a des points en trop ? »
L’ambiance fut mauvaise d’emblée.
Au fil de la réunion, les voix se firent plus aigres.
« Nous sommes favorables au principe d’une réponse commune. Toutefois, les proportions de contribution doivent être examinées avec soin… »
« Ça fait déjà des années que vous les examinez. »
« … Cette remarque était déplacée. »
« Elle n’était pas déplacée. C’est la vérité ! Le mois dernier, notre pays a failli ne pas pouvoir payer ! »
« C’est un problème de gestion des points propre à votre pays, pas une responsabilité qui incombe à tous les membres de la Convention. »
« Gestion des points ?! Des gens ont failli mourir et vous appelez ça… »
« Je n’ai pas fini de parler ! »
« Monsieur le président ! Je demande la parole ! »
Ceux qui, au début, tournaient poliment autour du sujet se mirent à allumer leur micro et à couper la parole aux autres avant qu’ils aient fini.
Bien sûr, quels que soient les mots employés, le message était simple.
Donnez-nous des points.
On ne peut pas.
Donnez-les-nous quand même.
Il faut d’abord qu’on survive.
En gros.
Quelle réunion productive !
« Non ! Je ne peux pas accepter ça. »
Torumph prit lui aussi part à la bataille.
Profondément enfoncé dans son fauteuil, il secoua fermement la tête.
« Les points des États-Unis sont destinés à protéger le peuple américain. Nous pouvons discuter d’autres formes de coopération, mais je n’accepterai jamais une proposition exigeant que nous cédions nos réserves sans condition. »
« Si les États-Unis, qui détiennent le plus de points, adoptent cette position… »
« L’Amérique d’abord. »
La déclaration ferme de l’Oncle Sam.
Torumph était bien Torumph.
Cela dit, les Européens n’étaient pas davantage d’accord entre eux.
« L’Europe de l’Est a énormément souffert, après avoir été en première ligne pendant tout ce temps. Ces pays ont besoin d’une aide d’urgence en points. Toutes les nations d’Europe doivent s’unir pour surmonter cette crise. »
Quelqu’un plaida pour la solidarité européenne, mais…
« On ne les a pas déjà assez aidés ? Nous ne pouvons pas nous permettre d’en donner davantage. »
« Nous avons tout juste assez pour assurer la survie de notre propre pays. Nous n’avons pas de points à offrir aux autres. »
D’autres s’y opposèrent fermement, affirmant qu’ils parvenaient à peine à survivre eux-mêmes.
La délégation française coupa la réponse du représentant britannique, puis la délégation allemande interrompit les Français.
Les pays d’Europe de l’Est, relativement plus faibles, reniflaient et suppliaient comme des Chimpis.
C’était le chaos total.
« Tout le monde. L’Europe n’est pas la seule région en difficulté. Le Japon est lui aussi sur le point d’épuiser ses points. À ce rythme, nous ne survivrons pas au Grand Cataclysme. Alors, je vous en prie… »
Le représentant japonais répétait sans cesse que les réserves de son pays ne suffiraient pas non plus.
Il affichait un air absolument misérable.
Pendant ce temps, notre président…
« … Sur quoi se fondent les calculs de ce document ? »
Il feuilletait ses papiers et posait une question au fonctionnaire assis à côté de lui.
Le fonctionnaire sortit précipitamment un autre document.
Notre pays avait appris depuis longtemps qu’un Grand Cataclysme approchait.
Mais nous n’avions découvert comment il fonctionnait réellement que ce matin.
Pendant que tout le monde présentait des exigences préparées depuis belle lurette, nous nous affairions à mettre nos documents en ordre.
Vu sous cet angle, notre pays faisait vraiment un peu pitié.
Bon, un mois plus tôt, nous étions encore dans la panade parce que nous manquions de points.
Nos services de renseignement n’avaient sans doute pas été très efficaces.
Enfin…
La Corée, le royaume, ne m’avait-elle pas, moi ?
Que les autres ouvrent ou non leurs réserves, il me suffisait de gravir la Tour et de gagner plus de points !
Alors que je suivais la réunion sans grand intérêt…
« Le Royaume-Uni et la France n’avaient-ils pas promis d’aider l’Europe de l’Est pendant la Période du chaos, il y a cinq ans, avant de nous lâcher unilatéralement ?! »
« Cette accusation ne tient pas compte des circonstances de l’époque ! »
« Vous avez déjà oublié quels pays ont le plus souffert lors de la dernière guerre ? Vous, qui vous êtes aussi défilés à l’époque en prétendant que vous ne défendriez que vos propres frontières ! »
« Pourquoi ressortir ça maintenant ?! »
« Bande de putains de nazis… »
« Des nazis ?! Qu’est-ce que vous venez de dire ?! »
Ils commencèrent aussi à ressortir les vieux dossiers.
Qui avait rompu ses promesses.
Quels pays n’avaient pas aidé pendant la guerre.
Ils devaient avoir pas mal de rancunes, parce qu’ils ne manquaient jamais de choses à dire.
La réunion était passée à un tout autre niveau !
À ce stade, ce n’était guère différent d’une guerre d’insultes sur le Forum des chasseurs.
Au début, voir des dirigeants et des diplomates se montrer du doigt et se hurler dessus était plutôt divertissant…
Mais au bout d’un moment, même ça finit par lasser.
« C’est chiant à mourir. Je vais plutôt regarder le Forum des chasseurs. »
Je pris mon téléphone.
Puis j’ouvris le Forum des chasseurs comme d’habitude.
Mais…
[Impossible de se connecter au réseau.]
« Hein ? »
La connexion ne passait pas.
J’essayai d’actualiser la page, mais rien ne changea.
Qu’est-ce qui se passait ?
On m’avait pourtant assuré qu’on aurait accès à l’itinérance ou je ne sais quoi avant notre départ.
Le désespoir s’abattit sur moi.
« Ne me dites pas… qu’ils ont coupé Internet parce qu’on est dans la grande salle de réunion… ? »
D’accord, c’était une réunion à huis clos, mais quand même.
Si cette réunion était aussi putain d’ennuyeuse, ils pouvaient au moins nous laisser utiliser Internet !
Ils m’obligeaient à écouter leurs conneries et m’empêchaient même d’accéder au Forum des chasseurs.
Putains de connards de Britanniques.
Ce n’était pas une grave atteinte aux droits humains ?!
Alors que je fronçais les sourcils…
« Iing ?! »
Iing Iing releva soudain la tête.
Puis elle se mit à fixer quelque chose à l’extérieur de la salle.
« Qu’est-ce qu’il y a, Iing Iing ? Tu vois quelque chose ? »
Au lieu de répondre, une petite main tira sur mon col.
Au moment où j’allais me tourner dans cette direction, une voix pressante retentit derrière nous.
« Nos communications ont été coupées ! »
« La connexion satellite est également interrompue ! »
C’étaient les agents postés tout autour de la salle.
Les agents de renseignement de tous les pays passèrent soudain à l’action.
Ils sortirent tous leurs appareils.
Certains portèrent la main à leur oreillette, tandis que d’autres s’éloignèrent en hâte.
« Toutes les lignes extérieures sont coupées ! »
« Passez sur le réseau de secours ! »
« Impossible ! Lui non plus ne répond pas ! »
Les cris dans la salle s’interrompirent.
La personne qui tenait le micro se tut.
Les gardes du corps s’approchèrent des dirigeants nationaux.
Le raclement des chaises se mêla au bruit des pas pressés.
« S’agit-il d’une cyberattaque ? »
« Nous vérifions. Nos réseaux sécurisés sont attaqués en même temps. »
« Aucun humain ne pourrait agir aussi vite. C’est une attaque informatique de grande ampleur, menée par une IA ! »
« Activez les systèmes de réponse ! Préparez d’abord les artefacts de communication ! »
Un agent ouvrit un ordinateur portable.
Un autre donna des instructions aux gardes du corps.
D’autres encore sortirent de leur veste des artefacts à l’apparence étrange.
Je penchai la tête, perplexe.
« Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tout le monde fabrique ? »
Il y avait eu un problème de sécurité ou quoi ?
Pendant ce temps, Iing Iing n’avait toujours pas détourné les yeux de ce qui se trouvait à l’extérieur.
Sa petite main agrippait fermement mon col.
« Iing… »
* * *
Au même moment.
À l’est du Royaume-Uni.
En mer du Nord.
Grrrrr…
L’eau bleu sombre se souleva.
L’écume blanche se fendit de part et d’autre.
Une énorme coque noire émergea de la surface.
C’était un sous-marin.
Puis un autre fit surface à côté du premier.
Et un autre encore, un peu plus loin.
Les sous-marins remontèrent un à un à la surface.
Puis…
Clang. Clang. Clang. Clang.
Leurs tubes de lancement de missiles commencèrent à s’ouvrir l’un après l’autre.
Plus haut.
Bien au-dessus d’eux.
Au-dessus des épais nuages…
Vrooooooum !
De gros avions de transport volaient en formation.
Des dizaines, peut-être même des centaines d’avions traversaient le ciel ensemble.
Des escadrons de chasse les escortaient.
Ils se dirigeaient tous vers le même endroit.
Londres.
* * *
Un centre de commandement souterrain en Chine.
« Coupure des communications confirmée. »
« L’artefact de dissimulation fonctionne normalement. »
« Tous les escadrons ont rejoint les trajectoires prévues. »
La silhouette âgée qui écoutait les rapports consulta l’heure.
Un bref silence s’installa.
Puis elle releva lentement la tête et prit la parole.
« Toutes les forces, lancez l’attaque. »
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