Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B.
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Chapitre 10 : 010
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Tôt le matin, en route vers l’Antenne de gestion des grimpeurs.
Je ronchonnai depuis le siège passager tandis que ma sœur conduisait.
« Sérieusement, c’est vraiment pénible de devoir aller à l’Antenne tous les jours. Je devrais peut-être n’y aller qu’un jour sur deux ? Apparemment, on peut s’absenter jusqu’à deux jours. »
— C’est une période grave, alors fais attention. Passer à l’Antenne une fois par jour, ce n’est pas la mer à boire. Vas-y sans faire d’histoires. Tu pourrais finir en prison, toi aussi, si tu déconnes.
« Je sais. Je disais ça comme ça. »
À cause de l’Ordre général de mobilisation des chasseurs, j’étais obligé de me rendre tous les jours à l’Antenne pour faire l’appel.
Alors que j’étais assis dans la voiture, l’esprit ailleurs…
« Les chasseurs sont des êtres humains, eux aussi ! Arrêtez de piétiner leurs droits ! »
« Gouvernement, cessez d’emprisonner les chasseurs et de les forcer à entrer dans la Tour ! »
« Ouaiiiin ! »
Des cris traversèrent la vitre et me martelèrent les tympans.
Je jetai un coup d’œil dehors.
Un petit groupe de manifestants se tenait là.
« Trois mille personnes sont mortes en une seule journée ! »
« Ma fille est morte dans la Tour ! »
« Les chasseurs aussi ont une famille et des enfants ! C’est injuste de les forcer à entrer dans la Tour ! »
« Retirez l’Ordre général de mobilisation des chasseurs ! Libérez les chasseurs ! »
Ils manifestaient contre l’Ordre général de mobilisation des chasseurs décrété par le gouvernement.
Des milliers de personnes étaient mortes après le déploiement forcé des chasseurs de réserve, la veille, et une poignée de citoyens s’étaient soulevés pour protester.
Les manifestants venaient de tous les horizons.
Il y avait des membres d’associations citoyennes portant des gilets d’organisations de défense des droits humains, des gens qui avaient perdu des proches, ainsi que des citoyens ordinaires que leur cause avait touchés et qui s’étaient joints au mouvement.
Des dizaines de personnes manifestaient devant l’Antenne de gestion des grimpeurs.
Les passants réagissaient avec froideur.
« Qu’est-ce qu’ils racontent ? Ils croient qu’on mène une vie confortable ? »
« Il faut bien que quelqu’un fasse des sacrifices. »
« Alors que les cinquante millions de citoyens risquent de mourir, qui a le temps de se soucier des droits humains ? »
« Ils vivent vraiment dans leur petit monde. Tss, tss… »
Les citoyens ordinaires passaient devant eux en les critiquant.
Il ne restait qu’un peu plus de trois mois avant que les points ne viennent à manquer.
Comme tout le pays risquait de disparaître dans quelques mois, ils ne pouvaient pas compatir avec ceux qui réclamaient à grands cris le respect des droits humains.
J’observai tour à tour les manifestants et les passants, puis marmonnai :
« Je comprends les deux camps. »
Les chasseurs de réserve, emprisonnés et forcés à gravir la Tour.
Le grand public, qui voulait prolonger sa vie à durée limitée, quitte à piétiner les droits d’une minorité.
Les droits de la minorité ou la survie de la majorité.
Le pays avait choisi de sacrifier les droits de la minorité pour assurer la survie de la majorité.
Bien sûr, en réalité, personne ne pouvait garantir que ce choix les sauverait vraiment.
« Voilà, on y est. Allez, rends tes points et rentrons à la maison. »
« D’accord. »
Nous nous garâmes, puis entrâmes dans l’Antenne.
Je posai la main sur l’orbe de cristal désormais familier et échangeai mes points.
[Veuillez indiquer le nombre de points à transférer à la « République de Corée ».]
« La totalité. »
[Transfert de 48 points à la « République de Corée ».]
Après que j’eus remis les points, un fonctionnaire dont le visage m’était désormais familier prit la parole.
« Chasseur Baek Jiho. Nous avons confirmé le dépôt de 48 points. Nous verserons 480 000 won sur le compte que vous avez désigné. La République de Corée se souviendra de votre dévouement. »
« … C’est la première fois que j’entends ça. Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« C’est une façon de remercier les chasseurs. Continuez à faire de votre mieux pour le pays, je vous prie. »
« Hum… »
Son attitude était bien trop froide pour ce genre de discours.
Enfin, c’est évident qu’un supérieur leur a demandé de le réciter.
Ils avaient sûrement reçu un nouveau manuel de réponses pour motiver les chasseurs.
Après tout, trois mille personnes étaient mortes en une seule journée.
Il fallait sans doute trouver un moyen d’atténuer la résistance des chasseurs, quitte à modifier une formule d’adieu insignifiante.
Bref.
J’avais fini de pointer pour aujourd’hui.
* * *
Après avoir quitté l’Antenne, je rentrai directement chez moi.
Puis je m’entraînai à la magie.
Tranche-vent. Activation à l’échelle minimale.
Fschhh !
Quand je lançai le sort sur une feuille de papier, elle fut tranchée net.
J’étudiais ce sort depuis la veille.
Tranche-vent.
Un sort qui comprimait l’air en forme de lame avant de le projeter.
Après de nombreux essais, j’avais enfin réussi à le mettre au point.
La clé, c’était la forme et l’angle de la disposition.
Mon ancien sort de projectile d’air comprimé se contentait d’empiler plusieurs cercles les uns sur les autres.
En faisant des essais, j’avais découvert que la forme de l’air projeté variait selon celle des cercles intérieurs.
Si je traçais un grand cercle à l’extérieur, puis des ellipses de plus en plus étroites, presque réduites à des lignes droites, en allant vers le centre…
Je pouvais créer une lame d’air comprimé qui filait à l’horizontale.
Le résultat, c’était…
Fschhh !
Fschhh !
Je pouvais vraiment lancer des lames de vent.
On dirait que je n’aurais plus besoin de me trimballer des ciseaux.
Non, maintenant que je savais utiliser Boule de feu, avais-je seulement besoin d’un briquet ?
Évidemment, je ne pouvais utiliser la magie qu’avec mon bâton.
« Bref… maintenant que j’ai appris Tranche-vent, je suis prêt pour le troisième étage. »
Si je tenais à apprendre Tranche-vent,
c’était à cause du troisième étage.
Le troisième étage, c’est une sorte de parcours où il faut foncer dans un couloir tout droit.
Un long couloir qui s’étirait à perte de vue.
De nombreux petits trous perçaient ses deux côtés.
Des gobelins en sortaient les uns après les autres.
Le grimpeur devait foncer vers le Portail de sortie au bout du couloir, en esquivant ou en repoussant les gobelins qui surgissaient des deux côtés.
Plus d’une centaine de gobelins sortaient des trous ; il était donc impossible de tous les tuer.
Mais qui étais-je, moi ?
Un chasseur sorcier ayant survécu à la Difficulté Extrême Lunatique.
Je n’avais pas peur, même si des dizaines ou des centaines de gobelins fonçaient sur moi.
En plus, ils seraient entassés dans un long couloir.
Avec Tranche-vent à ma disposition ?
Waouh. C’est d’une efficacité folle.
Une horde de gobelins déferlerait dans un couloir tout droit.
Il ne me resterait qu’à lancer tranquillement des Tranche-vent.
J’étais certain d’en tuer des dizaines d’un seul coup.
Héhé. J’en salivais déjà.
À l’idée d’essayer mon nouveau sort, mes doigts me démangeaient.
Ça devait être incroyable, non ?
Et soudain…
… Attends.
Quelque chose clochait.
Moi, là, tout de suite.
Est-ce que j’étais en train de m’exciter à l’idée de massacrer des gobelins ?
« Je ne suis pas du genre à aimer tuer, pourtant… »
Je n’avais jamais été quelqu’un de violent.
En vingt-sept ans de vie, je ne m’étais même jamais battu à mains nues.
J’étais peureux, timoré et passif.
Pour le dire simplement, j’étais un loser.
Et pourtant, quelques jours à peine s’étaient écoulés depuis que j’étais devenu Chasseur.
Quelque chose avait changé en moi.
Tuer des dizaines de gobelins ne me dérangeait pas.
Le sang et les tripes qui giclaient me dégoûtaient, mais ne m’effrayaient pas vraiment.
C’était comme écraser des mouches ou des moustiques agaçants.
Je ne ressentais sincèrement rien.
J’étais devenu insensible à la mort.
Même avec toute l’expérience du combat acquise comme Chasseur, avais-je vraiment pu changer autant en seulement cinq jours ?
J’avais l’impression que c’était hier encore que j’étais terrifié et en larmes pendant le tutoriel.
Maintenant, l’idée de massacrer des gobelins m’enthousiasmait.
Quelque chose avait changé en moi.
« … »
Je restai assis là, l’air absent, à poursuivre mes réflexions.
Bientôt, j’énonçai ma conclusion :
« Je… suis devenu un sorcier. »
Le moment décisif où j’avais changé.
C’était sans doute quand j’étais devenu sorcier.
Je baissai les yeux vers le bâton que je tenais.
« Dès que j’ai pris le bâton et que je suis devenu sorcier, le Guerrier gobelin et le Chaman gobelin m’ont paru insignifiants. Non… pour être exact, tous les êtres vivants, à part moi, ont commencé à me sembler inférieurs. »
Au moment où j’avais pris le bâton et commencé à maîtriser les Motes bleues,
quelque chose avait changé en moi.
Peut-être ce que les gens appelaient l’âme.
Son rang avait augmenté, et elle avait commencé à considérer tous les êtres vivants, sauf moi, comme inférieurs d’un niveau.
Par conséquent, ma personnalité était peut-être en train de devenir peu à peu arrogante sans que je m’en rende compte.
Je laissai échapper un rire sans joie.
« Dans les romans de fantasy, les sorciers sont toujours décrits comme malpolis et arrogants. Je crois que je comprends pourquoi. »
Quand tous les êtres vivants autour de vous vous paraissent inférieurs, impossible de rester poli.
Je ne savais pas si ce changement était une bonne ou une mauvaise chose.
Ne pas fuir les combats était un avantage pour un Chasseur.
Mais sur le plan social, ça ne semblait pas vraiment positif.
Personne n’a envie d’avoir dans les pattes un connard arrogant et désagréable.
Mais, à bien y réfléchir, je n’ai déjà presque pas de vie sociale. Ça ne changera sans doute rien, non ?
Alors, aucun problème.
Problème réglé.
Ça suffisait comme introspection pour le moment.
« Entrer dans la Tour. »
Il était temps d’aller grimper aujourd’hui.
[Baek Jiho (République de Corée : étage 3)]
[Veuillez sélectionner l’étage où vous souhaitez entrer.]
« Troisième étage. »
[Entrée dans l’étage 3 de la Tour.]
Un éclair.
Une aura lumineuse m’enveloppa.
* * *
J’ouvris les yeux et regardai devant moi.
Un vaste et long couloir s’étendait à perte de vue.
Il mesurait plusieurs centaines de mètres de long.
D’innombrables petits trous perçaient les murs, à droite comme à gauche.
Des gobelins en sortaient en masse.
« Kerruk ! Keruk ! »
« Kerrr ! »
Les gobelins émergeaient un à un des trous.
Un, deux, dix, vingt, cent…
Et pendant tout ce temps, je restai immobile.
La stratégie habituelle pour le troisième étage consistait à sprinter à toute allure dès le départ.
Il fallait courir avant que tous les gobelins soient sortis de leurs trous, puis atteindre le Portail de sortie au bout du couloir.
Ainsi, un Chasseur de rang difficile pouvait s’échapper sans qu’un seul gobelin ne l’effleure.
Un Chasseur de rang normal pouvait s’en sortir en repoussant un ou deux gobelins près de l’arrivée.
Un Chasseur de rang facile pouvait s’échapper s’il parvenait à semer une dizaine de gobelins dans la seconde moitié du parcours.
La difficulté dépendait de la vitesse à laquelle on pouvait courir.
Mais moi, je ne courus pas.
Un sorcier allait-il s’abaisser à sprinter, comme un vulgaire mortel ?
Je me tins fièrement au point de départ et attendis que tous les gobelins soient sortis.
« Kerruk ! Keruk ! »
« Kiiiiiik ! »
« Kiik ! »
Bientôt, plus d’une centaine de gobelins remplirent le couloir.
Un spectacle qui aurait poussé un Chasseur ordinaire à renoncer et à faire demi-tour pour prendre le Portail de retour.
Mais pas moi.
Environ cent cinquante gobelins. Combien je gagnerais si je les tuais tous ? Cent cinquante points, plus cent cinquante dagues. Même après les impôts, ça ferait 3,75 millions de won… !
Je ne voyais que l’argent.
Alors que je restais tranquillement sur place, les gobelins finirent par me repérer.
« Keruk ? Keruk ! Kerrrrrr ! »
« Kiiiik ! Kiiiik ! »
« Kyaaaak ! »
Ils se tournèrent vers moi et se mirent à pousser des cris d’excitation.
Ils étaient plus d’une centaine.
Et moi, j’étais seul.
Ils étaient ravis, persuadés que je serais une proie facile.
Je préparai alors ma magie.
Pour commencer, dix Tranche-vent.
Hummmm… !
Mon bâton s’illumina et répandit une lueur bleue.
Dix lames transparentes d’air comprimé apparurent au-dessus de lui.
À la moindre pensée, elles fileraient droit devant et faucheraient les gobelins sur leur passage.
Et, au cas où, cinq grosses boules de feu.
Fouuuush !
Cinq boules de feu ardentes apparurent et se mirent à tournoyer autour de mon bâton.
Je comptais d’abord utiliser Tranche-vent.
Mais sa puissance meurtrière risquait d’être inférieure à mes attentes.
Dans ce cas, je lancerais les grosses boules de feu et les anéantirais tous avec la force de l’explosion.
Le vacarme assourdissant me ferait un peu mal aux oreilles, mais je pouvais bien supporter ça.
J’avais donc préparé dix Tranche-vent et cinq grosses boules de feu.
Dix lames transparentes frémissaient, tranchantes comme le froid.
Cinq boules de feu grosses comme des têtes répandaient leurs flammes brûlantes.
Avec une telle puissance de feu, je devrais pouvoir écraser ces cent cinquante gobelins.
Une fois fin prêt, je lançai d’un ton assuré :
« Allez, venez ! Approchez ! Je vais tous vous buter jusqu’au dernier ! »
Cent cinquante gobelins.
J’allais les exterminer jusqu’au dernier !
Mais, pour une raison ou une autre…
« Ke… keruk ? »
« Keruk ? Keruk ? »
« Kiik… ?! »
La horde de gobelins, qui semblait prête à se jeter sur moi d’un instant à l’autre, se figea sur place.
Comme s’ils jouaient à « Un, deux, trois, soleil ».
Quoi ? Pourquoi ils ne viennent pas ?
Je penchai la tête, perplexe.
Puis…
« Kyaaaaaaak !!! »
« Kyaaaaaaaa !!! »
« Kiiiiiiiiik !!! »
Les gobelins poussèrent tous un cri et prirent la fuite.
Ils se précipitèrent vers les petits trous d’où ils étaient sortis et tentèrent de s’y engouffrer en se bousculant.
Je ne pus que les regarder, sidéré.
« Non, mon massacre en règle ! »
Ma paie de la journée était en train de m’échapper !
Je n’aurais jamais cru que des monstres puissent prendre peur et s’enfuir.
À bien y réfléchir, le Guerrier gobelin et le Chaman gobelin que j’avais rencontrés pendant le tutoriel s’étaient enfuis, eux aussi.
Mais je n’aurais jamais pensé que même de simples gobelins, avec leur intelligence limitée, détaleraient.
Je réfléchirais à ça plus tard.
Je dois en tuer autant que possible avant qu’ils ne retournent dans leurs trous !
Dans la précipitation, je lançai tous les sorts que j’avais préparés.
Fouuuuuush !
Fschhh !
Dix lames de vent.
Et cinq grosses boules de feu.
Elles fendirent l’air toutes ensemble et foncèrent sur la horde de gobelins.
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