Chapitre 37
Chapitre 37
« Maintenant, souviens-toi, quoi qu'il arrive, tu dois rester digne, c'est compris ? »
Emilia martelait à Edward les dernières connaissances dont il aurait besoin pour le bal alors qu'ils attendaient la calèche, et il faisait... de son mieux pour écouter et assimiler ses paroles.
« Tu te souviens de tout ce que le professeur de danse t'a appris, n'est-ce pas ? »
Emilia ajusta ses poignets de chemise tout en poursuivant sa révision intensive.
« Bien qu'il soit notoire que tu ne te présentes pas comme tel, tu dois tout de même conserver la prestance d'un noble homme en présence de Sa Majesté. »
Elle apportait maintenant les dernières touches à sa coiffure.
« Et le plus important de tout. » Elle le regarda droit dans les yeux, interrompant son travail un court instant. « Détends-toi. »
Edward hocha la tête, essayant de son mieux de se détendre, comme ordonné.
C'était plus facile à dire qu'à faire.
Même si cela faisait presque une semaine qu'il s'était réveillé dans ce corps, il ne s'était toujours pas habitué à la pression qui pesait constamment sur ses épaules.
Détends-toi...
Il prit une profonde inspiration et relâcha lentement.
Tu peux le faire...
Le système intervint également, lui balançant au visage le même message pour la millième fois.
[ Encouragement : Tu peux le faire ! ♡ ]
« Ouais, ouais, je sais... » marmonna-t-il dans sa barbe alors qu'Emilia terminait les derniers ajustements.
Emilia finit précipitamment les détails finaux, puis prit du recul pour l'examiner.
« Parfait. » murmura-t-elle, son expression toujours empreinte d'une concentration absolue.
« Maintenant, pour le maquillage... » murmura-t-elle pour elle-même avant de réduire à nouveau la distance entre eux.
Cela dura encore une longue heure avant qu'Edward ne soit enfin libéré de ses griffes.
Il se déplaça maladroitement sur la pointe des pieds dans sa chambre encombrée vers la porte, la refermant silencieusement derrière lui alors qu'il se dirigeait vers le hall principal du domaine.
Le hall était assez vide, hormis son père et Calen qui l'attendaient déjà. Il échangea une brève salutation et se tint à leurs côtés, attendant avec eux sa partenaire pour le bal.
Edward pouvait encore sentir la nervosité remonter le long de son échine, et bien qu'il fasse de son mieux, il parvenait à peine à s'empêcher de trembler.
Tu peux le faire...
Se rassura-t-il, essayant d'apaiser son anxiété.
Il était heureux qu'au moins Calen vienne en tant qu'escorte ; après tous les événements récents, il commençait à s'attacher à cet homme plutôt rigide. Et avoir un visage familier à ses côtés alors qu'il se rendait à une réception avec les personnes les plus importantes du monde était plus qu'utile.
Il jeta un coup d'œil rapide à Calen.
Il portait un uniforme assez complexe aujourd'hui. Délaissant sa chemise habituelle pour une tenue dorée richement brodée, ornée de bleu pâle.
Il avait l'air plutôt séduisant dedans...
Reportant son attention sur le présent, Edward attendit l'arrivée de sa partenaire.
Il lui fallut un certain temps pour arriver.
Se rappelant toute l'étiquette qu'on lui avait enseignée, Edward s'avança le premier, avec l'intention d'aider Selene à descendre de sa calèche. Ce qui, avec le recul, n'était pas la meilleure idée, car il était loin d'être assez grand pour le faire correctement ; il se contenta donc de se tenir magistralement près de la porte pendant que le chevalier qui l'escortait l'aidait à descendre.
Le monde d'Edward se figea un instant lorsqu'il vit Selene.
Elle portait une robe bleu nuit aux bords volantés, assortie à la couleur de ses cheveux. C'était une robe vraiment simple comparée à ce qu'Edward portait, mais cette simplicité ne faisait que la mettre davantage en valeur. Sous la lumière en cascade de l'éclat matinal, Edward sentit son cœur rater un battement lorsqu'il réalisa qu'il allait pratiquement à un rendez-vous avec cette femme pour la journée.
Il se reprit rapidement et lui offrit sa main, souriant du mieux qu'il pouvait alors qu'il l'aidait à monter les marches du domaine.
« Ah ! Lady Selene ! Bienvenue ! »
La voix de son père tonna, accueillant l'arrivée de la dame de Verdigris.
Calen fit une légère révérence.
Edward la fit entrer, et Selene salua le duc.
« Salutations, Votre Grâce. »
Le duc hocha la tête en retour et les conduisit au salon des invités.
La calèche pour eux n'arriva qu'une heure plus tard. Ils firent tous deux leurs adieux au duc et montèrent dans le véhicule. Les escortes, Calen et le chevalier de Selene, prirent place dans une calèche derrière eux.
Le palais royal était suffisamment proche de son lieu de résidence pour qu'ils n'aient à partir qu'une heure avant le début de la fête.
Le trajet fut assez calme ; il était plutôt tendu en compagnie de Selene, mais elle semblait assez détendue, ne jetant que quelques regards furtifs à Edward lorsqu'il bougeait pour ajuster ses vêtements.
La capitale elle-même était une ville grandiose qui s'étendait à travers les terres, couvrant les vallées qui s'étiraient jusqu'à l'horizon. Il leur fallut un certain temps pour enfin apercevoir le palais après être entrés dans la ville.
De loin, le palais royal d'Alveris ressemblait moins à un bâtiment qu'au cœur même du royaume — vivant, vaste et incroyablement immobile.
Il couronnait la plus haute colline surplombant la capitale, ses murs de pierre blanche brillant d'un éclat doré sous le soleil de fin d'après-midi. De longs ponts et terrasses s'étendaient vers l'extérieur comme des veines de lumière, reliant des flèches qui perçaient le ciel. D'où se trouvait Edward, le palais semblait presque irréel ; il scintillait faiblement contre l'horizon, comme la chaleur sur le verre.
Le donjon principal était une structure colossale de marbre et de cristal, enveloppée de terrasses qui fleurissaient de jardins suspendus. L'eau coulait à travers des canaux sculptés qui miroitaient sous la lumière, alimentant des fontaines même à des kilomètres de distance.
Un cercle de tours entourait le cœur — chaque tour couronnée de bannières cramoisies et ivoire, claquant vivement dans le vent violent. Elles portaient le symbole de la famille royale : un dragon couronné enroulé autour d'une épée, ses ailes déployées sur le tissu comme un feu figé dans le mouvement.
Autour de la base de la colline s'étendait le Quartier Royal — un labyrinthe de villas, de casernes et de jardins où nobles et chevaliers vivaient à l'ombre de leur monarque. De loin, cela ressemblait à une seconde ville, ordonnée et scintillante de richesse.
Et au-delà de tout cela, faible et presque caché par l'éclat du soleil, Edward pouvait à peine distinguer une légère barrière qui entourait l'enceinte du palais — un dôme de mana transparent qui ondulait occasionnellement, comme un dragon respirant dans son sommeil.
Même d'aussi loin, le palais irradiait quelque chose de tangible — une présence silencieuse et écrasante.
C'est magnifique.
Edward déglutit sans le vouloir, légèrement submergé par la grandeur du château devant lui.
Et soudain, il eut l'impression que les enjeux liés à ses actions venaient de se multiplier par mille.