Chapitre 32
Chapitre 32
« Je vous demande pardon, jeune maître, mais il semble que nous ayons été pris en embuscade. »
Edward dévisagea Calen, qui le regardait avec une expression suffisante.
« Q-quoi ? »
Calen le fixa longuement, puis ses yeux dérivèrent soudainement vers sa jambe, là où la flèche avait effleuré sa cuisse un peu plus tôt.
« Vous êtes blessé. »
Sa voix était basse, calme, presque trop posée. Pourtant, cela fit tressaillir Edward.
Edward observa l'entaille sur sa cuisse, qui saignait légèrement sur son pantalon.
« Oh... ce n'est rien. »
Mais lorsqu'il releva les yeux, il manqua de sursauter à nouveau face au regard de Calen. Son expression habituelle, empreinte de sang-froid, avait disparu, et ses yeux s'étaient assombris au point d'en devenir un peu trop effrayants au goût d'Edward.
« Je reviens tout de suite. »
Edward fit un pas en avant, paniqué, vers Calen qui avait déjà fait volte-face.
« Attends. »
« Restez là, jeune maître, je reviens. »
Et avant qu'il ne s'en rende compte, Calen s'élança depuis sa position pour retourner dans la jungle.
Edward laissa échapper un gémissement.
« Cet idiot... »
Quelques cris supplémentaires éclatèrent dans la jungle, effrayant les oiseaux qui n'avaient pas fui la canopée lors de la première confrontation. Il ne fallut que quelques minutes de plus à Calen pour faire taire le reste des voix, et lorsqu'il revint, il y avait... des taches de sang sur son armure de métal terne.
Edward jeta un coup d'œil au sang sur l'armure de Calen.
« Est-ce que ce sont... » Il les pointa du doigt.
Calen se contenta de continuer à marcher vers lui.
« Cela n'a aucune importance, nous devons vous mettre en sécurité. »
Il lui saisit la main et le guida lentement vers la calèche. Puis, après avoir soigneusement inspecté l'intérieur et retiré toutes les flèches logées dans les parois, Calen aida Edward à monter à bord.
Il jeta un coup d'œil à sa cuisse en sang pendant un instant, l'air un peu inquiet.
« Le duc sera furieux. »
Il poussa un soupir et, pour une raison obscure, retira sa cuirasse.
Edward le regarda comme l'idiot qu'il était, et après avoir retiré sa protection, Calen déchira un morceau de sa propre chemise.
« Levez la jambe. »
Edward sentit ses joues chauffer pour une raison qu'il ignorait.
[ Objecti- ]
Avant que le système ne puisse interférer, il repoussa mentalement la chose dans un coin de son esprit, utilisant toute sa volonté pour y parvenir.
Tu. ne. fais. rien.
Il crut presque entendre cette chose stupide ricaner à travers l'affichage.
Il reporta son attention sur Calen.
« Je ne peux pas le faire moi-même ? » demanda-t-il, évitant le contact visuel tout en faisant de son mieux pour garder une voix stable.
Calen secoua la tête. « Non, vous ne savez pas comment faire un bandage correct. Tenez, laissez-moi faire. »
Edward hésita un instant.
Puis un autre.
Mon Dieu...
Et finalement, rassemblant son courage, il ferma les yeux et leva la jambe, grimaçant de douleur maintenant que l'adrénaline retombait.
***
Calen se retenait à grand-peine.
Pourquoi faut-il qu'il soit si...
Il reprit le contrôle de son esprit de toutes ses forces, saisissant délicatement la jambe du jeune maître alors qu'il pressait le tissu contre la plaie.
Edward tressaillit lorsque la main de Calen toucha sa jambe.
Calen aussi, intérieurement.
Extérieurement, il faisait tout son possible pour garder son sang-froid.
En toute honnêteté, cette tâche était un peu plus difficile que de combattre les assassins qu'il venait d'abattre.
Il prit une profonde inspiration et tira sur le tissu pour le serrer autour de la plaie, appuyant légèrement sur la cuisse douce d'Edward.
Un moment calme mais intime s'installa entre eux tandis que Calen s'affairait avec le tissu, essayant de couvrir la blessure sur la jambe d'Edward.
Et puis, alors qu'il avait presque terminé, il fut interrompu.
« Calen... »
Silence.
Il hésita.
Puis il leva les yeux, pour ne voir qu'Edward, les yeux larmoyants, qui le fixait en retour.
« Ça commence à faire mal. »
Il marqua une pause.
Je devrais le réconforter.
Oui, c'était la meilleure chose à faire.
Son esprit s'emballa, cherchant la meilleure solution à cette situation.
Puis, pour une raison divine, il tendit la main et caressa la joue d'Edward.
« Tout ira bien, jeune maître. Je vous emmènerai chez un guérisseur en un rien de temps. »
Ce n'est qu'après que les mots eurent franchi ses lèvres que Calen réalisa ce qu'il faisait.
Il retira immédiatement ses mains des joues douces du jeune maître.
Merde !
Qu'est-ce qui m'a pris !?
Il s'inclina aussitôt, la tête touchant presque le sol.
« C'était impudent de ma part. »
Edward détourna le regard, le visage un peu rouge.
« Oh n-non... ce n'est rien... »
Calen expira.
Contrôle-toi, espèce d'idiot.
Il n'était qu'un domestique, rien de plus, rien de moins. Il devait apprendre à rester à sa place.
Il expira, et avant que l'atmosphère ne devienne gênante, Calen se redressa et sortit.
« Je vais nous ramener au domaine. S'il vous plaît, essayez de vous reposer. » dit-il sans regarder Edward.
Il dut chercher un moment pour retrouver les chevaux qui s'étaient enfuis pendant tout ce grabuge. Après les avoir ramenés à la calèche, Calen prit les rênes, dirigeant l'attelage vers le bon chemin.
Le trouver fut difficile dans cette immense jungle, mais après quelques mauvais virages, Calen finit par trouver la bonne route.
Alors qu'ils s'installaient dans un rythme confortable, Calen laissa une petite partie de son esprit vagabonder, repassant en revue ce qui venait de se passer.
La calèche dans laquelle il se trouvait et celle du jeune maître s'étaient séparées en cours de route, et au moment où Calen avait réalisé ce qui se passait, le jeune maître Edward était introuvable.
Il lui avait fallu un effort colossal pour ressentir la fluctuation de mana émise par le maître Edward et trouver sa trace, et lorsqu'il l'avait enfin rejoint, ils étaient déjà sous le feu des assaillants.
Calen avait failli tuer les assassins alors qu'il essayait simplement de les neutraliser.
Et quand il avait vu l'entaille sur Edward.
Espèce d'idiot inutile...
Il poussa un long soupir. Il se concentra sur la route, restant aux aguets face à toute menace potentielle.
Concentration : le ramener sain et sauf.