Chapitre 41
[Ouah ! Cette Zerg femelle ne peut plus le cacher, hein ?! Sa vraie nature est révélée, hein ?! (En colère)]
[Utiliser cette méthode pour piéger un Seigneur mâle et le pousser à lui passer les bras autour de la taille, c’est vraiment abusé !]
[Mais tout le monde se déplace comme ça dans le District souterrain, non ? Tu n’y es jamais allé, pas vrai ? Les routes sont impraticables pour les aéronefs.]
[Justement, ça prouve qu’il a tout manigancé ! Il a attiré le Seigneur mâle dans le District souterrain, alors celui-ci n’a pas d’autre choix que de le tenir. Il n’y a pas d’autre solution.]
[Maintenant que tu le dis, c’est vrai ! Quel stratagème !]
[J’ai compris, j’ai compris. Je ferai pareil la prochaine fois.]
Tout en critiquant les méthodes d’Iso et en le montrant du doigt, les Zergs femelles prenaient aussi des notes.
[Ce manuel est encore plus instructif que celui de Claire.]
[P.-S. : Celles qui n’en sont pas capables feraient mieux de ne pas imiter ça. Si vous blessez un Seigneur mâle, vous pourriez bien finir vos jours dans une prison interstellaire !]
…
[Iso lui-même n’était pas à l’aise à l’idée de faire une telle demande. Il contrôla raideement son expression et son corps, si bien que son beau visage froid parut encore plus glacial.
« Veuillez me tenir par la taille. Je vais vous faire traverser les airs. »
Il expliqua la situation au Seigneur mâle.
Les routes du District souterrain n’avaient absolument aucun plan d’ensemble, et les bâtiments étaient encore plus étranges, de formes et d’espacements tous différents. Un étranger qui ne connaissait pas les lieux s’y perdrait à coup sûr.
Les aéronefs encombrants n’étaient pas non plus populaires ici. En amener un ne ferait que le conduire dans des impasses.
Les Zergs femelles du District souterrain avaient davantage l’habitude de voler par leurs propres moyens.
Et les Zergs mâles étaient portés par les Zergs femelles.
En se rappelant les Zergs femelles à demi transformées qui se faufilaient entre les bâtiments, Hill comprit enfin ce qu’Iso voulait dire.
Alors c’est ça…
Les Zergs mâles avaient eux aussi des ailes, mais elles avaient dégénéré. Ils ne pouvaient pas voler et leurs ailes ressemblaient plutôt à de beaux ornements, lourds de sous-entendus séducteurs. Peu de Zergs mâles les dévoilaient.
Les ailes des Zergs femelles étaient bien plus pratiques.
Sur le champ de bataille, c’étaient des armes terrifiantes, des boucliers indestructibles et des lames acérées ; au quotidien, elles constituaient un excellent moyen de transport.
Dans un endroit pareil, une Zerg femelle n’avait vraiment pas d’autre choix que de le porter.
En toute logique, Hill comprenait.
Mais émotionnellement, il avait encore du mal à l’accepter.
Il n’avait même jamais tenu la main d’une Zerg femelle…
Mais faire toute une histoire pour si peu aurait été bien trop délicat.
Se donnant du courage, Hill tendit les mains vers la taille de la Zerg femelle.
Iso avait un physique remarquable : les épaules larges, la taille fine et le torse puissant. Ses vêtements d’entraînement ajustés mettaient encore davantage ces atouts en valeur. Passer les deux bras autour de sa taille lui procura une sensation étrangement fascinante.
Quand il se pressa légèrement contre lui, de subtils phéromones traversèrent ses vêtements et lui montèrent aux narines. Elles évoquaient la brise du matin ou une fine brume.
Encore étourdi d’être si près d’une Zerg femelle pour la première fois, Hill entendit soudain quelque chose se déployer dans l’air.
Des ailes noires s’ouvrirent dans le dos de la Zerg femelle, dégageant une puissance à vous faire trembler.
Avant que Hill ait pu y voir clair, la Zerg femelle l’avait déjà soulevé dans les airs.
Son corps devint soudain tout léger. Le vent lui caressa les joues, des formes colorées défilèrent et le seul bruit qu’il entendit fut le sifflement du vent.
D’un bras, elle tenait le petit ; de l’autre, elle l’enlaçait, plaquant sa tête contre sa poitrine pour lui protéger le visage du vent.
La bouche et le nez de Hill s’enfoncèrent dans une douce chaleur, et tout son corps se raidit à l’extrême.
Isidore se pencha et frotta sa joue tendre contre celle de Hill.
« N’aie pas peur, père mâle. Isi va protéger père mâle. »
Hill : « … »
Tous deux avaient l’air de petits blottis contre la poitrine de la Zerg femelle pour téter.
Mortifié, Hill enfouit encore davantage son visage.
Qui savait combien de temps s’était écoulé ?
Il lui sembla que cela avait duré un siècle, et pourtant à peine une demi-minute.
Enfin, la Zerg femelle ralentit.
Puis la voix ravie d’Isidore retentit.
« On est rentrés ! On est rentrés ! Père mâle, on est à la maison ! »
Hill releva la tête et aperçut un lourd mecha noir, immobile dans un espace dégagé, entouré de bâtiments bas de toutes sortes.
Les appeler des bâtiments était déjà leur faire trop d’honneur.
Ils ressemblaient plutôt à de vieilles cabanes ou à des remises délabrées et dangereuses, venues d’avant l’ère interstellaire. Hill n’y comprenait rien.
… Ils étaient censés vivre dans un endroit pareil ?
Le visage de Hill se figea.
Il s’était déjà imaginé tous les trois entassés dans une minuscule cabane sans porte, tandis que les passants, dehors, sauraient exactement ce qu’ils faisaient à l’intérieur.
L’image était trop horrible.
Il appellerait sa mère femelle dans la nuit pour lui demander de venir le chercher.
Il était vraiment à deux doigts d’appeler la police.
Heureusement, ses craintes les plus terribles ne se réalisèrent pas.
La Zerg femelle le porta jusqu’au lourd mecha noir à l’allure antique.
La trappe s’ouvrit et les accueillit.
Ses pieds touchèrent le sol ferme, et le petit, à côté de lui, sauta lui aussi à terre en riant gaiement.
« On est enfin rentrés ! Père mâle, qu’est-ce que tu veux boire ? Je vais te chercher quelque chose ! »
« De l’eau, ça ira… »
Hill répondit machinalement et promena un regard vague autour de lui.
Il se trouvait à l’intérieur du mecha…
Alors c’était ça, la maison dont parlait la Zerg femelle ?
Quand elle avait dit que sa maison était petite, elle voulait dire que les cabines du mecha étaient petites.
Et quand le petit avait dit qu’il y avait un mecha à la maison, il voulait dire qu’ils vivaient dans un mecha — leur maison se trouvait à l’intérieur.
Eh bien, il y avait bel et bien un mecha !
Au moins, ils ne vivaient pas dans une cabane.
Après avoir abaissé ses attentes au plus bas, Hill trouvait maintenant qu’habiter dans un mecha, c’était plutôt bien.
Et vraiment classe.
Parmi les Zergs femelles, c’était le genre de chose qui faisait l’envie de tout le monde.
Même Hill, en tant que Zerg mâle, trouvait ça inédit.
Il jeta un coup d’œil autour de lui, puis détourna le regard et se rendit compte qu’il tenait toujours la Zerg femelle par la taille.
La Zerg femelle était restée raide et immobile tout ce temps, en attendant qu’il reprenne ses esprits.
« Vous allez bien, Seigneur Hill ? Je suis vraiment désolé de vous avoir effrayé. »
Iso était sincèrement navré.
Il ignorait ce que le corps d’un Zerg mâle pouvait supporter et avait déjà ralenti à la vitesse d’un petit.
Mais peut-être que, pour un Seigneur mâle qui découvrait le vol souterrain, l’expérience restait trop impressionnante.
« N-non, ça va… »
Hill retira précipitamment ses bras de la taille de la Zerg femelle et recula. Le bout de ses doigts gardait encore la trace de cette chaleur.
« Le salon est par là. Je vous en prie, suivez-moi. »
Iso se montra poli et courtois.
C’était l’attitude habituelle des Zergs femelles envers les Zergs mâles.
Hill le suivit.
La partie habitable du mecha était vraiment petite.
Un salon qui servait aussi de cuisine.
Une cabine faisant office de chambre.
Et une autre pièce, en face de la chambre, dont la porte était fermée…
Probablement une chambre d’enfant.
Hill s’assit sur l’unique canapé du salon.
Le petit lui apporta de l’eau, partagea ses encas avec lui et alla même chercher des manettes de jeux rétro, qu’il lui tendit d’un air plein d’espoir.
« Père mâle, qu’est-ce que tu veux manger ou à quoi veux-tu jouer ? »
Iso se tenait lui aussi tranquillement sur le côté. Ses yeux dorés observaient Hill en silence, dans l’attente qu’il exprime ses besoins.
Hill se dit que même s’il dressait maintenant une longue liste de demandes déraisonnables, la Zerg femelle s’empresserait de les satisfaire.
Pour le petit.
Son inquiétude pour lui sautait aux yeux.
C’était son point faible.
« Inutile. Je n’ai besoin de rien. »
Hill attira le petit, trop plein d’énergie, vers lui et le fit asseoir à ses côtés avant de se tourner vers Iso.
« Asseyez-vous, vous aussi. »
Le canapé était assez long.
Après une brève hésitation, Iso s’assit docilement.
En gardant une certaine distance avec le Seigneur mâle.
Hill comprit qu’il avait fait une erreur.
Il aurait dû installer le petit au milieu.
Au moins, cela aurait atténué le malaise.
« Parlons d’Isi. »
Hill prit une profonde inspiration et se lança.
« Hum. »
Iso attendit la suite sans rien dire. Son visage demeurait calme et impassible comme toujours, mais ses muscles tendus et ses yeux qui n’avaient pas cligné depuis longtemps trahissaient son anxiété.
Isidore était assis sagement non loin d’eux. Il sirotait son lait aux fruits tout en écoutant ses parents parler.
Quand il se taisait, il ressemblait un peu à sa mère femelle, même s’il avait l’air bien plus détendu.
« Je suis son père mâle biologique. Je prendrai en charge son Apaisement psychique. »
Hill tapota la tête d’Isi et jeta un coup d’œil à la Zerg femelle assise à côté de lui.
Si l’autre avait besoin d’Apaisement psychique, il l’aiderait aussi, par humanité et dans le cadre de leur coopération.
À ces mots, Iso poussa un profond soupir de soulagement et le remercia avec gratitude :
« Merci beaucoup. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, dites-le-moi. Je le ferai sans faute pour vous. »
Les cadeaux d’un Zerg mâle n’étaient jamais gratuits.
En vérité, ils coûtaient extrêmement cher.
Iso le savait très bien.
Mais pour Isi, pour ce petit auquel le liait le sang, il était prêt à payer n’importe quel prix.
Hill, lui, n’avait vraiment besoin de rien.
Les Zergs femelles n’avaient pas tant de choses à offrir aux Zergs mâles.
De l’argent ?
Il n’en manquait pas. S’il voulait vendre ses peintures, chacune de ses œuvres psychiques lui rapporterait une fortune inestimable.
Vu l’écart entre leurs moyens, rien ne garantissait que ce ne serait pas lui qui donnerait de l’argent à l’autre.
Il était tout de même prêt à prendre en charge les frais d’éducation du petit.
Du pouvoir ?
Iso pourrait peut-être lui en apporter dans quelques décennies, mais certainement pas maintenant.
Alors…
Son corps ?
Les pensées de Hill s’interrompirent un instant tandis qu’il se rappelait la douce sensation dans laquelle son visage s’était enfoncé pendant le vol.
Il chassa aussitôt cette image de son esprit.
Il n’était pas un Zerg lubrique.
Il reconnaissait qu’Iso était beau et bien bâti, au point de lui donner envie de prendre son pinceau.
Mais rien de plus.
Il appréciait la beauté, mais l’apprécier ne signifiait pas qu’il voulait la posséder.
« Je n’ai besoin de rien. Et je participerai aux frais d’éducation d’Isi. »
dit Hill.
« Non, je ne peux pas vous laisser dépenser de l’argent ! Je peux subvenir aux besoins d’Isi. Vous n’avez pas à vous inquiéter. »
Iso répondit précipitamment.
Le fait que le Seigneur mâle ne demande rien le mettait déjà mal à l’aise. Comment pouvait-il le laisser payer, en plus ?
De toute façon, il n’était pas aussi pauvre qu’il en avait l’air.
Un seul match pouvait lui rapporter une somme colossale en pièces-étoiles.
Il avait simplement dépensé tout son argent pour son mecha, autrefois, et n’avait presque rien mis de côté.
Maintenant qu’il avait un petit à élever et les dépenses du Seigneur mâle à prendre en compte, il devait naturellement assumer tout cela.
Même s’il n’y avait entre eux aucun lien conjugal, l’existence du petit faisait de lui le responsable — c’était le devoir le plus élémentaire d’une Zerg femelle.
Sans compter que plaire à un Seigneur mâle coûtait déjà très cher.
Pour le petit et pour subvenir aux besoins du Seigneur mâle, il gagnerait davantage et économiserait plus.
« Ce n’est pas une question de savoir si tu peux subvenir aux besoins d’Isi. Isi est aussi sous ma responsabilité… »
Le petit leur appartenait à tous les deux.
Il ne pouvait pas se contenter de n’apporter ni argent ni efforts. Il s’en serait voulu.
Mais…
La plupart des Zergs mâles étaient vraiment comme ça.
Finalement, Hill changea de formulation.
« Je prendrai en charge une partie des dépenses courantes d’Isi. »
Il remplaça « toutes » par « une partie ».
De peur qu’insister ne finisse par irriter le Seigneur mâle, Iso cessa de protester.
Même s’il estimait que le Seigneur mâle ne devrait pas dépenser la moindre pièce-étoile et devrait plutôt lui en demander.
Chacun fit un pas vers l’autre, et ils trouvèrent un accord.
« Et autre chose. Tout à l’heure, tu as dit qu’Isi avait une maladie génétique. De quoi s’agit-il exactement ? Son Domaine psychique est parfaitement intact et sans la moindre tache. Il n’a pas le moindre problème. »
Hill se demanda presque si la Zerg femelle n’avait pas inventé cette histoire pour l’attirer ici.
Pourtant, l’inquiétude et l’anxiété qu’elle avait montrées pour le petit semblaient parfaitement sincères, ce qui laissa Hill perplexe.
En entendant ces mots, l’esprit d’Iso se vida pendant plusieurs secondes.
Il regarda avec stupéfaction Isi, assis à côté d’eux, les jambes ballantes et son lait aux fruits à la main, puis le Seigneur Hill.
« Vous voulez dire… qu’Isi n’a aucun problème ? »
Hill acquiesça.
« Il est en très bonne santé. Du moins, d’après mon examen. »
L’examen psychique d’un Zerg mâle de haut rang ne pouvait pas se tromper.
« Mais Isi disait qu’il avait mal à la tête. Il disait aussi que vous lui faisiez de l’Apaisement psychique plusieurs fois par semaine… »
Les regards des deux adultes se croisèrent.
Tous deux comprirent que quelque chose clochait.
Ensemble, ils se tournèrent vers Isidore.
Isidore, qui suçotait son lait aux fruits :
« … Hein ? »
C’est fini !
…]