Chapitre 232
[Metis prodigua un Apaisement psychique à Caleb.
Il ne rencontra pas la moindre résistance. Caleb s’ouvrit entièrement à lui.
Seule une chose enfouie tout au fond était noyée dans une brume noire, scellée sous d’innombrables couches.
C’était peut-être cela qui lui avait donné l’impression que Caleb lui cachait quelque chose.
Il aurait menti en prétendant ne pas être curieux, mais chaque Tianjia avait ses secrets. Metis ne tenait pas à tout découvrir à tout prix.
Caleb l’aimait. Cela lui suffisait.
Metis se retira et vit Caleb le regarder, l’air un peu hébété.
Il semblait entièrement détendu, au point que ses pensées s’étaient dispersées.
Il ressemblait à quelqu’un qui émergeait d’une anesthésie générale, l’esprit encore vide, comme si on avait réinitialisé tout le Tianjia aux paramètres d’usine.
« Comment te sens-tu ? » lui demanda Metis avec un sourire.
Caleb hocha la tête, l’air absent, les yeux rivés sur Metis avec une expression éperdument amoureuse.
Ayant recouvré la mémoire, Metis était d’excellente humeur. Il avait laissé toutes ses inquiétudes derrière lui et savourait pleinement cette intimité, leurs esprits étroitement liés. Il voulait satisfaire le moindre désir de Caleb.
Il poursuivit donc : « Qu’est-ce que tu veux d’autre ?
Ce Caleb réinitialisé, le visage vide, réfléchit sérieusement un instant, puis demanda avec le plus grand sérieux :
« Est-ce que je peux t’appeler Seigneur mâle, ici ?
Metis : « ??? »
Il lui avait seulement prodigué un Apaisement psychique. Il ne lui avait quand même pas abîmé le cerveau par accident ?
Le Caleb réinitialisé avait sa propre logique. Il expliqua avec application :
« Nous avons quitté le territoire Tianjia. Nous ne sommes donc plus obligés de respecter les règles de l’Empire Tianjia. En théorie, nous pouvons nous appeler comme nous voulons.
— Alors… tu veux m’appeler “Seigneur mâle” ?
Metis le regarda d’un air perplexe, comme s’il venait de se trouver face à l’un des plus grands mystères irrésolus de l’univers.
Caleb hocha la tête et demanda, avec une pointe de supplication : « Je peux ?
Metis acquiesça avec hésitation, toujours bien plus perplexe que convaincu.
Il ne put s’empêcher de se demander si c’était une sorte de titre particulier à employer dans la chambre.
Mais même si c’était le cas, pourquoi « Seigneur mâle » ? Quelle femelle Tianjia aimerait qu’on l’appelle ainsi, comme si elle reconnaissait son maître ?
Et si le penchant secret de Caleb était… la soumission ?!
Metis en fut profondément bouleversé.
Caleb, lui, était ravi. Il serra Metis dans ses bras, prit un long moment pour se donner du courage, puis souffla, avec une impatience à peine dissimulée : « Seigneur mâle.
Une douce torpeur remonta le long de la colonne vertébrale de Metis, accompagnée d’une étrange sensation d’électricité qui lui parcourait le corps.
Metis se dit que c’était forcément parce que le souffle de Caleb lui chatouillait trop l’oreille.
Caleb… savait vraiment s’y prendre.
Il avait l’air taciturne et restait toujours silencieux dans l’ombre, telle une sorte de gardien muet. Parfois, Metis se demandait même si ce n’était pas un Tianjia mécanique.
Pourtant, quand il s’agissait de séduire un mâle, il était d’une habileté stupéfiante et touchait avec une précision terrifiante les endroits les plus sensibles du cœur de Metis.
Metis ne l’avait même pas encore vraiment appelé « Seigneur femelle » que Caleb l’avait déjà devancé.
Metis passa les bras autour du cou de Caleb et lui mordilla doucement l’oreille, avec l’impression que cette femelle lui avait dérobé tout son cœur.
Ce mariage ne ressemblait en rien à celui que Metis avait envisagé : un échange d’intérêts où chacun trouvait son compte. Il s’était aventuré en terrain inconnu et, s’il continuait, il risquait de souffrir.
Metis se sentit un peu lésé. Caleb l’avait entraîné au-delà des limites de la sécurité et l’avait poussé à tout abandonner, jusqu’à ne plus pouvoir reculer — pas même en sacrifiant un bras pour s’en sortir à un prix exorbitant.
Il avait tout misé. Si un abîme sans fond s’ouvrait devant lui, il était déjà trop tard pour changer d’avis.
« Ne me fais pas de mal. » Metis se pressa contre Caleb et lui adressa sa requête.
Caleb lui répondit : « Je te suis loyal, Seigneur mâle.
…]
Les véritables abasourdis, c’étaient les lecteurs qui suivaient le roman.
[Qu’est-ce que Caleb est en train de faire ? (stupéfait)]
[Appeler un mâle « Seigneur mâle » ? Les Tianjia se mettent à agir comme ça après un Apaisement psychique qui les « réinitialise » ?]
[Impossible, non ? On l’a réinitialisé jusqu’à remonter de combien de dizaines de milliers d’années ? Depuis que les Tianjia ont renversé le pouvoir des Insectes cérébraux (les mâles), les femelles ont toujours dominé. Même si les tout premiers mâles avaient ressenti une certaine douleur face à d’autres mâles, avec une peur instinctive et le désir de se soumettre, après tout ce temps, les générations successives de souvenirs hérités fondés sur la suprématie des femelles, ainsi que les gènes correspondants transmis de génération en génération, ont depuis longtemps remodelé les femelles, mentalement comme physiquement.]
[Le lieutenant général Caleb aurait… retrouvé un trait ancestral ?]
[Impressionnant, tu as réussi à déterrer une théorie aussi obscure. C’est sûrement juste un fantasme de chambre. Parfois, c’est plutôt amusant de voir un mâle complètement choqué.]
[Vous faites vraiment des trucs pareils ? (un Tianjia dans un vaisseau spatial, les yeux rivés sur l’écran lumineux)]
[Je ne crois pas que ce soit juste un fantasme. Depuis un moment, certains comportements du lieutenant général Caleb me paraissent étranges. Quand il a cru à tort que Sa Majesté l’Empereur avait une liaison avec le prince, il était même prêt à s’effacer et à leur laisser l’occasion de passer du temps ensemble. On pourrait encore expliquer ça par sa soumission à l’autorité impériale. Mais d’autres détails étaient tout aussi bizarres. Je pensais que c’était simplement parce que le lieutenant général Caleb venait d’un milieu civil et qu’il éprouvait donc un respect exceptionnel pour un prince impérial. Mais si on rapproche ça de certaines formulations du roman, une autre hypothèse se dessine.]
[Quelles formulations ?]
[« Les souvenirs hérités de l’autre moitié de son sang », « la part de Tianjia au plus profond de ses os s’est éveillée ». Ces expressions m’avaient paru un peu étranges à la première lecture, mais maintenant, tout s’explique.]
[Alors, je n’étais pas le seul à y prêter attention. Je me pose la question depuis longtemps.
« Les souvenirs hérités de l’autre moitié »… Pourquoi parler de souvenirs hérités divisés en deux moitiés ? Même si l’auteur voulait distinguer un contenu particulier, il aurait pu dire « une certaine partie de ses souvenirs hérités » au lieu de « l’autre moitié », une expression qui implique clairement un partage moitié-moitié.
Et puis, il y a « la part de Tianjia au plus profond de ses os ». Quelle autre part pourrait-il y avoir, à part celle des Tianjia ?
La réponse est évidente.]
[Putain ! Le lieutenant général Caleb est métis ?!]
Cette fois, les Tianjia ne furent pas les seuls à être sous le choc. Les Zerg aussi étaient stupéfaits.
Ils avaient toujours plaisanté en disant que le lieutenant général Caleb et l’Empereur Tianjia étaient des agents secrets zergs, mais jamais ils n’auraient imaginé que Caleb puisse réellement avoir un lien avec les Zergs !
On déterra aussi d’anciennes analyses.
<Le secret caché du lieutenant général Caleb> <Pourquoi toute la famille de Caleb parle couramment la langue zerg> <Le mystère des origines du lieutenant général Caleb> <Les souvenirs hérités de l’autre moitié…>
Des messages d’analyse sur le sujet avaient déjà paru un demi-mois plus tôt, mais ils s’étaient alors perdus au milieu des nombreuses théories sur les agents infiltrés et n’avaient guère attiré l’attention. Les plaisanteries absurdes sur l’Empereur Tianjia, présenté comme un agent infiltré, étaient bien plus extravagantes et accrochaient davantage le regard. Les internautes avaient donc pris ces analyses, qui semblaient pourtant raisonnables, pour d’autres blagues farfelues. Ils avaient inondé les commentaires de « hahahahaha », félicitant leurs auteurs pour leurs idées amusantes, mais presque personne ne les avait prises au sérieux.
Et maintenant, en y repensant… Putain ! Et si ce n’étaient pas de simples suppositions sorties de nulle part ? Tout se tenait !
[Comme prévu, il faut une imagination débridée pour suivre les intrigues de science-fiction d’An-shen.]
[Pas étonnant qu’il ait voulu appeler le prince « Seigneur mâle » après sa « réinitialisation ». L’Apaisement psychique a fait remonter ses gènes zergs à la surface.]
[#CalebRejoinsLesZergs]
[Dégagez ! Le lieutenant général Caleb restera toujours une femelle militaire Tianjia ! Dans la case « espèce », il est écrit « Tianjia » ! Métis ou pas — même s’il était un Zerg de sang pur, dès l’instant où il a rejoint les Tianjia, il est devenu Tianjia !]
Les deux espèces avaient pour tradition de recueillir les œufs trouvés sur les champs de bataille et d’élever leurs occupants comme des membres de leur propre espèce. Les cas de métissage comme celui-ci étaient extrêmement rares, insignifiants à l’échelle de la population, mais ils existaient. Et les deux camps les acceptaient sans difficulté.
Les Zerg avaient une très bonne opinion de Caleb et nourrissaient même, au fond d’eux, l’espoir de le rallier à leur cause.
Mais jamais les Tianjia ne céderaient aux Zerg l’une de leurs femelles de haut rang et l’un de leurs meilleurs combattants.
[Caleb appelle déjà le prince « Seigneur mâle », alors évidemment, il veut devenir un Zerg. Emmenez le prince avec vous. Nous avons bon cœur, on accueillera le métis et le mâle.]
[Et vous vous retrouverez ensuite devant votre tribunal militaire ? Ne me faites pas rire. (roulement des yeux) Une fois qu’une femelle militaire a foulé le champ de bataille, il n’y a plus d’autre voie pour elle. Tianjia dans la vie, Tianjia dans la mort ! Et puis, le Consort mâle du lieutenant général Caleb, Son Altesse le prince, appartient à la Famille impériale — c’est un prince impérial. Il est encore moins probable qu’il parte dans un autre pays.]
Les internautes zergs ne faisaient que fanfaronner. Ils savaient parfaitement que c’était impossible et ne disaient ça que pour se chamailler avec les Tianjia.
Les deux camps se disputaient sans fin, tandis qu’un autre groupe de lecteurs, venus avec l’enthousiasme d’étudiants appliqués, ignorait leur querelle et prenait des notes avec le plus grand sérieux.
[L’appeler « Seigneur mâle », ça peut conquérir le cœur d’un mâle. Je note, je note.]
[? Tu es un Zerg ou un Tianjia ? À quoi bon prendre des notes là-dessus ?]
[Mais si, ça peut servir. Si tu es un Zerg, tu rencontreras peut-être un jour un mâle Tianjia et tu pourras le ramener chez toi. Si tu es un Tianjia… eh bien, un Tianjia peut cajoler son mâle en secret, chez lui. Une fois la porte fermée, personne d’autre ne le saura. L’essentiel, c’est d’être heureux avec son mâle.]
[Il y a vraiment des Tianjia qui pensent comme ça ? J’en suis abasourdi.]
[Ce n’est pas si étrange. Il y a peut-être même des Zergs mâles qui appellent secrètement leur Zerg femelle « Seigneur femelle » chez eux ?]
[Impossible ! Absolument impossible !]
[Axel…]
[Euh… Lui, c’est différent. C’est une exception. Il a du sang Tianjia. (se cache le visage)]
Philor faisait défiler les commentaires du roman quand il tourna soudain la tête vers Cyril, adossé à la tête de lit et occupé par son travail.
« Si je t’appelais Seigneur femelle, ça te plairait ?
Cyril s’interrompit. Il se pencha pour jeter un coup d’œil à l’écran lumineux de Philor, et ses sourcils se froncèrent peu à peu.
« Quelles idées bizarres tu te fais encore ? Arrête de lire ces trucs, sinon je vais devoir mettre le contrôle parental sur ton StarNet.
Philor : « Bouhouhou…
Cyril ignora la créature geignarde et se remit au travail, mais ses pensées dérivèrent peu à peu.
Dans sa jeunesse, Cyril avait été fier de lui. Rebelle et sûr de lui, arrogant au point de mépriser le monde entier, il n’aurait jamais imaginé épouser un Zerg mâle.
Ces mâles arrogants et vaniteux qui n’avaient rien dans la tête ne l’intéressaient pas le moins du monde, et il n’avait aucune envie d’avoir affaire à eux. Il préférait consacrer ce temps à essayer un nouveau modèle de mecha.
Il n’était pas rare que des Zergs mâles maltraitent leur Zerg femelle après le mariage, mais cela ne concernait pas Cyril. Même si un jour il n’avait vraiment d’autre choix que d’épouser un Zerg mâle, il avait bien des moyens d’empêcher l’autre de lui causer des ennuis. Au pire, ils se détesteraient tout simplement.
Une telle vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.
Et pourtant… il avait épousé un Zerg mâle qu’il n’aurait jamais cru pouvoir épouser.
Cyril lui-même n’avait pas imaginé qu’il se marierait si vite.
Sous les lumières du bal, ce Zerg mâle ressemblait à une fleur sur le point d’éclore. Son regard était limpide et pur, teinté d’innocence et de curiosité.
Face à une telle vision, aucune Zerg femelle n’aurait pu résister à l’envie de s’approcher.
Les Zergs femelles perdaient étonnamment vite la tête lorsqu’elles rencontraient le bon Zerg mâle. Cyril ne l’avait pas cru, autrefois.
Après, il s’en était rendu compte.
Un Zerg mâle aussi beau et pur, il fallait le ramener chez soi et le cacher au plus vite. Sinon, il serait trop tard.
Pris d’une impulsion inexplicable, il avait demandé ce Zerg mâle en mariage.
Un mariage éclair auquel Cyril lui-même ne s’était pas attendu.
Après leur mariage, Cyril avait passé des années en campagne militaire. Ni la distance ni le temps n’avaient refroidi ses sentiments impulsifs. Au contraire, il semblait tomber toujours plus amoureux.
Cyril lui-même ne savait pas si c’était une bonne ou une mauvaise chose.
Heureusement, leur vie de couple s’était révélée encore meilleure que dans le meilleur des scénarios qu’il avait imaginés. Ce Zerg mâle avait vraiment bon fond. Les milieux aristocratiques compliqués et le monde chaotique de la gloire et du profit n’avaient pas réussi à le corrompre. Ils n’avaient fait que rendre sa pureté plus éclatante.
C’était son Seigneur mâle.
Comme il s’agissait de Philor, Cyril ne ressentait aucune réticence envers ce titre.
Au début, pourtant, il avait vraiment eu du mal à le prononcer… Philor était tout simplement trop jeune. Face à un Seigneur mâle bien plus jeune que lui, Cyril avait l’impression d’abuser de sa position.
Il était le Consort femelle de Philor, son guide. Il le guidait non seulement dans leur intimité physique, mais aussi dans la vie et dans son existence de Zerg.
Pourtant, sur le plan psychologique et émotionnel, c’était Philor qui l’influençait et le guidait.
Depuis qu’ils étaient ensemble, Cyril trouvait que son tempérament s’était considérablement adouci.
Philor posa le menton dans sa main et le fixa, se demandant à quoi pouvait bien penser son Consort femelle dominateur, arrogant et féroce.