Chapitre 227
[An-shen en sait vraiment long sur les fêtes de Tianjia. Il a même écrit sur la fête de l’Automne.]
[Jamais encore un membre masculin de la Famille impériale n’avait pris la tête des festivités, mais maintenant que la Famille impériale s’est éteinte, si Sa Majesté l’Empereur n’est pas là, il est tout à fait possible que le prince préside la fête de l’Automne.]
[C’est vrai, la Famille impériale s’est éteinte. Quant à savoir pourquoi, ne posez pas la question.]
[Pour une fois, Ares a fait une bonne action. À peine monté sur le trône, il s’est retourné et a purgé toute la Famille impériale de Tianjia. Rien que pour ça, c’est un agent infiltré tout à fait compétent (pouce levé) (approbation des Zergs).]
[Dégage !]
[Il est dit plus loin que Caleb cache un énorme secret. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Ne me dites pas que c’est vraiment un agent infiltré Zerg ? Ce serait hilarant.]
[Il ne peut pas y avoir d’espion étranger au sein de la Famille impériale. Si c’était vraiment le cas, Sa Majesté agirait sans aucun doute. Le lieutenant général Caleb serait placé en résidence surveillée à vie et disparaîtrait de la scène publique.]
[Le lieutenant général Caleb est sincère envers le prince. Il n’a jamais nui aux intérêts du prince ni à ceux de l’Empire. Je ne crois pas que le lieutenant général puisse être un espion.]
[Exactement. N’importe lequel d’entre nous a plus de chances d’être un espion que le lieutenant général.]
[C’est ça ! Nous, on franchit même le pare-feu pour lire des romans et envoyer des pourboires sur le StarNet des Zergs. On a bien plus l’air d’espions.]
[Envoyer des pourboires, c’est pratiquement financer un pays ennemi. C’est fini, c’est de la trahison ! Il y en a tellement ici : signalez-en un et vous en attraperez forcément un.]
[N’exagérons pas, n’exagérons pas. On n’est pas en guerre pour l’instant. Les choses ne sont pas si strictes.]
Les Tianjia ne croyaient pas du tout à cette histoire d’« agent infiltré ».
Leur lieutenant général — un Tianjia qui ne lisait même pas de romans Zerg — pouvait-il vraiment être un espion ?
Plus important encore, si un lieutenant général de rang quasi S et commandant de la Région militaire de la capitale impériale était réellement un agent infiltré Zerg, ce serait un coup bien trop dévastateur pour les Tianjia. L’Empire Tianjia ne pouvait pas se permettre une telle perte.
Les Zergs, eux, s’obstinaient à jeter de l’huile sur le feu.
Ils éprouvaient une étrange proximité avec le lieutenant général Caleb. À leurs yeux, il était bien moins agaçant que les autres femelles Tianjia et semblait être un Zerg ordinaire avec qui ils pouvaient vraiment communiquer. C’était extrêmement rare.
Ils étaient fermement convaincus que Caleb avait un lien particulier avec les Zergs.
Ulysses vit lui aussi les discussions à ce sujet.
Même pendant les pauses au quartier général, on entendait les femelles militaires parler du roman et échafauder des théories sur la véritable identité de Caleb et le secret qu’il cachait.
Ulysses s’en désintéressa et n’y prêta aucune attention.
Il savait parfaitement que Caleb n’était pas un agent infiltré Zerg et qu’il n’avait absolument aucun lien avec l’armée de la Fédération des Zergs.
Une chose que Caleb avait mentionnée, en revanche, avait de quoi intriguer.
« Les souvenirs hérités de l’autre moitié de son lignage »…
Ulysses repensa à cette description °• N 𝑜 v 𝑒 l i g h t •° et échafauda une hypothèse.
Eugene avait lui aussi remarqué ce détail. Il venait récemment de découvrir qu’il n’était pas de « sang pur ».
Il possédait lui aussi des souvenirs hérités des Tianjia, mais ils ne représentaient qu’une faible part de son héritage et il n’y avait jamais prêté une attention particulière.
Après avoir appris qu’il était métis, Eugene se mit à voir les choses sous un tout autre angle et à remarquer des détails qu’il aurait d’ordinaire négligés.
Comme les « souvenirs hérités de l’autre moitié de son lignage » dans les pensées du lieutenant général Caleb.
« Il est métis, mi-Zerg, mi-Tianjia ?! »
Eugene fut stupéfait par sa propre déduction.
« Qui ? » Ares, qui venait de se lever et enfilait ses vêtements, tourna les yeux vers lui.
« Caleb. Ton lieutenant général. »
En parlant, Eugene se rappela l’autre identité du lieutenant général.
— Il était aussi le mari du prince, le Seigneur mâle du frère aîné d’Ares.
Eugene écarquilla les yeux, sous le choc.
Si ce roman disait vrai, cela signifiait donc que le prince Tianjia avait épousé un général métis d’ascendance Zerg ?
Ares se pencha pour regarder. Lorsqu’il vit le passage, dans un chapitre précédent, où il était question de souvenirs hérités, il haussa les sourcils, surpris.
Les Tianjia et les Zergs étaient ennemis depuis de nombreuses années et ne se mariaient pas entre eux. Les métis étaient donc extrêmement rares, mais ils n’étaient pas totalement inexistants.
Les deux nations avaient pour coutume de ramener chez elles les œufs trouvés sur les champs de bataille et de les élever comme des citoyens de leur propre pays. Même si ces œufs étaient négligeables par rapport à la population totale, ils existaient bel et bien ; il était donc possible que des enfants métis voient le jour.
Les descendants de première génération possédaient les souvenirs hérités de l’autre espèce. Ils avaient généralement beaucoup de mal à s’adapter à un pays dont la structure sociale et l’idéologie étaient complètement différentes. Leur vie était souvent pénible, et ils accomplissaient rarement de grandes choses. La plupart passaient leur existence dans l’anonymat.
S’ils avaient la chance de se marier et d’avoir des descendants métis de deuxième génération, ces derniers héritaient des souvenirs des deux côtés, ce qui pouvait les laisser profondément divisés sur bien des sujets.
Mais, influencés par l’éducation reçue et le milieu social dans lequel ils avaient grandi, ils savaient distinguer ce qui était considéré comme « bien » ou « mal » dans leur pays. Ils comprenaient mieux comment s’adapter à l’espèce qui les entourait et pouvaient aller bien plus loin que leurs parents.
À la troisième génération, ils étaient pratiquement assimilés. Il ne leur restait que très peu de souvenirs hérités de l’autre espèce, qui n’avaient donc plus beaucoup d’influence sur eux.
Ces métis pouvaient exercer toutes sortes de professions dans la société Tianjia comme dans celle des Zergs : femelles militaires, médecins, enseignants… Une toute petite minorité pouvait même devenir général de haut rang.
La possibilité que Caleb ait des origines Zerg étonna Ares, mais après mûre réflexion, il se dit que ce n’était pas impossible.
Il ne voyait aucun problème à être métis. Si quelqu’un était né et avait grandi chez les Tianjia, que ses deux parents étaient enregistrés comme « Tianjia » et qu’ils servaient tous deux Tianjia, alors cette personne était Tianjia.
Il pensait que son frère impérial serait capable de l’accepter lui aussi.
Ou plutôt, un métis conviendrait peut-être même davantage à son frère impérial.
Le public pourrait émettre quelques objections, mais cela n’aurait pas de conséquences importantes.
Au fond, les Tianjia étaient une espèce qui vouait un culte extrême à la force. Le pouvoir régnait en maître.
Tant que le lieutenant général Caleb serait assez fort pour imposer le respect à ses subordonnés, personne n’aurait le droit de le critiquer.
Ares relut ce passage du chapitre deux fois. Il le trouvait toujours intéressant, et une soudaine clarté s’empara de lui.
Pas étonnant que l’atmosphère entre le lieutenant général Caleb et son frère impérial ait toujours été si étrange.
Alors, il était métis.
Voyant qu’Ares ne semblait pas particulièrement contrarié par cette idée, Eugene se lança :
« Je vais te confier un secret. Moi aussi, je suis métis. »
Ares : « ??! »
Ares fixa, les yeux écarquillés, le Zerg mâle éclatant et sans entraves qui se tenait devant lui.
En quoi avait-il l’air métis ?!
Des pointes de ses cheveux jusqu’aux orteils, chaque parcelle de lui respirait l’indomptable nature d’un mâle Zerg !
Ares ne le crut pas.
À moins que Carl ne l’appelle « Seigneur mâle ». Là, peut-être qu’il pourrait y réfléchir…
Réfléchir à la possibilité que Carl ait perdu la tête.
…
[Mais qu’est-ce que Caleb lui cachait ?
Pendant toute la durée de la fête de l’Automne, Metis observa Caleb en silence.
Durant les festivités, il devait voyager entre plusieurs planètes et assister aux célébrations organisées sur les principaux mondes.
Caleb restait à ses côtés et veillait à sa sécurité. Ils partageaient la même cabine de repos à bord du vaisseau spatial ou, à chaque escale, le même hôtel d’État.
Deux fois, des membres restés fidèles à l’ancien Empereur Tianjia provoquèrent des incidents mineurs, mais les subordonnés de Caleb les réglèrent avant même qu’ils n’atteignent Metis.
Caleb prenait sa sécurité très au sérieux et ne le quittait pas d’une semelle.
Metis était plutôt satisfait de cet arrangement.
Metis chercha en ligne ce que les mâles et les femelles faisaient ensemble pendant leurs loisirs. En dehors des activités visant à concevoir des œufs, plusieurs jeux interactifs attirèrent son attention.
« Tu veux jouer à un jeu ?
demanda Metis à Caleb alors que leur vaisseau spatial était en route.
Des gardes protégeaient le vaisseau pendant le trajet, escorté par des bâtiments militaires. C’était le moment le plus sûr du voyage et Caleb n’avait pas à s’inquiéter. Il accepta donc.
Mais le prince sortit un jeu de romance Zerg.
C’était le dernier jeu Zerg à être entré en bêta ouverte. Il avait un succès phénoménal.
Caleb regarda le prince avec surprise.
Était-il vraiment convenable qu’un prince impérial aussi digne joue en secret à un jeu Zerg ?
Caleb était à la fois stupéfait et partagé.
Metis lui adressa un sourire rassurant. « Ce n’est rien. C’est juste un jeu pour se détendre. Aucun Tianjia ne va nous dénoncer pour ça. »
« Allez, on se connecte et on joue ensemble. On laisse le jeu choisir nos identités et nos origines au hasard. »
Metis se connecta au jeu en premier.
Puisque le prince voulait jouer, Caleb allait naturellement se prêter au jeu. Peu importait qu’il s’agisse d’un jeu Zerg : même si le prince voulait qu’il révèle publiquement son identité…
Caleb se connecta et contempla, stupéfait, l’identité que le jeu venait de lui attribuer au hasard.
Il était une femelle militaire Tianjia d’ascendance Zerg. Il avait épousé le fils mâle d’un officier supérieur et, lorsqu’il rencontrait son époux, il devait l’appeler…
« Seigneur mâle… »
Les mots échappèrent instinctivement à Caleb lorsqu’il aperçut le mâle blond qui se tenait dans le jardin.
Metis se retourna, surpris, et croisa le regard de Caleb.
Il entrait un peu trop vite dans son rôle, non ?
Metis fut surpris, mais il sourit tout de même et entra dans le jeu.
« À partir de maintenant, hors de cette maison, tu restes ma “Seigneuresse”, mais ici, chez nous, c’est moi ton Seigneur mâle. »
« Oui, Seigneur mâle. »
Caleb accepta la situation avec une facilité remarquable et acquiesça docilement.
Le principe du jeu était vraiment trop particulier.
Grâce à leurs identités dans le jeu, il pouvait faire bien des choses qu’il désirait au fond de lui.
Une fois le principe accepté, Caleb se sentit même étrangement soulagé.
En suivant les instructions du jeu, Metis ordonna à Caleb de lui masser les épaules et les jambes, en lui promettant que, s’il s’en sortait bien, il envisagerait de lui accorder la récompense qu’il désirait.
Caleb se mit aussitôt au travail. Il massa les épaules du prince avec le plus grand sérieux, puis s’accroupit à ses côtés pour lui masser les jambes.
Ce fut Metis qui se sentit mal à l’aise.
Sa mission de débutant consistait à discipliner Caleb, mais il avait l’impression de le maltraiter en lui faisant faire tout cela.
Il était heureux de pouvoir toucher Caleb, mais ne voulait pas non plus qu’il se sente humilié.
Caleb ne l’avait massé que depuis peu lorsque Metis lui demanda d’arrêter.
« D’accord, ça suffit. Il est temps que je te donne ta récompense. »
Caleb marqua une légère pause, sans s’attendre à la recevoir si vite. Même s’il était encore un peu réticent à s’arrêter, il retira la main posée sur la jambe du prince, s’agenouilla devant lui, écarta volontairement les genoux et leva les yeux vers le prince en attendant sa récompense.
Pour Caleb aussi, c’était un défi.
Son sang Tianjia l’influençait et l’empêchait de se montrer vulnérable devant un mâle.
Mais celui qui se tenait devant lui était le prince.
Le souverain auquel il avait juré fidélité.
Le mâle qu’il aimait.
Il était prêt à se soumettre à lui.
L’âme même de Caleb semblait trembler, pourtant son corps restait parfaitement droit tandis qu’il s’agenouillait.
Metis fut pris de court lorsque Caleb tomba soudain à genoux.
Ce n’était pas un peu trop facile ?
Et…
Était-ce vraiment nécessaire ?
Metis consulta en hâte les options proposées par le tutoriel de débutant.
Récompense de base : lui caresser le visage et la tête.
Récompense intermédiaire : le tirer à soi et prendre le contrôle.
Récompense avancée : lui marcher dessus et le laisser libérer ses phéromones.
Récompense spéciale : le laisser mordre et lui transmettre ses phéromones.
Pas étonnant qu’il s’agisse d’un jeu Zerg.
Metis resta bouche bée.
Il n’osa même pas examiner de trop près les options suivantes et choisit uniquement la récompense la plus basique.
Il leva la main et caressa la tête de Caleb, sentit la texture de ses cheveux courts et noirs, puis effleura son visage. Lorsque Caleb tourna la tête et se blottit contre sa main, les doigts de Metis tremblèrent de surprise. Il se hâta de lui demander de se relever.
La mission de débutant était terminée et ils reçurent leur récompense.
Metis n’eut pas le temps de vérifier de quoi il s’agissait. Il tira Caleb sur ses pieds et le fit rapidement asseoir sur une chaise.
« Ce n’était qu’une mission du jeu. Ne te fâche pas, expliqua Metis à Caleb avant d’ajouter : Si tu n’aimes pas ça, on peut arrêter de jouer. »
« Je ne suis pas fâché… »
La sensation du contact du prince persistait sur le sommet de la tête de Caleb et le long de son visage. Il avait l’esprit presque entièrement vide, l’âme même tremblante, mais…
C’était très agréable.
Il regarda le prince et souhaita presque recommencer.
Mais dans le même temps, il remarqua sa note pour la mission.
Elle était très basse.
Cela signifiait qu’il s’en était mal sorti.
En y repensant, Caleb trouvait lui aussi qu’il avait mal agi sur bien des points. Une mauvaise note n’avait donc rien d’étonnant.
Il espérait que le prince lui donnerait une autre chance.
Pendant ce temps, Metis reçut une nouvelle mission.
C’était une mission de sortie.
Il devait participer à un événement avec Caleb et tenir correctement en public le rôle de « Consort mâle », tandis qu’il servirait Caleb dans son rôle de « Seigneuresse ».
Metis resta un instant sans expression.
Il était censé…
Servir…
Caleb ?
…]