Chapitre 223
[Prends des notes, prends des notes. Quand un mâle te demande à quoi ressemble celui qui te plaît, voilà comment le complimenter.]
[Ne note pas celui-là. Le lieutenant général Caleb a parlé pendant des heures, et le Prince a cru qu’il parlait d’un autre mâle. Il est complètement parti dans la mauvaise direction !]
[Euh… mets ça dans le carnet des erreurs.]
[Et il s’est même fait prendre pour un mâle amoureux d’un homme marié. Mon Dieu.]
[Comment le Prince pourrait-il ne pas être un mâle marié ? C’est juste qu’il est marié à Caleb lui-même. (Caleb avec une fleur dans la bouche)]
[Qui a créé ce mème ? On peut vraiment se moquer ouvertement des officiers militaires Tianjia sur le StarNet des Zergs, maintenant ?]
[Exactement, c’est tout à fait ça ! (L’Empereur Tianjia accepte une mission périlleuse à un moment critique, infiltre Tianjia, son cœur appartient aux Zergs)]
[Impressionnant.]
[Il y a quand même quelque chose à retenir de ce qui s’est passé avant. Le lieutenant général Caleb a revêtu l’uniforme qu’il portait lors de sa première rencontre avec le Prince, lui a fait une surprise et s’est fait inviter dans sa chambre.]
[Mais il était censé monter la garde, non ?]
[Idiot ! Monter la garde, ce n’était que la façade ! Le véritable objectif se cachait derrière !]
[J’ai compris. Le lieutenant général Caleb cache bien son jeu.]
[Tu en es sûr ? On dirait que le Prince était à deux doigts de divorcer. Il avait déjà commencé à se demander à quel point ce serait compliqué de dissoudre leur mariage. Si le divorce immédiat d’un membre de la Famille impériale après son mariage n’avait pas suscité d’innombrables ragots, le lieutenant général Caleb se serait fait mettre à la porte avec cette manœuvre.]
[Euh… alors, la manœuvre du lieutenant général Caleb était brillante ou pas ?]
[Heureusement, le Prince lui a posé la question directement. Tout devrait bien se passer, maintenant, non ?]
…
[Quand le Prince lui demanda qui était sa femelle, Caleb se figea un instant, se demandant s’il avait bien entendu et cherchant à comprendre pourquoi le Prince lui posait cette question.
Il finit pourtant par répondre, nerveux : « Moi. »
Metis : « ? »
Le Prince le regarda, déconcerté, soupçonnant Caleb de plaisanter. Pourtant, même s’il avait l’air nerveux, il était manifestement sérieux.
Caleb n’avait certainement pas pu épouser un autre mâle avant lui.
Pour cette alliance matrimoniale avec la Famille impériale, chaque détail de la vie de Caleb avait été passé au crible. Une chose pareille n’aurait jamais échappé aux enquêteurs impériaux.
Avant cela, Caleb n’avait pas pu se rapprocher d’un autre mâle.
Exactement. Caleb ne s’était jamais rapproché d’aucun mâle. Alors, ce premier amour inoubliable dont il avait parlé…
Un coup de foudre suivi d’une séparation définitive n’était pas impossible, mais cela n’expliquait toujours pas pourquoi Caleb avait osé en parler aussi ouvertement devant lui.
Les femelles Tianjia pouvaient épouser plusieurs mâles, mais épouser un membre de la Famille impériale revenait, en pratique, à intégrer cette famille. À moins d’en avoir assez de vivre ou d’être si puissant que même la Famille impériale devait le respecter et chercher à s’attirer ses faveurs, il était impossible de convoiter ensuite un autre mâle.
Metis réfléchit, son regard parcourant le visage de Caleb. Celui-ci le dévisageait avec nervosité, mais sans détour.
Ce mâle pouvait-il être…
Metis se redressa brusquement, les yeux écarquillés, et fixa Caleb sans ciller.
« Le mâle qui te plaît, c’est… »
« Vous, Votre Altesse », répondit Caleb.
Ce fut comme un éclair qui déchira les nuages et inonda le monde de lumière.
Metis n’aurait jamais imaginé une telle réponse — ou peut-être l’avait-il devinée sans jamais oser y croire.
« Mais… tu as dit que tu n’avais pas l’intention de te marier », demanda Metis, stupéfait.
« Je n’ai jamais cru que je pourrais vous épouser », répondit Caleb à voix basse.
Il n’avait jamais imaginé que le Prince se marierait à l’extérieur de la Famille impériale ; et même si cela arrivait, il n’aurait jamais dû être l’élu.
Il y avait tant de généraux, de commandants de Légion, de ministres et de grands nobles. Caleb n’arrivait même pas à leur cheville.
Il avait aussi à son dossier la tache d’avoir servi l’ancien Empereur Tianjia. Cela faisait partie de son passé trouble. Même si les étrangers croyaient qu’il avait été placé là comme agent infiltré par Sa Majesté, Caleb, le Prince et Sa Majesté savaient tous que ce n’était pas le cas.
Quelle que fût la façon dont il envisageait les choses, il n’aurait jamais cru pouvoir être choisi, ni que Sa Majesté l’Empereur insisterait pour arranger ce mariage… Peut-être parce que, comparé aux autres Tianjia issus de familles puissantes et entourés de factions compliquées, Caleb était plus facile à maîtriser.
Quelle qu’en fût la véritable raison, Caleb était infiniment reconnaissant et heureux que ce mariage ait eu lieu, car il lui avait donné la possibilité de rester aux côtés du Prince.
Metis comprit ce qu’il voulait dire.
Comme Caleb n’avait jamais cru pouvoir l’épouser, il n’avait jamais eu l’intention de se marier.
Si Metis lui avait dit ce jour-là que le mariage serait avec lui, Caleb aurait peut-être accepté aussitôt, et rien de tout ce qui avait suivi ne serait arrivé.
Mais… Caleb… l’aimait… lui ?
Metis en perdit presque toute capacité de réflexion. Même ses fluctuations psychiques semblaient s’interrompre par saccades.
Comment Caleb pouvait-il l’aimer ? Depuis quand ?
Il l’avait appelé une lumière éblouissante, une plante tenace. Il avait dit que le voir lui serrait le cœur et lui donnait envie de le protéger…
Pendant le dîner, Metis ne cessa de jeter des coups d’œil au visage de Caleb.
Tantôt perplexe, tantôt stupéfait, tantôt heureux, il se rappelait parfois que Caleb n’était jamais venu de son plein gré dans sa chambre depuis leur mariage, ce qui ne faisait qu’ajouter à sa confusion.
Quoi qu’il en soit, cette nuit-là, ils dormiraient ensemble, dans la chambre du Prince.
Caleb se montra plus réservé que d’habitude. Lorsqu’il s’allongea sur le lit de Metis, il bougea avec une précaution extrême, comme si ce n’était pas un lit destiné au sommeil, mais un objet d’une douceur et d’une valeur inestimables.
Pour la première fois, Metis prit l’initiative de se pencher pour l’embrasser. Caleb l’enlaça aussitôt en retour, avec des gestes pleins de délicatesse et de tendresse.
Ses cheveux dorés retombèrent. Leurs souffles se mêlèrent, et Metis lui demanda : « Depuis quand est-ce que je te plais ? »
« Depuis longtemps. Quant à savoir exactement depuis quand… je ne le sais pas moi-même. »
Une lueur de nostalgie passa dans les yeux de Caleb, puis s’estompa lorsque le Prince se rapprocha.
« Depuis longtemps ? » Metis y réfléchit. Ares n’était monté sur le trône que depuis peu ; cela devait donc remonter à avant.
« Quand j’étais dans la cage dorée ? »
demanda Metis.
En entendant le Prince évoquer la cage dorée, Caleb le regarda aussitôt, craignant que ce souvenir ne l’attriste. Ce ne fut qu’après avoir constaté qu’il ne manifestait aucun trouble qu’il hocha lentement la tête.
« C’était vraiment à cette époque… »
Voilà encore une chose à laquelle le Prince ne s’était pas attendu. Pourtant, en y réfléchissant bien, cela avait une certaine logique.
Depuis le début, Metis avait cru que Caleb attendait quelque chose de lui. C’était pour cela qu’il lui apportait sans cesse à manger et des médicaments, qu’il le protégeait discrètement du vent, lui donnait de petits objets chauffants et faisait tant d’autres choses pour lui.
Metis avait supposé que Caleb finirait par lui réclamer quelque chose d’énorme — qu’il voudrait qu’il lui offre son corps.
Mais Caleb n’en parlait jamais, tandis que la dette de Metis envers lui ne cessait de grandir, le rendant de plus en plus anxieux.
Plus tard, Metis s’était même dit que si Caleb finissait par lui demander quelque chose, autant le lui donner. Caleb pourrait lui tenir la main, lui toucher la taille, le serrer dans ses bras, voire l’embrasser. Metis pourrait aussi lui donner un peu de phéromones.
Aller plus loin aurait été difficile… non pas parce qu’il était impossible d’entrer dans la cage dorée ou de contourner la surveillance, mais parce que si Caleb avait vraiment osé avoir des relations physiques avec lui malgré l’interdiction de Chaos, il aurait dû être prêt à risquer sa tête.
Pourtant, jusqu’au bout, Caleb ne lui avait jamais rien demandé.
Même après que Metis eut quitté la cage dorée et qu’Ares eut pris le contrôle du Palais impérial, Caleb ne formula aucune demande. Si Metis n’avait pas personnellement supplié Ares de l’épargner, Caleb n’aurait même pas songé à implorer sa propre grâce.
Cette bonté que Metis n’avait jamais pu comprendre s’était prolongée jusqu’à leur mariage, jusqu’à ce que Caleb finisse par lui avouer qu’il l’aimait.
Alors, c’était donc parce qu’il l’aimait ?
Il ne lui avait rien demandé quand Metis était dans la cage. Rien après que Metis était devenu prince. Rien, même après leur mariage.
L’affection d’une femelle… n’était-elle pas censée consister à prendre quelque chose à un mâle ?
Metis ne comprenait pas la façon dont Caleb aimait un mâle, mais, en même temps, il avait vaguement l’impression d’avoir effleuré quelque chose.
Cette nuit-là, il prit l’initiative, pour une fois. Caleb s’enfonça dans le matelas du lit impérial, et ses gémissements étouffés avaient quelque chose de particulièrement agréable ; les muscles fermes de son corps puissant lui procuraient un tout autre genre de plaisir.
Caleb s’abandonna aux phéromones du Prince. Le doux parfum du nectar floral se mêlait à l’odeur caractéristique du citron vert, créant un arôme aigre-doux qui l’enivrait et lui mettait l’eau à la bouche. Il n’en avait jamais assez.
L’esprit embrumé, il ne comprenait pas pourquoi le Prince était d’aussi bonne humeur, ce soir-là.
Était-ce parce que Caleb lui avait dit qu’il l’aimait ? Probablement… pas ?
Alors, peut-être était-ce parce qu’ils se trouvaient au Palais impérial, dans la chambre du Prince, sur son propre lit. Le Prince connaissait mieux cet endroit que le domaine et préférait y faire l’amour.
Caleb leva les bras et enlaça le mâle au-dessus de lui, le serrant contre lui tandis qu’il sentait leurs corps s’entremêler.
Il avait chaud de la tête aux pieds. Sa poche gestationnelle avait été remplie par le Prince. Peut-être y aurait-il un œuf.
Caleb y pensa, l’esprit embrumé.
Ils étaient de même rang, ce qui facilitait la conception d’un œuf.
Les Tianjia disposaient de moyens de contraception, et c’était généralement la femelle qui décidait d’y recourir ou non.
Si une femelle avait des projets précis pour sa carrière et comptait d’abord se concentrer sur son avancement professionnel, elle utilisait une contraception.
Caleb, bien sûr, n’en avait pas l’intention. Le Prince n’en avait jamais parlé non plus ; Caleb faisait donc comme si la question ne se posait pas et accueillait ses phéromones à chaque fois.
Il n’avait pas pensé aux petits à l’avance, et n’avait pas osé se projeter trop loin dans l’avenir.
Mais si un petit devait naître de leur union, le Prince et lui, Caleb lui donnerait tout.
Metis ne lâcha pas Caleb jusqu’au matin. Il l’embrassa, puis alla prendre un bain, de fort bonne humeur.
Quand on croyait que l’autre ne vous aimait pas, puis qu’on apprenait qu’il vous aimait bel et bien, faire l’amour n’avait plus rien à voir.
Même si Caleb était toujours le même, ce qu’il faisait ressentir à Metis était complètement différent.
Jusqu’ici, Metis s’était contenté de rester allongé et de laisser Caleb faire ce qu’il voulait. Il coopérait, mais ne prenait jamais l’initiative.
Mais après avoir appris qu’il était le mâle qui plaisait à Caleb, Metis ne songea plus qu’à lui faire plaisir et à le rendre heureux. Il devint plus entreprenant et y mit beaucoup plus d’application.
Son ancienne aversion pour les contacts physiques entre mâles et femelles avait depuis longtemps été reléguée au fond de son esprit.
Il aimait se blottir contre Caleb.
Quand Metis sortit de la salle de bains, Caleb s’était déjà redressé.
La femelle militaire aux cheveux noirs, d’ordinaire froide et taciturne, était assise sur le lit, le regard étrangement vide et hébété, comme si elle n’avait pas encore repris ses esprits.
Metis trouvait cette facette de lui assez nouvelle.
Voir une puissante femelle militaire l’air absent et hagard était plutôt mignon, en fait.
Comme c’était Caleb, tout lui allait bien.
« Tu peux dormir encore un peu », dit Metis à Caleb.
À ces mots, Caleb leva les yeux vers le Prince. Son regard, jusque-là hébété, s’éclaircit aussitôt.
Il était hors de question qu’un mâle parte travailler tandis que la femelle restait au lit à dormir.
Caleb se leva pour se laver, mais son corps se figea brusquement à l’instant où il quitta le lit.
Quelque chose s’écoulait le long de ses jambes.
Il se raidit sur-le-champ.
Metis le regarda, perplexe, avec une expression mêlant inquiétude et curiosité. « Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Rien. » Caleb contracta ses muscles, retint ses phéromones et déclara d’un ton raide : « Je vais me laver. Ensuite, je vous accompagnerai à la salle à manger pour le petit-déjeuner, puis à votre bureau. »
Metis aurait voulu que Caleb se repose davantage, mais il souhaitait aussi passer plus de temps avec lui. Après un bref conflit intérieur, il accepta.
Caleb enfila un vêtement et passa devant lui. Metis perçut un léger parfum.
L’odeur des phéromones de Caleb était très discrète, comme la brise nocturne au bord d’un lac ou la rosée du matin.
Metis n’aimait pas l’eau. Elle lui rappelait des souvenirs pénibles.
Le parfum de Caleb faisait exception.
C’était le genre d’odeur qui pouvait rassurer un mâle dans la nuit.
À table, Metis parla à Caleb de la fête des Récoltes.
La fête des Récoltes était une fête traditionnelle Tianjia, qui célébrait les moissons et les victoires. Elle mêlait traditions agricoles et militaires et revêtait une grande importance.
Chaque année, un membre de la Famille impériale présidait les festivités.
Cette année, l’Empereur Tianjia n’était pas là ; Metis, en tant que prince impérial, devait donc le remplacer. Il espérait que Caleb l’accompagnerait.
Caleb était déjà marié à lui et faisait donc lui aussi partie de la Famille impériale. Il était parfaitement normal qu’ils assistent ensemble aux festivités.
Les célébrations n’auraient pas lieu uniquement sur l’Étoile Capitale impériale. Metis devrait se rendre sur plusieurs planètes, et la protection Tianjia serait également nécessaire pour assurer sa sécurité.
Caleb était le commandant de la Garde royale, chargé de protéger les membres de la Famille impériale.
Quel que fût le point de vue, Caleb devait l’accompagner.
Caleb accepta naturellement.
La sécurité du Prince était primordiale. Caleb ne serait tranquille que s’il s’en chargeait personnellement.
En outre, assister ensemble aux festivités les ferait paraître en public comme un couple marié. Ils pourraient aussi voyager à bord du même vaisseau spatial, partager une chambre et passer beaucoup de temps ensemble.
La période pendant laquelle Sa Majesté l’Empereur serait absent était d’une importance cruciale.
Caleb n’était pas non plus dépourvu de désirs personnels.
Il espérait profiter de cette période pour laisser une bonne impression au Prince, lui inspirer au moins un peu d’affection et tisser un lien plus étroit entre eux…
Face au mâle qu’elle aimait, même la femelle la plus ordinaire voudrait se battre pour lui.
…