Chapitre 224
[Attends… Qu’est-ce que Caleb cherche exactement à obtenir ? Faire bonne impression sur le Prince, lui inspirer de l’affection, nouer un lien intime… Il n’a pas déjà tout ça ?]
N’importe qui pouvait voir que le Prince traitait Caleb différemment des autres.
Le Prince avait horreur des contacts physiques entre mâles et femelles, et pourtant il acceptait que Caleb le touche. Il prenait même l’initiative de se rapprocher de lui.
Quand la question du mariage avait été abordée, Caleb avait aussi été la première personne à laquelle le Prince avait pensé.
Lorsque le Prince avait cru à tort que Caleb avait vécu un premier amour inoubliable, il avait été d’une humeur exécrable. En découvrant que la personne qui plaisait à Caleb, c’était lui, il avait laissé éclater sa joie et l’avait inondé de phéromones.
Et pourtant, dans ces circonstances, Caleb se disait « ordinaire » et voulait se battre pour avoir sa chance.
[? Je veux bien de ce genre d’ordinaire, merci.]
[Il a aussi parlé de Sa Majesté l’Empereur. Quel rapport avec lui ?]
[« La période pendant laquelle Sa Majesté l’Empereur sera absent est cruciale », plus la façon dont Caleb avait baissé les yeux, l’air accablé, en voyant les cadeaux de Sa Majesté dans la chambre du Prince… Et, plus tôt, en sortant de la salle de combat et en voyant le Prince accourir vers lui, il avait cru que le Prince s’inquiétait énormément pour la santé de Sa Majesté… Je crois que je commence à comprendre.]
[Mais non, quand même ? Tout le monde sait que, dans le roman d’An-shen, Sa Majesté l’Empereur aime le Zerg mâle Carl. Ils ont même des œufs jumeaux !]
[Exactement. Même si pas mal de Tianjia le croient en réalité, ce n’est clairement pas le cas dans l’univers du roman d’An-shen. Le lieutenant général Caleb n’a pas lu les dernières mises à jour. Si l’Empereur avait vraiment une liaison avec le Prince, comment pourrait-il le marier à quelqu’un d’autre ? Selon la tradition de la Famille impériale, il l’aurait gardé de force au palais et se le serait accaparé depuis longtemps.]
Ares, qui lisait le roman avec le Zerg mâle, ne comprit pas tout de suite. Ce ne fut qu’en faisant défiler la page jusqu’aux commentaires qu’il resta complètement interdit.
Comment s’était-il retrouvé mêlé à tout ça ?
Ares fronça les sourcils devant l’écran, soudain incapable de décider s’il devait rentrer plus tôt ou rester volontairement absent un peu plus longtemps.
Alors qu’il réfléchissait, il sentit le Zerg mâle à côté de lui commencer à dégager une légère froideur. Le cœur d’Ares fit un bond et il s’empressa de s’expliquer :
« Il n’y a absolument rien entre nous. Je me suis toujours bien tenu. Une chose pareille n’aurait jamais pu arriver ! »
Avant de rencontrer « Carl », il n’avait même jamais envisagé une relation amoureuse entre mâles et femelles. À ses yeux, une bataille exaltante sur le champ de bataille faisait bien plus bouillir le sang que la romance ou les phéromones.
Quant à son frère impérial, il avait beaucoup souffert des traditions tordues et perverses de la Famille impériale. Il avait une aversion particulière pour les relations qui franchissaient les limites des liens du sang, au point d’en éprouver du dégoût.
Tous deux s’opposaient à la consanguinité et aux croisements consanguins.
Ares avait déjà purgé les autres membres de la Famille impériale. Cette tradition perverse disparaîtrait définitivement avec leur génération.
Eugene ne soupçonnait pas vraiment Ares d’avoir fait quoi que ce soit. Il avait confiance en son caractère et, même dans le roman, il était évident que Caleb s’était simplement mépris tout seul.
Après tout, Ares se donnait la peine de venir le voir chaque mois uniquement pour ses phéromones. Aucun Tianjia capable d’accepter les phéromones d’un autre mâle ne se serait autant donné de mal pour un résultat aussi maigre.
Malgré tout, voir un personnage du roman émettre une telle hypothèse le mettait un peu mal à l’aise.
Même les commentaires se contentaient de dire : « Ce n’est pas comme ça dans l’univers du roman d’An-shen », sans parler de la réalité. Cela signifiait qu’ils avaient soit les mêmes soupçons à présent, soit qu’ils les avaient déjà eus.
Eugene souffla deux fois et, profitant de ce prétexte tout à fait naturel qu’était sa mauvaise humeur, se jeta sur Ares et le malmena un moment.
Ares voulait l’apaiser et ne résista pas, laissant Eugene prendre le dessus.
Comme Ares était enceinte, Eugene veilla à ne pas aller trop loin. À la fin, toutefois, Ares, mécontent de sa douceur excessive, renversa la situation.
Malgré son ventre de grossesse bien visible, Ares gardait un rythme exceptionnellement régulier.
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Après avoir terminé un passage de son histoire, An Ruo parcourut les commentaires un moment. Comme il se sentait un peu fatigué, il se laissa tomber sur le lit et serra contre lui la peluche d’Ulysses, qu’il pétrit entre ses mains.
Ce faisant, An Ruo remarqua soudain quelque chose d’anormal.
La couture de la peluche… s’était-elle défaite ?
À l’endroit où la petite patte de la peluche rejoignait son derrière, le fil semblait mal fixé et s’était détaché.
An Ruo se redressa d’un coup, écarta les pattes de la peluche pour l’examiner et constata que la couture s’était bel et bien ouverte. En appuyant doucement avec l’ongle, il pouvait même enfoncer le doigt à l’intérieur.
Comment était-ce arrivé ? Elle n’était sûrement pas comme ça avant. Ou peut-être que si ? Il ne l’avait simplement pas remarqué ?
An Ruo se remémora les faits et commença à soupçonner qu’il avait abîmé la peluche la dernière fois qu’il l’avait lavée. Peut-être que le lavage avait fait céder le fil.
Qu’est-ce qu’il allait faire, maintenant ?
Il ne savait pas coudre.
An Ruo se sentit très inquiet.
Ailleurs, Ulysses, qui venait de se plaindre que l’Empereur Tianjia apparaissait bien trop souvent et refusait tout bonnement de disparaître, se raidit soudain et baissa les yeux d’un air figé.
Pourquoi la Divinité… tout à coup…
Tout arriva si brusquement qu’il n’eut pas le temps de réagir.
Les pupilles d’Ulysses se contractèrent en fentes verticales. Affaissé sur son bureau, dans son cabinet de travail, il sentit toutes ses forces l’abandonner d’un seul coup.
Il ne pouvait que se réjouir qu’il fasse nuit, qu’il soit déjà rentré dans sa résidence, qu’il soit seul dans son bureau et qu’aucun Zerg ne risque de venir lui rendre visite à l’improviste.
Le bout du doigt de la Divinité était impossible à méconnaître, d’une netteté écrasante. S’il était enfoncé de force davantage, il risquait même de déchirer la peluche. Pendant un bref instant, Ulysses paniqua.
Peut-être à cause de l’intensité des sensations physiques, ou par instinct de survie, ses phéromones se répandirent dans la pièce.
Mais le doigt de la Divinité se retira.
An Ruo, lui, s’inquiétait toujours de savoir comment réparer la peluche.
Il ne savait pas faire de travaux d’aiguille. S’il s’y essayait, ses points seraient forcément affreux et gâcheraient l’apparence générale de la peluche.
Il existait sur StarNet des spécialistes qui s’occupaient de ce genre de choses, mais An Ruo n’arrivait pas à se résoudre à envoyer la peluche par la poste.
Et si elle se salissait, se perdait ou s’abîmait en chemin ? Et si le réparateur n’en prenait pas soin ? Rien que d’y penser, il était mal à l’aise.
Envoyer la peluche, c’était jouer à la loterie.
La peluche d’Ulysses avait une valeur particulière à ses yeux. Il y tenait trop pour risquer, même avec une chance sur dix mille, qu’il lui arrive quelque chose.
Il pouvait aussi demander à Uriel et à l’administration de la prison de faire venir un réparateur et de lui faire effectuer la réparation sur place, comme le styliste qui était venu s’occuper de sa coiffure et de son maquillage.
Mais An Ruo n’arrivait pas à se résoudre à faire tant d’histoires et à déranger d’autres Zergs pour un détail pareil.
Il contempla la peluche avec inquiétude et tapota le petit derrière en peluche d’Ulysses.
La fente était minuscule. À moins de regarder de près, on la remarquait à peine, et elle se refermait naturellement si on n’y touchait pas. Mais la couture s’était bel et bien défaite.
S’il écartait les bords, il pouvait apercevoir un peu de rembourrage.
An Ruo ne pouvait pas simplement refermer la fente et faire comme si de rien n’était. C’était cassé, et maintenant qu’il le savait, il ne cessait d’avoir envie de le réparer correctement.
Après y avoir longuement réfléchi, An Ruo décida d’ajouter une petite queue à Ulysses pour la cacher.
Il ouvrit StarNet sur son terminal et se mit à chercher de petites queues à acheter.
Il tomba ainsi par accident sur une grande quantité de queues destinées aux Zergs femelles, ainsi que sur toutes sortes d’accessoires pour Zergs mâles qui ressemblaient à s’y méprendre à des instruments de torture.
An Ruo fut si effrayé qu’il ressortit aussitôt de la page, sans oublier de tapoter doucement la peluche d’Ulysses qu’il tenait dans ses bras.
Ces images étaient terrifiantes. Il avait l’impression d’avoir échoué par hasard dans un cercle bizarre.
Pourvu qu’elles n’aient pas effrayé sa petite peluche.
« Sois sage, on n’a pas besoin de ça. »
An Ruo réconforta la peluche, ajouta des mots-clés, puis lança une nouvelle recherche.
Queue de peluche… à commande vocale, mobile, petite queue électrique.
An Ruo finit par trouver des queues qui lui plaisaient. Elles étaient duveteuses et adorables, et elles pouvaient même remuer toutes seules.
Trop mignonnes.
An Ruo était conquis. Les joues appuyées dans les mains, il fit défiler des tas de photos de petites choses adorables.
De temps en temps, il prenait la peluche et la plaçait à côté des images pour comparer les couleurs et voir si elles s’accordaient bien.
Il finit par choisir une queue de loup noire, mais la queue de panthère noire et celle de léopard des neiges étaient si mignonnes qu’il les acheta aussi.
Il y avait également des queues de style plus typiquement Zerg. Elles n’étaient pas recouvertes de fourrure duveteuse et ressemblaient plutôt à des écailles ou à des os.
Après une hésitation, An Ruo en choisit deux de plus. L’une était fine, souple et très maniable ; l’autre était plus épaisse et évoquait davantage une queue de dragon.
Après tout, Ulysses était un Zerg. Peut-être préférerait-il celles-là.
La livraison interstellaire se faisait par transmission spatiale, si bien que le colis arriva rapidement. Après l’avoir scanné et inspecté, l’administration de la prison le livra dans sa chambre.
An Ruo n’avait aucune idée de ce que ces femelles militaires avaient pensé en scannant son colis et en découvrant qu’il avait acheté tout un tas de petites queues.
Peu importe. Il ne cherchait qu’à prendre soin de sa peluche.
An Ruo sortit toutes les queues, les aligna pour les comparer, puis demanda à la peluche d’Ulysses, allongée à côté du lit, laquelle elle voulait.
Évidemment, la peluche ne répondit pas.
An Ruo trouvait adorable la peau rosée de la peluche. Depuis qu’il l’avait lavée une fois, elle semblait prendre très facilement une teinte rose.
Il prit la peluche et décida d’essayer toutes les queues, l’une après l’autre.
Il commença par la queue de loup noire.
Elle était duveteuse et très agréable au toucher, mais elle avait aussi l’air féroce, ce qui correspondait parfaitement au tempérament d’Ulysses. Quand elle bougeait, elle donnait même l’impression d’un chien de garde fidèle.
An Ruo installa la peluche à plat ventre sur ses genoux et fixa la queue.
Le connecteur avait la forme d’une goutte, qui rappelait aussi un œuf. Il était un peu difficile à insérer au début ; An Ruo élargit donc légèrement l’ouverture, pétrit et pressa la peluche pour assouplir le rembourrage, puis finit par parvenir à l’enfoncer.
La queue noire et duveteuse allait parfaitement à Ulysses, qui était lui-même tout aussi duveteux.
Apparemment, elle pouvait aussi bouger. Elle était à commande vocale.
An Ruo se demandait comment la connecter quand il caressa sa fourrure et qu’elle se mit soudain à remuer toute seule.
An Ruo la fixa, stupéfait. Elle pouvait vraiment bouger… ?
Mais elle n’était pas censée être à commande vocale ?
Au bout d’un moment, la queue s’immobilisa. An Ruo réfléchit un instant, puis dit tout bas : « Salut. »
La queue se remit à remuer.
Il essaya ensuite de l’appeler : « Ulysses. » Elle bougea de nouveau.
« Maréchal », « Bonjour », « Petit chou »… Peu importait ce qu’il disait, elle remuait en réponse.
An Ruo trouvait ça fascinant. Il avait cru devoir la connecter à un logiciel et se lancer dans toute une configuration compliquée. Il ne s’était pas attendu à ce que ce soit si simple.
Apparemment, il suffisait que quelqu’un parle et produise un son pour que la queue bouge.
An Ruo pétrit Ulysses à queue de loup jusqu’à ce que sa peau devienne toute rose ; il percevait même une agréable odeur.
Il posa Ulysses sur la couverture et prit plusieurs photos pour les admirer plus tard.
Le peignoir recouvrait la base de la queue de loup, ce qui la rendait particulièrement jolie quand elle bougeait.
Après avoir photographié la version à queue de loup, An Ruo continua ses essais avec les autres queues.
La queue de panthère noire était très jolie aussi et convenait parfaitement au tempérament d’Ulysses. Sa couleur se fondait encore mieux dans ses cheveux.
An Ruo retira la queue de loup et la remplaça par celle de panthère noire.
Il eut beaucoup de mal à retirer la queue de loup. Le rembourrage s’était resserré autour d’elle et la maintenait fermement en place. Pendant un instant, An Ruo crut qu’il n’arriverait pas à la déloger ; il dut la faire tourner plusieurs fois dans le sens des aiguilles d’une montre avant de pouvoir enfin la retirer.
Au départ, il avait craint que la queue ne tienne pas bien. Manifestement, il n’avait plus à s’en faire. Elle était maintenue très fermement.
Une fois la queue de panthère noire installée, l’allure générale d’Ulysses parut plus élégante et plus sombre, comme s’il avait adopté un tout autre style.
An Ruo prit photo sur photo.
Vint ensuite la queue de léopard des neiges. Avec cette épaisse queue grise et blanche, Ulysses avait quelque chose de particulièrement candide et adorable, et paraissait même un peu benêt. Il était difficile d’imaginer une telle expression chez Ulysses ; le contraste était saisissant.
An Ruo continua à prendre des photos.
À chaque nouvelle série de clichés, la peau d’Ulysses devenait un peu plus rose, comme s’il allait finir par brûler.
Puis vinrent les deux queues de style Zerg.
La première était longue et fine, mais son extrémité portait une pointe acérée en forme de tête de flèche. Elle ressemblait à une arme souple, prête à frapper à tout moment.
La seconde, plus épaisse et plus longue, évoquait une queue de dragon, couverte d’écailles noires serrées les unes contre les autres. Lorsqu’elle balayait l’espace de gauche à droite, elle semblait extraordinairement puissante.
Elles avaient toutes un point commun : chacune se mettait à remuer dès qu’An Ruo appelait.
Elles avaient beau être féroces, elles donnaient malgré tout l’impression d’être des chiens de garde d’une fidélité absolue.
Cela touchait si parfaitement le point faible d’An Ruo que son cœur fondait presque.
Restait donc à savoir :
Laquelle Ulysses porterait-il pour dormir, ce soir ?