Chapitre 222
【La relation entre le Prince et Caleb semblait s’être améliorée, et pourtant, elle paraissait toujours en être au même point.
Caleb le traitait avec beaucoup de respect. Il ne le brimait ni ne le disciplinait avec cette attitude autoritaire de femelle Zerg. Metis pouvait toujours entrer et sortir chaque jour du Palais impérial pour s’occuper des affaires de l’État, tandis que Caleb se chargeait de l’y conduire et de venir le chercher.
La vie conjugale était loin d’être aussi insupportable que Metis se l’était imaginé. Même les contacts physiques avec Caleb restaient dans les limites de ce qu’il pouvait accepter.
Parfois, c’était toutefois un peu trop stimulant et il lui fallait longtemps pour s’en remettre, mais il n’en détestait pas la sensation.
Mais les inconvénients étaient tout aussi évidents.
Caleb le respectait trop.
Parfois, le Prince Metis avait l’impression qu’ils étaient davantage un supérieur et son subordonné. Caleb l’avait épousé uniquement pour exécuter un ordre, et ne se rapprochait de lui que pour la même raison.
Même après que Metis lui eut montré ses ailes, franchissant ainsi cette étape que tant de mâles mariés connaissaient, Caleb ne venait toujours pas dans sa chambre si Metis ne le lui demandait pas clairement.
Mais Metis n’arrivait pas à se résoudre à inviter Caleb chaque fois. Il n’était tout simplement pas du genre à prendre l’initiative dans ce genre de situation.
Les séquelles laissées par ses expériences passées dans ce domaine, ainsi que son aversion pour les contacts entre mâles et femelles, rendaient également la demande extrêmement difficile.
Peut-être que les ailes n’étaient pas l’essentiel.
Peut-être qu’une chose invisible se dressait encore entre eux.
C’était sans doute parce qu’ils s’étaient mariés pour les besoins d’une mission et qu’ils n’avaient jamais eu de sentiments l’un pour l’autre.
C’était d’ailleurs parfaitement normal dans la société Tianjia.
Beaucoup de femelles et de mâles ne se rencontraient qu’une ou deux fois avant le mariage, apprenaient quelques informations de base l’un sur l’autre, puis se mariaient à la hâte.
Selon les critères Tianjia, leur mariage était déjà plutôt réussi, bien meilleur que la situation désastreuse que Metis avait imaginée au départ. Pourtant, il se sentait toujours étrangement vide.
C’était comme si leur demeure était immense et qu’ils vivaient dans des chambres séparées, se voyaient deux ou trois fois par jour, échangeaient quelques mots à peine, et semblaient malgré tout à la fois très proches et très éloignés.
Metis avait vu dans le livre comment Ares se comportait avec le Zerg mâle. Il avait aussi lu de nombreuses relations entre Zergs dans le roman et savait donc qu’une vie fondée sur de véritables sentiments ne ressemblait pas à ça.
Il avait même vu de ses propres yeux l’expression d’Ares chaque fois qu’il évoquait ce Zerg mâle.
Ce lunatique, toujours froid et arrogant, qui ne se souciait de rien d’autre que du combat, avait une lueur différente dans les yeux quand il se souvenait de ce Zerg mâle. C’était comme s’il repensait à un adversaire capable de lui offrir le combat exaltant dont il rêvait, mais aussi à une émotion plus secrète et plus tendre.
Après avoir conçu l’œuf de ce Zerg mâle, même son aura glaciale s’était adoucie.
Caleb était lui aussi un iceberg silencieux, qui restait discrètement dans l’ombre et veillait sur Metis.
Il ne se réchauffait un peu que lorsqu’il le prenait dans ses bras.
Pendant leurs pauses, les mâles de l’équipe de secrétaires de Metis parlaient parfois de leur famille, et le Prince utilisait sa Force psychique pour écouter à travers le mur.
La plupart des mâles trouvaient que leurs Seigneurs femelles avaient été terrifiants au début de leur mariage.
Ils avaient toujours l’air sévère, étaient grands et puissants, et possédaient une force de combat phénoménale. Ils contrôlaient leur nourriture, leurs vêtements, leur logement, leurs déplacements et leur liberté physique. Ils adoraient surtout les toucher et respirer leur odeur, et venaient de temps à autre vérifier ce qu’ils faisaient, sans jamais vraiment leur faire confiance quand ils étaient seuls.
En général, les Seigneurs femelles nourrissaient les mâles, les caressaient, leur reniflaient le ventre en le couvrant de baisers, jouaient avec eux…
Avec le temps, les mâles s’y habituaient peu à peu, baissaient leur garde et acceptaient de se rapprocher de leurs Seigneurs femelles.
Nocas avait vécu une expérience différente.
Lorsqu’il s’était marié, l’un de ses Seigneurs femelles n’avait passé qu’une seule nuit avec lui, celle des noces, puis était rarement venu le voir. Nocas avait toujours cru que ce Seigneur femelle ne l’aimait pas.
Pourtant, chaque fois que ce Seigneur femelle rentrait chez lui, il apportait des cadeaux à Nocas : toutes sortes de spécialités locales, des pierres précieuses étincelantes, des plats délicieux et originaux.
Lorsqu’ils couchaient ensemble, il était aussi le plus tendre de tous. Il écoutait patiemment les pensées et les idées de Nocas, le prenait dans ses bras et le laissait s’asseoir sur ses genoux pendant qu’ils s’étreignaient, lui tenait compagnie lorsqu’il lisait des romans et lui enseignait l’écriture Zerg. Quand ses permissions étaient assez longues, il l’emmenait même s’amuser.
Le Prince se sentit étrangement proche de l’expérience de Nocas.
Mais Caleb ne lui avait jamais offert de cadeau…
À bien y réfléchir, peut-être que toute la nourriture que Caleb lui avait apportée pendant ces années passées dans la cage dorée comptait ?
Mais Caleb ne le prenait jamais dans ses bras en dehors de la chambre, lui parlait rarement et ne l’emmenait certainement jamais nulle part pour s’amuser.
Pendant un instant, le Prince se sentit plutôt abattu.
Mais il se remit vite au travail. Metis chassa les pensées qui le distrayaient et se concentra sur les affaires de l’État.
Des dizaines d’écrans lumineux se déployèrent devant lui. Grâce à l’efficacité extraordinaire de sa Force psychique, les documents s’ouvraient, étaient lus et approuvés, puis se refermaient à une vitesse presque impossible à suivre à l’œil nu.
La fête d’automne Tianjia approchait. L’Empereur Tianjia étant absent, le Prince Metis était encore plus occupé que d’habitude. Après en avoir informé Caleb, il décida tout simplement de passer la nuit au Palais impérial.
Caleb ne fit absolument aucune objection. Il soutint entièrement la décision de Metis — ou plutôt, il obéit à ses instructions.
Mais ce soir-là, Metis vit Caleb dans le palais, vêtu de l’uniforme de la Garde royale.
Metis s’arrêta net, fixant avec incrédulité l’uniforme de garde que portait Caleb.
Bien que Caleb fût également commandant de la Garde royale, les seules tâches qui exigeaient réellement sa présence étaient la coordination des cérémonies nationales et le déploiement militaire en temps de guerre.
À tout autre moment, il n’avait pas besoin de s’occuper personnellement de quoi que ce soit.
Qui demanderait à un lieutenant général de surveiller des gardes en faction ?
Caleb attendait sur le chemin que le Prince empruntait pour rentrer de son bureau à ses appartements. Quand il le vit s’arrêter en le remarquant, il s’avança et le salua.
« Votre Altesse.
— Pourquoi êtes-vous ici ? Et que signifie cet uniforme ? demanda Metis.
Caleb avait l’air légèrement mal à l’aise, mais répondit tout de même : « Je suis venu inspecter le dispositif de sécurité de la Garde et ses tâches habituelles, pour vérifier qu’il n’y avait aucun oubli.
…… »
Metis ne savait même pas s’il devait le féliciter pour son sérieux et son dévouement.
Il était tout de même tard.
Il était sûrement temps de finir sa journée, non ?
« Vous avez terminé votre inspection ? demanda Metis.
Caleb hésita, puis hocha la tête.
— Alors rentrez vous reposer, dit Metis.
Caleb comprit que le Prince le renvoyait.
Il voulait désespérément rester, ne serait-ce que pour monter la garde devant les appartements du Prince, mais puisque celui-ci s’était déjà exprimé, il prit congé docilement et s’éloigna à contrecœur.
« Hé ! Où allez-vous ?
Metis resta sans voix.
— Mes appartements sont juste là.
Caleb s’arrêta et regarda le Prince avec étonnement.
— Vous voulez dire… que j’ai le droit de passer la nuit ici ?
Metis : «……
Cette femelle militaire se souvenait-elle seulement qu’ils étaient déjà mariés ?
N’était-il pas parfaitement normal qu’un Seigneur femelle et un mâle dorment ensemble après leur mariage ?
Metis avait des appartements au Palais impérial. Caleb comptait-il vraiment quitter seul le palais en pleine nuit et rentrer jusqu’à leur demeure en volant juste pour dormir ?
Quel tracas.
Metis s’approcha, prit simplement Caleb par la main et le conduisit vers ses appartements.
Caleb se raidit lorsqu’il lui prit la main, puis le suivit.
Les gardes royaux postés le long du chemin les virent. Ils restèrent à leur poste, les yeux droit devant eux, mais les enviaient terriblement en leur for intérieur.
Le lieutenant général Caleb était soudainement arrivé au palais ce jour-là, avait revêtu un uniforme de la Garde royale et affichait un air extrêmement sérieux.
De toute évidence, il avait voulu surprendre le Prince.
Et sa surprise avait manifestement réussi.
Vous voyez ?
À présent, il marchait main dans la main avec le Prince, qui l’emmenait tendrement vers ses appartements.
Même s’il était un peu étrange qu’une autre officier femelle passe la nuit au palais en l’absence de l’Empereur Tianjia, celui-ci n’avait pas de consort, et ces deux-là étaient légalement mariés.
Aucun Tianjia n’était assez stupide pour se mêler des affaires du Prince Metis et du lieutenant général Caleb.
Metis fit entrer Caleb dans ses appartements, lui dit de s’asseoir où il voulait et de regarder à sa guise, puis lui demanda s’il voulait manger quelque chose.
Caleb comptait d’abord lui dire que ce n’était pas la peine, mais se rappela que le Prince avait travaillé jusqu’à cette heure tardive sans rien manger et changea d’avis.
« N’importe quoi fera l’affaire.
Le Prince ouvrit son terminal, sélectionna plusieurs plats que Caleb mangeait souvent lorsqu’ils dînaient ensemble à la maison, en ajouta quelques-uns qu’il aimait lui-même, puis demanda aux cuisiniers impériaux de les préparer.
Caleb se tenait au milieu de la pièce et regardait autour de lui, raide comme un piquet.
C’était la première fois qu’il entrait dans les appartements privés du Prince.
La pièce était lumineuse et luxueuse, remplie de décorations dont il ne pouvait estimer le prix, mais qu’il savait extrêmement coûteuses. Il y avait aussi de nombreux livres imprimés, ainsi que des coupes et des récipients façonnés dans les os de bêtes féroces.
Il suffisait d’un regard pour reconnaître la façon dont l’Empereur Tianjia aimait offrir des cadeaux.
Caleb détourna les yeux et baissa la tête en silence.
Metis choisit quelques boissons dans le petit réfrigérateur et revint. Il tendit à Caleb un verre de vin rouge, idéal pour une soirée romantique, puis s’assit à côté de lui sur le canapé.
Trouvant le silence trop gênant, il alluma négligemment les informations du soir.
C’était trop sérieux.
Il passa donc plutôt un film familial.
À bien y réfléchir, malgré toutes ces années de mariage avec Caleb, ils ne s’étaient jamais simplement assis ensemble pour passer un vrai moment à deux comme celui-ci.
Sur le grand écran lumineux, le film racontait l’histoire d’une femelle qui révélait un talent exceptionnel et gagnait l’admiration de son supérieur. Le jeune fils mâle de ce dernier en tombait lui aussi éperdument amoureux au premier regard et jurait de n’épouser personne d’autre. L’histoire en était déjà au point où ils se retrouvaient en secret sous le clair de lune.
Metis n’avait absolument aucun intérêt pour ce genre de film fantasmant la réussite des femelles.
Du coin de l’œil, cependant, il remarqua que Caleb se tenait parfaitement droit et semblait regarder le film avec une grande attention.
Metis se pencha légèrement vers lui et demanda :
« Lieutenant général Caleb, pendant votre carrière militaire, vous est-il déjà arrivé d’aimer un mâle ?
Caleb sursauta et fixa le Prince avec stupeur, avant de balbutier, paniqué : « Je… Je n’aime que…
Il s’interrompit, puis jeta rapidement un coup d’œil au film, comme s’il venait de comprendre pourquoi le Prince lui avait posé la question.
Il s’empressa de s’expliquer :
— Tout ça, c’est du faux. Les femelles dans l’armée ont à peine l’occasion de rencontrer des mâles. Même quand des mâles sont chargés de l’Apaisement psychique, ce ne sont pas des personnes qu’on peut rencontrer comme ça.
Être invité chez un supérieur, puis voir le fils mâle de celui-ci tomber amoureux de soi au premier regard ?
Dans la réalité, c’était tout bonnement impossible.
Mais Metis avait remarqué les mots sur lesquels Caleb avait buté dans sa première réaction de panique.
Ce qui échappait à quelqu’un dans un moment pareil était généralement la vérité.
Caleb avait déjà aimé un mâle.
Peut-être n’aurait-il pas dû poser la question.
Et peut-être ne devrait-il rien demander de plus.
Metis but une gorgée de vin sans en sentir le goût.
Il n’en éprouva qu’une brûlure dans la gorge.
« Votre Altesse… » Caleb le regarda avec inquiétude.
Le vin était fort.
Presque aucune femelle ne donnait d’alcool à un mâle. Selon les croyances Tianjia, l’alcool présentait un certain danger pour le corps d’un mâle ; elles évitaient donc d’en laisser boire aux mâles fragiles.
Metis croisa le regard inquiet de Caleb et força un sourire.
Il n’en posa pas moins la question.
« Parlez-moi de lui. Du mâle que vous aimez.
On aurait presque dit un mâle qui interrogeait une femelle pour l’évaluer.
Caleb ouvrit la bouche, réfléchit à toute vitesse, puis poursuivit nerveusement :
— Il… est très beau. Et fort.
Caleb contempla le Prince, fouillant désespérément dans son esprit pour trouver tous les mots qui pourraient le décrire.
— C’est le soleil le plus éblouissant, d’un éclat incomparable, destiné à briller de toute sa splendeur. C’est la plante la plus résistante, débordante de vitalité, capable de pousser avec ténacité même dans les conditions les plus rudes…
— Il donne aussi envie à une femelle de se faire du souci pour lui. Rien que le voir donne envie de le protéger et de tout lui offrir. Mais moi… je ne suis toujours pas à la hauteur.
Pas assez fort.
Pas assez digne de lui.
Caleb parlait à voix basse.
Metis garda le silence.
Il entendait à quel point Caleb aimait profondément ce mâle.
C’était un premier amour inaccessible, la lune blanche qui illuminait le cœur de Caleb, celui qu’il avait désiré toute sa vie.
Metis ne s’était jamais senti le cœur aussi lourd.
Leur mariage.
Comme il serait difficile de le dissoudre.
Le fait que Caleb aimait quelqu’un d’autre.
Une chose après l’autre lui pesait sur le cœur, au point qu’il avait du mal à respirer.
Les paroles de Caleb prouvaient que leur mariage avait été une erreur.
Mais Metis ne comprenait pas une chose.
Si Caleb avait déjà aimé un mâle à ce point, pourquoi ne s’était-il pas marié plus tôt ?
Metis pensa soudain à quelque chose et demanda :
« Est-il déjà marié ?
À ces mots, Caleb fixa le Prince et hocha la tête sans comprendre, l’air soudain un peu mal à l’aise.
Metis se dit :
Oh.
Alors, en plus, c’est un mâle marié.
Comme prévu.
Apparemment, le Seigneur femelle de ce mâle occupait une position extrêmement élevée et refusait de le partager avec d’autres femelles ; Caleb n’avait donc aucune chance d’intégrer leur foyer.
C’était sûrement pour ça que Caleb était resté célibataire jusque-là.
Les choses en étaient déjà arrivées là.
Quelle que fût la vérité, il ne devrait plus se mêler de tout ça.
Et pourtant, Metis voulait encore en savoir davantage.
Il voulait tout comprendre clairement.
« Qui est son Seigneur femelle ? demanda Metis.
……】