Chapitre 216
[Attendez… Caleb ? C’est bien le Caleb que je connais ?]
Les lecteurs Tianjia furent surpris et méfiants.
[Qui d’autre cela pourrait-il être ? Il n’y a qu’un seul général de haut rang qui porte ce nom.]
[Le lieutenant général Caleb, le plus haut gradé à la tête de la Région militaire de la capitale impériale.]
[Cette femelle militaire qui a aidé le prince, c’était le lieutenant général Caleb ?! (stupéfaction)]
[Ça correspond, en fait. Le lieutenant général Caleb a servi autrefois comme capitaine de la garde personnelle de l’ancien empereur Chaos et était chargé de protéger le Palais impérial.]
[Hein ? Mais le lieutenant général n’était-il pas censé être un agent infiltré placé dans le palais de l’ancien empereur par l’empereur actuel ? C’est pour ça qu’on lui a confié aussitôt de grandes responsabilités après l’accession au trône de Sa Majesté Ares. Avant de quitter l’Étoile Capitale impériale, Sa Majesté a même fait une exception en promouvant Caleb au rang de lieutenant général et en le nommant provisoirement commandant suprême de la Région militaire de la capitale impériale. Ce poste est réservé aux plus fidèles confidents.]
[À la lumière de la description du roman, on peut aussi l’interpréter autrement. Sa Majesté allait quitter l’Étoile Capitale impériale ; assurer la sécurité du prince après son départ devenait donc la priorité absolue. Le prince ne faisait confiance à personne d’autre, alors Sa Majesté a choisi le lieutenant général Caleb, en qui le prince avait confiance, pour commander la Région militaire de la capitale impériale tout en dirigeant la Garde impériale.]
[J’ai l’impression qu’on vient de découvrir la vérité.]
[Ce n’est qu’un roman, hé ! Ne le prenez pas au sérieux ! Arrêtez d’analyser la réalité à partir d’un roman !]
Les Zergs : […Qu’est-ce que vous racontez ? Vous trouvez pas bizarre qu’une bande de Tianjia discute de stratégie militaire sur le StarNet des Zergs ? Ça me démange de vous casser la gueule.]
[Moi aussi, ça me démange +1]
Les Zergs mâles n’y comprenaient rien.
Ils voulaient seulement lire l’histoire d’amour entre le héros et l’héroïne.
Quant aux postes, aux grades militaires et à tout le reste, ils avaient à peine réussi à retenir « lieutenant général ». Le reste leur passait complètement au-dessus de la tête.
La seule fois où ils s’étaient intéressés au métier d’une Zerg femelle, c’était pendant leurs jeux de rôle en uniforme.
……
【Le Prince Metis avait donné rendez-vous au lieutenant général Caleb dans le jardin du palais.
Les plantes luxuriantes se mariaient aux sculptures majestueuses pour former un décor empreint d’art, digne d’une peinture à l’huile.
Les fontaines et les bassins d’origine avaient été supprimés ; il ne restait que les plantes et les bâtiments, conçus avec un soin minutieux par des maîtres artisans.
Des pas s’arrêtèrent derrière lui.
Le nouveau venu l’interpella de cette voix familière : « Votre Altesse. »
Le Prince Metis tourna la tête vers lui. Son regard balaya les cheveux noirs et l’uniforme militaire de la femelle, puis il l’invita à s’asseoir.
Caleb n’en était pas à sa première entrevue de ce genre.
Quand Sa Majesté avait disparu, il était souvent venu faire son rapport au prince. Celui-ci le convoquait parfois dans la salle d’audience, parfois dans son bureau ; lorsque les circonstances étaient moins formelles, ils se retrouvaient dans le jardin ou la salle à manger.
Mais jamais encore ils ne s’étaient assis face à face à une petite table ronde, dans le jardin.
Le lieutenant général Caleb s’assit, un peu raide.
Il attendit que le prince lui donne un ordre ou l’interroge sur les affaires militaires.
Au lieu de cela, le prince se contenta de l’observer, le regard glissant sur Caleb avec une expression qu’il ne parvenait pas à comprendre.
Mal à l’aise, il se demanda si quelque chose clochait dans sa tenue militaire.
Pourtant, il s’était vérifié et avait remis sa tenue en ordre plusieurs fois avant de quitter son domicile, puis en entrant au Palais impérial.
Alors qu’il se sentait toujours gêné, le prince prit la parole : « Le lieutenant général Caleb est jeune et brillant, et pourtant vous ne vous êtes jamais marié… D’ordinaire, les femelles militaires commencent à chercher un mâle dès qu’elles deviennent officiers. Celles qui ont des critères plus exigeants attendent généralement d’être généraux supérieurs avant de déposer leur candidature. Pourquoi le lieutenant général est-il resté célibataire si longtemps ? Quelque chose vous préoccupe ? »
Caleb ne s’était pas attendu à ce que le prince l’interroge sur sa vie conjugale. Il resta un instant interdit, sans savoir quoi répondre.
Il était né tout en bas de l’échelle sociale, mais il n’était pas idiot.
Quand la Famille impériale posait ce genre de question, cela signifiait qu’elle comptait arranger un mariage.
C’était peut-être une idée de l’Empereur Tianjia.
Ou peut-être celle du prince.
Quoi qu’il en soit, ils voulaient lui trouver un mâle.
N’importe quelle femelle ordinaire se serait déjà empressée de les remercier pour cette faveur.
Mais lui…
Caleb pinça les lèvres et baissa les yeux pour éviter le regard du prince.
« Je n’ai pas l’intention de me marier pour le moment… Je me plais assez comme ça. C’est plus libre ainsi.
— Je vois… » répondit le prince, avant de se taire.
Caleb releva les yeux.
Les beaux sourcils du prince étaient légèrement froncés, comme si quelque chose le tracassait.
Caleb ne supportait pas de le voir contrarié.
« Si… » commença-t-il soudain. « Si c’est un ordre de Votre Altesse, je m’y conformerai. »
Le prince voulait peut-être qu’il épouse un mâle.
Caleb le pensa en silence.
Il savait que le prince avait fait en sorte que les mâles puissent recevoir une éducation ; il savait aussi qu’il entretenait des liens étroits avec de nombreux mâles, mariés ou célibataires, dans toute la capitale impériale.
Il y avait peut-être un mâle qu’il fallait marier et protéger.
Il ne pouvait pas faire grand-chose, mais s’il suffisait d’offrir à un mâle un foyer paisible et stable, il en était au moins capable.
Quant à la suite…
Il ne pourrait sans doute lui offrir ni intimité ni compagnie.
Si le mâle tombait amoureux d’une autre femelle, Caleb pourrait inviter celle-ci à former une « famille » avec eux, afin qu’elle devienne elle aussi le… Seigneur femelle du mâle.
Il était assez courant, chez les Tianjia ordinaires, que plusieurs femelles partagent un même Seigneur mâle.
Mais dans les hautes sphères de la société Tianjia, une femelle qui s’abaissait à partager un mâle était tournée en ridicule.
Caleb avait toujours fait de son mieux pour s’intégrer à la société Tianjia, mais, à vrai dire, ce genre de choses lui importait peu.
Jusqu’alors, il n’avait jamais envisagé de se lier à un mâle.
Le seul mâle pour lequel il avait éprouvé une vague affection ne pourrait jamais devenir le sien dans cette vie.
Quant aux autres, cela n’avait plus d’importance.
Caleb contempla le prince en silence, prêt à sacrifier toute la seconde moitié de sa vie pour lui obéir.
Lorsque le prince croisa le regard de la femelle militaire, il eut soudain l’impression d’être transpercé et brûlé.
Ses sourcils se froncèrent légèrement.
La perception psychique aiguë d’un mâle lui permettait de sentir les émotions profondes de Caleb.
C’était un sentiment de…
Tristesse silencieuse.
Il était triste.
Il ne voulait pas se marier.
Il ne voulait pas épouser un mâle.
Le prince n’avait jamais été confronté à une situation aussi délicate.
S’il ne voulait pas se marier, il lui suffisait de le dire. Il n’avait pas besoin d’affirmer qu’il le ferait si le prince le lui ordonnait…
Ce n’était pas comme si le prince allait le forcer.
Le prince se leva brusquement et resserra son manteau autour de lui, malgré le froid persistant qu’il ressentait sous le soleil brûlant. Il se détourna légèrement et déclara :
« Arrêtons-nous là. Inutile de vous forcer. Faites comme si je n’avais rien dit aujourd’hui. Personne ne vous obligera à vous marier. Vous êtes une femelle ; vous avez le droit de choisir vous-même votre mariage. »
Sur ces mots, le prince partit aussitôt.
Caleb se leva par réflexe et fit un pas dans sa direction, puis s’arrêta.
Le jardin se trouvait à l’arrière du Palais impérial, dans la partie intérieure. Même en tant que commandant de la Garde impériale, il ne pouvait pas s’y promener librement sans raison.
Le prince semblait mécontent de sa réponse.
Mais Caleb ignorait ce qu’il pouvait faire d’autre pour lui plaire.
Rendre les mâles heureux n’avait jamais fait partie des choses que les femelles Tianjia devaient apprendre.
Et les souvenirs hérités de l’autre moitié de son ascendance ne lui avaient pas non plus transmis de connaissances utiles.
……
Au cours des jours suivants, le prince convoqua plusieurs généraux célibataires.
Les résultats furent exactement ceux auxquels il s’attendait.
Peu importait la compétence d’une femelle au travail : dès qu’il était question de mâles, leur arrogance et la façon indéniablement féminine dont elles le regardaient rendaient impossible la poursuite de leurs échanges.
Son aversion physiologique pour les femelles ne faisait qu’amplifier son malaise.
Les entrevues se passèrent très mal.
Le prince se pencha sur son bureau, le front appuyé d’une main, et se massa les tempes en essayant de retrouver son calme.
L’Empereur Tianjia, qui séjournait au palais ces jours-ci pour couver ses œufs, le vit ainsi et tenta de le réconforter.
« Rien ne presse. Si tu n’as rencontré personne qui te plaise, ne te marie pas.
L’Empereur Tianjia ajouta : « Tu peux très bien vivre au palais jusqu’à la fin de tes jours. C’est notre maison depuis toujours. Avant, il y avait tous ces abrutis insupportables, mais maintenant qu’ils ont disparu, autant en profiter encore davantage. Quel genre de palais te plairait ? Tu veux qu’on en fasse construire un autre, juste pour s’amuser ?
Le prince n’avait pas envie de lui parler.
Mais il ne supportait pas non plus de le voir sourire bêtement ; il soupira donc.
« Dans quelques mois, ta grossesse commencera à se voir. Le public supposera qu’il s’agit de nos œufs.
L’Empereur Tianjia se tut.
Son expression s’assombrit et ses sourcils se froncèrent tandis qu’il envisageait cette possibilité.
Puis il se rendit compte que, vu l’absence totale de limites dont avaient fait preuve les générations de la Famille impériale sur ce sujet, et leur constance à se comporter ainsi, le risque que le public en arrive vraiment à cette conclusion était terriblement élevé !
Et une fois cette idée ancrée dans les esprits, il serait extrêmement difficile de rétablir la vérité.
Quand le public prenait un mensonge pour la vérité, la vérité elle-même lui semblait mensongère.
« Je publierai un communiqué », annonça l’Empereur Tianjia.
« Un communiqué pour dire que tu portes les œufs d’un Zerg mâle ? » répliqua le prince.
« … »
L’Empereur Tianjia garda le silence un moment, puis poursuivit obstinément, le visage sombre :
« La filiation d’un œuf Tianjia ne dépend pas de son père mâle. »
Dans la société Tianjia, où les femelles régnaient en maîtresses, il suffisait de confirmer que le nouveau-né était issu de la femelle. Personne ne se souciait particulièrement de l’identité de son père mâle.
C’était encore plus vrai chez les nobles de rang élevé, qui avaient de nombreux Seigneurs mâles et Serviteurs mâles.
Une femelle pouvait pondre un œuf et le confier sans façon à un mâle qu’elle appréciait pour qu’il le couve, sans se soucier de savoir s’il en était le père biologique.
À moins que le mâle ait un instinct paternel particulièrement faible, il refusait rarement de le couver.
Quant au nouveau-né…
Les nouveau-nés comme les mâles pouvaient percevoir les liens du sang grâce à leur lignée. Un nouveau-né se sentirait instinctivement plus proche de son père mâle biologique et aurait davantage tendance à se blottir contre lui.
Mais cela s’arrêtait là.
Ce que disait l’Empereur Tianjia se tenait.
Tant que les nouveau-nés étaient issus de l’Empereur Tianjia, l’identité de leur père mâle n’avait aucune importance.
Quel qu’il soit, cela ne les empêcherait pas de devenir des princes impériaux ou des héritiers du trône.
Même si leur père était un Zerg mâle.
La logique était imparable.
Mais passer de la théorie à la pratique n’avait rien d’aussi simple.
Surtout que les relations entre les deux espèces étaient loin d’être harmonieuses et qu’elles se considéraient mutuellement comme ennemies depuis si longtemps.
Révéler la vérité imposerait aux nouveau-nés un poids encore plus lourd. Le public les jugerait selon d’autres critères. Pour être acceptés, ils devraient être meilleurs que les autres Tianjia, plus Tianjia que les Tianjia eux-mêmes.
Si les relations diplomatiques étaient déjà établies entre les deux nations et qu’elles entretenaient des rapports amicaux, cela ne poserait aucun problème.
Mais dans la situation actuelle, c’était impossible.
Le prince savait aussi qu’Ares avait une autre préoccupation.
Ce Zerg mâle…
Il se souciait de ce que pensait ce Zerg mâle.
Qu’il s’agisse d’annoncer publiquement leur relation ou de laisser le public se méprendre sur la lignée des nouveau-nés, il se souciait des sentiments et du choix de ce Zerg mâle.
« Le mieux reste que je me marie », dit le prince.
Bien sûr, ce n’était pas la seule raison.
Le prince avait de nombreuses raisons de choisir le mariage.
Il y avait la tradition Tianjia selon laquelle les mâles se mariaient à leur majorité, l’attention intense que le monde extérieur portait aux perspectives matrimoniales du seul mâle adulte de la Famille impériale, et son propre désir de s’assurer des alliés et un soutien stables au sein de l’armée au lieu de dépendre entièrement d’Ares…
Il ne pouvait pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Si cet Ares impossible à retenir finissait vraiment par se faire tuer un jour, le prince devait encore être capable de stabiliser la situation et de se protéger…
En comparaison, la grossesse d’Ares et le risque que le public se méprenne à son sujet n’étaient qu’une raison parmi d’autres.
Tout au plus, c’était le déclencheur.
Même sans cette situation, le prince aurait bientôt contracté un mariage.
Ce n’était qu’une question de temps.
Mais il devait choisir son futur époux avec le plus grand soin.
Il cherchait une voie vers un avenir plus avantageux.
Pas à se faire tuer.
Il pouvait ravaler des humiliations et porter de lourds fardeaux pour atteindre ses objectifs, mais si ce mariage ne pouvait rien lui apporter et ne ferait qu’aggraver les choses, il n’avait aucune raison d’exister.
Il n’était pas à ce point désespéré.
……
Le prince finit par se lasser de consulter la liste et la jeta à l’Empereur Tianjia, lui demandant de lui trouver quelqu’un.
L’Empereur Tianjia pouvait s’endormir en examinant les dossiers de mâles qu’on lui présentait, mais lorsqu’il s’agissait de choisir un époux pour son frère aîné, il se montra étonnamment sérieux.
Il parcourut attentivement les dossiers.
Soudain, il se rappela quelque chose, revint rapidement en arrière, puis feuilleta de nouveau les pages avant de demander, perplexe :
« Où est le lieutenant général Caleb ? Pourquoi n’est-il pas sur la liste ?
Le prince ne répondit pas.
Évidemment, il avait fallu que l’autre aborde le seul sujet que le prince ne voulait pas entendre.
« Il n’a pas l’intention de se marier pour le moment », répondit le prince.
Ares releva les yeux et lui jeta un coup d’œil.
Il avait seulement dit que Caleb n’avait pas l’intention de se marier.
Il n’avait rien dit de ce qu’il en pensait, lui.
Cela en disait déjà long.
Ares referma les dossiers.
« Depuis quand son envie compte-t-elle ? S’il reçoit l’ordre de se marier, il se mariera.
« Ne fais rien d’irréfléchi », dit le prince, mécontent.
Il ne voulait pas forcer Caleb à faire quelque chose qu’il ne voulait pas.
En outre, épouser un mâle impérial revenait pratiquement à entrer dans la Famille impériale.
S’ils se mariaient vraiment, Caleb serait inévitablement soumis ensuite à toutes sortes de restrictions. Il lui serait certainement impossible de prendre d’autres Serviteurs mâles, et même ses paroles et ses gestes au quotidien seraient surveillés. Il serait contraint de se lier étroitement à la Famille impériale.
Si Caleb le souhaitait, ce serait une autre affaire.
Mais s’il n’en voulait pas et qu’ils le forçaient quand même, ce ne serait pas un mariage.
Ce serait se faire un ennemi.
Même si l’Empereur Tianjia parvenait à arranger le mariage, cela ne servirait à rien si Caleb se montrait respectueux en apparence envers le prince, tout en prenant ses distances et en se détachant de lui en son for intérieur.
L’Empereur Tianjia ne comprenait pas non plus.
Comment Caleb pouvait-il ne pas vouloir se marier ?
Une femelle sans aucun lien de sang avec un mâle l’avait protégé à ce point.
Quelle autre raison pouvait-il y avoir ?
La loyauté ?
Son regard se posa sur le visage d’une beauté saisissante du prince, absorbé par les affaires de l’État.
Après l’avoir observé un moment, Ares demanda soudain :
« Frère impérial, tu lui as vraiment dit que c’était toi qu’il épouserait ?
Bien sûr, le prince ne le lui avait pas dit.
Si l’autre ne voulait pas se marier du tout, à quoi bon lui révéler cela ?
Il aurait été inutile d’en dire davantage.
……】