« Si je me souviens bien, Damien a trois frères et sœurs. »
Alors qu’ils parcouraient les couloirs somptueux de la demeure des Darkhound, Lillian commença à se remémorer des informations cruciales. En cet instant, hormis Damien, aucun autre membre portant le sang des Darkhound n’était présent.
Son père était en voyage d’affaires et ne devait revenir que le lendemain, et ses frères et sœurs l’avaient accompagné. Sa mère, quant à elle, était déjà décédée.
« Deux frères, une sœur... »
Bientôt, tout le groupe atteignit la salle de réunion. Une fois les portes poussées, ils furent accueillis par la vue d’une grande table circulaire en acajou, autour de laquelle Damien leur fit signe de se rassembler.
Tandis que les nobles prenaient place, les serviteurs reçurent l’ordre de se tenir près des murs de la pièce, à l’écart de leurs maîtres.
Adossée au mur, Lillian promena son regard autour d’elle, scrutant l’apparence de la salle.
C’était une pièce richement décorée, remplie d’objets coûteux, allant de peintures à l’huile de haute qualité à des vases anciens, en passant par les crocs imposants de monstres puissants, entre autres.
Chaque pièce valait probablement des milliers, voire des centaines de milliers de pièces d’or, et certains objets ici et là atteignaient sans doute le million.
Cette information n’avait jamais été explicitée, mais Lillian sentait que c’était une manière pour les Darkhound de faire étalage de leur richesse devant leurs invités.
Ses yeux croisèrent alors ceux de Millis, qui lui souriait. Lillian esquissa un sourire en retour, amusée par l’Héroïne.
Ensuite, elle reporta son attention sur la table des nobles et remarqua que Marionette la regardait, un air curieux dans les yeux. Lillian hocha brièvement la tête vers l’Assassin, qui lui rendit son salut ; il semblait que Marionette s’assurait simplement que tout allait bien pour elle.
Marionette détourna le regard et se tourna vers Damien.
Le Darkhound balaya du regard les visages des nobles, dont toute l’attention était désormais braquée sur lui. Après s’être assuré qu’il avait capté leur intérêt, il entama rapidement la première partie de la Table de l’Héritage.
« En tant qu’hôte de la Table de l’Héritage de cette année, je vais vous présenter le programme pour aujourd’hui et demain. » Damien posa son menton sur ses doigts entrelacés. « La première chose que nous allons faire est de tâter le terrain concernant les objectifs de chacun. Par exemple, qu’attendez-vous le plus de la vie ? Que diriez-vous de commencer par là ? »
« Pour ma part, je souhaite apporter la paix et la prospérité à tous mes proches et à ma famille, et acquérir tout ce que je n’ai pas encore pu obtenir. »
Après s’être assuré que tout le monde avait compris le principe, Damien leva un doigt et le pointa vers un homme portant un masque de bal blanc rappelant la forme d’une grue.
« Vous, quel est l’objectif que vous souhaitez atteindre dans votre vie ? »
L’homme, brièvement surpris par cette interpellation soudaine, reprit rapidement ses esprits et annonça : « Je souhaite reprendre l’entreprise familiale et la rendre encore plus renommée qu’elle ne l’est déjà ! »
Il ajouta ensuite dans un murmure inaudible : « Et aussi les rendre fiers... »
Les oreilles de Damien tressaillirent comme celles d’un chien de chasse affûté, ayant capté ce que le noble avait chuchoté. Sa famille avait toujours eu un odorat et une ouïe excellents, et avec ses sens renforcés par son physique de 3e palier, il était extrêmement difficile de lui cacher quoi que ce soit.
Le Darkhound hocha la tête en penchant légèrement le buste, ses lèvres se courbant en un sourire réconfortant, chaleureux et charismatique alors qu’il déclarait :
« C’est un objectif admirable. Il n’y a personne au monde qui ne souhaite pas rendre ses parents fiers en étant assez capable de poursuivre l’héritage familial. J’espère que vous atteindrez votre but un jour. »
Il passa ensuite à la personne suivante.
Lillian se souvenait de ce passage. Elle se rappelait qu’il s’agissait d’une cinématique plutôt que d’une scène interactive.
Cette cinématique servait à permettre au joueur d’en apprendre un peu plus sur chaque noble présent à la Table de l’Héritage, offrant ainsi l’opportunité d’augmenter la jauge d’affection des nobles envers lui.
Bien qu’interagir avec les nobles fût une tâche délicate, à moins d’être invité à la Table de l’Héritage sans avoir besoin de devenir un serviteur pour y entrer.
« Mais honnêtement, je n’ai aucun intérêt à apprendre à connaître qui que ce soit ici... »
Lillian continua d’observer les nobles déclarer leurs objectifs, qui allaient du pouvoir à la richesse, et même... aux femmes.
L’homme qui avait dit cela reçut bon nombre de regards étranges de la part des femmes présentes à la table. Après lui, les personnes les plus intéressantes commencèrent à exprimer leurs buts.
« Je souhaite créer un monde où la guerre n’existe pas. »
Lillian cligna des yeux et regarda une femme aux cheveux argentés vêtue d’une robe somptueuse, digne de quelqu’un issu d’une famille extrêmement riche ou... d’une famille royale.
Silvia Von Silversteel. Lillian reconnaissait bien cette personne. Elle l’avait déjà rencontrée une fois auparavant.
À l’époque, après avoir vaincu le Marionnettiste, Thalrek, elle avait secouru les personnes qu’il transformait en marionnettes et en batteries de mana. Silvia était l’une des personnes qu’elle avait sauvées ce jour-là.
« Elle fait aussi partie de la famille royale de Nolstra... »
Damien entendit l’objectif de la Princesse et se surprit à ricaner intérieurement. Un monde sans guerre ? Ce qu’elle demandait, c’était un monde sans malice ni cupidité humaine.
Tant que les humains existeraient, le péché de faire la guerre pour s’emparer d’autres terres et territoires subsisterait également.
C’était le rêve d’une idéaliste naïve.
« Je vois... Eh bien, je pense certainement que c’est possible, si on nous en laisse le temps. J’ai entendu dire que plus une personne était belle, plus les choses avaient tendance à aller dans son sens~... Je crois sincèrement, Mademoiselle, que vous finirez par réaliser votre rêve. »
Lillian sentit son visage se crisper aux mots de Damien. Cet homme ne pensait pas un mot de ce qu’il disait ; au contraire, Lillian aurait parié qu’il espérait que cela n’arriverait jamais !
Jusqu’à présent, elle avait vu Damien prodiguer des paroles mielleuses aux femmes présentes, tout en accordant le strict minimum aux hommes — il ne se souciait pas vraiment de leurs objectifs, il voulait simplement les charmer.
Bientôt, ce fut le tour de Reph, qui ne fit que soupirer de lassitude — il se fichait éperdument de ses objectifs futurs, il voulait juste...
« Je... je veux juste pouvoir paresser quand j’en ai envie... sans m’inquiéter... » marmonna Reph, ses yeux luttant paresseusement contre l’envie de se fermer.
« Oh ? Euh... Je vois. Eh bien, j’espère que vous pourrez atteindre cet objectif ? » répondit Damien d’un ton incertain, ne sachant pas trop comment commenter le but de Reph.
Ensuite, ce fut le tour de Marionette, qui se contenta de renifler en croisant les bras.
Lillian se caressa le menton. Elle se souvenait encore de la réponse que l’Assassin avait donnée à cette question dans le jeu. La réponse de Marionette était « Sécurité ».
« Je me demande si elle répondra différemment. »
« Eh bien, Mademoiselle ? Avez-vous un objectif en tête, ou avez-vous peut-être besoin de plus de temps pour répondre ? Pas de précipitation, bien sûr. » Damien roucoula en fixant directement les yeux rouges de Marionette, qui se plissèrent dangereusement en le remarquant.
Marionette croisa les bras et renifla : « Je vais donner ma réponse maintenant et en finir avec ça. »
Après un moment de réflexion, d’hésitation et un regard vers Lillian, Marionette répondit :
« La sécurité. Je souhaite atteindre la sécurité dans ma vie. »
« Je vois, eh bien, souhaiteriez-vous développer... »
« Non. »
« D’accord... Eh bien... J’espère sincèrement que vous atteindrez votre objectif de sécurité, Mademoiselle. Bien que je sois sûr qu’avec vos antécédents et votre charmante... »
« Votre voix est irritante. Veuillez passer à la suite. »
Après cela, Damien décida de passer à autre chose.
Lillian avait un air pensif en fixant le dossier de la chaise de Marionette, ignorant les déclarations faites par les nobles autour d’elle.
Il semblait que même avec sa présence, elle n’avait pas réussi à détourner Marionette vers une autre réponse.
« La sécurité doit vraiment signifier beaucoup pour elle, alors... » Lillian esquissa un léger sourire, « Je m’assurerai de lui en offrir beaucoup quand l’occasion se présentera. »
Finalement, cette série de questions prit fin, suivie d’une autre. Plusieurs petites questions furent posées et débattues autour de la table, les réponses données devenant rapidement des sujets de conversation pour les convives.
Et bientôt, cette partie de la Table de l’Héritage toucha à sa fin, Lillian manquant de mourir d’ennui à force de rester debout au même endroit.
« Pas étonnant qu’Elara ne soit pas venue... Elle devait savoir que ce serait d’un ennui mortel. »
Lillian se souvint d’avoir vu Millis extrêmement agitée pendant la conversation ; l’Héroïne mourait d’envie de faire autre chose que de rester immobile.
« Peut-être qu’elle a un TDAH, après tout... »
« Est-ce que ça va, Lillian ? »
La Lapine sortit de sa brève rêverie et regarda à côté d’elle, trouvant Marionette qui la fixait avec un regard inquiet.
Observant la jeune fille de haut en bas, Marionette demanda :
« Tes jambes sont-elles fatiguées à force de rester debout ? As-tu besoin d’un endroit pour te reposer ? Il y a des bancs autour pour que tu puisses t’asseoir. »
Lillian leva les yeux et regarda autour d’elle, se retrouvant au milieu d’un immense jardin rempli de fleurs qui scintillaient magnifiquement sous la lune brillante des Enfers.
Bien qu’il fût actuellement jour à la surface, il n’y avait jamais de soleil dans les Enfers, juste une lune artificielle.
« Oh mon Dieu, je dois dire que vous avez une robe absolument magnifique. »
« Oui ! Pourriez-vous nous dire qui vous l’a faite sur mesure ? »
Lillian détourna le regard de la lune et de Marionette pour être abordée par deux nobles dames.
Puis, elle observa les autres nobles et vit qu’ils étaient rassemblés en duos ou en groupes, conversant les uns avec les autres.
« Eh bien... Je suppose que nous sommes déjà passés à la partie suivante... »