Dring. Dring.
Clic.
Décrochant l’appel, le Jardinier le porta à son oreille tout en continuant de remuer son chaudron.
Alors qu’il s’apprêtait à demander la raison de cet appel, ses yeux s’écarquillèrent sous le choc en entendant les mots suivants :
« Le médicament... je n’en ai plus... »
« Pardon ? »
Bien que stupéfait, le Jardinier n’interrompit pas son mélange un seul instant. Il continua de préparer le remède, ajoutant quelques ingrédients de temps à autre, jonglant avec ses tâches.
« Comment ça, tu n’en as plus ? Selon mes calculs, j’en avais préparé assez pour trois semaines, largement de quoi tenir jusqu’à notre retour au domaine principal après la Table de l’Héritage. »
« Il y a eu... des imprévus qui ont provoqué des pics incontrôlables de mon état. Je crois que la corruption a développé une forme de résistance à tes pilules. »
La révélation de Marionette fit s’immobiliser le Jardinier, net, stoppant net le fil de ses pensées.
« Absurde ! La corruption qui développe une résistance ? » s’exclama le Jardinier. « Ce n’est pas un agent pathogène, comment pourrait-elle développer une résistance ?! »
Ces mots, qui pouvaient sembler être une moquerie face à la révélation de sa nièce, étaient en réalité des questions qu’il se posait à lui-même.
Il n’avait jamais anticipé que la corruption puisse développer une résistance à son médicament, à l’instar de bactéries face à des antibiotiques.
Le Jardinier se gratta la tête, visiblement agité. Aucun document sur la corruption ne mentionnait une telle capacité !
Même les rapports les plus détaillés ne parlaient que de la façon dont la corruption inondait le corps de son hôte de sensations négatives, dans l’espoir que celui-ci abandonne ou meure, lui permettant ainsi de prendre le contrôle.
Il jeta un coup d’œil à son chaudron, toujours en pleine préparation. Il n’avait fait que les trois quarts du poison !
« Peu importe... »
Portant à nouveau son téléphone à son oreille, il murmura...
...
Marionette mordait l’extrémité d’un long morceau de corde. Elle était en train d’étrangler ses veines noircies dans l’espoir d’empêcher la corruption de se propager davantage.
Tenant son téléphone de l’autre main, elle écouta son oncle murmurer :
« Écoute-moi, ma nièce. En ce moment même, ton amante porte sur elle un médicament puissant qui devrait te soulager un moment. Combien de temps ? Je ne saurais le dire, car je ne connais pas toute l’étendue de ses capacités. Elle devrait être dans sa chambre à cette heure. Ordonne-lui de te le donner. »
« Lillian ? »
Murmura Marionette entre ses dents serrées, stupéfaite.
En mordant plus fort sur la corde pour la tendre, Marionette ne put s’empêcher de penser à Lillian. Sa petite amie portait un médicament puissant ?
Depuis quand ? Quand avait-il été créé ? Et pourquoi Lillian le détenait-elle ?
Alors qu’elle était perdue dans ses pensées, Marionette sentit les ténèbres dans ses veines s’agiter face à l’obstruction (la corde) sur leur chemin.
Et avant qu’elle ne puisse réagir, les ténèbres diffusèrent à travers les parois de ses veines, ses muscles, et finalement... à travers les pores de sa peau.
La Vraie Obscurité à l’intérieur de ses veines explosa en une nuée de tentacules, fouettant et frappant chaque surface dure de la pièce avec une fureur incontrôlable.
Comment les humains osaient-ils essayer de la contenir ! Comment son hôte osait-elle essayer de la contenir ! Comment son hôte osait-elle essayer de lui résister !
Le bruit des tentacules sombres qui fouettaient l’air était silencieux, mais les résultats de leurs assauts étaient dévastateurs.
Les surfaces victimes de l’attaque étaient déformées et tordues ; des sillons larges et lisses décoraient désormais toute la pièce, se multipliant à vue d’œil.
Les bureaux en bois furent fendus en deux, se brisant alors que le bois commençait à se corroder instantanément.
Les tables en verre furent pulvérisées en un seul coup, volant en éclats et se dissolvant.
La Vraie Obscurité, aux commandes des tentacules, ne rencontra aucune résistance lors de ses frappes.
Marionette grinça des dents en observant la scène. Lâchant la corde, elle saisit le bouquet de tentacules qui jaillissait de son poignet, utilisant sa magie au maximum pour tenter de les contenir.
« Calme-toi... ! » ordonna-t-elle d’une voix tendue.
L’Assassin vit alors l’un des tentacules se retourner contre elle, dardant vers sa tête avec une vitesse qu’elle parvint à peine à esquiver.
En penchant la tête loin sur la gauche, elle évita le tentacule qui passa juste devant son visage, ne recevant qu’une légère entaille sur la joue.
La Vraie Obscurité, apparemment furieuse de ce qu’elle tentait d’accomplir, décida d’étendre sa destruction.
L’un des tentacules de son poignet fouetta le mur droit de la pièce, ce qui fit écarquiller les yeux de Marionette dans cette direction...
C’était la chambre de Lillian.
...
« Elle... a raccroché ? » Lillian la fixa avec un sourcil levé, légèrement surprise. Puis, elle soupira en s’allongeant. « J’imagine que je suis tombée au mauvais moment... »
Alors que Lillian murmurait ces mots, ses oreilles tressaillirent.
Se redressant lentement, Lillian se tourna vers sa gauche, fixant le mur. À cet instant, elle entendait le bruit de quelque chose qui s’effondrait dans la pièce voisine.
Lillian pencha la tête, intriguée.
Que se passait-il ?
Alors qu’elle s’apprêtait à se lever pour signaler le bruit au Majordome en chef, elle vit son mur commencer à se fissurer, puis à se corroder, avant de... laisser échapper un gaz sombre...
Sans aucun autre avertissement, Lillian vit quelque chose percer son mur, fonçant vers elle à une vitesse fulgurante.
Se jetant en arrière sur son lit, elle vit un tentacule sombre passer au-dessus d’elle. Lillian écarquilla les yeux : « Qu’est-ce que... »
Avant même de pouvoir comprendre ce qui se passait, plusieurs autres tentacules percèrent le mur et se dirigèrent vers sa position.
« Une attaque !? »
Lillian fronça les sourcils et roula hors de son lit, esquivant de justesse. Une fois les tentacules passés au-dessus d’elle, elle se redressa près de la fenêtre.
Le Lapin observa les tentacules avec méfiance, ressentant un mélange d’effroi et de mort s’en dégager. Que se passait-il ? Était-ce une autre épreuve préparée par le Majordome en chef ?
Si c’était le cas, Lillian ne put s’empêcher de sourire, car c’était enfin autre chose que des tâches de bonne.
Invoquant son épée, Lillian lança un autre regard aux ténèbres, souriant légèrement en se rappelant celles de Marionette.
Malheureusement, elle ne put s’attarder sur cette pensée, car le mur droit de sa chambre fut complètement détruit, révélant l’intérieur de la pièce qui l’avait tant intriguée.
La pièce était plongée dans une obscurité totale ; si sombre qu’elle pouvait à peine y voir. Il y régnait aussi un froid glacial, faisant frissonner Lillian alors que la température s’engouffrait dans sa chambre.
Alors que Lillian s’apprêtait à prendre une posture de combat, son aura électrique rayonnant de son épée, elle entendit quelque chose qui la fit se figer sur place.
Une voix... Une voix familière...
« Lillian... Fuis... ! »
La voix était rauque et tendue, mais Lillian ne pouvait la confondre avec aucune autre...
« Mari...-onette ? »
Figée, Lillian vit les ténèbres à l’intérieur de la pièce mystérieuse jaillir vers elle comme une brume enragée.
Lillian fut surprise, mais grâce à sa vivacité d’esprit...
CRAC !
...elle bondit par la fenêtre à côté d’elle.
Tombant au milieu des éclats de verre, qui ne laissèrent même pas une égratignure sur sa peau, Lillian chuta, rapidement poursuivie par les ténèbres qui s’écoulaient de sa fenêtre brisée comme un petit tsunami.
Utilisant sa magie pour amortir sa chute, Lillian atterrit sur une large bulle d’eau sur laquelle elle rebondit.
Pouf.
Lillian rebondit et effectua une roulade élégante, atterrissant sans encombre sur le sol pavé avant de se relever rapidement.
Elle fit un bond en arrière, esquivant la vague de ténèbres qui s’écrasa au sol, engloutissant la bulle d’eau qui l’avait sauvée.
S’élançant dans les airs, Lillian créa une plateforme d’eau sous ses pieds, évitant d’être dévorée par les ténèbres.
Elle continua de s’élever de plus en plus haut, assez pour avoir une vue plongeante sur tout le domaine.
Lillian grimaça.
Elle vit tout le terrain sur lequel le manoir était bâti inondé par une marée de ténèbres.
Les véhicules garés dans le garage furent engloutis et corrodés presque instantanément.
Les routes commencèrent à s’éroder, tout comme les grilles métalliques.
Même les buissons et les arbres qu’elle avait entretenus avec tant de soin ne furent pas épargnés par cette mer dévorante.
Lillian observa avec gravité le manoir s’enfoncer légèrement, comme s’il sombrait...
La Vraie Obscurité attaquait les fondations du manoir.
Restant en suspension dans les airs, Lillian regarda en bas avec une expression sombre : « Que se passe-t-il... ? »
Y avait-il déjà eu un événement de ce genre dans le jeu ?
« Et... »
Pourquoi ces ténèbres possédaient-elles les caractéristiques de la Vraie Obscurité... ?
Lillian se gratta la tempe, mais passa immédiatement à l’action alors que des tentacules sombres s’élançaient vers elle, tentant de la transpercer en plein vol.
Après une douzaine de minutes d’esquives, Lillian reçut un appel.