Son espèce était née avec la capacité de réfléchir, une bénédiction accordée par le Dieu de la Plage. Et grâce à cela, en unissant leurs forces, ils avaient inévitablement réussi à dissuader tous les monstres qui s'égaraient près de leur village.
Cependant...
Ceci... Ces menaces étaient d'une tout autre nature !
Quel que soit le type de monstres qu'ils avaient repoussés par le passé, ils n'étaient en rien comparables à ce à quoi ils faisaient face aujourd'hui !
Ils avaient déchiré leurs lignes de défense en un instant, décimé leurs foyers d'une seule charge, leurs cornes transperçant plusieurs de leurs compagnons, ou d'un simple coup de leurs armes qui balayait tout sur son passage.
L'homme-crabe tressaillit et se cacha derrière un monticule de sable effondré, observant une créature terrifiante dévorer ses frères au loin. Elle possédait de multiples pattes et était manifestement blessée... Mais le problème était que ces blessures ne ressemblaient pas à des coups d'estoc...
Avec son exosquelette apparemment impénétrable, toutes les attaques portées contre elle étaient inutiles ! C'était d'ailleurs elle qui avait lancé l'assaut sur leur village !
L'homme-crabe se terra et regarda cette abominable créature passer lentement, ruisselante de sang, tandis qu'une voix étrange ricanait dans le vent froid. Elle s'arrêta et tourna son regard dans sa direction.
Du sang cramoisi recouvrait ses dents et s'écoulait entre elles, tandis que sa salive grésillait. Elle afficha un large sourire et fit un pas vers le monticule de sable, ayant senti une présence cachée.
L'homme-crabe tremblait violemment. Il avait peur. Il était terrifié. *S'il te plaît, ne viens pas ici !*
Il écouta les vibrations à travers le sol, son cœur se serrant dans sa poitrine tandis que de l'écume commençait à perler à ses lèvres sous l'effet d'une peur insurmontable.
Mais alors... il sentit que les vibrations ne s'approchaient plus. Au contraire, elles semblaient s'éloigner, s'estomper au loin.
Le remarquant rapidement, il prit son courage à deux mains et jeta un œil par-dessus le monticule de sable pour constater que la créature cauchemardesque s'éloignait effectivement... Pourquoi ?
Elle l'avait senti, n'est-ce pas ? Pourquoi s'en allait-elle ?
Alors qu'il réfléchissait, un frisson indéniable parcourut ses muscles. Cette sensation était plus glaciale que n'importe quelle vague venant de la mer !
Ses instincts en alerte, il leva les yeux et se retrouva face à face avec une créature élancée à la peau noire et au corps frêle, dont les mains étaient entièrement couvertes de sang.
Et dans ses mains, elle tenait deux armes en pierre gigantesques qui dégoulinaient de sang chaud...
Il leva les yeux vers le monstre et plongea son regard dans les siens, pour découvrir qu'ils étaient vides ; remplacés par deux orbes blancs et luisants qui vacillaient, comme s'ils clignaient.
Il ne pouvait s'arrêter de trembler... C'était comme s'il se tenait devant la mort elle-même... !
Les orbes luisants dans les yeux du monstre virèrent lentement à une lumière verdâtre sombre, tandis qu'il levait nonchalamment la pointe de sa lance.
Grâce à son expérience de lancier, il comprit immédiatement, à l'angle de la lance, ce qui allait arriver... Il allait être embroché et tué d'un seul coup...
Allait-il... Allait-il vraiment mourir ici... ?
Il regarda sa grande pince, qui servait habituellement de bouclier dans sa tribu, et contempla son aspect fracassé. Ses yeux s'agitèrent violemment, fixant la lance qui s'apprêtait à s'abattre sur lui.
Mais alors !
SWIP ! DUNG.
L'un de ses frères surgit, le sauvant d'une mort certaine en déviant la lance de toutes ses forces.
Son frère était en lambeours, sa carapace fissurée, et le sang s'écoulait de lui comme s'il était un récipient brisé.
De plus en plus de ses frères blessés arrivèrent, engageant le combat contre l'ennemi, qui ne semblait pas le moins du monde perturbé par l'arrivée des membres de sa tribu.
Au début, il voulut se battre. Il voulut se relever et continuer à lutter.
Il voulait qu'ils survivent tous à cela... À ce cauchemar !
Mais alors, il croisa le regard du frère qui l'avait sauvé, lequel lui fit un geste de sa pince à moitié brisée. Il lui ordonnait de fuir, lui signifiant qu'il n'était plus en état de combattre.
Son cœur se serra lorsqu'il se souvint à nouveau de son état, le courage qu'il avait puisé en voyant ses frères se battre s'évaporant dans sa poitrine.
Il savait que son compagnon avait raison et pourtant... il ne put s'empêcher de ressentir de la culpabilité en s'enfuyant, les larmes aux yeux, vacillant dans l'air.
C'était d'autant plus cruel que... celui qui l'avait sauvé était quelqu'un qu'il connaissait depuis sa naissance !
Dès sa naissance, il avait été le plus faible de sa tribu, un raté de leur espèce. Son corps était le plus mou, et sa pince n'était pas la plus robuste.
La moindre égratignure sur sa pince le faisait saigner abondamment. Et pourtant, il avait continué à persévérer pour devenir un guerrier de leur tribu... Juste pour obtenir un semblant de respect au lieu de la pitié qu'il avait reçue toute sa vie !
Et pourtant... Que faisait-il ? Il fuyait !
Il ne pouvait même pas se retourner en courant, ses pattes s'agitant aussi vite que possible, tentant de s'éloigner des cris de ses frères derrière lui.
« Je suis désolé... Je suis désolé... ! » s'excusait-il encore et encore dans son esprit.
Quel genre d'épreuve cruelle leur dieu leur faisait-il subir... ?
Pourquoi ne pouvait-il rien faire correctement ?! Pourquoi était-il né si pathétiquement faible ? QU'AVAIT-IL FAIT DANS CETTE VIE ?!
L'homme-crabe, ne pouvant plus entendre les cris de ses frères, s'effondra en se prenant la tête entre ses mains, hurlant à travers l'écume qui bouillonnait à sa bouche.
Il était une telle déception...
« KEEE ! »
Au son d'un cri qui semblait féminin, il leva les yeux et contourna un angle. C'est alors qu'il trouva une femme de sa tribu serrant son enfant contre elle, les cachant derrière l'un des destructeurs de son village.
Ils étaient petits, plus petits qu'eux et que les destructeurs qui les accompagnaient, et avaient des cheveux blancs...
Et pourtant... ses instincts lui disaient que celle-ci était aussi redoutable, voire plus dangereuse, que les deux autres qu'il avait croisés !
Il la regarda lever une main vers la femme et les enfants, observant quelque chose commencer à se manifester magiquement dans sa paume.
Il... Il devait faire quelque chose !
Il ne pouvait pas rester les bras croisés... Ses blessures n'étaient pas une excuse ! Il était un guerrier, un fier guerrier de sa tribu, censé protéger tout le monde !
L'homme-crabe regarda autour de lui et trouva une lance ensanglantée à proximité, tenue dans la main d'un de ses frères à moitié dévoré. Il ne pouvait pas s'attarder pour pleurer leur perte... Mais il pouvait les venger !
Saisissant sa lance et s'élançant depuis derrière le coin, il se précipita vers l'assaillant, avec l'intention de défendre la mère et son enfant !
Bien qu'il sût qu'il ne pourrait pas faire grand-chose, il espérait que, par sa mort, les deux pourraient s'échapper...
Levant sa lance, il en pointa l'extrémité vers l'attaquante.
Le monde ralentit, dangereusement, alors qu'il regardait la destructrice se tourner lentement dans sa direction, le fixant avec des yeux attristés, semblables aux siens.
Mais pourquoi... Pourquoi était-elle triste ?
Pourquoi ressentirait-elle de la tristesse !?
Il vit la destructrice pointer sa main vers lui en souriant. Il entendit alors quelque chose sortir de sa bouche qui ressemblait à des mots :
« Affronter le problème de front même quand on est terrifié... Tu as gagné mon respect, Cruscan de la tribu Kakra. »
À l'instant précis où il l'entendit parler, il vit quelque chose bondir par-dessus la destructrice.
La chose était grande et possédait de multiples pattes ; son visage et sa carapace noire brillante étaient couverts de sang et scintillaient à sa vue, comme s'il était tombé dans un piège.
Elle ouvrit ses mâchoires, avec l'intention de l'écraser et de le dévorer tout entier.
Cependant.
Il n'en avait cure.
Il savait qu'il allait périr en cette nuit même...
Et pourtant, malgré cette peur de la mort qui lui serrait le cœur comme un étau, il ressentit une chaleur réconfortante l'envahir — un sentiment qu'il avait éprouvé au moment même où il avait entendu la destructrice parler.
Il ne les comprenait pas, et pourtant, il pouvait sentir l'intention de respect derrière leurs paroles.
Était-ce donc cela, le sentiment d'être respecté ?
SNAP ! Crunch...
Peu après, suite à sa mort, un par un, tout le monde fut dévoré, et son village fut réduit en ruines. La seule chose qui restait était le Seigneur de l'arène en contrebas, qui avait remarqué la perturbation dans le village au-dessus.
Mais ce n'était pas la seule chose qu'il avait remarquée... Il avait senti quelque chose pénétrer dans son arène. Était-ce un autre participant visant le poste de Seigneur ?