Marionette se tenait devant le bureau de son père, fixant l'homme robotique qui continuait d'examiner une quantité innombrable de documents ; tout ce qui pouvait être lié au mystérieux groupe apparu sur leur territoire — et qui semblait grandir de jour en jour.
Avec un regard suppliant, dissimulé derrière sa façade impassible et son masque, elle ouvrit la bouche et prit la parole :
« Chef de famille, je vous en prie, reconsidérez votre décision... Croyez-vous réellement que quiconque parmi les participants au prochain événement puisse avoir un potentiel supérieur à celui de Lillian ? »
La Couronne de Roses interrompit son écriture, la plume mécanique serrée entre ses doigts. Il la posa de côté et fit reposer son menton métallique sur ses mains jointes.
« C'est donc pour cela que tu t'es introduite dans mon bureau. »
« ... Avec votre permission. »
« Une intrusion reste une intrusion, même avec consentement ; tu savais que j'étais occupé à traiter des affaires... »
Marionette serra inconsciemment les poings, crispant ses mains avec une expression pleine d'excuses tandis qu'elle murmurait :
« Et pour cette raison, je vous présente mes excuses, mais je vous en supplie... »
« Je plaisante. » La Couronne de Roses l'interrompit, se calant dans son siège tout en observant sa fille réagir avec un silence surpris ; quelque chose qu'il parvint à identifier grâce à ses mouvements corporels.
Les yeux du corps mécanique semblèrent se froncer en voyant cette réaction chez la jeune fille. La Couronne de Roses soupira alors : « Il semble que nous devions revoir tes leçons passées... »
Après avoir dit cela, il tapota son doigt contre l'accoudoir de son fauteuil avant de demander :
« Tu viens m'interroger au sujet de la fille de la famille Arius. Je suis certain d'avoir déjà exprimé clairement mon désintérêt. Alors, pourquoi continues-tu à m'importuner avec de telles questions ? »
« S'il vous plaît, ne changez pas de sujet, Chef de famille ! Comparée à tous ceux qui se présenteront à la Table de l'Héritage, Lillian possède un taux d'apprentissage bien supérieur au leur ! À l'heure actuelle, elle approche progressivement du faible pourcentage de mages de 2e palier que l'on pourrait considérer comme le sommet de ce stade — sans aucune amélioration ! »
La Couronne de Roses écouta la tirade de sa fille au sujet de son amante tout en tapotant étrangement son bureau, ce qui sembla déstabiliser Marionette.
Elle l'entendit alors déclarer :
« Tu parles de ses forces comme si je les avais constatées moi-même. D'après ce que j'ai recueilli, en utilisant mes vastes ressources, cette fille n'a accompli que peu de choses justifiant une quelconque connexion avec notre famille, surtout en tant que personne entretenant une relation avec l'un des nôtres. »
La Couronne de Roses marqua une pause avant de poursuivre :
« Et notre famille n'a pas grand-chose à gagner à interagir avec la famille Arius, car leurs recherches et leur expertise sont des domaines sur lesquels nous avons déjà des bases. »
Marionette regarda son père se redresser et reprendre sa plume mécanique, avec l'intention de retourner au travail tout en lui faisant un geste de la main pour qu'elle s'en aille.
La vision de son père ignorant ses sentiments et la considérant comme un simple pion pour obtenir davantage de ressources pour leur famille la rendait malade. N'était-ce donc que cela, ce qu'elle représentait à ses yeux... ?
Marek, la Couronne de Roses, voyant que sa fille se tenait toujours dans son bureau, soupira à nouveau. Il demanda alors :
« As-tu pris les suppléments que le Jardinier t'a fournis, ma fille ? »
Marionette, sortant de sa torpeur, hocha la tête à contrecœur avec une expression frustrée. Depuis qu'elle prenait le médicament, elle ressentait un malaise dans sa poitrine — ainsi qu'une sorte de faiblesse.
En les prenant, elle sentait son mana, au sein de son cœur, se contracter désagréablement ; elle avait même eu l'impression que ses ténèbres avaient perdu de leur force.
Alors que Marionette songeait aux pilules qu'elle avalait, une idée apparut soudain dans son esprit, comme une ampoule qui s'allume.
Et si...
« Chef de famille. Je souhaite m'entretenir avec vous au sujet de cette opération. »
« Celle que le Jardinier doit pratiquer sur toi... le 2 mai ? Oui. Qu'en est-il ? »
Marionette prit une profonde inspiration avant d'offrir une solution à son problème et une proposition à l'homme qu'elle appelait son père.
« Je souhaite qu'elle ait lieu aujourd'hui. »
Les yeux mécaniques du robot s'agitèrent un instant, sans s'écarquiller ni se rétrécir face à la requête de sa fille. Cependant, malgré cela, une émotion complexe pouvait être lue dans le regard de la machine.
« Dans quel but ? D'après ce que j'ai appris du Jardinier lors de tes examens quotidiens, ton corps n'est pas encore assez stabilisé pour cette chirurgie... »
« Cela n'a pas d'importance. » Marionette posa une main sur l'endroit où se trouvait son cœur de mana dans sa poitrine et déclara : « Si je parvenais à m'adapter aux changements et à dépasser vos attentes... Autoriseriez-vous Lillian à rejoindre notre famille ? »
« As-tu oublié en quoi consiste cette opération ? »
Les yeux de la machine devinrent froids alors qu'ils se fixaient intensément sur la jeune fille. « Cette chirurgie n'est pas une simple intervention pour des améliorations biologiques, ma fille... Tu vas participer à une opération qui, si elle tourne mal, aura indubitablement des impacts négatifs sur les environs. »
Marionette hocha lentement la tête et murmura :
« L'intégration avec la Vraie Obscurité... »
Il existait une théorie tapie dans le monde scientifique. Depuis l'existence de monstres ayant évolué et s'étant intégrés à une portion de la Vraie Corruption, ils finissaient par devenir une entité corrompue... Pourquoi les humains ne le pourraient-ils pas ?
Y avait-il déjà eu un humain corrompu ?
Non.
Bien que cette chirurgie fût basée sur des théories scientifiques et des informations, Marionette était, en fin de compte, le meilleur sujet d'expérience.
Son corps possédait une grande endurance et une forte tolérance à la douleur, tout en étant plus robuste que celui d'une personne ou d'un mage ordinaire.
Elle possédait également l'élément des Ténèbres, ce qui constituait la preuve ultime faisant d'elle le réceptacle parfait pour la Vraie Obscurité.
Tous les autres patients ayant subi cette opération avaient fini par périr le jour même ou dans les jours qui suivaient.
Marionette se souvenait encore de sa première rencontre avec la Vraie Obscurité lors de sa deuxième Épreuve avec Lillian. Et bien qu'une telle substance fût extrêmement dangereuse... Tout ce qui se trouvait dans l'Épreuve l'était tout autant.
La seule chose qui lui procurait un sentiment d'apaisement et de réconfort était, en fin de compte, grâce à...