Chapitre 68
Le prince Arno, ayant perdu tout son soutien en un instant à cause des agissements de Daniel Steiner, ne se vit d'autre choix que de capituler.
Avec l'abandon d'Arno dans la lutte pour la succession, Selvia fut en mesure d'étendre son influence au sein de la capitale et du palais impérial sans la moindre opposition.
Environ un mois plus tard, l'empereur Berthram, qui observait tout depuis les coulisses, jugea qu'il était inutile d'attendre davantage. Sous le prétexte de choisir un héritier, il convoqua les figures clés de l'Empire dans la grande salle du palais.
Naturellement, Daniel Steiner figurait parmi les invités en tant que l'une des « figures clés de l'Empire ».
Bien que recevoir une invitation pour assister à une décision aussi monumentale fût considéré comme un grand honneur, Daniel trouvait l'événement plus inconfortable qu'autre chose.
« J'aimerais bien mieux être retourné dans mes quartiers, à siroter un café en lisant un livre… »
Passer son précieux week-end ainsi lui semblait absurde.
Poussant un soupir discret, Daniel scruta les environs.
La grande salle du palais, ornée d'une architecture élégante et raffinée, était remplie de ministres de la Cour, dont le duc Belvar.
Alignés à leurs côtés se trouvaient des officiers militaires de haut rang et des ministres responsables de la gouvernance de la nation.
Pour Daniel, coincé maladroitement parmi des figures aussi puissantes, l'expérience était tout bonnement atroce.
« Beaucoup d'entre eux semblent me dévisager… »
Personne ne lui adressait la parole, mais il pouvait sentir les regards en coin.
Il était naturel que les hautes sphères dirigent leur hostilité vers un simple commandant qui avait réussi, on ne sait comment, à obtenir une place dans la grande salle du palais.
Décidant qu'il valait mieux éviter tout contact visuel inutile, Daniel fixa son regard devant lui.
Assis sur le trône, vêtu d'un uniforme blanc symbolisant la famille impériale, se trouvait l'empereur Berthram.
L'apparence fragile que Daniel avait pu observer dans les appartements privés de l'empereur avait disparu. Paré des insignes royaux, Berthram dégageait une autorité certaine.
« Relevez la tête, mes enfants. »
À la voix solennelle de Berthram, Selvia et Arno, tous deux agenouillés sur le tapis rouge, relevèrent la tête.
Ils portaient également des uniformes blancs marquant leur statut de membres de la famille royale.
« Je suppose que vous savez tous deux pourquoi je vous ai convoqués ici devant ces éminents dirigeants de l'Empire. »
En entendant les mots de Berthram, Selvia et Arno déglutirent nerveusement.
Bien que leurs réactions fussent identiques, les yeux de Selvia brillaient de triomphe tandis que ceux d'Arno rayonnaient de défaite.
« Comme chacun ici le sait, ma santé déclinante m'empêche de superviser correctement les affaires de l'État. Alors, passons les formalités et allons droit au but. Aujourd'hui, mon successeur sera désigné. »
Personne dans la salle ne fut surpris. La décision était attendue depuis un certain temps, si bien que l'assemblée attendit simplement en silence.
Berthram, semblant satisfait de ce calme, posa son regard sur ses enfants.
« Êtes-vous tous deux prêts à accepter ma décision ? »
« Je le suis », répondit Selvia sans hésitation.
Arno, cependant, prit un moment avant de murmurer :
« … Je le suis. »
Satisfait de leurs réponses, Berthram hocha légèrement la tête et déclara :
« Alors, je vais maintenant nommer mon successeur. Selvia von Amberg ! »
Selvia se leva à l'énoncé de son nom.
Berthram poursuivit :
« J'ai reconnu tes capacités et je t'ai jugée digne de devenir la prochaine impératrice. Prouveras-tu que ma clairvoyance n'était pas erronée ? »
« Oui, Votre Majesté. Je le prouverai sans faute. »
« Bien. À partir de cet instant, tu hériteras de ma volonté et travailleras sans relâche pour la famille impériale et l'Empire. Souviens-toi toujours de respecter tous les citoyens et efforce-toi d'instaurer un règne juste. »
Le regard de Berthram balaya la pièce.
« M'avez-vous tous entendu ? À partir de ce jour, ma successeure est Selvia von Amberg ! »
Ses mots étaient à la fois une annonce et un ordre de soutenir pleinement Selvia en tant que future impératrice.
Comprenant l'intention de l'empereur, tous les présents dans la salle inclinèrent la tête à l'unisson.
— « Oui, Votre Majesté ! »
Leurs voix unifiées résonnèrent dans toute la salle.
Satisfait, les yeux perçants de Berthram scrutèrent la pièce avant qu'il ne reprenne la parole.
« La successeure étant nommée, il est temps pour elle de commencer à apprendre l'art de gouverner. Je prévois de confier à Selvia l'autorité de la régence. Qu'en pensez-vous ? »
Le mot « régence » provoqua un bref émoi parmi l'assistance.
Avant que quiconque ne puisse parler, le duc Belvar s'avança et s'inclina profondément.
« Votre Majesté, ne serait-il pas prématuré pour Son Altesse d'assumer la régence ? Je crois qu'il serait préférable que Votre Majesté continue de superviser les affaires de l'État encore quelque temps. »
L'expression de Berthram se durcit.
« Duc Belvar, entendez-vous surcharger un homme mourant jusqu'à ce que je m'effondre ? Cherchez-vous ma mort ? »
Belvar, sentant le danger, s'inclina encore plus bas.
« J'ai parlé sans réfléchir, Votre Majesté. Veuillez pardonner mon impudence. »
Alors que Belvar se retirait, le reste de l'assistance garda le silence.
Berthram, savourant ce calme, rendit sa décision claire.
« Puisqu'il n'y a pas d'autres objections, je procéderai à la régence. Dans neuf jours, Selvia commencera à m'assister dans la gouvernance de l'Empire. Assurez-vous de vous préparer en conséquence. »
La salle inclina de nouveau la tête à l'unisson.
— « Oui, Votre Majesté ! »
Ayant rapidement obtenu leur accord, Berthram fit un signe de la main, signalant la fin de l'assemblée.
« Maintenant, vous êtes tous congédiés. »
Les ministres et les officiels quittèrent lentement la salle, suivis par les généraux et les chefs d'entreprise.
En tant qu'officier au rang le plus bas présent, Daniel resta sur place, attendant tranquillement son tour pour partir.
Berthram, l'observant depuis le trône, arborait une expression pensive.
« La plupart des gens ici ne s'en rendent probablement pas compte. »
Pour ceux qui ne connaissaient pas les rouages de la politique du palais, Daniel Steiner ne semblait être qu'un subordonné loyal — un pion obéissant agissant sous les ordres de Selvia.
Mais Berthram, ayant observé la série d'incidents, savait mieux que quiconque.
Daniel Steiner n'avait pas suivi les ordres de Selvia.
Il avait suivi sa propre volonté.
« Alors… … . »
Ce n'était pas Selvia qui s'était imposée comme héritière du trône aujourd'hui.
Ce n'était pas non plus l'empereur Berthram.
Du début à la fin, c'était Daniel Steiner qui avait tout orchestré.
« L'homme qui prétendait n'avoir aucun intérêt pour la politique… »
Berthram laissa échapper un rire creux, secouant la tête avec incrédulité. Puis, levant la main, il fit signe au grand chambellan qui se tenait à proximité.
« Votre Majesté, m'avez-vous appelé ? »
« Oui. Vois-tu cet homme là-bas ? Celui avec l'insigne de commandant ? »
« Oui, je le vois clairement. »
« Que penses-tu de lui au premier abord ? »
Le grand chambellan cligna des yeux à plusieurs reprises avant d'incliner légèrement la tête.
« Si vous faites référence à son apparence, il semble un peu mince mais beau. À en juger par les cernes sous ses yeux, il semble être un jeune homme accablé par ses responsabilités. Peut-être quelqu'un qui se soucie de l'avenir de cette nation. »
Berthram manqua d'éclater de rire.
Daniel Steiner ? Se soucier de l'avenir de la nation ? C'était la chose la plus ridicule qu'il eût entendue de toute la journée.
Le grand chambellan se mit à transpirer nerveusement, ne comprenant pas pourquoi Berthram riait si soudainement. Après avoir retrouvé son calme, l'empereur finit par reprendre la parole.
« Tu ne cesses jamais de m'amuser. Quoi qu'il en soit, délivre un message à cet homme. Dis-lui que je souhaite m'entretenir avec lui au stand de tir. »
Bien qu'incertain de la signification du rire de l'empereur, le grand chambellan s'inclina poliment et acquiesça.
***
Peu de temps après.
Daniel, qui s'apprêtait à partir, fut arrêté par le grand chambellan et conduit au stand de tir du palais.
Là, il trouva l'empereur Berthram tenant un fusil de chasse à deux canons.
« … Pourquoi m'a-t-il fait venir ici ? »
La suspicion et la tension couvaient sous la surface.
Gardant sa garde, Daniel s'approcha de l'empereur et salua.
« Votre Majesté. On m'a dit que vous souhaitiez me voir. »
« Oh ? Ah. »
Berthram rendit le salut de manière enjouée avant de poser son doigt sur la détente du fusil.
Son regard restait fixé sur le ciel ouvert au-dessus du champ herbeux.
« Pardonnez-moi de vous avoir convoqué si soudainement. Avez-vous déjà essayé le tir au pigeon d'argile ? »
« Un ami à moi aimait ça à l'époque où nous étions cadets, donc je n'en ai entendu parler que de nom. »
« Alors c'est l'occasion idéale pour apprendre. Regardez attentivement. »
À peine Berthram eut-il fini de parler qu'un sifflement aigu retentit et deux cibles en argile s'envolèrent dans les airs.
Sans hésiter, Berthram leva le fusil et tira deux fois.
Pan ! Pan !
Les deux cibles volèrent en éclats en plein vol.
Satisfait, Berthram abaissa l'arme.
« C'est un sport simple. Étant donné votre adresse au tir, je suis sûr que vous trouverez cela facile. »
« … Votre Majesté ? Dois-je supposer que vous m'avez fait venir ici juste pour profiter d'une séance de tir ? »
« Bien sûr que non. C'est simplement un moyen de renforcer notre camaraderie. »
Berthram ouvrit le fusil, éjectant deux douilles usagées qui tombèrent au sol avec fracas.
Un serviteur s'approcha et lui tendit des cartouches fraîches.
« La raison principale pour laquelle je vous ai fait venir est de vous récompenser. »
« … Une récompense, Votre Majesté ? »
« Oui. Vous vous êtes surpassé pour le bien de ma fille. J'ai toujours voulu que Selvia devienne impératrice, alors je suis profondément reconnaissant de vos efforts. »
Berthram rechargea tranquillement le fusil tout en parlant, glissant les cartouches dans les chambres.
« Donc, je prévois de récompenser non seulement vous, mais aussi ceux qui vous ont aidé. C'est-à-dire, si vous êtes disposé à le faire. Cela vous dérangerait-il de me dire qui ils sont ? »
Arborant un sourire chaleureux, Berthram referma le fusil et le leva à nouveau.
À son signal, le serviteur se retira et les cibles furent lancées une fois de plus.
Alors que les yeux de Berthram suivaient les disques d'argile, Daniel hésita.
« Votre Majesté ? Si vous faites référence à la capture de l'organisation secrète du prince… ce n'était qu'un coup de chance. Je n'ai aucun autre nom à offrir. »
Les disques volèrent dans les airs.
Berthram tira instinctivement deux fois, pulvérisant à nouveau les deux cibles.
Abaissant le fusil, il éjecta les douilles vides.
« Commandant Steiner. »
Alors que les douilles touchaient le sol, Berthram jeta un regard en arrière vers Daniel, haussant les épaules.
« Ce n'est pas une requête — je vous donne un ordre. »
Une brise fraîche balaya le stand de tir.
Après une brève pause, Berthram poursuivit.
« Dites-moi — qui sont les personnes qui vous ont soutenu, et que font-elles ? »
Bien que les lèvres de Berthram portassent toujours un sourire, ses yeux étaient devenus froids et calculateurs.
Remarquant ce changement subtil, l'instinct de Daniel se réveilla immédiatement.
« Ce n'est pas… »
Il ne s'agissait pas de distribuer des récompenses.
C'était quelque chose de tout à fait différent.