Chapitre 98
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 98 : Et pourtant, continuer d’avancer (3)
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Lee Eunyheui m’avait raconté qu’avant d’entrer dans la tour, elle travaillait pour une entreprise de construction.
Elle n’était pas sportive. Il n’était pas difficile d’imaginer à quel point ça avait dû être éprouvant pour quelqu’un comme elle de manier une arme telle qu’un arc.
[Humph. Au début, elle s’en servait plutôt comme d’une massue.]
L’arc murmura, apparemment capable de lire dans mes pensées grâce au mana qui circulait entre nous.
Tu en es drôlement fier, hein, mon vieux.
Je le devinai à la main que je tenais.
La main de Lee Eunyheui était calleuse, et ses jointures portaient chacune des cicatrices qui ne s’effaceraient jamais.
Inutile qu’on me raconte tous les échecs et les efforts qu’il lui avait fallu pour décocher une seule flèche capable de frapper comme une bombe.
Tout ce que je pouvais faire pour Lee Eunyheui, c’était la pousser à avancer.
[Ah, quel gâchis, vraiment.]
[Ne sois pas avide. Elle appartient déjà à quelqu’un, étrangère.]
Je n’étais pas assez idiot pour essayer.
La flèche décochée par Lee Eunyheui se démultiplia en dizaines, puis en centaines de ramifications qui convergèrent toutes vers Ifeseph.
La pluie de flèches qui s’abattait dans le ciel nocturne ressemblait exactement à une pluie de météores. Et, franchement, la comparaison n’avait rien d’exagéré.
Ifeseph abattit les flèches une à une.
Les flèches déviées déclenchèrent des explosions de toutes tailles qui s’enchaînèrent les unes aux autres.
Boum.
Craaaac.
La nuée d’étoiles filantes engloutit Ifeseph et tout le jardin.
Les nuages nocturnes ondulèrent comme si des feux d’artifice venaient d’éclater.
Les fleurs qui avaient jadis si joliment décoré le jardin furent dispersées en tous sens par la tempête de mana.
J’enfonçai mon épée dans le sol et dressai une barrière de mana pour nous protéger des débris qui retombaient.
Je rattrapai Lee Eunyheui par le bras quand ses jambes flanchèrent.
« Euh, euh… »
« Alors, c’était comment ? »
« Comment… comment tu veux que je sache que tirer à l’arc, c’est ça ? Espèce d’idiot ! »
Lee Eunyheui repoussa ma main et se remit debout en vacillant.
Elle chancela aussitôt, et eut toutes les peines du monde à tenir sur ses jambes.
Je ne pus m’empêcher de l’attirer contre moi.
« Hé ! Lâche-moi… »
« C’est ta faute ! »
C’était vrai, j’avais utilisé beaucoup de mana.
En voyant le jardin calciné et le château à moitié effondré, j’éprouvai un soupçon de regret. J’aurais peut-être dû me retenir un peu.
« Ce n’est pas maîtriser sa puissance, ni même s’en approcher. Quel genre de… d’abruti… »
Lee Eunyheui reprit son souffle et se retourna.
La scène était si dévastatrice qu’elle avait du mal à croire qu’elle en était elle-même l’autrice.
« Avec ton mana, c’est hors de portée. »
« C-c’est vrai, mais… »
« Pour toi, ça veut dire quoi, maîtriser sa puissance ? »
« Évidemment… ça veut dire se retenir. »
Lee Eunyheui serra l’arc de toutes ses forces.
Du sang coulait de la plaie béante sur sa main.
« La première fois que j’ai tiré une flèche, j’ai blessé un camarade. »
« Ah. D’accord ? »
« Non, pas d’accord ! Mon pouvoir… c’est ma faute… je n’ai pas su maîtriser ma force. »
« Quelle absurdité. Celui qui s’est blessé, c’est lui qui a merdé. Pourquoi rendre quelqu’un d’autre responsable de ta propre blessure ? Quel taré raisonne comme ça ? »
Lee Eunyheui me fixa comme si elle n’en croyait pas ses oreilles.
Je savais moi aussi que ce n’était qu’un prétexte, une consolation déguisée en raisonnement.
Je comprenais ce que ressentait Lee Eunyheui. Je comprenais aussi ceux qui n’avaient pas pu s’empêcher de lui en vouloir.
Et pourtant.
Lee Eunyheui n’avait pas renoncé.
Elle avait choisi de continuer à avancer.
« Tu avais juste peur. Comment quelqu’un qui a peur de sa propre arme peut-il parler de maîtriser sa puissance ? »
Je désignai le paysage que Lee Eunyheui venait de ravager.
« Regarde. »
« Ouvre bien les yeux. Regarde comme il faut. C’est ça, ton pouvoir. »
Le regard de Lee Eunyheui dériva vers le jardin dévasté.
« J’ai quand même fait la moitié du boulot. »
« Tu gâches toujours les beaux moments en disant des trucs pareils. »
« Ça reste ton pouvoir. »
Je lui avais seulement prêté un peu de mana.
Tout est difficile la première fois.
Dans ce monde, bien des choses ne sont pas si terribles une fois qu’on les accepte vraiment.
« Il n’y a pas de paradis où tu pourrais te réfugier. »
« Pas besoin de me le dire. Je le sais déjà. »
Lee Eunyheui se tourna et banda son arc.
La flèche fila droit au but, en direction de Rizu.
Grrrrrr.
Un corps spirituel, trop grand désormais pour qu’on puisse encore l’appeler un chiot, écarta l’arc de Lee Eunyheui d’un coup de patte avant.
La flèche déviée explosa en plein vol.
« Faible. »
« T-ta gueule ! C’était fait exprès ! »
« Ou alors tu n’as plus de mana ? »
« C’est ta faute, espèce de… »
Lee Eunyheui perdit l’équilibre et tomba à genoux.
Je décrivis un large arc de cercle avec mon épée en direction du chiot spirituel qui fonçait sur nous.
Le coup partit en forme de croissant de lune, traversa le corps spirituel et fila droit vers Rizu.
« Je m’en doutais. »
« Qu… qu’est-ce que c’est que ça ? »
La poussière retomba, révélant Rizu.
Au lieu de sang, un liquide noir suintait de sa plaie béante.
« Tu sais pourquoi on appelle les nobles des nobles ? »
« Parce qu’ils ont beaucoup de mana. »
« Et qu’est-ce que ça veut vraiment dire, avoir beaucoup de mana ? »
« Je n’y ai jamais réfléchi jusque-là. »
« C’est parce qu’ils sont plus proches des dieux. »
On dit bien que plus le sang est pur, plus le lien est étroit, non ?
Les nobles possédaient davantage que quiconque l’étincelle divine, et avaient reçu le droit de se tenir plus près des dieux que les autres.
La peau entre les omoplates de Rizu se fendit, et une masse de bave noire se déversa d’un seul coup.
La bave prit forme et s’étira de part et d’autre.
Des plumes noires tombèrent au-dessus de sa tête.
Meurs, meurs, meurs.
Qui es-tu ?
Viens avec moi, approche.
Les plumes qui touchèrent ma main s’enfoncèrent sous ma peau et se muèrent en voix.
Une femme aux ailes noires sous la pleine lune.
« On dirait un ange déchu. »
« Meurs. »
Des milliers de plumes affûtèrent leurs pointes et fondirent sur moi toutes à la fois.
Chacune portait le ressentiment de tous ceux qui étaient morts à cause de Rizu.
L’aura de mort était si puissante qu’il était difficile de respirer.
Je relâchai la tension dans la main qui tenait mon épée et pris une lente inspiration.
Les choses que j’avais crues terminées, révolues pour de bon, revenaient me tourmenter.
Hé ! Espèce de sale taré !! Comment tu veux que j’esquive ça ?! J’ai failli crever, bon sang !
Pourquoi t’es encore en vie ? T’es pas mort ?
J’ai failli mourir, ça ne veut pas dire que je suis vraiment mort !! Dead ne parle pas !!
Je ne t’ai jamais dit d’esquiver. Ouvre grand les yeux et regarde comme il faut. Regarde cette épée, cette attaque, foncer vers ton cœur et chercher à te trancher les membres.
Lee Eunyheui était pareille. Moi aussi.
Si je pouvais me tenir là, maintenant, c’était parce que quelqu’un m’avait tendu la main.
J’avais Luciel. Lee Eunyheui avait le dieu derrière elle, et son arc.
J’aimerais que ce type ressente la même chose pour moi.
Je ne savais pas si un tel jour viendrait un jour.
Quand j’avais rencontré Lachesis, je n’avais jamais pensé que c’était la fin.
Pas encore.
Mon combat n’était pas terminé.
La main qui tenait mon épée se détendit, avec une force tranquille.
Je voyais clairement, très clairement, tout ce qui se dirigeait vers moi.
Mes pieds restèrent collés au sol, comme s’ils s’y étaient soudés.
Je frappai vite et avec précision, sans me presser.
Un coup en devint deux, deux en devinrent trois, et le nombre continua de croître sans fin.
Épée de la Fleur aux Pétales Tombants. Voilà ce que je viens de te montrer.
Tu veux que je reproduise ça, maintenant ? Impossible ! Autant me demander de mâcher une épée !
Tu veux essayer de mâcher une épée ?
Non, je vais m’y mettre.
Le mana qui s’entrechoquait ne résista pas à la pression et éclata.
Les plumes noires dispersées dans toutes les directions furent tranchées net.
Les plumes déchiquetées se désagrégèrent en une lumière étincelante.
La lumière qui se répandait partout donnait l’impression de se tenir au milieu d’une forêt de lucioles.
Ce rêve ne dura pas longtemps.
Des ombres noires suintèrent autour de Rizu et rampèrent vers le haut.
Leur forme, qui bouillonnait comme de la boue, prit peu à peu une apparence humaine.
Des villageois, les innombrables serviteurs qui avaient travaillé au manoir, les anciens camarades de classe de Rizu qui avaient disparu sans laisser de traces… tant de gens, tous à la fois.
« Tu as fait une erreur. Ce que je sais faire mieux que tout, c’est semer le chaos sur un champ de bataille. »
Au signal de Rizu, les marionnettes chargèrent toutes en même temps.
À chaque coup d’épée, des gens criaient et s’enfonçaient de nouveau dans le sol.
La bave noire m’éclaboussait à chaque fois, et des cris de douleur me vrillaient les oreilles, mais rien de tout cela ne pouvait m’atteindre.
Au fond, n’est-ce pas toujours ça, la guerre ?
Je n’avais pas reçu un titre divin aussi absurde pour rien.
Un enfant d’une dizaine d’années se tenait devant moi, serrant une épée plus grande que lui.
Il ne pouvait pas la brandir. Même la soulever semblait au-dessus de ses forces.
« P-pitié, sauvez-moi. »
Une main qui s’étirait depuis le sol agrippa ma cheville et parla à travers la voix du garçon.
J’abaissai mon épée et passai devant lui.
Dès que je lui tournai le dos, le regard du garçon changea et il leva haut son épée.
Je continuai d’avancer sans lui prêter attention.
« Hé ! Attention… »
Derrière moi, Lee Eunyheui leva son arc.
Mais elle n’eut pas le temps de bander la corde.
Le garçon, transpercé par une immense blessure, bascula vers l’avant.
La lame de l’Épée du Ciel portait encore des traces du garçon.
La lame bleutée se débarrassa des débris accrochés à son tranchant.
« Comment ?! Pourquoi… pourquoi tu ne perds pas la tête ?! »
« Je ne peux rien dire à une folle qui me demande pourquoi je ne perds pas la tête. »
Je souris amèrement.
Rizu n’avait pas tort.
Quelqu’un de normal, comme Lee Eunyheui, aurait dû craquer une bonne douzaine de fois devant un spectacle pareil.
« C’est pour ça que je te l’ai dit. »
« Toi non plus, tu ne me connais pas. »
Je ne m’étais jamais attendu à ce qu’on me comprenne, et je n’en avais pas besoin.
L’Épée du Ciel vibra et s’illumina.
Plus je m’en servais, plus je comprenais que cette épée dépassait de loin ce que je méritais.
Le bleu vira au blanc, puis à l’or.
Le mana restant affûta son tranchant et se rua sur moi comme s’il voulait m’engloutir tout entier.
Je levai haut mon épée.
Le mana noir de Rizu s’entrechoqua avec l’Épée du Ciel.
À travers la faille qui s’élargissait dans le mana, toutes sortes de souvenirs s’infiltrèrent.
Une enfant maudite.
J’en ai des frissons.
Une Muel, vraiment ? Comment une enfant pareille a-t-elle pu naître ?
Tu as tué par amour pour elle ?
Ce n’était qu’un amour à sens unique.
« Taisez-vous, taisez-vous ! C’est trop bruyant ! »
Tout ce que Rizu touchait mourait. Parce que le pouvoir qu’elle portait était…
« La mort. »
Seul Dead pouvait comprendre Rizu, pas les vivants.
Je rassemblai mes forces.
Le mana noir de Rizu et mon mana bleu sombre s’entremêlèrent, engagés dans une lutte de pure force.
L’épée à la main, j’avançai, un pas, puis un autre.
À chaque pas, tout mon corps hurlait.
Pourtant, je ne m’arrêtai pas. Je ne pouvais pas m’arrêter.
« Arrête, ne t’approche pas ! »
« Je voulais juste… être aimée. Je n’ai jamais voulu d’un pouvoir pareil. »
Je levai mon épée et hochai doucement la tête.
C’était la même histoire que m’avait racontée Lee Eunyheui.
Si. Si Rizu n’était pas née avec le pouvoir de la mort, n’aurait-elle pas pu mener une vie ordinaire, quitte à avoir un corps plus faible ? Tout le monde se pose ce genre de questions.
« Personne ne me l’a jamais expliqué. Personne ne m’a dit ce que j’étais censée faire ! Je… qu’est-ce que j’aurais dû faire ? Tu vas me dire que je suis brisée, moi aussi, pas vrai ?! »
« Tu n’es pas brisée. »
« Il n’y a pas de “si”. Toi… »
Les souvenirs de Rizu s’infiltrèrent peu à peu.
Un poignard brandi pour sauver un chiot mourant dans ses bras.
Un pouvoir retourné contre un père qui avait tenté de la tuer tout en prétendant l’aimer.
Elle avait voulu être aimée. Elle avait voulu vivre.
« J’ai juste lutté pour survivre. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? »
Notes de bas de page :
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