Chapitre 96
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 96 : Et pourtant, en avant (1)
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Clac, clac.
Le bruit de talons venait de la direction du bureau.
Rizu apparut, vêtue d’une robe rouge.
La lumière de la lune, qui passait par la fenêtre, nous éclairait tous les deux.
Rizu posa un ongle peint en noir contre sa joue.
« Ça. »
Son regard se posa sur le Duc de Faillia, que j’avais envoyé au sol d’un coup de pied et laissé affalé là.
Je repliai deux doigts l’un après l’autre en parlant.
« Premièrement, je savais déjà que tu étais dans le bureau. »
« Et deuxièmement… Bon sang, quand le duc m’a attrapé la main. »
La main du duc était si froide qu’elle me donna la chair de poule, et aucun sang n’y circulait.
« Tu l’as tué ? »
Le Duc de Faillia était à ce stade une véritable marionnette vivante.
« Père est vivant. »
« Qui a parlé de mourir ? Je t’ai demandé si tu l’avais tué. »
« C’est étrange, non ? Si j’avais tué Père, il devrait être mort. »
« Peut-être qu’il est revenu. »
Rizu baissa la main et éclata de rire, les commissures des lèvres étirées jusqu’aux oreilles.
« Si tu avais fait semblant de ne rien savoir, on aurait pu laisser passer ça discrètement. »
« Plus besoin de s’embêter avec ça. »
J’arrachai mon cache-œil et le jetai par terre.
Mission ou pas, quand on détestait quelque chose, on le détestait.
Rizu fit un pas vers moi.
Un petit chien au pelage brun était blotti dans ses bras.
« Au début, c’était un chiot. Tout petit, tout mignon. »
« Un chiot ? »
« Oui. Il était aveugle d’un œil et boitait un peu. Mais il était mignon. »
« Alors, tu l’as tué. »
Rizu le lâcha, et le chiot atterrit sur ses quatre pattes.
« Il allait mourir bientôt de toute façon, même si je ne le tuais pas. Alors autant que je le tue et le garde avec moi pour toujours, non ? »
« C’est aussi pour ça que tu as tué le village où tu es née et ta famille ? »
« C’était la période la plus heureuse de ma vie. Alors je l’ai tuée. »
Si les Muel étaient traités comme une classe privilégiée, c’était pour une seule raison.
L’étincelle divine.
Le mana comptait, bien sûr, mais ils possédaient aussi des capacités uniques qui leur étaient propres.
Comme Dead, qui pouvait mourir huit fois et revenir quand même.
Des silhouettes de villageois apparurent derrière Rizu.
Des gens ordinaires, comme on en trouvait dans n’importe quel village.
Rizu claqua des doigts, et les villageois se dissipèrent.
Cette fois, un homme que je ne connaissais pas sortit du fond du bureau.
« Kale. Quelqu’un est venu te chercher. »
L’homme appelé Kale tourna la tête et me regarda.
Rizu prit la lettre posée sur la table et la lui tendit.
Kale l’ouvrit et montra à Rizu la feuille blanche à l’intérieur.
« Oh, là là. Pas un seul mot. Quelle cruauté. »
Rizu laissa tomber la feuille par terre et se détourna.
Pourquoi tu as l’air blessé ?
« Tu peux invoquer les gens que tu as tués. C’est ça, ton pouvoir ? »
« Kale n’est pas mort. Pas plus que Père. »
« Le Duc de Faillia m’avait pourtant l’air plutôt mort. »
J’avais beau l’avoir frappé de toutes mes forces, le Duc de Faillia fixait le plafond d’un regard vitreux, comme si son âme avait déjà quitté son corps.
« C’est parce qu’il est minuit. »
« Tu serais Cendrillon, par hasard ? »
« Je suis sérieuse. Père ne peut être Père que pendant douze heures. »
Rizu posa une main sur la joue du Duc de Faillia et lui insuffla du mana.
Il se releva et prit le même état que Kale.
Rizu effleura ses lèvres rouges du bout du doigt et les lécha.
« À un moment, j’ai commencé à avoir soif. Une soif intense qui ne disparaissait jamais, quoi que je fasse. Je croyais que j’allais devenir folle. »
« Alors tu as brisé ton tabou à cause de ça ? »
Si l’on rapprochait le cadavre que j’avais vu dans les cellules du donjon, l’état du Duc de Faillia et le tonique vital qu’elle était censée boire chaque nuit, il y avait de fortes chances que le tabou de Rizu soit le vampirisme.
« Exactement. Quand je bois du sang, la soif disparaît, mais seulement un instant. »
Rizu répondit avec un sourire, et elle avait vraiment l’air heureuse de le faire.
« Tes yeux, je savais qu’ils n’étaient pas vraiment blessés. C’est mieux comme ça. »
« Pourquoi as-tu brisé ton tabou ? »
« Et d’abord, c’est quoi, un tabou ? »
« Pourquoi est-ce interdit ? Pourquoi ? Tu ne trouves pas ça injuste ? »
La main de Rizu remonta lentement le long de mon torse et se referma autour de ma gorge.
Son ongle effleura ma peau.
Du sang rouge coula de la coupure dans ma chair.
Sa langue lécha le sang sur mon cou.
« Je suis heureuse en ce moment. Et je crois que je le serais encore plus si tu restais avec moi. »
Je la repoussai d’une main.
Kale, qui se tenait derrière elle, la rattrapa lorsqu’elle perdit l’équilibre et trébucha.
Elle se lécha les lèvres.
« Délicieux. »
« Le sang, c’est du sang. »
« Un Muel de ton calibre serait de nouveau sur pied en un rien de temps. »
« Tu me demandes de devenir Cendrillon ? »
« Ça ne fait rien. Tu ne te rendrais même pas compte que tu es devenu une poupée. Tu aurais juste l’impression d’avoir rêvé un instant. »
J’avais déjà compris qu’elle avait un sérieux problème, mais là, on passait à un tout autre degré de folie.
« Pourquoi as-tu brisé ton tabou ? »
« Je te l’ai dit. Cette soif me rendait folle. Et puis, au milieu de tout ça, j’ai rencontré cette personne. »
« Tu ne comprendrais pas, même si je te racontais. Bon, il se fait tard. Il est temps de mettre fin à cette conversation. »
Rizu joignit les doigts et sourit.
Je saisis mon épée et me mis en garde.
« Tu ne me connais pas. »
« Tu sais quoi ? »
« Toi non plus, tu ne me connais pas. »
« Ces yeux sincères que tu as… Je ne les déteste pas. Cela dit, tu ne peux pas me tuer. »
Rizu claqua doucement des doigts.
La fenêtre vira au rouge et la légère odeur de sang qui flottait dans l’air s’intensifia.
Le vent s’engouffra dans la pièce sans relâche, comme si un ouragan s’y était déchaîné.
Quelque chose se posa sur ma joue.
Je reculai et brandis mon épée, tranchant ce qui ressemblait à de fins fils.
« Des fils ? »
Un bout de fil effleura le dos de ma main et s’y enfonça.
Sauve-moi.
Une voix frôla mon esprit.
Sans le vouloir, je levai les yeux.
« Hé ! P-pourquoi tu es là-haut ?! »
Lee Eunyheui était prise dans des milliers de fils qui l’enserraient.
Bon sang, je croyais qu’elle s’en était tirée sans encombre.
« Tu pensais vraiment pouvoir échapper à mon regard dans ce manoir ? »
Des dizaines de flammes, petites et grandes, jaillirent autour de Rizu.
En entendant l’échange entre Rizu et moi, Lee Eunyheui reprit ses esprits.
« Argh… Qu’est-ce qui se passe… Hein ? C’est quoi, ça ? »
« Imbécile ! Comment tu as pu te faire prendre comme ça ?! »
Je fis tournoyer mon épée avec agacement, tandis que Lee Eunyheui roulait des yeux, essayant de comprendre la situation.
« On dirait que vous avez une relation particulière, tous les deux. Non ? »
« Qui sait ? »
« Si tu veux, je la laisse en vie. »
Rizu saisit le menton de Lee Eunyheui, le releva et tourna sa tête vers elle.
« Ça va, ne t’inquiète pas pour… »
« Tue-la. »
« Je vais trouver un moyen de m’en sortir toute seule… Attends. Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Je vis le visage de Lee Eunyheui se figer de stupeur, me grattai la tête et soupirai.
« Dans cette histoire, c’est celle qui s’est fait prendre qui a merdé. T’as qu’à la tuer. Et puis, je ne suis même pas si proche d’elle, tu sais. »
« Vous vous êtes vus tous les soirs. »
« Dormir dans le même bâtiment ne veut pas dire qu’on est proches. »
« E-espèce de taré !! M-mais qu’est-ce que tu racontes ?! On n’est pas comme ça !! »
Je posai mon épée et observai un instant de silence pour Lee Eunyheui.
« On n’a pas passé beaucoup de temps ensemble, mais c’était sympa. Repose en paix. »
Rizu baissa les yeux vers Lee Eunyheui avec une expression profondément compatissante.
Lee Eunyheui devint rouge vif, et le bout de ses doigts tressaillit.
Elle sortit une dague de sa fenêtre d’objets et trancha rapidement les fils qui lui liaient le corps.
Elle tournoya dans les airs avec légèreté et fonça droit sur moi.
« Crèèèève ! »
« Oh, doucement. »
Je pivotai et esquivai le coup de pied qui m’arrivait dessus.
Lee Eunyheui atterrit et m’empoigna par le col pour me secouer.
« Quoi ? Dormir dans le même bâtiment ? Je ne t’ai jamais donné ni mon corps ni mon cœur, tu sais !! »
« C’est ce qui arrive quand on se laisse attraper. »
Lee Eunyheui agrippa le bas de mon vêtement et se glissa à moitié derrière moi.
« J-j’ai cru que c’était un fantôme. »
« Pfft. Une femme qui tue des gens elle-même a peur des fantômes ? »
« T-ta gueule !! Elle est morte, c’est pour ça que ça fait peur !! Morte, mais vivante !! »
« Morte, mais vivante, ça s’appelle un zombie. »
« Ah, les zombies, ça va. »
Lee Eunyheui me lâcha comme si de rien n’était et épousseta calmement ses vêtements.
Les morts et les zombies ne lui faisaient rien, mais les fantômes, si. Quelle femme amusante.
« Alors, qu’est-ce que tu voulais dire par morte, mais vivante ? »
« J’ai vu Luria. »
Lee Eunyheui avait suivi l’esprit de Luria invoqué par Rizu et était tombée droit dans un piège.
« Ça peut arriver. »
« Cette femme peut garder les âmes des gens qu’elle a tués. »
Lee Eunyheui frissonna de nouveau et se cacha derrière moi.
Cette femme était vraiment épuisante.
« C’est horrible. »
« Toi, tu me fais bien plus peur. Tu es censée être utile, ici ! »
« T-ta gueule ! T-tu ne devrais pas me traiter comme ça ! Tu le sais, hein ? »
À les voir, on nous aurait pris pour un couple !
Lee Eunyheui recula, soupira et sortit son arc.
Je fixai en silence les fils rassemblés autour de Rizu.
« Ne touche pas à ces fils. »
Au mot « fils », les doigts de Lee Eunyheui tremblèrent tandis qu’elle bandait son arc.
Quand elle s’était libérée avec sa dague, j’avais vu quelques fils s’enfoncer dans son corps.
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? »
« Comment tu veux que je le sache ? »
« Quoi, tu me dis de ne pas y toucher sans même savoir pourquoi ? »
Lee Eunyheui fit la moue et avança les lèvres.
Je fis tournoyer mon épée en un large arc au-dessus de ma tête et exécutai le Croc du Vent.
Un vent violent déchira l’intérieur du bureau.
Les fenêtres volèrent en éclats et les livres tombèrent des étagères sur le sol.
Meurs, meurs, meurs, meurs.
Non, sauve-moi, meurs, non.
Je ne veux pas mourir comme ça !!
D’innombrables voix déferlèrent à travers la peau qui avait touché les fils.
Les voix de tous ceux que Rizu avait tués.
Je reculai, et Lee Eunyheui banda son arc.
BOUM.
Hum, ça ne fait pas un peu trop de dégâts pour un tir en intérieur ?
Une seule flèche provoqua une explosion aussi puissante qu’une grenade lancée à la main.
Je parvins de justesse à sortir du bureau avec Lee Eunyheui, puis nous dévalâmes le couloir.
« Hum, hum ! Hé, toi ! J’ai failli mourir !! Tu l’as fait exprès, pas vrai ? »
« Jamais de la vie ! »
« Apprends à maîtriser ta puissance ! »
Au lieu de simplement transpercer la poitrine de Rizu d’une flèche, elle avait provoqué une explosion. Elle était complètement cinglée.
Lee Eunyheui mâchonnait un bonbon à la menthe et faisait la moue.
« J’y arrive pas. »
« Tu veux dire que tu n’y arrives même pas en essayant ! Maîtrise ta puissance ! »
Lee Eunyheui avait vraiment l’air vexée.
« Si une seule flèche provoque une explosion pareille, en quoi c’est différent d’un canon ?! »
« Un canon, c’est gros et lourd ! Mon arc, lui, n’est pas si lourd ! »
« Pas faux… Non, attends, ce n’est pas ça ! Fais un effort, m’enfiiin ! »
« La ferme ! Arrête de me mettre la pression ! »
Je me retournai et fis tournoyer mon épée en un large arc.
Un rayon lumineux fendit l’air en ligne droite et s’arrêta net au milieu du couloir.
Une épaisse barrière d’âmes se dressait autour de Rizu.
Âmes ou pas, elles n’étaient au bout du compte que des extensions de son propre mana.
Rizu avança, ses longs cheveux flottant derrière elle.
« Cette explosion était beaucoup trop puissante. »
« Ouais, je crois vraiment que c’était une erreur. »
« Mais vous êtes dans quel camp, au juste ?! »
Depuis l’explosion, j’avais renoncé à espérer que Lee Eunyheui se batte comme une archère normale.
À l’intérieur, nous étions désavantagés.
D’autres domestiques que Rizu et le Duc de Faillia se trouvaient dans la résidence principale.
« Q-qu’est-ce qui se passe ? »
« Au feu ! Au feu !! »
« Aaaah ! Mademoiselle ! Vous allez bien ? »
« Allez chercher du monde ! Les gardes ! »
Les domestiques, incapables de comprendre ce qui se passait, s’agitaient en panique.
Une femme de chambre d’un certain rang, vêtue d’une chemise de nuit, s’approcha de Rizu.
« Mademoiselle, sortons d’abord… »
Un éclair.
La tête de la femme de chambre qui s’approchait roula sur le sol, tranchée net.
Kale, que Rizu avait déjà tué une fois.
« Lee Eunyheui, sors tout de suite. »
« On dirait que c’est à moi de m’en occuper. »
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