Chapitre 95
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ I Returned as a God ◈
Chapitre 95 : Le Manoir maudit (4)
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Les deux hommes avaient une épée à la main, mais le combat fut à sens unique dès le début.
L’homme aux cheveux noirs jeta son épée dès que le combat commença.
Alors que le rouquin était encore déstabilisé, il esquiva son attaque, réduisit la distance et le plaqua au sol.
Puis il ramassa l’épée tombée et la lui enfonça dans la poitrine.
Tout cela prit moins de dix secondes.
Hiss fouilla dans sa poche et lança deux pièces d’or dans ma direction.
Je tendis la main et les rattrapai au vol.
Comme Hiss l’avait dit, le rouquin ne se débrouillait pas mal au combat.
Contre n’importe qui d’autre, il aurait peut-être remporté un ou deux rounds sans trop de difficulté.
La raison pour laquelle j’avais choisi l’homme aux cheveux noirs était simple.
Il était animé d’une intention meurtrière.
En temps normal, jeter son épée pour se jeter sur l’adversaire à mains nues aurait été suicidaire.
Seuls deux types de personnes pouvaient se le permettre.
Quelqu’un consumé par la vengeance, ou quelqu’un qui ne cherchait pas à se battre, mais à tuer.
« Oh… »
L’intérêt du Duc de Faillia se porta plus vivement sur le jeune homme aux cheveux noirs.
« On en fait un autre ? »
« Non ! »
Hiss avait l’air vraiment boudeur.
Le Colisée ne ferma ses portes qu’à la tombée du soir.
Sur les vingt participants, quatre avaient survécu.
L’homme que j’avais choisi était l’un d’eux.
« Quatre, ce sera largement assez pour le dîner de ce soir. »
Les rumeurs étaient donc vraies.
Alors que le Duc de Faillia s’apprêtait à se lever, Ifeseph s’approcha et lui murmura quelque chose.
« Faites-le monter. »
« Que se passe-t-il ? »
« Ce jeune homme aux cheveux noirs veut me voir. Avec un tel talent, autant jeter un œil à son visage. »
Peu après, l’homme arriva avec Ifeseph.
Le jeune homme se redressa après s’être incliné poliment.
Son regard se fixa sur Rizu.
Alors, c’est donc elle qui lui en veut.
Je posai discrètement la main sur l’épée à ma taille.
« Dame Rizu, connaîtriez-vous une femme du nom de Serka ? »
« Qui ça ? Je n’ai jamais entendu ce nom. »
Rizu pencha la tête, une main contre la joue.
Son regard revint se poser sur Lee Eunyheui, qui se tenait là.
« On dirait le nom d’une ancienne servante. »
« Ah bon ? J’ai vraiment du mal à retenir les noms. »
Aux mots de Rizu, les yeux du jeune homme vacillèrent et son visage se figea.
« Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous m’aider à retrouver Serka ? »
Rizu le fixa d’un air qui semblait demander : pourquoi le ferais-je ?
« C’est… c’est ma seule sœur. »
Rizu poussa un léger soupir, puis reporta son regard sur Lee Eunyheui.
Lee Eunyheui hésita, visiblement prise au dépourvu.
« D’après ce que je sais, Serka est retournée dans son village natal. »
C’était Ifeseph, l’intendant, qui avait répondu.
Lee Eunyheui avait vu de ses propres yeux ce qui était arrivé à Luria. Impossible qu’elle ne comprenne pas ce que signifiait vraiment « retourner dans son village natal ».
« Serka n’est jamais rentrée chez elle. »
« Elle a dû s’égarer quelque part, alors. Nous ne sommes pas tenus de vérifier si une jeune fille qui a démissionné est arrivée chez elle saine et sauve. Vous avez fini ? »
« … Ce n’est pas terminé. »
« Ce n’est pas seulement Serka ! Ces derniers temps, les gens disparaissent les uns après les autres de la Maison Faillia ! Et c’est à cause de vous, tout ça, tout ça, c’est votre faute !! »
L’homme pointa Rizu du doigt, et l’intention meurtrière qu’il avait contenue jusque-là se déversa enfin.
Une dague cachée dans son manteau fendit l’air en direction de Rizu.
Je dégainai mon épée, et les deux lames s’entrechoquèrent dans un tintement métallique.
L’homme faillit lâcher sa dague, mais il resserra sa prise et la maintint fermement.
Il aurait mieux fait de la lâcher.
Je fis légèrement pivoter ma lame et tranchai la dague ainsi que son bras.
« Pourquoi ! Pourquoi vous faites ça !! Aaaah ! »
Ifeseph et les gardes du Duc de Faillia se précipitèrent pour protéger le duc, tandis que Hiss tirait Rizu en arrière.
Le sang jaillit du bras tranché et assombrit le sol en s’y répandant.
C’était répugnant.
Ce n’était pas son corps mutilé qui me dégoûtait.
C’était toute cette situation.
Rizu, qui souriait tandis que l’homme hurlait.
Et moi, forcé de tuer l’homme qui se tenait devant moi.
La colère de ce jeune homme n’était pas seulement la sienne.
C’était celle de tous ceux qu’on avait piétinés parce qu’ils n’avaient pas de mana et n’appartenaient pas à la classe dirigeante des nobles.
L’Épée du Ciel capta les dernières lueurs du soleil couchant, sa surface rougissant lorsque je la levai.
La lame traversa la poitrine de l’homme et lui ouvrit le corps en deux.
Il s’effondra dans la mare de sang qu’il avait répandu.
Le temps, qui semblait s’être arrêté, se remit en marche.
Le soleil disparut derrière un nuage et l’obscurité envahit les lieux.
Rizu lâcha la main de Hiss, qu’elle tenait serrée.
Hiss posa doucement la main sur mon épaule.
« Beau travail. »
Je rengainai mon épée sans un mot.
« Merci d’avoir sauvé Rizu. »
« Je n’ai fait que ce qu’il fallait. »
« Tout de même, vous n’étiez pas obligé de le tuer. C’est dommage, je commençais à bien l’aimer. »
Le Duc de Faillia passa devant moi et contempla le visage du jeune homme, dont les yeux restaient ouverts dans la mort.
Quel taré, franchement.
Le Duc de Faillia n’était pas le seul.
L’autre garde, tout près, me lançait lui aussi depuis un moment des regards noirs et appuyés.
« Père, Luin vient à peine d’arriver. Il a agi par excès de zèle, pour me protéger. Pourriez-vous lui pardonner ? »
Rizu souleva légèrement l’ourlet de sa robe et baissa la tête.
« Hmph. Je n’avais pas l’intention de le réprimander. »
« Tant mieux. »
« Cela dit, il vous a sauvé la vie. J’aimerais donc le récompenser. Venez dans mon bureau après le dîner. »
Après le dîner, cela voulait dire au beau milieu de la nuit.
Ce n’était pas le moment de chipoter sur les détails.
« Vous êtes allé beaucoup trop loin. »
J’avalai une gorgée de lait pour faire passer le morceau de pain que j’avais pris au dîner.
Lee Eunyheui, qui était venue directement dans ma chambre, fronça les sourcils dès qu’elle aperçut mon visage, comme si elle avait vu quelque chose qu’elle n’aurait vraiment pas dû voir.
« Comment pouvez-vous manger du pain comme si de rien n’était ? »
« Pourquoi vous me faites la morale ? Je devrais plutôt me laisser mourir de faim ? »
« Ce n’est pas ce que je veux dire ! Vous comprenez seulement ce que vous avez fait aujourd’hui ? »
Je posai le verre de lait vide sur le petit bureau.
« Oui. »
« Justement, je vous dis que vous êtes allé trop loin ! Vous n’aviez pas besoin de le tuer comme ça ! »
« Et si je l’avais laissé en vie ? »
« Mieux vaut mourir tôt. »
Le regard de Lee Eunyheui vacilla.
Elle avait l’air de vouloir dire quelque chose, mais les mots ne venaient pas.
J’avalai le dernier morceau de pain et m’approchai d’elle.
« Lui non plus ne voulait sans doute pas mourir comme ça. »
« On ne peut penser ce genre de choses que si l’on a la chance de mourir proprement. Vous le savez aussi, non ? »
« Sans vous et moi, il n’aurait pas pu toucher à l’un ou l’autre. Et ça n’aurait probablement rien changé, même sans les gardes qui les accompagnaient. »
À première vue, Rizu et le Duc de Faillia ressemblaient simplement à des nobles qui aimaient le luxe.
Si je ne l’avais pas tué, on l’aurait capturé et soumis à toutes les tortures imaginables.
Vu l’état de ce donjon, ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient ça.
« Dans ce cas, vivre ne serait même plus vivre. À la fin, il supplierait quelqu’un de le tuer. Mieux valait lui épargner cette souffrance tant qu’il le pouvait encore. »
« Je… je ne comprends toujours pas vraiment. »
Lee Eunyheui poussa un long soupir.
Comme si moi-même j’étais arrivé à cette conclusion en un jour ou deux.
Le silence retomba dans la chambre.
Lee Eunyheui et moi nous tournâmes vers la porte presque au même instant.
Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, puis se glissa dans l’armoire toute proche.
Des pas s’arrêtèrent devant la porte, puis quelqu’un frappa.
C’était Ifeseph, l’intendant.
J’entrouvris la porte et passai la tête dehors.
« Qu’y a-t-il ? »
« Le duc vous demande. »
C’est vrai, il m’avait dit de passer dans son bureau.
Il n’avait pas précisé l’heure après avoir dit « après le dîner », alors impossible de savoir exactement quand il voulait me voir.
« J’arrive tout de suite. »
Ifeseph jeta un regard à mes vêtements froissés et dit qu’il m’attendrait, puis referma la porte.
Lee Eunyheui ouvrit l’armoire et en sortit.
Je lui fis signe d’un geste brusque de sortir après moi.
Elle comprit et hocha la tête.
Je remis mes vêtements en ordre devant le miroir du mieux que je pus, puis quittai la chambre.
Ifeseph me guida à la lampe jusqu’au bureau du Duc de Faillia.
C’était la première fois que j’allais vraiment dans son bureau.
Il se trouvait tout au fond de la résidence principale.
Ifeseph frappa doucement.
« Entrez. »
Ifeseph ouvrit la porte, m’indiqua d’entrer seul et s’effaça.
Le bureau du Duc de Faillia était beaucoup trop vaste pour être un simple espace personnel.
On aurait pu le prendre pour une petite bibliothèque sans que personne y trouve à redire.
Des bougies fixées le long des murs éclairaient vivement la pièce.
« Asseyez-vous, mettez-vous à l’aise. »
Je m’assis sur le canapé placé sur le côté du bureau.
Le Duc de Clensia avait, disait-on, plus de cent ans, mais le Duc de Faillia n’était pas loin derrière.
Pourtant, à le regarder, on l’aurait pris pour un homme ordinaire d’une trentaine d’années.
Igerus m’avait demandé de trouver qui, au sein de la Maison Faillia, avait enfreint leur tabou.
Parmi les membres de la maison du duc, il n’y avait que deux suspects, en dehors d’Ellin, qui se trouvait au château royal.
Alors, lequel d’entre eux avait enfreint le tabou ?
Assis en face de moi, le Duc de Faillia me servit quelques compliments creux.
« Merci encore d’avoir sauvé Rizu. Comme vous pouvez le constater, c’est une jeune fille très délicate. »
Nous n’avions manifestement pas la même définition du mot « délicate ».
« Si vous désirez quelque chose, dites-le, et vous l’aurez. »
« Dans ce cas… connaîtriez-vous quelqu’un du nom de Kale ? »
« On dirait qu’aujourd’hui, tout le monde cherche quelqu’un. »
« J’ai entendu dire qu’il appartenait à la Division de la Garde de l’Ouest, comme moi, et qu’il était votre garde du corps jusqu’à récemment. »
« Ah ! Ce garçon-là ! Je ne savais pas de qui vous parliez. Je me souviens de lui. Dommage qu’il n’ait pas votre vivacité d’esprit, mais c’est un brave garçon. Il est dans le nord, ces temps-ci. »
Sa réponse semblait répétée à l’avance, comme s’il récitait un texte.
Je sortis de mon manteau une lettre scellée et la posai sur la table.
« Cette lettre vient des parents de Kale, qui l’ont envoyée à la Division de la Garde de l’Ouest. Ils ont l’air de s’écrire régulièrement, mais ils ne savent sans doute pas qu’il est devenu garde du corps dans votre maison. Pourriez-vous la lui transmettre ? »
À la vue de la lettre, l’expression du Duc de Faillia changea. Subtilement, mais sans équivoque.
« Hmm, maintenant que vous le dites, Ludie m’a aussi demandé un jour des nouvelles d’un certain Kale. Ce garçon a décidément le don de se faire des amis. Alors, dois-je comprendre que vous me demandez une faveur ? »
« Si vous le souhaitez, je peux même organiser une rencontre entre vous deux. »
« Si vous comptez l’envoyer dans le nord… »
« Ha ha ha ! Pourquoi se donner tant de mal ? Il suffit de le rappeler. »
Kale était vivant ?
Alors que j’essayais de comprendre, le Duc de Faillia s’installa juste à côté de moi, sans perdre un instant.
Comme prévu, je sentis son regard insistant et écœurant peser sur moi.
Quand je détournai ostensiblement les yeux, il m’attrapa le bras, comme s’il venait de prendre une décision.
Après un bon moment à nous chamailler, je rassemblai mon courage et tournai la tête vers lui.
« Le retour de Kale dans la capitale dépend entièrement de vous. J’ai beau les regarder, vos yeux me font toujours autant d’effet. »
La main du Duc de Faillia se rapprocha.
Je la repoussai d’une claque en reprenant mon souffle.
« V-vous êtes complètement folle ! Sérieusement ! »
« Folle ? Je suis un homme. Si vous le souhaitez, je pourrais… »
« Bon sang, taisez-vous ! »
Je donnai un coup de pied au Duc de Faillia et bondis du canapé.
La main posée sur mon épée, je fixai les ténèbres profondes au fond du bureau.
« Pourquoi ne pas vous montrer, maintenant ? »
Notes de bas de page :
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