Chapitre 90
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 90 : Tu appelles ça une réponse ? (3)
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Au vingt et unième siècle, la pauvreté était une notion assez relative.
Quelque part dans le monde, être pauvre signifiait ne même pas avoir de quoi manger une bouillie. Ailleurs, cela voulait dire survivre tant bien que mal dans un studio exigu.
Lee Eunyheui était coréenne.
Si la Corée dont je me souvenais correspondait à celle dont elle se souvenait, il était plutôt difficile d’y souffrir involontairement de la faim. À moins qu’il y ait un sérieux problème.
Quoi qu’elle s’apprêtât à me raconter, cela remontait clairement à une autre époque.
« Tu sais… »
En fait, oui, pas mal.
Il m’était arrivé de rester si longtemps sans manger que j’avais fini par croire que je pourrais mâcher de l’herbe. Et une fois, j’étais resté coincé dans un donjon et j’avais failli mourir de faim.
« Non, moi aussi, j’ai connu ça. Depuis que j’ai été entraînée dans la tour, il m’est arrivé toutes sortes de merdes. Enfin, c’est pas… Ah, et puis merde ! »
Une fois sortie des bidonvilles, Lee Eunyheui donna un coup de pied dans une pierre.
Elle la regarda rouler au loin, puis reprit :
« Je te raconte ça parce que c’est toi. »
« Pourquoi moi ? »
« Tu ne savais même pas ce qui s’était passé dans le hall, pas vrai ? Il s’y est passé un truc énorme, et je me suis dit qu’il devait bien y avoir quelqu’un qui n’en avait jamais entendu parler… »
Un truc énorme, hein. J’étais maintenant vraiment curieux de savoir ce qui s’était passé dans ce hall.
Lee Eunyheui sortit une grande bouteille de boisson de sa fenêtre d’objet.
Elle prenait cette fenêtre pour un frigo bien pratique plutôt que pour un inventaire ?
Elle en but presque la moitié d’une traite.
« J’ai déjà eu faim. »
« C’est si important que ça, d’avoir faim ? Moi aussi, ça m’est arrivé. »
« Fais un effort, je parle d’avant d’arriver dans la tour. »
Avant la tour, c’était quand elle menait encore une vie normale.
Avant même que je puisse poser une question, Lee Eunyheui se lança dans son récit.
« Je viens de la province du Hamgyong du Nord. J’ai fait défection quand j’étais très jeune, alors je ne m’en souviens pas vraiment. Mais il y a une chose dont je suis sûre : à l’époque, j’avais toujours faim. »
« Je retire ce que j’ai dit sur le mendiant qui vivait dans ton ventre. »
« Petit con. »
Présenté comme ça, ça changeait tout.
Ce n’était pas une exagération, mais avant qu’elle le dise, je n’aurais vraiment jamais deviné quoi que ce soit sur ses origines.
Elle en avait parlé si naturellement, et comme elle avait dit être arrivée ici très jeune, ça se tenait, d’une certaine façon.
« Bref, c’est juste moi qui me mêle de ce qui ne me regarde pas. Quand même, qui aurait cru que je me retrouverais dans un monde pareil, à endurer toutes ces horreurs ? »
« Comment tu t’es retrouvée là-dedans ? »
J’avais entendu dire que Yu Jihan s’était réveillé un jour dans la tour, sans plus d’explication.
La question était naturelle et, à vrai dire, j’étais curieux d’en savoir plus sur les autres personnes de la tour.
Quelques données de plus ne pouvaient pas faire de mal, non ?
« Moi ? Je suis tombée d’un chantier. »
« Je travaillais pour une entreprise du bâtiment. Je suis partie en voyage d’affaires en Arabie saoudite, j’ai été inspecter le chantier et j’ai eu un accident. Je suis tombée. Normalement, ça aurait dû me tuer sur le coup ; et si j’avais survécu, je n’aurais pas vraiment été en vie. Alors je me dis que j’ai eu droit à une bonne expérience et j’en profite maintenant. »
Franchement, quelle façon stupidement optimiste de voir les choses.
« Bref, je vais rentrer à la guilde. Je dois aussi aller voir le comte demain. Toi… »
Lee Eunyheui regarda en direction de l’antenne de la Division de la Garde de l’Ouest.
Lorsqu’elle eut disparu, je me dirigeai droit vers le poste de la Garde de l’Ouest où se trouvait Ludie.
À peine entré dans le poste, l’un des gardes assis près de l’entrée me reconnut.
« Qu’est-ce qui vous amène… Ah ! C’est vous, la personne de l’autre fois… »
« Ruin. »
J’avais dit que je n’avais pas de pseudonyme, et Lee Eunyheui m’avait conseillé d’en trouver au moins un.
C’était toujours mieux que de me présenter une nouvelle fois comme Yu Jihan.
De toute façon, ça n’avait pas tellement d’importance.
Curieusement, les gens de la tour semblaient ne jamais se souvenir correctement de mon nom ou de mon visage.
C’était probablement parce que je n’étais pas un challenger ordinaire qui gravissait la tour par les moyens habituels.
Lee Eunyheui devait être dans le même cas.
C’était frustrant, mais il n’y avait rien à faire.
« Ah ! C’est vous qui avez participé à l’expédition dans le donjon, l’autre fois, pas vrai ? Désolé pour ça. »
« Non, ce n’est rien. »
« Que nous vaut votre visite aujourd’hui ? »
« J’ai une affaire à régler. J’avais dit que je passerais, mais… »
Je jetai un coup d’œil dans le poste de garde.
À cet instant, Ludie sortit dans le couloir et me fit signe.
Je me tournai vers lui, et le garde s’écarta en m’indiquant le chemin.
J’entrai dans le bureau de Ludie.
« Pas de femme avec toi, cette fois ? »
« Elle avait quelque chose à faire, alors on s’est séparés. »
Je m’installai confortablement sur le canapé du bureau.
« Bon, je vais aller droit au but. La Maison du duc de Faillia aurait-elle besoin de quelqu’un en ce moment ? »
Il n’était pas rare qu’un garde devienne escorte d’un noble.
Les gardes de la capitale avaient tous de solides états de service et des compétences supérieures à la moyenne.
Certains se faisaient directement repérer pour devenir chevaliers d’escorte auprès de nobles ; d’autres nobles demandaient tout simplement à la garde de leur en envoyer un.
« Tu n’avais pas l’air intéressé par les nobles. »
« Les nobles ne m’intéressent pas particulièrement. »
« Alors, qu’est-ce que tu veux ? »
« Disons que c’est une affaire personnelle. »
« Je ne cherchais pas à fouiner. C’est juste que… »
« Quoi donc ? »
« Le nom de la Maison du duc de Faillia me tracasse un peu. »
Ludie jeta un regard vers la porte.
Quand la personne qui traversait le couloir eut complètement disparu, il baissa la voix.
« Il y a quelques mois, la Maison du duc nous a demandé si nous avions de bons gardes à leur proposer. J’avais justement un jeune homme qui voulait se rapprocher de la noblesse, alors je l’ai envoyé. Ça fait environ un mois que je n’arrive plus à le joindre. »
« Vous avez juste perdu contact, ou il lui est arrivé quelque chose de plus grave ? »
« Ce n’est pas le genre à disparaître sans raison. J’ai demandé à la Maison du duc, et ils m’ont dit qu’il avait été affecté à un territoire dans le nord, mais… »
« Tu as vérifié ? »
« Je n’ai pas assez d’hommes pour envoyer quelqu’un jusqu’au nord à la recherche d’un type qui a quitté la garde. »
C’était raisonnable. Rien à voir avec des gens comme Igerus ou Erel, qui menaient leurs enquêtes jusqu’au bout.
Et puis, une fois devenu escorte, on appartenait officiellement à la maison du duc.
La garde ne pouvait pas vraiment se mêler des affaires internes de la Maison du duc.
« Cela dit, ce n’est pas le genre à se faire tuer facilement. »
Ludie sortit d’un tiroir une lettre au sceau de cire brisé.
Sous le rabat de l’enveloppe figurait l’emblème de la Maison du duc de Faillia.
« Ce qui me met en rogne, c’est qu’ils envoient un type compétent dans le nord, puis qu’ils ont l’audace de réclamer un autre chevalier d’escorte. »
Le duché de Faillia possédait bien un territoire dans le nord. Mais c’était à peu près tout.
La Maison du duc de Faillia était depuis des générations une famille noble influente installée dans la capitale ; ses territoires provinciaux n’étaient guère que des possessions sur le papier.
Envoyer quelqu’un à la campagne revenait à lui signifier qu’on ne comptait pas le présenter aux autres familles nobles.
Ludie avait de bonnes raisons d’être contrarié.
Il tapota la lettre du doigt sur la table.
Une demande restait une demande. Rien ne les obligeait à l’accepter.
De même que la garde ne pouvait pas se mêler des affaires de la Maison du duc, cette dernière ne pouvait pas se permettre de traiter à la légère la garde, protégée par la famille impériale.
Une relation vraiment délicate.
« Si tu veux, je peux t’écrire une lettre de recommandation. Tu as de bonnes compétences, alors pas besoin de les garantir. Mais il y a une condition. »
Quand on ne cherchait pas à devenir noble, mais qu’on voulait quand même se faire engager comme chevalier d’escorte, il n’y avait qu’une seule raison.
« Je ne te demanderai pas ce que tu comptes faire là-bas. En échange, ça ne te dérange pas de t’occuper aussi d’une autre affaire pendant que tu y es ? »
« Bien sûr que non. »
« Le subordonné que j’ai recommandé s’appelait Kale. »
« Compris, je vais me renseigner sur ce Kale. »
« La Maison du duc a demandé un chevalier d’escorte pour sa deuxième fille, Rizu de Faillia Platina. Elle est entrée dans la maison de Faillia très jeune et elle est arrogante au possible. Alors, ça te dirait de te faire une cicatrice quelque part sur le visage ? »
On discutait tranquillement et voilà que ça partait dans cette direction ?
Me faire une cicatrice sur le visage, qui allait très bien ! Et puis quoi encore ?
Ludie toussota et prit une gorgée d’eau.
« Je ne te demande pas vraiment de le faire. »
« Ce vieux, son truc, c’est d’acheter des esclaves de quatrième classe pour les faire s’affronter, pas vrai ? Et il mange avec ceux qui attirent son regard. »
« S’il se contentait de manger avec eux, ce serait rassurant. »
Je le savais !
Attends, quoi ? Je devais y aller comme esclave ?
Et qu’est-ce qui était censé se passer dans la chambre à coucher, au juste ?
Je me félicitai une nouvelle fois d’avoir décliné l’offre d’Erel.
« Je ne vais quand même pas y aller comme esclave, hein ? »
« Être chevalier d’escorte ne signifie pas que personne n’a le droit de te toucher. Qui a dit ça ? »
« Personne, bon sang, personne. »
Même s’ils étaient mieux traités, du point de vue des nobles, les chevaliers d’escorte n’étaient que des possessions coûteuses.
Et, contrairement aux esclaves qui n’avaient plus rien à perdre, les escortes et les servantes d’un noble occupaient une place bien définie dans la hiérarchie.
Les servantes Muel et les chevaliers d’escorte n’avaient pas été choisis pour devenir les enfants adoptifs de nobles, mais ils espéraient tout de même le devenir un jour.
Leur avenir dépendait entièrement de la manière dont le noble qu’ils servaient déciderait de les présenter. Refuser catégoriquement n’était donc pas si facile.
Ce monde était vraiment…
Écœurant.
Une vraie décharge.
Je bus un peu d’eau pour me calmer.
« Mais tous les chevaliers d’escorte ne se font pas toucher, si ? »
« C’est vrai. »
« À moins d’avoir cinq ans de plus, d’être plus grand, d’avoir la peau plus foncée, le regard plus perçant et de peser deux fois plus lourd qu’actuellement. »
« Hé, où est-ce que je devrais me faire une cicatrice pour qu’elle soit la plus efficace ? »
Bon sang, le duc avait l’air parfaitement normal sur sa photo.
Comme quoi, les apparences ne révélaient pas tout sur quelqu’un.
Même avec une recommandation de Ludie, le capitaine de la garde, il n’était pas facile d’entrer au service de la Maison du duc de Faillia comme chevalier d’escorte.
Je ne m’attendais pas à avoir de vrais concurrents.
Quand on me convoqua pour un entretien, je fus franchement déconcerté.
Je pensais qu’on allait simplement nous faire nous battre, mais non, c’était un véritable entretien d’embauche.
Je me demandai si c’était vraiment une façon acceptable de choisir un chevalier d’escorte.
On dit que les grands maîtres reconnaissent les grands maîtres, mais que se passe-t-il si aucun des recruteurs n’est un grand maître ?
Ludie, qui avait dû enquêter sur Kale, m’avait préparé une fausse identité et des antécédents suffisamment solides.
Grâce à ça, l’entretien ne fut pas trop difficile.
À une exception près.
Après avoir discuté avec Ludie de la meilleure façon d’éviter de plaire au duc, nous décidâmes de me faire couvrir un œil.
C’était gênant.
Je n’avais pas suivi un entraînement extrême, alors je n’étais pas habitué à avoir un œil couvert.
« Je suis Ifeseph Albertha, l’intendant et le proche conseiller du duc. »
C’était un homme d’âge mûr, vêtu avec élégance d’une queue-de-pie.
Je m’inclinai légèrement pour le saluer.
« Dommage pour votre œil. »
« C’est arrivé il y a longtemps, ce n’est rien. »
Et n’en faites pas tout un plat !
Ifeseph me fit visiter différentes parties du manoir.
Le vaste manoir était presque entièrement occupé par le personnel.
Pour une maison où ne vivaient que deux personnes, cela semblait excessif.
« Il n’y a que deux personnes dont vous devrez vous occuper dans ce manoir : le duc de Faillia et dame Rizu, sa fille. »
L’aînée, Ellin, résidait au château royal.
« Sans ordre direct du duc de Faillia, vous ne mettrez jamais les pieds à l’étage de son bureau et de son cabinet de travail. Et vous obéirez sans discuter aux ordres de ces deux personnes. Voilà tout ce qu’on attend de vous en tant que chevalier d’escorte. »
Ifeseph s’arrêta et s’approcha de moi.
Le bout de son doigt se dirigea vers le cache-œil qui me couvrait l’œil.
« Vous souhaitez devenir noble, n’est-ce pas ? »
« Alors fermez les yeux sur ce que vous voyez et les oreilles sur ce que vous entendez. C’est ainsi qu’on devient noble. Hmph, de nos jours, les gens sont incapables de faire quelque chose d’aussi simple. Ils manquent de résolution, j’imagine. Tss. »
Mais de quoi est-ce qu’il parlait ?
Je laissai mon agacement transparaître en soupirant. Ifeseph recula et éclata d’un rire sonore.
« Je vais vous conduire à vos quartiers. Reposez-vous pour aujourd’hui. »
Au-delà de la grande fenêtre, le soleil couchant répandait ses lueurs rouges.
Les ombres qui s’étiraient le long des piliers et le reflet du soleil sur le sol étaient presque rouge sang.
Tard dans la nuit, je retrouvai Lee Eunyheui à notre point de rendez-vous.
« Cette salope. »
« Cette femme est la pire salope que le monde ait jamais portée. »
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