Chapitre 88
TRADUCTIONS, ON A ESSAYÉ
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 88 : Tu appelles ça une réponse ? (1)
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Ça m’avait échappé.
Le nom était vraiment sorti de ma bouche sans que j’y réfléchisse.
Dire « Kang Hangyeol » me semblait un peu bizarre, à vrai dire.
Lee Eunyheui était une humaine venue de l’extérieur de la tour.
L’imaginer errer là-bas à la recherche du vrai Kang Hangyeol me laissait un malaise que je n’arrivais pas à dissiper.
Si je me contentais de dire Yu Jihan…
Au fond de moi, j’espérais aussi que ça pourrait servir au gamin, plus tard.
Quelle que soit la situation à l’extérieur de la tour, la quantité impressionnante de points de mérite que Yu Jihan rapportait de l’intérieur n’avait rien de négligeable.
Tant que je ne pourrais pas m’assurer un autre fidèle, il fallait que le gamin prospère pour que je devienne plus fort.
Que je sois en train d’élever un tigreau ou non, je n’avais pas les moyens de m’en préoccuper pour l’instant.
Lee Eunyheui hocha la tête sans se formaliser.
« Je n’ai jamais entendu ce nom. Bref, enchantée. »
Elle vida son reste de bière brune et se leva.
Elle me fit signe de la suivre d’un mouvement du menton.
Eh, je n’avais même pas encore goûté à ma bière.
J’avalai à la hâte la moitié de mon verre, puis suivis Lee Eunyheui au deuxième étage.
« Au fait, tu es affilié à qui ? »
« Affilié ? »
« Laisse tomber. Rien. »
Lee Eunyheui se tut et s’arrêta devant une porte, plus loin dans le couloir.
Un mercenaire qui montait la garde s’inclina et nous ouvrit.
« Le représentant de la guilde s’appelait… »
« Terkaesion Igerus. »
« Ah oui, c’est ça. »
Jusqu’ici, celui qui nous avait convoqués s’était défilé à coups d’excuses, évitant toute rencontre en personne. C’était la première fois.
Lee Eunyheui et moi entrâmes dans le bureau du maître de guilde.
Comparé à celui d’Erel, la vice-maîtresse de guilde, celui-ci était bien plus vaste, plus spacieux, et son bureau était beaucoup plus imposant.
L’homme assis derrière le bureau se leva.
Il avait de longs cheveux argentés noués en chignon et un visage qui évoquait moins un représentant de guilde de la capitale qu’un invité de banquet dans une maison noble.
Bien sûr, cette apparence délicate ne laissait en rien deviner qu’il était, à l’évidence, un poids lourd.
Erel, qui nous avait devancés, nous salua depuis le canapé.
« Entrez. »
« Asseyons-nous pour discuter. »
À l’invitation d’Igerus, Lee Eunyheui et moi prîmes place sur le canapé.
« J’ai cru comprendre que vous séjourniez dans la capitale depuis un bon moment. Vous vous êtes installée ? »
« Oui. Même si je n’avais pas prévu de rester aussi longtemps. »
Lee Eunyheui posa sa tasse de thé noir avec un soin exagéré.
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle lui réponde aussi franchement, peu importe à quel point elle était agacée.
Elle n’avait pas froid aux yeux.
Igerus eut un petit rire et s’excusa.
« Je vous prie de m’excuser. Comme vous le voyez, j’ai été débordé. Ces derniers temps, j’ai beau essayer, je n’arrive tout simplement pas à trouver un moment. »
« Oh, ça, j’imagine bien. »
« Hé, voyons. »
« Quoi ? C’est vrai, non ? Vous convoquez quelqu’un, puis vous le faites poireauter pendant des lustres. C’est normal de s’énerver, non ? Et maintenant, vous me dites que vous étiez occupé ? Comme si vous étiez le seul à l’être ! Moi aussi, je suis occupée ! »
Lee Eunyheui serra le poing, visiblement irritée.
Une chose était désormais claire.
Cette femme n’avait pas vraiment un caractère doux, elle non plus.
Erel s’empressa de la calmer.
« Calme-toi. Cette fois, c’est vraiment vrai. »
« Évidemment. Tu crois qu’il va prétendre le contraire alors que la personne concernée est juste là ? »
Lee Eunyheui décroisa les jambes, vida son thé brûlant d’un trait et reposa la tasse.
Erel nous avait effectivement fait attendre en nous servant une excuse après l’autre.
Débordé, hein ?
Ça, je n’arrivais pas à l’avaler.
Certes, un maître de guilde n’avait pas beaucoup de temps libre, mais ça ne voulait pas dire qu’il lui était impossible de recevoir quelqu’un.
Park Siyu en était la preuve.
Lui aussi était incroyablement occupé. Mais quand il voulait voir quelqu’un, il trouvait un moyen.
Être occupé et être injoignable, c’était deux choses complètement différentes.
Si la personne qu’on devait rencontrer comptait suffisamment, il était évident qu’on mette de côté les tâches secondaires pour la voir en face.
Si nous n’avions pas pu rencontrer Igerus jusqu’ici, c’était tout simple : nous ne valions pas la peine qu’il se donne ce mal.
Ça pouvait sembler arrogant, mais il était assez évident qu’il avait évalué nos compétences par l’intermédiaire d’Erel tout ce temps.
Quelle que soit la véritable raison de tout ça…
Au minimum, cela signifiait qu’ils avaient une raison de procéder ainsi.
Igerus posa une photographie sur la table.
Au premier coup d’œil, on aurait dit une photo de famille ordinaire, prise dans le jardin d’un immense domaine, devant une table chargée de plats raffinés.
Plus précisément, c’était la photo de famille d’une maison noble.
« La Maison du duc de Faillia. »
« Le duc de Faillia… C’est la famille de la mère de l’empereur, non ? L’une des trois grandes maisons ducales de l’empire, la seule qui descende encore des familles méritantes de la fondation. »
Attends, comment elle sait tout ça ?
J’avais déjà entendu parler des trois grandes maisons ducales, mais j’ignorais tout de cette histoire de famille de la mère de l’empereur et de lignée fondatrice.
« L’aînée du duc de Faillia occupe actuellement le poste d’impératrice. Savez-vous comment la noblesse se perpétue dans ce monde ? »
« Se perpétue ? »
« Comment une maison noble parvient à le rester de génération en génération. »
Lee Eunyheui admit qu’elle l’ignorait, puis se tut.
Si elle était comme Yu Jihan, je comprenais qu’elle ait du mal à saisir certaines des coutumes les plus étranges de ce monde.
« Par l’adoption, j’imagine. »
La noblesse désignait l’élite des Muel, qui pouvaient posséder toutes sortes de capacités.
Un enfant né d’un Muel n’était pas forcément un Muel lui-même.
Tant qu’une personne pouvait perpétuer le nom de la famille, les liens du sang ne comptaient pas beaucoup.
À voir la photo, franchement, aucun de ceux qui y figuraient ne semblait avoir le moindre lien de parenté avec les autres.
« Les liens du sang importent peu aux nobles. Vous avez sans doute entendu les rumeurs qui circulent ces derniers temps, sur les nobles qui transgressent leurs tabous. »
L’assurance de Lee Eunyheui, tout à l’heure, quand la Maison du duc de Faillia avait été évoquée, s’évanouit rapidement.
Elle n’avait manifestement pas beaucoup d’informations sur les tabous ni sur ce territoire.
Dans ce monde, un noble — surtout s’il occupait le rang le plus élevé parmi les Muel — qui enfreignait un tabou devait s’attendre à un jugement sévère.
Je commençais à deviner ce qu’Igerus allait nous demander.
Si quelqu’un issu de l’une des trois grandes maisons ducales — et de surcroît d’une famille méritante fondatrice — avait transgressé un tabou, les conséquences seraient considérables.
Mais que je le pense et qu’Igerus fonde sa demande sur la même hypothèse me semblait prématuré.
« Les domestiques du domaine du duc de Faillia disparaissent les uns après les autres depuis quelque temps. »
« Ils disparaissent ? »
« D’après eux, les domestiques ont été envoyés travailler dans d’autres territoires. Mais, après vérification, aucun des territoires où ils prétendaient les avoir envoyés n’a pu fournir la moindre trace de ces domestiques disparus. »
« C’est suspect, c’est sûr, mais ça ne suffit pas pour agir directement contre eux ? »
« Tu es idiote ou quoi ? La maison du duc de Faillia emploie plus de mille personnes. »
« Quoi ? Qui traite qui d’idiote, espèce de tête brûlée ? »
« T-tête brûlée ? Et puis, peu importe que je sois idiote, ce n’est pas le sujet ! Bref. On parle de la maison du duc de Faillia. Des dizaines de nouveaux domestiques y entrent et en sortent chaque mois. Tu sais ce que ça veut dire ? »
« Aucune idée. »
Erel soupira devant l’attitude effrontée de Lee Eunyheui.
Elle ne semblait pas vraiment ne pas comprendre. C’était plutôt du pur sarcasme.
Elle a l’air d’avoir pas mal de frustration à évacuer.
En même temps, entre les escortes de caravanes et les tâches qu’on lui avait confiées à répétition sous prétexte de la « tester », on ne pouvait pas nier qu’elle avait été mise à rude épreuve.
Sans tenir compte de Lee Eunyheui, Erel poursuivit.
« Ça veut dire que la disparition d’un ou deux domestiques sans laisser de traces n’a rien d’assez inhabituel pour attirer l’attention. »
Ils pouvaient prétendre que les domestiques s’étaient enfuis, ou enchaîner les excuses en expliquant qu’il était impossible de suivre chacun des employés.
Rien de tout cela ne prouvait qu’un membre de la maison du duc de Faillia était réellement impliqué.
« Le problème, c’est que tous les domestiques disparus ont un point commun : ce sont des Muel. »
Igerus croisa les bras et tapota doucement ses doigts.
Être un Muel ne garantissait absolument pas qu’on soit traité de la même façon que les autres.
Le traitement variait énormément selon les capacités de chacun et la maison qui l’avait adopté.
Les Muel qui ne devenaient pas nobles finissaient généralement au service des nobles, où ils représentaient des atouts particuliers.
Ils occupaient des postes comme chevaliers gardes du corps, dames de compagnie ou majordomes, autrement dit, des fonctions à responsabilités.
Ils avaient un statut supérieur à celui d’un domestique ordinaire et, avec un peu de chance, pouvaient attirer l’attention d’un autre noble et se faire adopter.
« D’accord, ça, c’est vraiment suspect. »
« Comme vous l’avez sans doute deviné, la demande est simple. Infiltrez la maison du duc de Faillia, enquêtez sur ces disparitions et vérifiez si le duc a réellement transgressé un tabou. Comme vous le savez, cette affaire… »
« Je ne dirai rien. De toute façon, je n’ai personne à qui en parler. »
Lee Eunyheui lui assura qu’il n’avait pas à s’inquiéter.
La simple rumeur selon laquelle la maison du duc de Faillia était soupçonnée d’avoir transgressé un tabou pourrait semer le chaos.
« Je mettrai en place un moyen de nous faire votre rapport séparément. Pour ce qui est de l’infiltration, avez-vous déjà une idée de la manière de procéder ? »
Attends.
J’avais bien entendu ?
Il y avait quelque chose qui clochait dans cette question, non ?
C’est vous qui nous demandez d’infiltrer les lieux, et vous demandez aux infiltrés s’ils ont un plan pour le faire ?
« Vous vous moquez de nous, là ? »
« Pourquoi ferais-je ça ? »
« C’est à vous de nous fournir un moyen d’infiltrer les lieux. »
« Alors, je devrais me rendre chez le duc et lui demander : “J’aimerais placer un espion de la guilde chez vous. Auriez-vous l’amabilité de l’engager ?” »
« Vous n’appelez pas vraiment ça une plaisanterie, j’espère ? »
Avec toutes les informations qu’ils avaient déjà rassemblées, il était impossible qu’ils n’aient aucun contact au sein de la maison du duc de Faillia.
Erel secoua la tête.
« Cette mission est traitée comme une affaire strictement confidentielle, même au sein de la guilde. »
« Pour tromper l’ennemi, il faut d’abord tromper les siens, n’est-ce pas ? Je suis désolée, mais nous ne pouvons pas nous servir des informateurs de la guilde pour cette mission. »
« En gros, vous nous confiez le boulot et vous vous en lavez complètement les mains ? »
Igerus et Erel toussotèrent et détournèrent le regard.
Ils se fichent de moi ?
Lee Eunyheui se tut, apparemment en train d’y réfléchir pour de bon.
Ça vaut vraiment la peine d’y réfléchir aussi sérieusement ?
« Donc, que la guilde m’aide ou non, il me suffit de trouver un moyen de me faire embaucher comme domestique au domaine du duc de Faillia ? »
« Si c’est tout ce qu’il faut, ça ne devrait pas être bien compliqué. »
Attends, quoi ? On dirait une trahison.
Si elle accepte, qu’est-ce que je vais avoir l’air malin, moi, à m’être emporté ?
Lee Eunyheui versa le reste de son thé noir dans sa tasse et en but une gorgée.
« La dernière mission que j’ai accomplie venait du comte Rirent. Il m’a dit qu’il m’aiderait si j’avais un jour besoin d’un service. Ça devrait être faisable. »
« Euh, en fait, moi… »
« On est camarades, non, après tout ce qu’on a vécu ? »
Je lui donnai un coup de coude pour essayer de la raisonner, mais Lee Eunyheui m’ignora complètement.
« Camarades, mon œil. On se connaît depuis moins de trois heures. Et je ne plaisante pas, je ne peux vraiment pas vous aider pour ça. »
« Le comte Rirent a une aversion profonde pour les hommes. Sur son formulaire de demande, il avait même précisé qu’il lui fallait absolument une mercenaire. »
Lee Eunyheui, qui avait fini son thé, me détailla de la tête aux pieds.
Son regard m’indiqua qu’une mauvaise idée lui trottait dans la tête.
« Tu es plutôt joli, tu sais. »
« … Quoi ? »
« Ça te dirait de te travestir ? »
Je m’attendais à ce qu’elle sorte une absurdité, mais là, elle venait de passer à un tout autre niveau.
Quoi ?
Me travestir comment ?
Ne plaisante même pas avec ça !
« Autant me tuer. »
« Comme tu veux. »
Lee Eunyheui détourna la tête, parfaitement digne et imperturbable.
Je me grattai la tête et poussai un soupir.
Je me tournai vers mes deux interlocuteurs, qui regardaient la scène comme si elle ne les concernait pas.
« Je comprends que ça n’ait rien à voir avec la guilde, mais vous avez forcément prévu une solution de secours. »
« Il y a bien quelque chose. Mais je ne vous le recommande pas. »
« Quoi ? »
Quoi que ce soit, ça devait être mieux que de me travestir.
Erel jeta un coup d’œil à Igerus, puis prit la parole avec précaution.
« Le duc de Faillia a pour passe-temps d’acheter des esclaves hommes et de les faire s’affronter. »
« C’est donc pour ça qu’il achète autant de citoyens de quatrième classe. »
La caravane noble que j’avais escortée au cinquième étage appartenait à la maison de Faillia.
À l’époque, j’ignorais qu’ils faisaient partie des trois grandes maisons ducales de l’empire, mais je me souvenais de ce détail.
« Il lui arrive de partager un repas avec le citoyen de quatrième classe qui a retenu son attention après ces combats. »
Je plissai les yeux et Erel se mit à transpirer à grosses gouttes.
« Il, il existe effectivement un moyen de dissimuler ton mana et de te faire apposer une marque d’esclave… »
« Autant me demander de mâcher une épée ! »
Ce serait vraiment plus facile !
Le travestissement ou l’esclavage, à vous de choisir !
Non mais, je vous jure !
Il n’y a donc pas une seule option normale ?
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