Chapitre 85
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 85 : Le Temple (2)
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Il n’y avait rien entre le bras tranché et le corps de Jung Hyeonseong.
Pas exactement du vide, mais la section à vif était devenue d’un noir absolu.
On aurait moins dit qu’on avait tranché un homme que coupé le bras d’une poupée.
Au lieu de sang, une substance semblable à du mucus noir suintait de son épaule.
Jung Hyeonseong regardait simplement son bras tombé au sol, sans même pousser un cri ou gémir.
Quelque chose clochait, c’était certain.
Jihan avait-il brandi son épée en s’attendant précisément à ça ?
« Attends, tu le savais ? »
« Aucune idée. »
La réponse de Jihan tomba à plat, loin de ce qu’Eunyoung avait imaginé.
Avant d’entrer dans le temple divin, Jung Hyeonseong avait été blessé.
À moins d’être un Chasseur qui se baladait avec un élixir comme Yu Jihan, il n’avait aucune chance d’avoir guéri aussi vite.
Jihan l’avait simplement tranché parce que quelque chose lui paraissait suspect.
« Toi ! Et si ça avait vraiment été Hyeonseong ? »
« Perdre un bras ne le tuera pas. »
« C’est vrai, mais… C’est bien Hyeonseong, non ? Pas un imposteur ou je ne sais quoi ? »
Jihan désigna du doigt Jung Hyeonseong, toujours immobile.
Difficile, déjà, de considérer comme humain ce qui se tenait là.
Mais le fait de ne pas être humain ne signifiait pas que ce n’était pas « Jung Hyeonseong ».
« C’est bien Jung Hyeonseong. »
« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
« Hé, toi. Tu as dit que c’était quel genre d’endroit, déjà ? »
« Arrête de m’appeler “hé, toi”. Je m’appelle Song Eunyoung. »
Eunyoung soupira.
Où se trouvaient-ils ?
Jihan n’avait-il pas dit lui-même, quelques instants plus tôt, que c’était un « temple divin » ?
Reposer la question, c’était pratiquement répondre à une question stupide par une autre question stupide.
« Tu as dit que c’était un temple divin. »
« Et à qui appartient un temple divin ? »
« À qui d’autre qu’à un dieu, évidemment ? »
« Un dieu a une substance, mais pas de forme. C’est pour ça qu’il ne peut pas intervenir directement dans le monde des mortels. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe aucun moyen d’y parvenir. »
La pointe du fourreau désigna Jung Hyeonseong.
« Un demi-dieu. Tu peux appeler ça une possession, si tu veux, mais, à proprement parler, c’est un peu différent. »
Un dieu pouvait intervenir dans le monde des mortels principalement de deux façons : par la possession et par la Descente.
La possession consistait à emprunter le corps d’un hôte pour y transmettre sa conscience et sa voix.
La Descente permettait de prêter une partie de la puissance du dieu à une cible, mais ne pouvait pas atteindre le même degré d’intervention consciente que la possession.
Enfin, le demi-dieu était un moyen de faire venir à la fois la puissance du dieu et sa conscience.
Bien sûr, cette possibilité n’était pas à la portée de tout le monde.
Il fallait que certaines conditions et circonstances soient réunies.
Il n’en avait rien dit à Eunyoung, mais, au moment où Jihan était entré dans le temple divin, il avait déjà un temps de retard.
L’entité aux yeux multiples avait déjà emmené Jung Hyeonseong, laissant Eunyoung seule.
Dire qu’il s’agissait d’un choix entre Jung Hyeonseong et Song Eunyoung ne serait pas tout à fait exact non plus.
« Un demi-dieu ? Hyeonseong ? »
« Tu as dit toi-même que le Jung Hyeonseong d’origine n’avait aucun dieu à servir. S’il n’a pas de dieu, il est plus que qualifié pour servir de réceptacle. Après, un réceptacle reste un réceptacle : mais il y a une différence entre un gobelet en papier et une tasse. »
À en juger par ce que Jihan pouvait voir, Jung Hyeonseong tenait plutôt du gobelet en papier.
À peine eut-il fini de parler qu’un fouet noir jaillit et le frappa.
Jihan fut projeté contre le mur.
L’attaque était venue exactement de l’endroit où se tenait Jung Hyeonseong.
Le bras tranché de Jung Hyeonseong s’enfonça dans le sol.
Un long fouet noir jaillit de la section à vif de ce bras : c’était lui qui avait frappé Jihan.
Eunyoung fixa Hyeonseong.
Jihan avait raison.
Cette chose était Jung Hyeonseong et, en même temps, n’avait rien à voir avec Jung Hyeonseong.
« Qui… qui diable es-tu ? »
« Je suis Jung Hyeonseong. »
« C’est vraiment toi, Hyeonseong ? »
« Hé, toi. Ne dis pas de choses inutiles. »
Jihan cracha le sang qui s’accumulait dans sa bouche.
Les fouets s’enroulèrent autour de son corps et le plaquèrent contre le mur.
À en juger par son froncement de sourcils, il n’avait pas l’air gravement blessé.
Hyeonseong tendit vers Eunyoung la main qui lui restait.
« Eunyoung, tu l’as dit, non ? Qu’un jour, si j’attendais, un dieu finirait peut-être par me reconnaître. »
« Euh, oui. Je l’ai dit. »
Eunyoung répondit, un peu mal à l’aise.
Ce n’était assurément pas ainsi qu’elle avait imaginé les choses, demi-dieu ou peu importe ce que c’était.
« Ce n’est pas ça. Pas du tout ! Attendre ne sert à rien. Le problème, ce n’est même pas un dieu ! Nous… partons ensemble. Toi, Eunyoung, tu comprendras forcément. »
« Tu me demandes de servir le dieu auquel tu t’es rallié ? »
Elle avait posé la question, mais Eunyoung n’arrivait toujours pas à assimiler le fait que Hyeonseong ait obtenu un dieu.
Même après avoir entendu son explication sur les demi-dieux, elle n’avait jamais rien vécu de semblable et ne pouvait pas comprendre ce que cela faisait, en réalité.
« On peut dire ça. »
« Non merci. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il est trop tard. »
Son refus n’avait rien de grandiose.
Si Eunyoung avait entendu une telle proposition avant de rencontrer Kang Hangyeol, avant de rencontrer le dieu Soter, il y avait de bonnes chances qu’elle eût accepté cette main tendue.
Elle ne pouvait pas nier qu’elle avait tant désiré que quelqu’un, n’importe qui, vienne vers elle.
Mais maintenant ?
Kang Hangyeol, qui l’avait faite adepte du dieu Soter avant de l’abandonner pour ainsi dire dans un donjon pendant plus d’un mois, et Choi Suhyun, qui n’était même pas un adepte de Soter mais se mêlait tout de même de ses affaires comme une sorte de tuteur, étaient tous les deux absurdes à leur façon. Ça ne faisait aucun doute.
Et pourtant…
Eunyoung voulait faire confiance à ces deux hommes imprudents.
Si Choi Suhyun ne l’avait pas attrapée par le col pour l’arrêter, elle aurait pu être grièvement blessée, voire mourir, en combattant des monstres.
Même si elle avait survécu à tout ça par un coup de chance, elle aurait sûrement continué à semer le trouble ailleurs, incapable de renoncer à son obsession d’être Chasseuse.
Ce n’était pas une méthode qui lui plaisait, pas le moins du monde, mais grâce à ce qu’avait fait Choi Suhyun, elle avait pu tenir bon par la suite.
Et parce que Hangyeol lui avait tendu la main, elle avait pu prendre un nouveau départ.
En entendant la réponse d’Eunyoung, le visage de Hyeonseong blêmit.
« Pourquoi… pourquoi une personne comme toi existe-t-elle ? C’est impossible ! Si seulement j’avais su que tu existais un peu plus tôt ! »
La voix sortait de la gorge de Jung Hyeonseong, mais sa façon de parler n’était pas la sienne.
N’importe qui aurait compris qu’il s’agissait d’une personnalité complètement différente, logée à l’intérieur de Jung Hyeonseong.
« J’ai déjà un dieu. »
Jung Hyeonseong inclina la tête selon un angle étrange et fixa Eunyoung.
Cette posture si peu naturelle lui glaça le sang.
La présence d’un dieu inconnu habitait Eunyoung.
« Tu parles de ce petit dieu ? »
Le ton avait encore changé.
« Rompre un lien aussi superficiel ne serait pas bien difficile. »
Eunyoung se mit à suer froid.
Quelques échanges lui avaient suffi pour comprendre. Cette chose portait l’enveloppe de Jung Hyeonseong, mais, en dessous, c’était un être tout à fait différent.
Hyeonseong tendit la main. Une ombre gigantesque apparut et se rua sur Eunyoung.
Il lui suffisait d’obtenir le corps d’Eunyoung. Ce qu’il adviendrait de sa conscience ne l’intéressait pas du tout.
Jihan était immobilisé.
Comprenant qu’elle devait se débrouiller seule, Eunyoung serra le poing.
À cet instant, quelque chose vola vers elle.
Elle attrapa l’objet par réflexe, juste avant que l’ombre ne l’atteigne.
Qu’est-ce que c’est ?
L’ombre gigantesque enveloppa complètement le corps d’Eunyoung.
Jung Hyeonseong, qui la tenait désormais captive, releva lentement la tête.
Jihan se tenait devant lui, ayant déjà tranché ce qui entravait son propre corps.
Une présence inhabituelle flottait autour de lui.
Jung Hyeonseong — non, le dieu Beritaas qui occupait son corps — fronça les sourcils.
« Je croyais que tu n’étais qu’un importun dans mes pattes. Je me suis trompé, on dirait. »
« Je sens sur toi la même présence que chez cette femme. C’est étrange. Comment un dieu si insignifiant a-t-il pu créer un monstre comme toi ? »
« Va demander à un passant au hasard lequel de nous deux a le plus l’air d’un monstre. »
La forme de Jung Hyeonseong avait commencé à se déformer au point qu’on ne pouvait plus vraiment parler d’un corps humain.
Le réceptacle de Jung Hyeonseong ne suffisait pas à contenir le dieu Beritaas.
Son bras noirci fondait lentement.
[Toi. Tu comptes intervenir ?]
Une voix trop hideuse pour être humaine résonna dans la tête de Jihan.
Au lieu de répondre, Jihan haussa légèrement les épaules.
La masse d’ombre qui retenait Eunyoung ondula.
« Quoi… quoi… ! »
Une explosion beaucoup trop puissante pour être contenue jaillit de l’intérieur, et la masse éclata dans toutes les directions.
Des flammes qui refusaient de s’éteindre se répandirent à travers les fissures.
« Aaaah ! Qu’est-ce que c’est ?! »
Le feu qui brûlait à ses pieds s’éteignit, et Eunyoung réapparut.
Tout son corps était recouvert d’une épaisse substance noire, comme si elle avait été trempée dans l’encre.
Juste avant que l’attaque de Jung Hyeonseong ne la touche, Jihan avait lancé l’Anneau d’Ishtar à Eunyoung.
Eunyoung avait déjà vu cette bague.
Celle que Hangyeol avait empruntée à Choi Suhyun.
L’Anneau d’Ishtar, l’objet emblématique de Choi Suhyun.
Les flammes de l’anneau firent fondre le liquide noir qui collait au corps d’Eunyoung.
« Toi… Hum. Où as-tu trouvé ça ? »
« Un minable déchet l’avait laissée traîner, alors je la lui ai rendue. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Cette bague appartient à cet abruti… »
Eunyoung comprit alors pourquoi Jihan l’avait laissée partir.
Jihan avait ses raisons de l’épargner, mais ce n’était pas tout.
Choi Suhyun tenait à l’Anneau d’Ishtar comme à la prunelle de ses yeux.
Même s’il le traitait plutôt lamentablement, pour un objet si précieux.
Que Jihan l’ait gardé ou jeté, Choi Suhyun lui avait bel et bien confié l’anneau.
Si Eunyoung mourait, Choi Suhyun aurait là un prétexte tout trouvé pour s’en prendre à Yu Jihan.
Le voleur qui lui avait dérobé son anneau.
Si Yu Jihan tuait Song Eunyoung, Choi Suhyun se servirait sans aucun doute de l’anneau comme prétexte pour lui tomber dessus.
Même si Song Eunyoung ne mourait pas de la main de Yu Jihan dans le temple divin, Choi Suhyun ne le croirait jamais.
N’ayant aucune raison de se battre avec Choi Suhyun à cause de la mort de Song Eunyoung, Yu Jihan n’avait pas eu d’autre choix que de la sauver.
Au bout du compte, tout s’était déroulé exactement comme Choi Suhyun l’avait prévu.
Avoir calculé tout ça en une fraction de seconde et quand même lui lancer l’anneau, c’était tout à fait du Choi Suhyun.
Eunyoung serra le poing qui portait l’anneau.
C’était l’anneau de Choi Suhyun.
Même si Choi Suhyun l’avait jeté à Jihan, ça ne voulait pas dire que Jihan pouvait le garder.
Eunyoung se dit qu’elle ne faisait que rendre à quelqu’un ce qui lui appartenait de droit.
Au fait, c’était quoi, cet anneau ?
Même Eunyoung, qui n’avait jamais utilisé d’objet spécial, comprit à l’instant où elle y insuffla du mana qu’il n’avait rien d’ordinaire.
Pour être honnête, une partie d’elle rechignait à le rendre, tandis qu’une autre avait envie d’attraper Choi Suhyun par le col pour avoir laissé traîner sans précaution un objet aussi dingue.
« Hé hé, hahaha ! Tu crois que ça change quelque chose ? C’est mon temple divin ! »
L’intention meurtrière ne cessait de s’intensifier, et Eunyoung serra le poing.
Une faible aura s’échappa de l’anneau chargé de mana et l’enveloppa pour la protéger.
Eunyoung prit une profonde inspiration.
« Je vais te sauver. »
« Me sauver ? Qui sauve qui, ici ?! Misérable mortelle ! Toi… »
« C’est la bonne décision. »
« Hein ? »
« Ne te mêle pas de ça. »
Yu Jihan pivota légèrement et donna un coup de pied à Eunyoung.
Elle bloqua son pied des deux bras, mais la force du choc l’envoya valser droit contre le mur.
« Espèce de sale taré… »
« Ne te crois pas invincible juste parce que tu tiens un anneau. »
Jihan leva la main au-dessus de sa tête ; une épée y apparut.
Il dégaina et para la masse noire qui jaillit du bras de Jung Hyeonseong.
Un bruit métallique retentit.
[Toi. Pourquoi. Intervenir ! Tu n’as aucune raison de le faire !]
Jihan souffla.
Il pivota, son épée dansant avec lui.
Une traînée violette persistait partout où passait sa lame.
Ce n’était pas une simple rémanence.
Elle portait une intense intention meurtrière, presque une rancœur.
Jung Hyeonseong recula et posa une main au sol.
L’espace exigu ondula et s’agrandit en un instant.
Une forme noire, pareille à un serpent, prit corps.
Ce qu’elle avait pris pour de la peau se révéla être des milliers d’yeux, petits et grands.
Au signal de Hyeonseong, ils ouvrirent tous la bouche en même temps et fondirent sur Jihan.
Jihan posa doucement la pointe de son épée au sol et prit position.
Il leva légèrement la lame au-dessus de sa tête.
Puis il abattit son épée sur les créatures serpentines qui se ruaient sur lui les unes après les autres.
Une à une. Chaque section fut tranchée net, comme du papier.
Revenue sur ses pieds, Eunyoung observa la scène.
L’attaque de Jihan ressemblait moins à un combat à l’épée qu’à une danse du sabre.
La lame allait vite, et pourtant semblait lente ; chacun de ses mouvements était limpide et magnifique.
La pointe de l’épée de Jihan dessinait des pétales violets.
Ils s’éparpillaient dans toutes les directions, déchiquetant sans pitié le corps du serpent.
Le temps semblait s’être ralenti.
Peut-être qu’il ne l’était pas vraiment.
C’était cet espace, le temps lui-même, que Jihan submergeait.
Son épée était incroyablement rapide.
Jihan abaissa sa lame et souffla.
Le temps, qui avait semblé ralentir, reprit son cours normal.
Du sang noir jaillit des yeux accrochés à la peau ; ils pleuraient des larmes sanglantes en hurlant.
Le tout éclata en centaines de morceaux, projetés dans toutes les directions.
Jihan recracha un morceau de la masse qui lui était tombé dans la bouche et s’essuya la joue.
« Qui a commencé à se mêler de tout, déjà ? Et maintenant, tu râles parce qu’on intervient ? Tu veux mourir ? »
Notes de bas de page :
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