Chapitre 54
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 54 : Un malentendu en entraîne un autre (2)
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Dès que je me mis à écouter attentivement, impossible de me tromper sur cette voix. C’était celle de Yu Jihan.
Je n’avais pas totalement écarté la possibilité que Kim Yuhan soit Yu Jihan, pas depuis notre affrontement dans la Caverne des fourmis géantes.
Mon appel avec Park Siyu avait aussi renforcé mes soupçons, mais un soupçon raisonnable n’en restait pas moins un soupçon. Je n’avais aucune preuve concrète.
J’avais posé l’épée, mais quelques questions refusaient toujours de quitter mon esprit.
Ce type était-il vraiment le Yu Jihan que je connaissais ? Qu’est-ce qu’il faisait ici ? Et si c’était bien celui que j’avais vu dans la caverne, pourquoi m’avait-il attaqué ? Les questions s’accumulaient.
Comme je n’avais rien à perdre, j’ouvris la porte.
L’homme qui se tenait dehors, le poids sur une jambe, me fit écarquiller les yeux de stupeur.
Celui qui se trouvait devant ma porte était, sans l’ombre d’un doute, le Yu Jihan que je connaissais.
Le visage, la carrure, tout correspondait.
À une différence près : son aura était un peu différente.
Plus affûtée, peut-être. Même lors de notre première rencontre, j’avais senti chez lui une sorte de tranchant, comme s’il était constamment sur ses gardes.
En fait, ce n’était même pas ça qui m’avait le plus surpris.
« Tiens. T’as l’air d’un type normal, en fait. »
À mon marmonnement, la mâchoire de Jihan se crispa.
Je l’avais dit pour le provoquer.
Dans la caverne, celui qui s’était présenté sous le nom de Kim Yuhan avait les cheveux longs.
Avec son masque, son chapeau et tout le reste, il était presque impossible de reconnaître son visage.
Seuls deux types de personnes pouvaient savoir à quel point cette tenue était ridicule : un chasseur qui avait assisté à la scène, ou l’homme lui-même.
À en juger par son air renfrogné, il le savait lui aussi, au moins en partie.
Ouais. Son sens de la mode avait clairement posé problème.
À travers l’entrebâillement, nous nous dévisageâmes.
Je n’arrivais pas à me résoudre à ouvrir davantage. Je n’étais pas prêt à baisser ma garde.
« Qui êtes-vous ? »
« Qui je suis ? »
« Tu marmonnais sans savoir qui j’étais, peut-être ? »
Il me renvoya la question en pleine figure.
Il n’était donc pas complètement à côté de la plaque.
Pour l’instant, je ferais mieux de lui faire dire son nom, au moins.
« Ouvre la porte. »
Une lutte invisible s’engagea entre Yu Jihan et moi : il essayait de pousser la porte, tandis que je m’efforçais de la maintenir fermée.
De l’extérieur, on aurait sûrement cru que nos forces s’équilibraient. C’était loin d’être le cas.
Il avait passé une main dans l’ouverture pour prendre appui, tandis que je m’agrippais à la porte à deux mains, les jointures blanches.
Heureusement qu’il ne pouvait pas voir l’intérieur.
« Les informations te concernant ont disparu des archives de la Guilde Aria, dit-il.
Ses yeux plissés se posèrent sur moi tandis qu’il tentait d’ouvrir davantage.
À son ton, j’eus l’impression qu’il venait de comprendre quelque chose.
« J’ai entendu dire que Choi Suhyun t’avait présenté à Park Siyu. Je vois que c’est vrai. »
Il ne confirma ni ne démentit que ses propres informations avaient disparu des archives de la guilde. En revanche, il laissa entendre qu’il en savait autant sur moi que j’en avais appris sur lui grâce à Park Siyu.
Il avait des instincts aiguisés et l’esprit vif qui allait avec.
« Ouvre la porte. Avant que je ne la défonce. »
Il ne manquait pas d’aplomb, pour quelqu’un qui prétendait ne pas être venu se battre.
« Désolé, mais je n’ai aucune envie de parler à quelqu’un qui refuse même de me donner son nom. »
Mon refus catégorique finit par le faire reculer d’un pas.
« Yu Jihan. »
Le nom qu’il lâcha à contrecœur me donna le vertige.
Alors ce type était bien le même Yu Jihan que celui de la tour.
Comme je ne répondais pas tout de suite, il ricana.
« Quoi, tu veux aussi connaître ma taille et mon poids, pendant qu’on y est ? »
Comme si ça m’intéressait !
Quel type, franchement.
Je lui parlai à travers l’entrebâillement.
« T’es vraiment pas venu pour te battre, hein ? »
« Un chasseur protégé par le représentant d’une guilde de premier plan et un chasseur anonyme que personne n’arrive à identifier qui se battent en pleine zone résidentielle. À ton avis, sur qui ça retomberait si ça tournait au scandale ? Je ne sais pas pour toi, mais je ne suis pas assez stupide pour me mettre à dos ceux qui te soutiennent. »
Jihan tira brusquement sur la porte.
Tout mon corps fut entraîné avec elle.
Il contempla la porte grande ouverte et haussa légèrement les épaules.
Il retira ses chaussures, puis entra tranquillement, les mains dans les poches.
Il s’arrêta au milieu de la pièce et jeta un coup d’œil autour de lui.
« Dis à Park Siyu ou à Choi Suhyun de t’acheter un vrai logement. Ces deux-là roulent sur l’or et toi, tu vis dans un studio semi-enterré ? »
Évidemment, la première chose qu’il trouva à faire, c’était de critiquer mon appartement.
« Je vais déménager, tu sais. »
J’avais simplement été trop occupé ces derniers temps.
Dès que l’expédition avec la Guilde Raon serait terminée, je partirais pour de bon.
Inutile d’expliquer tout ça à Yu Jihan ; je gardai mes pensées pour moi.
Jihan tira la table basse vers lui et s’assit à même le sol.
À le voir, on aurait cru que c’était chez lui, pas chez moi.
Quel type.
Même visage, même carrure que le Yu Jihan de la tour, mais une personnalité complètement différente.
Celui que je connaissais avait peut-être quelques boulons desserrés, mais il n’était pas du genre à se promener en ayant l’impression que le monde entier lui en voulait !
« Ton invité est là. Tu ne m’offres pas un thé ? »
Il ne leva même pas les yeux de son téléphone, d’un air insupportablement suffisant.
Je pris dans le réfrigérateur une bouteille d’eau d’un litre encore fermée et la plaquai sur la table.
Il resta bouche bée devant mon petit numéro.
« Tu te fous de moi ? »
« Si t’as si soif, va chercher un verre au fond. Estime-toi heureux que je t’aie donné de l’eau. »
« Pff, laisse tomber. »
Laisser tomber quoi !
Moi, je ne laissais rien tomber.
J’avais encore tout un tas de questions à lui poser.
Pose donc ce téléphone !
Entre le fait qu’il s’était invité sans y être convié et qu’il envoyait maintenant des messages à quelqu’un d’autre devant moi, ma tension était montée en flèche.
Il me testait ?
Peut-être que je devrais le tester d’abord.
Je ramassai l’épée sur le sol. Jihan rangea son téléphone dans sa poche et leva les deux mains.
Bon sang, il avait des instincts tellement redoutables qu’il m’était impossible de vraiment m’énerver.
Avec les mains levées comme ça, dégainer l’épée maintenant ferait de moi le méchant.
Je gardai la main sur la garde et lui demandai : « Qu’est-ce que tu veux ? »
Lui demander comment il avait trouvé mon adresse me parut inutile.
S’il avait déjà effacé ses propres informations des archives de la Guilde Aria et découvert que j’étais passé par Choi Suhyun, trouver mon adresse avait dû être un jeu d’enfant.
Et ce n’était qu’une intuition, mais le piratage n’avait probablement pas été l’œuvre de Yu Jihan lui-même.
Impossible que ce type soit là à envoyer des messages à sa copine alors que j’étais juste en face de lui.
Il devait avoir quelqu’un de particulièrement doué en piratage dans son entourage.
C’est exactement pour ça que je n’arrête pas de lui dire de mieux sécuriser ses affaires.
Park Siyu m’avait assuré que la sécurité de la guilde était infaillible, mais les choses ne se passaient pas toujours aussi bien dans la vraie vie.
Quel était donc le lien entre le Yu Jihan de la tour et celui qui se tenait devant moi ?
Était-ce seulement le Yu Jihan que je croyais connaître ?
Jihan baissa une main et pointa un doigt vers moi.
« Ça concerne le dieu que tu sers. »
C’est vrai, il m’avait déjà sorti quelque chose du genre, la dernière fois.
Après que j’avais abattu la reine des fourmis, ce type m’avait sauté dessus.
Rien que d’y repenser, j’avais encore mal au ventre à cause du coup.
Même si je tenais l’épée et que j’avais l’air prêt à le découper sur-le-champ, Yu Jihan ne cilla pas.
Son regard imperturbable, qui semblait me dire d’essayer pour voir, me coupa toute envie de me battre. Je laissai retomber mon bras et me détendis.
Comme il l’avait dit, il n’avait vraiment pas l’air venu pour se battre.
« Et alors, le dieu que je sers ? »
« Je sais déjà que ton dieu n’est pas Vector. Imbécile. Si tu veux mentir, fais au moins un effort pour être crédible. »
Jihan dévissa tranquillement le bouchon de la bouteille posée sur la table et but une gorgée.
« Hé, toi… !! »
Avant que je puisse l’en empêcher, il en avait déjà englouti la moitié.
Je restai sans voix en voyant la bouteille se vider de moitié en quelques secondes.
Tu sors du désert ou quoi ?
Tu es venu chez moi juste pour boire de l’eau ?!
Elle était évidemment là pour faire joli, pas pour qu’on y touche.
Il posa la bouteille près de son genou et me lança un regard de travers, comme s’il ne comprenait vraiment pas le problème. Tu me l’as donnée pour que je la boive, alors je l’ai bue. C’est quoi, le souci ?
Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi effronté.
Je commençais sérieusement à me demander si c’était vraiment le Yu Jihan que je connaissais.
« Je ne sais pas comment tu as fini par servir cette chose, mais renonce. Tout de suite. »
Ce n’était pas la phrase que je m’attendais à entendre.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Je ne suis pas venu pour me battre, mais je n’ai jamais dit que je ne voulais pas me battre. »
« Arrête de jouer sur les mots et explique-moi clairement. »
« Tu sais ce que signifie vraiment ce jeu ? »
Bien sûr que je le savais.
Les dieux s’affrontaient pour obtenir des points de mérite jusqu’au Jour de la bataille finale, et celui qui en aurait accumulé le plus s’emparerait du Pouvoir du Souverain dimensionnel. Telles étaient les règles.
Tous les chasseurs ne semblaient pas au courant, mais ceux qui étaient proches d’un dieu, ou assez perspicaces pour recoller les morceaux, le savaient sans aucun doute.
Je ne répondis pas tout de suite.
Le Yu Jihan de la tour et celui qui se tenait devant moi étaient à la fois la même personne et deux personnes différentes.
Comme je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait réellement, je ne pouvais pas me permettre de parler à la légère.
Yu Jihan se répéta, comme une machine qui débitait la même phrase en boucle.
« Coupe les ponts avec lui. »
« Pourquoi, au juste ? »
J’insistai, incapable de supporter cette frustration de ne rien comprendre.
Son visage s’assombrit.
« Ce dieu ne doit jamais être autorisé à participer à ce jeu. »
« Et si je refuse, si je ne coupe pas les ponts avec le dieu Soter ? »
« Je viens de te le dire. Je n’ai jamais prétendu ne pas vouloir me battre. Tu ne comprends toujours pas que je ne suis pas venu te demander ça gentiment ? »
« Donc, si je ne coupe pas les ponts, tu vas encore me frapper, comme la dernière fois ? Si ce n’est pas une demande, c’est une menace ? Elle est plutôt polie, pour une menace, tu ne trouves pas ? »
« Mon objectif, c’est de tuer ses fidèles. Et si je peux éliminer le dieu Soter en prime, tant mieux. »
Ses paroles me coupèrent le souffle.
« Quoi que tu dises, je ne couperai pas les ponts avec le dieu Soter. »
Couper les ponts ? Même si je l’avais voulu, je n’aurais pas pu.
Faire ce que ce type me demandait, c’était pratiquement me dire de mourir.
« Attends, c’est… »
Sans prévenir, une épée fusa vers ma gorge.
Je me jetai au sol et roulai sur le côté, l’évitant de justesse.
Je me relevai tant bien que mal, l’Épée du Ciel et de la Terre à la main, puis reculai en titubant.
Du sang coulait de l’endroit où la lame m’avait effleuré.
Espèce d’enfoiré !
Ce n’était pas une blague. Il avait vraiment essayé de me tuer d’un coup d’épée.
Une seconde de plus et c’en était fini de moi.
L’épée que tenait Yu Jihan était nouvelle pour moi.
Ce n’était certainement pas celle que je lui avais offerte.
Si c’était vraiment le même Yu Jihan qui était sorti de la tour, il possédait forcément quelque chose qu’aucun autre chasseur ne pouvait avoir.
Un inventaire d’objets.
Le fait que Yu Jihan se tienne là, parfaitement calme alors qu’il était arrivé les mains vides, en était la preuve.
Si je n’avais pas déjà envisagé qu’il puisse avoir un inventaire d’objets, cette attaque surprise aurait pu me tuer.
« Hé ! Tu as dit que tu n’étais pas venu pour te battre ! »
« Tu t’en tiens toujours à tes plans ? »
« C’est quoi, ces conneries ? »
« Les plans. Genre, ce que tu es censé faire aujourd’hui. Ce genre de choses. »
« Si c’est prévu pour aujourd’hui, alors oui, on le fait. »
Jihan s’avança d’un pas, toujours son épée à la main.
Elle est plutôt belle, cette lame, quand même.
« Un plan, ça se fait normalement avant que les choses arrivent. »
« Oui, c’est justement le principe d’un plan ! »
« Moi, je ne fais pas de plans. Ça ne sert à rien, je ne les respecte jamais de toute façon. Tu veux savoir pourquoi ? »
« Quoi ? Pourquoi ?! »
« Qui sait ce qui peut m’arriver demain ? Pourquoi je me fatiguerais à prévoir quoi que ce soit ? »
Jihan leva son épée au-dessus de sa tête.
Ce fils de pute de psychopathe !
Alors, il était bel et bien venu pour se battre, finalement !
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