Chapitre 51
NOUS AVONS ESSAYÉ LES TRADUCTIONS
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 51 : La sinistre maison perchée dans la brume (3)
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Mon corps était léger. J’avais même l’impression de pouvoir voler.
La goule qui m’avait repéré tressaillit et se mit sur ses gardes.
Une attaque fusa sur le côté. Je pivotai légèrement et abattis mon épée pour la trancher.
« Tu m’as eu une fois, hein ? Pas deux. »
J’avais compris que les goules pouvaient se déplacer dans l’espace.
Un tentacule fonça droit sur moi.
On aurait dit qu’il ne cherchait même plus à se cacher.
Au lieu de dégainer mon épée, je lançai la jambe.
Je sentis quelque chose craquer sous la pointe de mon pied.
Je réajustai ma prise sur mon épée en regardant les tentacules se retirer pour mettre de la distance entre nous.
La brume ne s’approchait pas des environs de la goule.
Il allait falloir attendre encore un peu avant de pouvoir monter.
« Bon. L’heure du jugement a sonné. »
Je pouvais enfin découper ces goules sans me retenir.
J’enfonçai mon épée dans le sol.
Quand je la retirai, un liquide étrange jaillit de la plaie.
On aurait dit du sang, mais il était presque incolore, plutôt comme de l’eau.
Les tentacules et les masses informes se ratatinèrent comme des calmars desséchés.
Le cadavre qui s’effritait s’enfonça dans le sol et disparut sans laisser de trace.
« S’enfuir » conviendrait mieux que « mourir ».
Ces goules n’étaient pas le genre de créatures qu’on pouvait tuer et oublier.
À mesure que les goules disparaissaient, la brume s’épaississait peu à peu.
Une goule, qui m’avait vu réduire ses congénères en charpie, se raidit et commença à reculer lentement.
Je fondis sur elle et levai mon épée.
Au moment où la pointe allait toucher son corps, je m’immobilisai net.
J’avais l’impression que quelque chose me tirait de force en arrière.
Plus je m’efforçais d’attaquer la goule ratatinée, plus cette force se faisait puissante.
Qui que tu sois, tu veux vraiment t’y frotter ?
[Ça suffit, visiteur sans nom.]
Une voix inattendue résonna dans ma tête.
La goule devant moi disparut dès que mon attention se détourna.
Dès que je relâchai mon intention meurtrière, je retrouvai ma mobilité.
La brume revint lentement, épaisse, recouvrant l’endroit où la goule avait disparu.
Je me tournai vers l’endroit où se trouvait l’échelle, un instant trop tard : il n’y avait plus que la brume blanche.
Reprendre simplement le chemin par lequel j’étais venu ne me garantissait pas que je retrouverais cette même échelle.
Je levai les yeux.
[Qui es-tu ?]
[Monte.]
Après un long silence, la voix répondit.
Monter où, exactement ?
La brume recula autour de l’endroit où je me tenais.
L’échelle qui avait disparu dans le brouillard réapparut devant moi.
Une maison de bois flottait au-dessus de l’échelle.
« Peu importe comment je la regarde, elle est bien trop grande pour être une petite maison. »
Vue d’en dessous, elle était forcément immense.
C’était pourtant bien la « petite maison » dont Randolph Carter m’avait parlé.
Je posai le pied sur l’échelle et grimpai.
C’était bel et bien une maison étrange, entièrement enveloppée de brume.
Une fois en haut de l’échelle, je constatai que la maison était aussi gigantesque que je l’avais imaginé.
De l’extérieur, elle ressemblait à une cabane en rondins tout à fait ordinaire, mais sa taille me donnait l’impression d’avoir rapetissé jusqu’à devenir minuscule.
Une petite porte se trouvait à côté de la grande porte en bois.
Je me demandais comment j’allais bien pouvoir ouvrir une porte aussi gigantesque. Ça m’épargnait donc cette peine.
J’ouvris la porte de taille normale et entrai.
Dès que je l’ouvris, une lumière éclatante m’accueillit.
Dès que je compris qu’il ne s’agissait pas d’une lumière ordinaire, je plissai le visage et fermai les yeux.
L’océan ?
Des sons liés à la mer résonnaient autour de moi : le fracas des vagues, les cris des mouettes, les sifflements des dauphins.
J’ouvris lentement les yeux à mesure que la lumière s’atténuait.
Une silhouette enveloppée de lumière se révéla.
Elle était juchée sur un coquillage tiré par une créature marine quelconque.
Un poids oppressant, impossible à décrire, s’abattit sur moi. Ma respiration se bloqua et une sueur froide me coula dans le dos.
La peur, l’admiration, le malaise et l’agitation déferlèrent en moi en même temps.
On aurait dit un vieillard d’une centaine d’années ; sa peau était couverte de mousse et de plantes marines semblables à du corail.
Un poisson tombé du coquillage se débattait à mes pieds.
Une goutte tomba du coquillage sur le poisson, qui disparut à l’intérieur.
On se serait cru dans un conte de fées. Ces derniers temps, peu de choses m’impressionnaient, mais même moi, j’étais un peu décontenancé.
Mais pas davantage.
Peu importait qui était cette chose.
Je n’avais qu’à faire ce pour quoi j’étais venu.
« Tu connais Randolph Carter ? »
Je l’interpellai en levant les yeux. La silhouette bougea lentement et baissa le regard vers moi.
Je vais finir par me briser la nuque, là.
Je n’obtins aucune réponse.
Lui montrer directement la lettre serait plus rapide que de tenter de tout expliquer.
Je sortis de mon manteau la lettre que Carter m’avait remise.
Un des dauphins perchés sur le coquillage s’élança vers moi, prit la lettre dans ma main et la rapporta là-haut.
Est-ce que cette chose savait seulement lire ?
Quoi qu’il en soit, j’avais remis la lettre comme on me l’avait demandé. Qu’elle sache la lire ou non, ce n’était pas mon problème.
La lettre atterrit dans son immense main.
Après un long silence, elle prit enfin la parole.
[On dirait qu’il n’a toujours pas renoncé.]
Elle parlait sans doute de Carter, mais je n’avais aucun moyen de savoir à quoi il n’avait pas renoncé.
[La clé de la cave.]
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
[Il trouvera ce qu’il cherche dans la cave. Dis-le-lui.]
J’acquiesçai.
[À ton tour, visiteur sans nom. Qui es-tu, et comment es-tu arrivé ici ?]
« Je dois vraiment t’expliquer ? »
Je croisai les bras et levai les yeux vers elle, l’air sceptique.
Mon but était de trouver la petite maison et de remettre la lettre à cette chose.
Mission accomplie. Nous n’avions donc aucune raison particulière de poursuivre la conversation.
[De la méfiance ?]
Elle avait vu juste. Comme ce n’était pas faux, je ne pris pas la peine de le nier.
Une entité inconnue de niveau divin. Il était tout naturel de rester sur mes gardes.
[Je ne te veux aucun mal.]
« Et comment veux-tu que je te croie ? »
Je ne savais absolument rien de cette entité.
Ma méfiance envers les dieux était déjà à son comble, et voilà que je rencontrais un être de leur niveau.
Même si elle n’était pas hostile, je n’avais pas d’autre choix que de rester prudent.
[Qu’est-ce qui t’effraie à ce point ? Tu n’as rien à craindre.]
Elle me parlait comme si elle cherchait à calmer un animal effarouché.
Elle n’avait sûrement pas deviné ça au hasard ; il y avait de fortes chances qu’elle lise dans mes pensées.
Sans nier ce que je pensais, elle poursuivit :
[Je ne suis pas ton ennemie, visiteur sans nom.]
On aurait dit qu’elle tenait absolument à se rapprocher de moi.
Je ne sentais aucune hostilité, et elle allait jusqu’à me rassurer. L’écouter un peu ne ferait sans doute pas de mal.
Mais seulement après avoir obtenu des réponses à mes propres questions.
« Qui es-tu ? »
[Noden.]
Un nom que je n’avais jamais entendu.
À l’instant où Noden prononça son nom, une lumière jaillit tout autour de lui.
C’était la preuve que Noden n’était pas un faux nom, mais son véritable nom.
Puisqu’il s’était présenté le premier, je ne pouvais pas rester muet à mon tour.
Je me demandai un instant comment me présenter à Noden.
« Je suis… »
Je prononçai doucement mon titre divin.
Je l’avais seulement murmuré, mais Noden hocha la tête comme s’il m’avait parfaitement entendu.
Puis Noden me fit une proposition inhabituelle.
[M’autoriserais-tu à te regarder un peu ?]
Son ton n’avait rien de contraignant ni d’insistant, mais le sens de sa proposition était assez clair.
Il voulait fouiller dans mes souvenirs.
Puisqu’il lisait déjà dans mes pensées sans ma permission, il pouvait probablement faire à peu près tout ce qu’il voulait.
Impossible de rivaliser avec lui.
Une puissance écrasante. Même si nous étions tous deux des dieux, Noden et moi ne jouions pas du tout dans la même catégorie.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle chose.
Même s’il aurait pu s’imposer de force, Noden s’adressait à moi avec une sorte de délicatesse.
Remarquant mon hésitation, Noden ajouta :
[Si tu me laisses regarder, je t’offrirai un petit cadeau en retour.]
Quel malin, il avait compris que j’aimais les cadeaux.
« D’accord. »
Au pire, je n’y perdrais rien.
Et puis, j’avais tendance à écouter mon instinct dans ce genre de situation.
Cette entité me semblait différente de tous les autres dieux que j’avais rencontrés jusque-là.
Plus précisément, mon instinct me disait qu’elle appartenait à une tout autre dimension.
Avec mon accord, Noden bougea la main.
Les goules cachées parmi les créatures qui tiraient le coquillage se montrèrent.
Leurs tentacules rampèrent lentement vers moi.
[Inutile de te crisper.]
La voix de Noden était chaleureuse et apaisante, mais ça ne m’aida pas vraiment.
C’étaient ces mêmes créatures qui m’avaient arraché une jambe d’un simple effleurement.
Même si je conservais un corps sous forme d’âme, je doutais de pouvoir m’en tirer sans la moindre égratignure.
Les tentacules près de Noden s’enroulèrent autour de mon corps.
D’abord noirs, ils se mirent peu à peu à luire.
La sensation glissante de leurs ventouses sur ma peau n’avait rien d’agréable.
Mes souvenirs défilèrent devant moi comme un panorama accéléré.
Quand je repris mes esprits, les tentacules qui parcouraient mon corps s’étaient tous retirés.
[Comment es-tu arrivé ici ?]
« De quoi tu parles ? »
Il avait déjà vu tous mes souvenirs. Je ne comprenais donc pas pourquoi il posait une question aussi vague.
Les tentacules des goules touchèrent le corps de Noden.
Après avoir parcouru le reste de mes souvenirs, Noden reprit la parole.
[Je vois. Tu es donc un voyageur du temps distordu ?]
Je ne pris pas la peine de le nier.
Cette tour, cette dimension tout entière, était déjà un monde absurde. La réaction de cette entité n’avait donc rien d’étonnant.
[Le destin t’a peut-être conduit jusqu’ici.]
« Explique-moi ça avec des mots que je peux comprendre. »
[Suis le chemin. Tu finiras par découvrir la vérité.]
Avant même que je puisse poser une autre question, toute la maison fut inondée d’une lumière aveuglante.
Elle était trop intense pour que je puisse seulement envisager de regarder Noden en face.
[Comme promis, voici un cadeau. Et prends ceci comme une petite marque de ma bienveillance, voyageur.]
[« Épée du Ciel et de la Terre » obtenue.]
[« Clé d’argent » obtenue.]
À peine ces mots eurent-ils retenti que j’ouvris les yeux, que j’avais fermés bien fort, et me retrouvai devant la maison de Randolph Carter.
[Étage 4 terminé.]
[Transfert vers l’espace entre les étages 4 et 5.]
« Beurk, fait chier. »
Une autre salle de classe, comme la fois précédente.
À ce stade, l’endroit ne me faisait presque plus ni chaud ni froid.
Après que Noden m’eut expulsé, je retrouvai Randolph Carter.
Je lui remis sa lettre, puis lui transmis la réponse que j’avais obtenue.
Il pencha la tête en entendant ce que je lui rapportais.
Ce que ça voulait dire ne me regardait pas.
La requête était accomplie, j’avais reçu ma récompense et l’étage 4 était terminé.
Pourtant, un malaise persistant continuait à me trotter dans la tête.
Noden m’avait offert deux objets.
L’Épée du Ciel et de la Terre. (C’était trop long, alors je décidai de l’appeler simplement l’Épée du Ciel.)
Et la Clé d’argent. Je n’avais aucune idée de ce qu’était vraiment le premier objet, mais le second ressemblait à une clé tout à fait ordinaire, peu importe sous quel angle je la regardais.
Yu Jihan n’était toujours pas apparu.
J’en conclus que, cette fois-ci, nos lignes temporelles ne coïncidaient pas.
En attendant, j’ouvris ma fenêtre de statut.
[(Notification) Une vidéo non visionnée est disponible.]
Une vidéo ? Quelle vidéo ? Je n’avais rien enregistré de tel.
Franchement, je n’arrivais plus à suivre le nombre de fonctions inutiles que ce truc continuait à empiler.
[Yu Jihan (Gardien)]
Liste consultable : étage 1, étage 2, étage 3
Est-ce que cette histoire de « vidéo » correspondait vraiment à ce que je croyais ?
Sans trop réfléchir, j’appuyai sur la vidéo de l’étage 3.
Le parcours de Yu Jihan à l’étage 3 se déroula sous mes yeux.
Ce ne fut qu’à ce moment-là que je compris enfin pourquoi mon propre étage 4 s’était déroulé comme ça.
La porte d’entrée de la salle de classe coulissa et le visage de Yu Jihan apparut dans l’entrebâillement.
« Putain, mais pourquoi il y a autant de salles de classe ? Il est où, ce connard ? »
Je le regardai entrer et ma mâchoire se décrocha.
Attends, ce petit con est sérieux ?
Mais qu’est-ce que t’as foutu dans ce train, au juste !
Notes de bas de page :
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