Chapitre 5
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 5 : Village des Gobelins (1)
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J’entendais des gens murmurer au loin. On aurait dit des cris, des acclamations et des rugissements mêlés.
Le ciel était noyé sous une épaisse fumée noire.
La puanteur du sang me piquait le nez et, sur le sol, des flaques épaisses et poisseuses avaient remplacé l’eau.
Je flottais au-dessus de la scène, comme une caméra qui l’observait d’en haut. Sur un pan du mur en ruine du château, un drapeau familier flottait au vent.
Je tournai la tête et aperçus un visage familier parmi les corps étendus.
L’homme était à l’article de la mort. Ses blessures étaient si graves que c’était un miracle qu’il respirât encore. Couvert de sang de la tête aux pieds, il ouvrit la bouche.
« Tu… ne dois pas… la tour… Pourquoi donc… »
Ce furent les derniers mots de l’homme.
* * *
L’eau qui coulait du robinet semblait fraîche et pure.
Je me brossai les dents en fixant distraitement le miroir. Un homme d’une vingtaine d’années se brossait les dents. Ce visage derrière la vitre m’était toujours étranger.
« Quel genre de rêve c’était, ça ? »
Je recrachai la mousse et me rinçai la bouche. Puis je fis bouillir de l’eau dans la bouilloire électrique et me préparai un café.
Un café acheté la veille au soir dans l’épicerie du coin.
Je m’assis par terre, là où une couverture faisait office de canapé, et savourai le goût et l’odeur du café.
« Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? »
Une vague de dégoût de moi-même m’envahit.
Même en tenant compte de tout le reste, c’était beaucoup trop.
Dehors, une voiture passa devant la fenêtre. Dès que j’aurais gagné de l’argent, la première chose que je ferais serait de déménager.
Je sirotai mon café en repensant au rêve.
Les détails s’estompaient déjà à toute vitesse. Si je ne m’y accrochais pas maintenant, je ne m’en souviendrais plus jamais.
Ce visage…
C’était Luciel, sans aucun doute.
C’était sur ce champ de bataille qu’il était mort.
Je me souvenais de tout ce qui s’était passé avant la mort de Luciel.
Impossible de l’oublier.
Une tour ?
Je n’avais aucun souvenir d’avoir entendu parler de quoi que ce soit de ce genre. Je posai ma tasse vide et marmonnai :
« Ça devait juste être un drôle de rêve. »
La lumière du matin filtrait par l’étroite ouverture de la fenêtre. Pour l’instant, j’avais déjà fort à faire avec la vie de Kang Hangyeol.
Je pris le métro pendant une trentaine de minutes et arrivai à la station Woojangsan.
Une femme en tenue décontractée, chargée d’un énorme sac à dos de randonnée, attira mon regard. Lee Yeeun, la seule femme Chasseuse du groupe de discussion.
Qu’est-ce qu’elle a embarqué, tout ça ?
Elle avait assez de bagages pour qu’on croie qu’elle partait s’installer à l’étranger. Woojangsan n’était même pas une montagne si haute.
Impossible d’avoir besoin d’autant de matériel pour une simple ascension.
Je m’inclinai légèrement devant Lee Yeeun, qui était absorbée par son téléphone, puis m’approchai. Elle rangea son portable dans sa poche et releva un peu la tête.
« Qui êtes-vous ? »
« Ah, Kang Hangyeol. »
Au lieu de répondre, Lee Yeeun laissa échapper un « ah » et hocha la tête.
Il n’y eut pas grand-chose de plus.
Kim Taewoon et Nam Unik arrivèrent ensuite.
Ils débarquèrent presque en même temps.
Nam Unik descendit d’un taxi, tandis que Kim Taewoon était venu dans sa propre voiture.
Ce n’était pas une supercar comme celle de Choi Suhyun, mais elle coûtait tout de même assez cher.
Pourquoi suis-je le seul à avoir presque rien emporté ?
Tous deux avaient apporté autant d’affaires que Lee Yeeun.
Comme il s’agissait d’un village de gobelins, je n’avais pas pris la chose au sérieux. J’avais fourré quelques armes, de la nourriture et des vêtements dans un vieux sac de randonnée qui traînait dans un coin de mon appartement. À côté d’eux, j’avais presque honte.
J’avais l’impression d’être un écolier qui avait mal lu le mot des parents et s’était présenté sans la moitié du matériel, gêné, à l’écart du groupe.
À quel point ça peut être dangereux ?
Je ne pouvais pas non plus faire demi-tour pour annoncer que j’allais vite rentrer chercher d’autres affaires.
Autant faire comme si de rien n’était, puisque c’était déjà fait.
Quand nous arrivâmes à mi-chemin de Woojangsan, deux ou trois hommes en costume nous firent signe de les rejoindre.
Des responsables de l’Association des donjons.
« Vous êtes les stagiaires, c’est ça ? »
« Oui, l’équipe quatre. »
Kim Taewoon, le chef de notre équipe, répondit pour nous.
Après avoir vérifié nos identités, nous suivîmes l’un des hommes un peu plus loin.
Un chemin que les gens ordinaires n’empruntaient jamais.
À travers les arbres épais et les broussailles, j’aperçus un espace noir et vacillant, dont la forme était difficile à distinguer.
Visible à l’œil nu, c’était manifestement l’entrée d’un donjon.
Sur le continent d’Arbelisia, j’étais entré dans des donjons à quelques reprises, et leur entrée avait exactement le même aspect.
Je ne m’étais simplement jamais attendu à voir un portail pareil, ici, au vingt et unième siècle.
Les préparatifs étant terminés, il ne nous restait plus qu’à entrer.
Resté à l’arrière, j’attendis que les trois autres passent devant.
Pourquoi ils n’entrent pas ?
À peine cette pensée m’eut-elle traversé l’esprit que Lee Yeeun, qui se tenait en tête, vint vers moi.
Elle posa devant moi un sac à dos qui aurait tout aussi bien pu servir à déménager.
« Il y a plein de trucs fragiles là-dedans, alors fais attention en le portant. »
« Hé, prends aussi le mien. »
Nam Unik, qui me battait froid depuis le groupe de discussion, me refila son sac sans hésiter. Et voilà : je me retrouvai chargé des affaires de deux personnes.
Kim Taewoon s’approcha avec un rire gêné. Il avait vu Lee Yeeun et Nam Unik me donner leurs consignes avant de ne prendre que leurs armes et d’entrer dans le donjon. À moitié résigné, je tendis la main vers lui.
« Donnez-moi vos affaires. »
Être un Chasseur sans affiliation, c’était vraiment la galère, hein ?
Kim Taewoon s’excusa tout en me confiant son sac, non sans hésiter.
Ils entrèrent tous les trois en premier. Chargé comme une mule, je franchis le portail du donjon en dernier.
À l’instant où je passai, une sensation étrange de picotement parcourut mon corps. Je tressaillis et reculai par réflexe, comme si une décharge d’électricité statique m’avait traversé en un éclair.
J’ai rêvé ?
[…fait…à…]
J’en doutais, pourtant.
Des mots que je ne parvenais pas à comprendre résonnaient encore à mes oreilles.
On m’a dit que c’était un donjon de faible difficulté. Ils ne sont pas en train de nous arnaquer, au moins ?
J’interpellai l’homme sur son téléphone et désignai le portail du donjon.
Il baissa son téléphone et fronça les sourcils en me demandant si je n’étais toujours pas entré.
« Ce donjon ne pose pas de problème, n’est-ce pas ? »
« Il y a un problème ? »
Il me retourna aussitôt la question.
Le sous-entendu était clair : ce donjon ne présentait aucun danger, alors dépêche-toi d’entrer.
Désireux de me débarrasser au plus vite du poids qui m’écrasait les épaules, je soupirai et me retournai vers le portail.
« Non, j’imagine qu’il n’y a rien. »
Sans tenir compte des picotements, je m’enfonçai entièrement dans le portail.
[Un individu non autorisé tente d’entrer.]
La voix, jusque-là assourdie, retentit clairement cette fois.
Individu non autorisé ?
Est-ce qu’elle parlait de moi ?
Non, quand même ?
Mes doutes ne durèrent pas longtemps.
Dès que j’ouvris les yeux, une immense fenêtre de statut affichant les informations du donjon apparut devant moi.
[Village des Gobelins]
Rang : D
Terrain : Forêt
Taille de groupe recommandée : 5-7
Objectif : Anéantir le village des gobelins et récupérer le collier du chef gobelin.
Récompenses
1) Donjon terminé : [50 points de mérite] pour tous les membres
2) Donjon terminé en moins de 3 jours : [30 points de mérite]
3) Premier à tuer le chef gobelin : [100 points de mérite]
Une brise légère apporta jusqu’à mon nez l’odeur de l’herbe fraîche.
En même temps, je vis une vaste prairie verdoyante, bordée par une forêt dense.
« Oh, pas mal. »
Dès mon entrée dans le donjon, un bref aperçu de ce que je devais faire et les informations de base sur les lieux étaient apparus sous mes yeux.
Kang Hangyeol était déjà entré dans un donjon une fois, mais c’était une première pour moi.
Les donjons existaient aussi sur le continent d’Arbelisia.
Mais ceux que j’avais connus là-bas n’étaient pas accessibles par des portails comme celui-ci, et ils n’affichaient ni missions ni fenêtres de statut.
Je comprends mieux pourquoi les gens sur Internet comparent la situation actuelle à un jeu.
On se serait cru dans un jeu en réalité virtuelle.
Si j’avais l’impression d’être dans un MMORPG, ce n’était pas seulement à cause de la fenêtre de statut du donjon.
Nous avions convenu de nous retrouver vendredi pour décider de nos rôles.
Parler de décision donnait à la chose un air officiel, mais, en vérité, les rôles étaient déjà répartis dès notre rencontre.
Kim Taewoon, qui avait créé le groupe de discussion et pris la tête de l’équipe, était le combattant chargé d’infliger des dégâts.
Choi Minhyeok était le tank, Nam Unik s’occupait du soutien et de l’assistance, et Lee Yeeun, la seule femme de l’équipe, était l’archère principale chargée d’infliger des dégâts.
Et moi ?
« Ne fais pas n’importe quoi. Et surtout, si tu perds les bagages, je te tue. »
Choi Minhyeok, équipé de son armure et d’une énorme épée à deux mains dans le dos, me foudroya du regard.
Sans pouvoir (Éveillé), autrement dit la classe des chômeurs dans un RPG, j’étais le porteur de l’expédition, le bon à rien dont personne ne voulait.
Chargé de tout un tas de bagages, je soupirai en silence.
Si je jouais les porteurs, ce n’était pas parce que j’étais une mauviette.
Enfin, c’est sûrement l’impression que j’en donne aux autres.
Quoi qu’il en soit, je n’étais pas une mauviette.
Je voulais juste voir comment les choses se passeraient, pour l’instant.
* * *
Comme toujours, la théorie et la pratique étaient deux choses différentes.
Je savais très bien qu’un donjon signifiait qu’on pénétrait dans un autre espace, qu’il y avait des choses à y faire et que chacun avait son rôle.
Ce que je voulais voir, c’était la réalité.
N’importe qui pouvait prendre une pose impressionnante.
Je me demandais comment cette équipe, composée de jeunes qui semblaient à peine avoir la vingtaine, allait se battre pour de vrai.
À cet égard, si je devais trouver une excuse, le rôle de porteur et de bon à rien était le choix idéal.
« On va repérer les environs, puis se mettre en formation. »
L’arme principale de Lee Yeeun était un arc, et elle faisait aussi office d’éclaireuse.
J’avais appris une chose en rencontrant les membres de l’équipe.
Contrairement à ce qu’on racontait sur Internet, l’affiliation ne déterminait pas vraiment le rôle de chacun.
Kang Hangyeol avait probablement appris quelque part les bases de l’« affiliation ». Malheureusement, comme j’avais pris possession de son corps presque au moment où son stage touchait à sa fin, je n’avais pas accès à ces souvenirs.
Quoi qu’il en soit, l’affiliation n’était que ça : une affiliation. Elle n’avait rien à voir avec le rôle réel d’un Chasseur.
Dans cette réalité, les Chasseurs pouvaient passer de l’arc à l’épée ou prendre un bâton pour lancer des sorts, sans grande restriction.
Alors pourquoi les rôles finissaient-ils tout de même par se répartir ainsi ? C’était simple.
En gros, les gens aimaient ce à quoi ils étaient habitués et avaient tendance à continuer ce qu’ils faisaient déjà.
À bien y réfléchir, n’était-ce pas pareil dans le monde du travail ?
Tout le monde naissait avec la possibilité de devenir juge, procureur, avocat ou médecin. Personne ne venait au monde avec une étiquette de juge collée sur le front.
À moins d’être né dans un futur quelconque.
Maintenant que je savais qu’il existait d’innombrables dimensions, je ne pouvais pas affirmer qu’une telle dimension n’existait pas quelque part. Mais, au moins, ce n’était pas celle-ci.
Bref, c’étaient des informations erronées.
L’affirmation selon laquelle on ne pouvait pas utiliser de compétences sans affiliation était à moitié vraie et à moitié fausse.
Être affilié à un dieu en particulier signifiait simplement qu’on pouvait puiser dans une partie de la puissance que ce dieu accordait, selon ses points de mérite et ses capacités de Chasseur. Cela ne voulait pas dire qu’on ne pouvait pas du tout utiliser de compétences.
C’était plutôt comme un épéiste capable à l’origine de manier le feu qui se retrouvait à simplement brandir son épée, sans pouvoir utiliser son pouvoir de feu.
Voilà pourquoi ils disaient que c’était inutile.
Décidément, Internet n’était pas un endroit très fiable.
Pour être honnête, je ne comprenais toujours pas tout à fait la logique, mais puisque c’était apparemment ainsi que les choses fonctionnaient, je n’avais guère d’autre choix que de l’accepter.
Lee Yeeun, partie en éclaireuse, nous fit signe d’avancer depuis la lisière de la forêt.
C’est incroyablement lourd.
Qu’est-ce que c’est, du camping ?
Une semaine d’entraînement n’aurait pas suffi à développer l’endurance nécessaire pour porter autant de bagages.
Une fois sorti de ce donjon, j’allais vraiment me mettre au sport.
Lee Yeeun, qui s’était enfoncée dans la forêt, nous désigna un point au-delà des broussailles.
« On l’a trouvé assez vite… »
Le village des gobelins se trouvait dans la forêt.
Une palissade grossièrement tressée avec des branches et une dizaine de cabanes miteuses apparurent à nos yeux.
Deux gobelins à la peau verte, armés de haches en pierre, montaient la garde à l’entrée.
Je jetai un coup d’œil aux gobelins et penchai la tête.
Ça ne ressemble pas vraiment à ce que je connais.
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