Chapitre 49
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 49 : La haute maison sinistre dans le brouillard (1)
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Les huit cent mille pièces d’or m’importaient peu. Ce qui m’intéressait, c’étaient les trois cent mille points de mérite.
En déchirant la requête rouge, j’attirai les regards des mercenaires à proximité.
Un homme assis à une table voisine ne put résister à sa curiosité et s’approcha.
« Je ne t’ai jamais vu par ici. Hé, l’ami, tu ne vas tout de même pas accepter cette requête ? »
« Si, justement. »
À première vue, elle semblait être la requête la plus difficile de toute la région.
Et les points de mérite étaient plutôt intéressants.
À ma réponse, l’homme jeta un regard à ses amis, attablés derrière lui, l’air stupéfait.
« Je ne sais pas à quel point tu es doué, mais tu ferais mieux de renoncer tant qu’il en est encore temps. »
« Pourquoi ? »
« Cette requête rouge, c’est une requête centenaire. »
« Une requête centenaire ? »
« Ouais. On l’appelle comme ça parce que personne ne l’a menée à bien depuis cent ans. La plupart des bons mercenaires ne daignent même pas y jeter un second coup d’œil. »
« Encore mieux. »
Le vin vieux ne vaut-il pas plus cher ?
À ma réponse, l’homme pâlit.
Ses amis à la table ne purent s’empêcher d’intervenir à leur tour.
« Hé, arrête. Tu veux te suicider ? »
« Même les mercenaires d’élite de la guilde n’ont pas réussi. Qu’est-ce qui te fait croire que tu peux y arriver ? »
« Laisse-le, il y en a toujours un comme ça. Un petit nouveau débarqué de province qui veut prouver quelque chose. Écoute, la capitale n’est pas aussi tendre que tu le crois. »
Les hommes éclatèrent de rire tous ensemble.
Celui qui se tenait à côté de moi passa nonchalamment un bras autour de mes épaules.
Ces idiots se comportaient soudain comme s’ils étaient mes potes.
« Mais dis-moi, tu as seulement les qualifications requises ? Centenaire ou pas, cette requête n’est pas à la portée du premier venu. »
Je lui écartai le bras et sortis de mon manteau la plaque nominative en or.
L’homme recula en titubant dès qu’il l’aperçut.
« M-mais… qu’est-ce que tu… »
Comment quelqu’un comme toi pouvait-il bien posséder ça ?
Son air stupéfait en disait long.
Il était facile à lire.
Il avait suffi de lui montrer la plaque une fois pour qu’il recule aussi vite.
La plaque nominative personnelle délivrée sur ordre du maître de guilde n’était donc pas qu’un accessoire.
Il ne faut pas juger les gens sur les apparences.
Les vrais experts sont toujours ceux qui passent inaperçus.
« Bon, je vous laisse. »
Pour éviter d’attirer davantage l’attention, je brandis le papier et me dirigeai vers le comptoir.
« Oh là là. »
La personne chargée des requêtes eut l’air tout aussi surprise en voyant le document rouge que je lui tendais. Heureusement, comme tout à l’heure, il suffit de montrer ma plaque nominative pour la faire taire.
Même en allant chercher le contrat, elle continuait à me jeter des regards visiblement inquiets.
« Vous êtes vraiment sûr de vouloir aller jusqu’au bout ? Je… je ne dis pas ça parce que je doute de vos compétences ou quoi que ce soit. »
Craignant que je ne le prenne mal, la personne ajouta cette précision.
Cette requête était-elle vraiment si dangereuse ?
Pendant que je signais, je relus le texte inscrit sur le document.
Ce n’était pas une fenêtre de statut, juste quelques lignes écrites sur le papier.
[Maison dans la Brume]
Difficulté : inconnue
À la périphérie de la capitale s’étend la Forêt de Brume, perpétuellement enveloppée de brouillard. En son sein se dresse une petite maison très haute. Livrez-y un certain objet.
Demandeur : Randolph Carter
Récompense : 800 000 pièces d’or
Rien de bien compliqué, hein ?
Je ne comprenais pas pourquoi cette requête était considérée comme centenaire.
Une fois le contrat signé, je le rendis.
« Euh, en fait, il y a un problème. »
« Un problème ? »
« Oui. Même si on l’appelle une requête centenaire, ce n’est pas comme si personne n’avait jamais essayé de l’accepter. C’est juste que toutes les personnes qui s’y sont essayées ces dix dernières années se sont fait recaler. »
Recalées. Voilà un détail auquel je ne m’attendais pas.
Donc la requête était affichée, mais le demandeur choisissait quand même qui pouvait l’accepter ?
« Pour être honnête, j’ignore pourquoi les gens se font recaler. »
Apparemment, chaque mercenaire revenu sans même avoir mis les pieds dans la Forêt de Brume avait invariablement maudit le demandeur, Randolph Carter.
Je pris note de ce que m’avait dit la personne au comptoir. Peu importaient les détails : tout ce que je voulais, c’était mener une requête à bien.
Que je gagne un peu moins de points de mérite ou beaucoup plus, dans les deux cas, je n’y perdais pas.
« Vous sauriez où se trouve la Forêt de Brume ? »
Je devais avoir l’air d’un vrai campagnard, car la personne sortit une carte sommaire et m’indiqua l’endroit.
Cette attention ressemblait davantage à de la gratitude qu’à autre chose.
« Merci. »
Je pris la carte annotée et sortis.
Des routes bien entretenues et un centre-ville grouillant de monde s’étendaient devant moi.
L’endroit était plutôt grand.
Quoi qu’on en dise, c’était manifestement un pays prospère.
Inutile de perdre du temps : je pris directement la direction de la périphérie de la capitale.
Il me suffit de montrer la requête et ma plaque nominative à la porte pour qu’on me laisse passer rapidement.
La plaque personnelle du maître de guilde semblait avoir plus de poids que la requête elle-même.
Après avoir franchi la porte de la capitale et pris la direction de l’ouest, je tombai sur une forêt noyée dans le brouillard.
« Forêt » n’était qu’une supposition, puisque personne ne savait ce qui se trouvait réellement au-delà.
Même sur la carte sommaire, l’intérieur de la forêt était peint en blanc, comme le brouillard lui-même.
Dès l’entrée, le brouillard était déjà assez épais pour m’empêcher de voir quoi que ce soit.
« Elle est où, cette maison, bon sang ? »
J’essayai de la trouver à l’aide de la carte, mais ça ne servait à rien.
Je ferais mieux d’essayer la Détection du mana ?
À l’instant où je m’arrêtai, quelque chose fusa vers moi.
Je dégainai mon épée et tranchai net la flèche qui arrivait.
À vrai dire, ce n’était pas vraiment une flèche. C’était de la magie.
Je fronçai les sourcils et activai la Détection du mana.
C’était quoi, ce brouillard complètement dingue ?
Un brouillard qui ne se dissipait jamais ne pouvait pas exister dans la nature. Pas vraiment.
Il n’y avait qu’une seule explication à un tel phénomène.
C’était artificiel.
Que ce soit l’œuvre de mains humaines ou de la magie, ça ne changeait rien.
Ce brouillard ne s’était absolument pas formé naturellement.
Il était constitué de mana pur, en perpétuel mouvement.
Repérer un ennemi dissimulé dans un brouillard fait de mana compact était impossible.
Alors que je cherchais encore quoi faire, d’innombrables flèches déchirèrent le brouillard dans ma direction.
« Vous avez perdu la tête ? Prévenez-moi au moins avant de m’attaquer ! C’est quoi, cette façon d’attaquer sans dire un mot ? »
Les flèches de mana qui volaient vers moi me prouvèrent qu’il ne s’agissait pas d’un monstre.
Je pris position et brandis mon épée contre les flèches.
Grâce au Croc du Vent, cette technique de taille fondée sur le vent, la trajectoire de chaque flèche fut déviée.
Je lançai un autre coup d’épée et dissipai une partie du brouillard autour de moi.
« Allez-y, alors ! »
Alors que j’allais passer à l’attaque, un homme encapuchonné descendit d’un arbre.
Un homme d’âge mûr, à la barbe blanche, rabattit sa capuche.
« Randolph Carter. »
« Peu importe… Attendez, Randolph Carter ? »
« Ces derniers temps, beaucoup de gens s’aventurent dans la Forêt de Brume sans permission. Je vous prie de m’excuser de ne pas m’être présenté plus tôt. »
L’annonce soudaine de son nom me prit de court.
Je rengainai mon épée et montrai à Carter la requête de la guilde et la plaque nominative.
Les gardes de la porte avaient été plus impressionnés par la plaque que par la requête, mais cet homme ne lui accorda qu’un coup d’œil.
Carter replia la requête et me détailla de la tête aux pieds.
« Tu es trop jeune pour vouloir te suicider. Rentre chez toi. »
Carter me rendit la plaque et tourna les talons.
Traiter de suicidaire un jeune homme qui avait toute la vie devant lui… Quelle absurdité.
Le poursuivre alors qu’il disparaissait dans le brouillard semblait impossible.
Mon corps se mit en mouvement vers Carter avant même que je comprenne ce que je faisais.
Ma main traversa son bras.
Carter se figea, apparemment surpris que je le suive vraiment.
Un fantôme ? Attends, il avait pourtant touché la requête et la plaque que je lui avais tendues tout à l’heure.
Carter était habillé comme un chasseur.
Aucune partie de son corps n’était transparente, et il ne flottait pas non plus dans les airs.
Me demandant si je n’avais pas rêvé, je tendis de nouveau la main vers son bras. Elle le traversa et ressortit de l’autre côté.
J’agitai la main d’avant en arrière. Carter, qui ne pouvait visiblement pas rester là à regarder, m’attrapa le bras.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Je baissai les yeux vers le bras que Carter venait d’attraper.
Celui-là avait bien une consistance.
Quand Carter me tint la main, tout s’éclaira.
Je ne pouvais pas le toucher, mais lui pouvait me toucher.
C’était pratiquement de la triche.
Ma surprise ne dura qu’un instant, puis je pris la parole, résolu à ne pas laisser Carter m’échapper.
« Je ne suis pas venu ici pour mourir. »
Je regardai au-delà de Randolph Carter, vers le brouillard.
« Vous avez demandé à quelqu’un d’enquêter sur la Maison dans la Brume. Je m’en chargerai. »
Une requête que personne n’aurait menée à bien depuis cent ans.
Qu’elle soit restée sans réponse aussi longtemps, c’était une chose ; mais celui qui la maintenait affichée depuis un siècle n’avait rien d’ordinaire non plus.
« Je n’ai rien à perdre, de toute façon. Alors pourquoi pas ? »
« Très bien. »
Carter me lâcha la main.
« En échange, je vais te poser une question. Tu n’es pas obligé d’y répondre. »
« Donc si je ne réponds pas, la requête tombe à l’eau, c’est ça ? »
« Ce n’est pas à moi d’en décider. Tu connais les tabous, n’est-ce pas ? »
Dans ce monde vivait une race particulière appelée les Muel.
Muel signifiait « étincelle divine » : ils étaient les descendants d’un dieu.
Le dieu en question n’avait rien à voir avec les dieux tardifs, comme moi.
C’était le premier de tous les êtres.
Même moi, je ne savais pas exactement ce que cela signifiait.
Les Muel porteurs de l’étincelle divine pouvaient utiliser le mana.
Leurs capacités variaient d’un individu à l’autre, mais grâce au mana, ils pouvaient manier des compétences, voler, se bâtir un corps puissant, vivre très longtemps… Presque tout était possible.
En entendant ça, on pouvait se dire que c’était plutôt génial, mais le problème, c’était les énormes différences entre les individus.
Certains vivaient des centaines, voire des milliers d’années.
D’autres mouraient avant même d’avoir dix ans. Leur quantité de mana variait tout autant.
Au bout du compte, les Muel n’étaient qu’un ensemble de mutants qui n’avaient pour ainsi dire rien en commun.
Et chacun d’entre eux portait un tabou, sans exception. Comme leurs capacités, leurs tabous variaient aussi.
Ce monde ne connaissait pas le concept de foi.
Il n’existait que l’histoire de la race des Muel, qui avait hérité de l’étincelle divine, et les récits sur le tout premier être.
J’étais presque certain que cette époque précédait l’ère moderne que je connaissais.
« Quel est ton tabou ? »
Dès qu’il posa la question, je compris exactement pourquoi il m’avait dit que je n’étais pas obligé de répondre.
Un tabou était une chose qu’il ne fallait jamais enfreindre, et il relevait de l’intime. Pour certains, il pouvait constituer une faiblesse fatale.
Contrairement à moi, qui étais tendu, Carter semblait parfaitement détendu.
« Tu as des amis ? »
« Tu n’as toujours pas répondu à ma question. »
« Je t’ai demandé si tu avais des amis. Ce serait embêtant que tu ailles raconter ça à tout le monde, tu sais. »
À ma réponse, le visage de Carter se crispa.
Son expression disait en substance : pourquoi est-ce que je m’embêterais à faire une chose aussi inutile ?
« Tu as entendu parler du Serment de covenant, pas vrai ? »
« Ce n’est pas un peu trop prudent ? »
« C’est normal, puisqu’il s’agit du secret de quelqu’un d’autre. »
« D’accord. »
Je n’avais pas l’intention de céder. Carter finit par accepter, à contrecœur.
[Début du Serment de covenant.]
[Sujet : Cha Seongjin]
Un nom que je n’avais pas entendu depuis longtemps. Je pensais qu’il s’écoulerait encore pas mal de temps avant de l’entendre à nouveau.
« Au nom de Randolph Carter, je ne révélerai le tabou de Cha Seongjin à personne. Es-tu d’accord ? »
« Je suis d’accord. »
[Le Serment de covenant a été exécuté.]
Un fil rouge s’enroula entre les doigts de Carter et les miens.
Désormais, s’il révélait un jour mon tabou à quelqu’un, je le saurais.
On pouvait ajouter des conditions selon la situation, mais je ne m’en donnai pas la peine.
Le fil rouge qui entourait nos doigts disparut. Il était simplement devenu invisible, pas disparu pour de bon.
Maintenant que le Serment de covenant avait été prêté, il fallait tenir parole.
Je révélai mon tabou à Randolph Carter.
Et il se moqua de moi.
Quel connard.
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