Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 31 : Souvenirs d’un meurtre (2)
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Dead leva les deux mains.
Je rengainai mon épée à la hâte.
La porte du dernier wagon s’ouvrit à la volée et des Infectés s’y engouffrèrent.
Ils se bousculaient pour faire passer leurs membres par l’étroite ouverture. On aurait dit une véritable horde de zombies.
Dead sortit un pistolet de sa ceinture.
Pas un modèle moderne, plutôt une vieille arme d’un autre temps.
Lors de notre première rencontre, Dead s’était présenté comme un soldat.
Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce qu’il porte une arme.
Dead tira dans la poitrine d’un Infecté qui s’approchait de lui.
Bang.
Touché par la balle, l’Infecté chancela et s’effondra en avant.
Le pistolet n’avait pas l’air très puissant.
Autre chose me semblait bizarre.
Normalement, un pistolet éjectait une douille dès qu’on tirait.
Elle venait de disparaître ?
La douille avait bien été éjectée, mais elle s’était volatilisée aussitôt.
J’étais presque certain de ne pas avoir rêvé.
Entre le silence qui tombait sur tout dès que la magie s’activait et ce vieux pistolet, quelque chose clochait dans ce monde.
Alors que je restais planté là, hébété, Dead m’interpella.
« Hé ! Tu comptes rester planté là combien de temps ? »
Dead tira sur un autre Infecté près de l’entrée.
Il avança et désigna du menton la porte du dernier compartiment.
Dead et moi pénétrâmes dans le wagon presque en même temps.
Je levai mon épée pour abattre un Infecté qui se jetait sur moi.
Celui qui allait me planter les dents dans la chair se figea en plein mouvement.
« Quoi ? »
Quelque chose clochait. Je baissai mon épée.
Les Infectés se comportaient bizarrement.
Comme si le temps lui-même s’était arrêté.
La scène me glaça le sang. On aurait dit un extrait de film d’horreur.
Les Infectés grinçaient comme des pantins brisés.
Je serrai mon épée et gardai un œil sur les Infectés figés.
Tandis que je restais sur mes gardes, la voix de Dead retentit.
« Je vois. »
Dead était accroupi près du cadavre d’un Infecté, qu’il examinait.
Dans cet instant figé, seuls Dead et moi pouvions bouger librement.
En entendant sa voix, je lui demandai ce qu’il voulait dire.
« Je parle du tabou de Lia Angelina. »
Maintenant que j’y pensais, je me souvenais qu’on avait évoqué un tabou un peu plus tôt.
« Comment tu le sais ? »
Dead se redressa et désigna ses yeux.
Dans la pénombre du train, ses yeux luisaient d’un éclat doré.
Ils ressemblaient moins à des yeux humains qu’à ceux d’un chat.
« Une capacité. »
« Ah, d’accord. »
« Tu ne veux pas savoir de quelle capacité il s’agit ? »
« Ça ne m’intéresse pas. »
Je balançai mon épée et tranchai la gorge d’un Infecté devant moi.
Je ne comprenais pas le mécanisme, mais je devinais à peu près de quel genre de capacité il s’agissait.
Dead avait découvert le tabou de Lia en examinant le cadavre de l’Infecté.
Ça me suffisait.
« Des gens disparaissaient sans cesse sur le territoire où elle vivait. Et son tabou, c’est… »
Dead tira sur la rangée de sièges tout au fond.
Une Infectée, qui s’était interposée pour protéger quelqu’un, s’écroula.
« Le cannibalisme, probablement. »
Je ne savais pas exactement ce qu’était censé désigner un tabou, mais le sens du mot était assez clair.
Quelque chose qu’on ne devait jamais faire.
Dead venait de dire que son tabou était le cannibalisme.
Avais-je mal compris ?
« Le cannibalisme, genre manger des gens ? »
« Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? »
Dead me lança un regard qui disait clairement que ma question était d’une évidence affligeante.
Bon, c’était vrai, mais quand même.
C’est alors que Lia apparut au fond du wagon.
Ses lèvres étaient tachées de rouge, et sa robe blanche était imbibée de sang.
« Oh, Yuhan-ssi. »
Le claquement de ses talons tinta à mes oreilles comme des grelots de traîneau.
Debout au milieu des cadavres, Lia souriait.
« Tu ne dors pas. »
« Je n’arrivais pas à dormir. »
Lia fit un pas vers moi.
Je resserrai ma prise sur mon épée et la surveillai avec méfiance.
Lia s’arrêta à bonne distance et cligna des yeux.
« Ah oui, tu voulais savoir de quoi était faite la viande séchée que je t’ai donnée, non ? »
« Ne me dis pas que tu as mangé ce que cette femme t’a donné. »
En l’entendant, Dead tourna la tête de côté, tout en gardant son arme pointée devant lui.
Il affichait une mine indéniablement déçue.
Je l’avais mangée, pris dans l’ambiance du moment.
Même moi, je savais que j’avais fait une erreur.
Mais elle n’avait pas répondu quand je lui avais posé la question à l’époque. Pourquoi en reparler maintenant, comme ça…
Ne me dis pas que…
« À ton avis, elle était faite avec quoi ? »
Dès qu’elle eut prononcé ces mots, mon regard se posa sur les Infectés qui nous entouraient.
Lia affichait toujours le même air candide, presque enfantin.
Je revis la viande séchée qu’elle m’avait tendue, et sentis de nouveau dans ma bouche ce goût et cette texture impossibles à identifier.
Le train fut secoué violemment.
Je plaquai une main contre le mur pour garder l’équilibre.
Mon estomac se retourna.
« Beurk ! »
Des haut-le-cœur me remontèrent du fond des entrailles.
Une main contre le mur, je rendis tout ce que j’avais dans le ventre.
Il n’y avait que mon dîner et de l’acide gastrique.
Elle avait perdu la tête ou quoi ? Beurk…
Je ne trouvais même pas les mots pour décrire mon dégoût.
Je n’en avais plus rien à faire des Muels, des tabous ou de tout ce que Dead racontait.
Lia n’était-elle pas humaine, elle aussi ?
Comment quelqu’un pouvait-il faire une chose pareille ?
« Hé ! Reprends-toi ! »
« La vi… Beurk ! »
Rien que pour prononcer ces mots, je dus puiser dans mes dernières forces.
Je passai en revue mentalement toutes les insultes dégueulasses que je connaissais.
Dead parvint à me tapoter le dos.
Nos regards se croisèrent.
« Puisque tu es encore vivant, ce n’était sans doute pas du poison. Le mieux, c’est d’oublier. Du moins, pour l’instant. »
Dead reporta son regard sur les Infectés figés.
Il avait apparemment deviné, dans les grandes lignes, ce que j’avais mangé.
Avec un nom aussi sinistre et une tête d’oncle du quartier à la retraite, je ne comprenais pas comment il pouvait garder son calme.
Enfin, ça se tenait, puisqu’il s’était présenté comme un soldat.
Je repris mes esprits et hochai la tête.
« J’aurais dû la tuer dès le début. »
Je marmonnai entre mes dents serrées.
C’était ma faute.
Si j’avais tué Lia, rien de tout ça n’aurait dégénéré.
Une seconde d’hésitation avait provoqué une catastrophe bien plus grave.
Tandis que je me reprochais amèrement ma conduite, Dead prit la parole.
« Je n’attendais pas grand-chose de toi, de toute façon. »
« … Pardon ? »
« Tu n’as jamais tué personne, pas vrai ? »
Dead désigna de nouveau ses yeux.
« Ton regard est différent. »
Mes yeux ?
Je ne voyais pas du tout de quoi il parlait. Pourquoi soulever ça d’un coup ?
Tuer quelqu’un changeait-il la couleur des yeux ou quoi ?
Dead lâcha un bref soupir et leva son arme.
Lia tendit la main.
Tous les Infectés figés se jetèrent sur nous en même temps.
J’esquivai leur attaque, fis tournoyer mon épée et tranchai le bras d’un Infecté.
L’idée de tuer Lia me répugnait, mais abattre l’Infecté devant moi ne me faisait ni chaud ni froid.
Pourquoi ?
Quelle différence y avait-il entre Lia et l’homme mort devant moi ?
Le dernier wagon était bien plus bondé d’Infectés que les autres.
Avec les lits superposés et le manque de place, le combat était loin d’être facile.
Comme je m’y attendais, mon bras se prit dans la barrière d’un lit.
Tandis que je m’en dégageais maladroitement, un autre Infecté tomba d’en haut. C’était un enfant qui se trouvait sur le lit du haut.
La bouche grande ouverte, l’enfant s’agrippa à moi.
Du sang coulait de ses yeux comme des larmes.
« Euh… M’man… aide-moi… »
Au milieu du sang qui lui dévalait les joues, je distinguai à peine une trace de vraies larmes.
Je portai la main à ma taille pour dégainer la dague que Dead m’avait donnée.
Dead tira dans la tête de l’enfant bien avant que ma dague ait pu atteindre sa poitrine.
Le corps de l’enfant s’effondra au sol après le coup de feu.
« Merci de m’avoir aidé… »
Un bruit sourd et humide.
Une main jaillit du corps de Dead.
Recouverte d’une fourrure violette, cette main bestiale n’avait rien d’humain.
Un monstre ?
Lia apparut derrière Dead.
Ce n’était pas un monstre. C’était la main de Lia.
Lia, une adolescente à peine sortie de l’enfance, avec un bras gigantesque de bête greffé au corps, avait quelque chose de monstrueux.
Je frappai de mon épée le bras toujours enfoncé dans la poitrine de Dead.
Lia retira aussitôt son bras.
Boum.
Le corps de Dead bascula en avant dans un bruit sourd.
Lia lécha un peu du sang de Dead sur ses doigts.
« S’il ne t’avait pas aidé, il aurait survécu. Quel dommage. »
Dans la main de Lia se trouvait quelque chose qui ressemblait à un des organes de Dead.
Couvert de sang, impossible de savoir ce que c’était vraiment.
Je tombai à genoux et pris Dead dans mes bras.
« Hum ! Écoute-moi bien. Quoi qu’il arrive, tu dois tuer Lia. Ne la laisse pas devenir une entité d’incursion… »
Dead peina à articuler ces mots à travers le trou dans son ventre.
Il ferma les yeux avant d’avoir pu terminer sa phrase.
En voyant Dead dans cet état, je sentis mon esprit se clarifier.
Je le déposai délicatement et me relevai.
Dans l’étroit wagon, l’odeur du sang me piquait le nez.
J’avais passé si peu de temps avec Dead.
Pourtant, depuis mon entrée dans la tour, c’était lui qui m’avait traité le plus comme un être humain.
Je pensais au moins verser quelques larmes.
Pourtant, la mort de Dead me laissait étrangement indifférent, au point que je me demandais si j’étais devenu aussi insensible.
Je sortis la dague plutôt que l’épée.
Les Infectés qui restaient se jetèrent tous sur moi en même temps.
Je continuai d’utiliser la technique que j’avais apprise grâce au dieu Soter.
Une fois les Infectés à terre, je m’empressai d’avaler des potions de mana.
Il aurait pu m’en donner une plus grosse.
J’en bus trois d’un coup, mais la quantité de mana récupérée était dérisoire.
J’achevai le dernier Infecté.
Des cadavres jonchaient le wagon.
Même Infectés, ils avaient été humains. Et maintenant, ils n’avaient toujours pas l’air différents de gens ordinaires.
J’aurais dû tuer Lia.
C’était moi qui avais provoqué tout ça.
Je comprenais enfin pourquoi il avait tant rechigné à parler de l’échec.
Assassiner une adolescente à peine sortie de l’enfance, ou tuer une créature qui avait infecté tous les passagers du train et s’était elle-même changée en monstre.
Le meilleur choix sautait aux yeux.
Au lieu d’avoir peur de la situation, j’avais envie de rire.
Le corps de Lia se tordit et se déforma étrangement.
Sa main droite avait déjà changé, et sa main gauche se contorsionnait à son tour pour prendre la même forme monstrueuse.
C’était dangereux.
Le sol étroit du wagon était jonché de cadavres et de débris arrachés à l’intérieur du train.
Il était évident que le désavantage était de mon côté.
La main de Lia fondit vers ma tête.
Je glissai au sol pour esquiver le coup.
Je me jetai par une vitre brisée.
Je me hissai par la fenêtre jusque sur le toit du train.
Le vent violent cingla la plaie sur ma joue.
Des coups sourds retentissaient à l’intérieur du train.
Garder l’équilibre n’était pas facile, mais ça valait toujours mieux que de combattre à l’intérieur.
Le toit du train se déchira et Lia en émergea.
Une adolescente avec un bras de bête, quelle drôle de combinaison.
« Dis-moi. Pourquoi tu essaies de me tuer ? Pourquoi ? Ce n’est pas comme si je t’avais fait du mal. »
« Si tu espères que je fasse semblant de n’avoir rien vu, ça ne marchera pas. »
« Pas vraiment ? Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire. Je suis sincèrement curieuse, c’est tout. Pourquoi tu essaies de me tuer ? »
Je gardai mon épée levée et restai sur mes gardes.
« Parce qu’on t’a confié une mission d’assassinat ? Tu as eu plein d’occasions de me tuer, et tu ne l’as pas fait. Mais maintenant, tu t’y mets. »
« Tu n’as pas infecté tous les passagers de ce train ? »
« Parmi les sauvages de ce train, y en a-t-il un seul qui ait un lien avec toi ? »
Sa question me laissa sans voix.
Les passagers du train n’avaient aucun rapport avec moi.
S’il y avait quelqu’un qui avait compté pour moi, c’était tout au plus Dead, et elle l’avait tué.
« Si je dois mourir pour avoir infecté une bande de sauvages, alors Yuhan-ssi, qui les a tués, devrait subir le même sort, non ? »
« Qu’est-ce que tu essaies de dire ? »
Cette conversation me déplaisait.
La griffe de Lia effleura mon bras.
Même cette légère éraflure m’ouvrit la chair, et le sang se mit à couler.
Je ne plaisantais pas. Un seul coup bien placé de sa part suffirait probablement à m’achever.
« Je n’en ai peut-être pas l’air, mais au fond, je suis pacifiste. De toute façon, toi et moi, on est des meurtriers. Les meurtriers devraient pouvoir s’entendre, tu ne crois pas ? »
Quelle logique tordue.
Je n’avais même pas la force de répliquer.
À la place, je cherchai une excuse qui pourrait passer.
« Ça n’arrivera pas. »
« Pourquoi ? »
« Parce que tu as tué mon ami. »
Je ne savais pas exactement à quel moment il était devenu mon ami.
Mais appelons-le comme ça.
Je me dis que Dead comprendrait.
Lia recula légèrement, l’air décontenancé. Ses lèvres se pincèrent en une petite moue sévère.
« C’est juste, je suppose. »
« Alors tu n’as qu’à… »
« Et si je te dédommageais pour le soldat que j’ai tué ? »
« Me dédommager ? »
« Oui. Je t’ai dit qu’il y avait un délicieux cheesecake dans la capitale, tu te souviens ? Je t’en achèterai, comme promis. Ça ne ferait pas une compensation largement suffisante ? »
Dead.
Apparemment, ta vie ne valait pas plus que ça.
Je pris appui sur le toit et bondis par-dessus Lia.
« Dis-moi. Quel est ton tabou ? »
Qu’est-ce qu’elle racontait, au juste ?
Crève, bon sang.
Notes :
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