Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 30 : Souvenirs d’un meurtre (1)
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Je compris que quelque chose avait sérieusement dérapé.
Quand avait-elle bien pu filer ?
Je n’avais rien remarqué.
Ce détail sans importance pouvait attendre.
Je rengainai la dague et sortis dans le couloir.
En voyant le long couloir du train, je perdis tous mes moyens.
Ce train était plus long qu’il n’en avait l’air.
Impossible de vérifier chaque passager un par un.
Du calme.
Je retournai d’abord dans la cabine.
Lia était peut-être simplement allée aux toilettes, ou sortie pour une autre raison.
Assis au bord du lit, je me pris la tête entre les mains.
Une minute me parut durer une heure.
Le temps passa, mais Lia ne revint toujours pas.
Je compris qu’il était temps d’agir.
Je sortis l’épée de ma fenêtre d’objets.
Je la dissimulai sous mon manteau et me levai.
J’avais donné trente mille points de mérite au dieu Soter et obtenu une compétence pour la première fois.
Force : A- (51 %)
Vitalité : B- (80 %)
Mana : C+ (93 %)
Récupération : B (62 %)
Points de mérite : 8 490
Compétences <Trait> <Détection du mana>
Objets détenus <Bombe de douche x200> <Petite potion de mana x10> <Petite potion de vitalité x100>
Trait et Détection du mana.
La première compétence était de toute évidence une attaque. Je savais donc à peu près comment l’utiliser.
Le problème, c’était la seconde.
Détection du mana.
Il m’avait dit que cette deuxième compétence finirait probablement par être plus utile que la première.
Je n’avais rien ressenti dans l’espace entre les couches dont il m’avait parlé, mais peut-être que ce serait différent ici.
Je pris une profonde inspiration, comme il me l’avait appris, et me concentrai sur ce qui m’entourait.
Il y avait quelque chose, c’était sûr.
Une faible lueur, semblable à celle d’une petite flamme.
Je crois que j’y arrive.
J’attirai un peu plus de mana et sentis la présence de gens encore plus loin.
Le train eut une légère secousse. Il avait dû entrer dans un tunnel.
Ma tête se mit à pulser.
Je sentais que je ne devais pas pousser davantage ici.
J’expirai lentement, puis inspirai profondément de nouveau.
Avec cette méthode, je n’aurais pas besoin de fouiller chaque wagon du train.
Mais la fatigue avait l’air assez rude.
Je repensai à la conversation que j’avais eue avec lui au sujet de la Détection du mana.
« Bon, oublie cette histoire de flamme, de présence, ou je ne sais quoi. Ce que je veux savoir, c’est : en quoi cette compétence peut vraiment m’aider ? »
« Le mana, cette présence, est un peu différent pour chaque personne, chaque individu. Tu connais cette sensation, quand tu sens que quelqu’un est arrivé sans même le regarder ? Comme lorsqu’un ami proche s’approche de toi à l’improviste. »
« Oui, enfin, ça arrive. Mais c’est parce qu’on est proches. »
« Il suffit de rencontrer quelqu’un une fois pour le devenir assez. »
Je ne voyais pas en quoi cela pouvait m’aider.
Avec cette compétence, je pouvais effectivement percevoir de subtiles différences de mana d’une personne à l’autre, comme il l’avait dit.
Alors, quelle forme avait le mana de Lia ?
Comment j’étais censé le savoir… Attends une seconde.
Quand Lia m’avait donné la viande séchée, nos mains s’étaient frôlées un instant.
Je n’avais pas utilisé la Détection du mana à ce moment-là, mais j’avais l’impression de pouvoir encore me rappeler cette sensation.
Je réessayai.
Comme c’était la deuxième fois, ce fut nettement plus facile que la première.
Plus je remontais le train, plus la sensation du mana devenait étrange.
C’était quelque part vers la troisième classe, on aurait dit. Pas seulement la sensation d’un wagon bondé, mais autre chose.
Si la première et la deuxième classe me semblaient bleues, limpides et fraîches, la majeure partie de la troisième classe ressemblait à de l’eau boueuse.
Je repensai au moment où j’étais entré dans la voiture-restaurant et à l’homme qu’on avait refoulé en même temps que moi. Peut-être que cette différence s’expliquait depuis le début par ce « mana ».
Je l’ai trouvée !
Tout au bout des wagons de troisième classe, il n’y avait qu’une seule présence étrangère.
J’en étais certain. Ce mana appartenait à Lia Angelina.
Elle semblait assez loin. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle elle était allée jusqu’au fond du train.
Je vais d’abord la rejoindre.
Comme nous partagions la même cabine, si la situation devenait gênante, je pourrais toujours prétendre que j’étais venu la chercher parce que je m’inquiétais pour elle.
Cette fois, pas d’erreur, me répétai-je en me dirigeant vers le wagon de troisième classe où se trouvait Lia.
Quelques membres du personnel étaient éparpillés çà et là, mais comme j’étais un passager de première classe, aucun ne fit grand cas de moi.
J’ouvris la porte du wagon de troisième classe.
À peine entré, je fus assailli par une odeur de nourriture.
Quelque chose qui ressemblait à des ramen, peut-être du gimbap, avec une odeur de graisse en plus.
Je n’avais jamais senti une odeur pareille, et elle n’avait rien d’agréable.
J’avançai d’un pas décidé.
Ça doit être par ici.
Alors que j’allais passer dans le wagon suivant, la porte devant moi s’ouvrit brusquement.
Une femme en jaillit et me heurta de plein fouet.
Heureusement, je parvins à empêcher que nous tombions tous les deux.
« P… pitié, aidez-moi ! »
Il était évident que quelque chose n’allait pas chez la femme que je venais de heurter.
Ses vêtements étaient en loques, certes, mais elle était aussi couverte de sang.
Était-elle blessée ? Que se passait-il ?
« Vous allez bien ? »
Je me penchai et lui tendis la main tandis qu’elle s’effondrait au sol.
Le fourreau dépassait de sous mon manteau en désordre.
La femme tressaillit en le voyant et recula en rampant.
Elle boitait, et sa jambe portait une morsure.
La blessure ressemblait moins à l’œuvre d’un être humain qu’à celle d’un animal.
« M… un monstre ! C’est un monstre… »
Un monstre.
Ne me dites pas qu’un vrai monstre était apparu dans le train.
Il ne m’avait jamais parlé de ça.
Je tendis la main vers la porte du compartiment d’où elle avait jailli, mais elle s’agrippa au bas de mon manteau.
« Non, ne faites pas ça !! Vous êtes un… un Muel, pas vrai ? Il faut arrêter le train, arrêtez-le ! Sinon, on va tous mourir… Kuh… »
La femme vomit du sang sur le sol.
Je sortis une potion de ma fenêtre d’objets.
Elle n’avait presque plus d’effet sur moi, mais elle pouvait peut-être l’aider.
J’ouvris une potion de vitalité et la lui versai dans la bouche.
Muel… Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ?
« Kh… ! »
Elle était incapable d’avaler quoi que ce soit et recracha toute la potion.
Du sang mélangé à la potion lui gicla dessus.
Il fallait que je change de méthode.
Je vais devoir aller chercher quelqu’un.
Avec autant de monde dans le train, il devait bien y avoir au moins un médecin, ou quelqu’un qui s’y connaissait en soins.
J’allongeai la femme sur le sol et tendis la main vers la poignée de la porte du wagon suivant.
À cet instant précis, la femme se redressa d’un bond.
Je me retournai, cherchant à comprendre ce qui se passait, et elle se jeta sur moi.
« Grr… GRAAAH ! »
Elle me renversa et je m’écrasai au sol avec elle.
Elle vomissait d’énormes quantités de sang, encore et encore, sans s’arrêter.
On aurait dit qu’elle allait se vider jusqu’à la dernière goutte.
« GRAAAH ! À l’aide… Ugh… GRAAAH ! »
Toutes ses veines gonflèrent comme si elles allaient éclater, et des larmes de sang coulèrent de ses yeux.
Du sang dégoulinait de sa bouche ouverte et ruisselait sur ses joues.
La bouche béante comme celle d’un animal, elle essaya de m’enfoncer les dents dans l’épaule.
Pris de court, je la repoussai.
Mais quelle force de malade !
Pas le choix.
Je la saisis par le col, la fis pivoter, la repoussai et me relevai.
« Grrrrr, grr… »
Qu’elle ait complètement perdu la tête ou non, elle émettait des sons que je ne comprenais pas du tout.
Elle se releva en titubant et regarda tour à tour le compartiment et moi.
On aurait dit un vrai zombie.
Je pris appui d’une main contre la paroi du train et inspirai profondément.
J’avais l’impression que son état était d’une manière ou d’une autre de ma faute.
Cette pensée revenait sans cesse. Je n’aurais pas dû laisser Lia quitter la cabine.
La blessure à la cuisse de la femme avait l’air grave.
En l’examinant de plus près, je compris qu’elle ne venait pas d’un animal. C’était une morsure humaine.
Elle n’avait plus toute sa tête.
À ce stade, elle tenait plus de la bête que de l’être humain.
Je dégainai mon épée en la surveillant attentivement.
Elle n’était pas ma cible. Je ne pouvais pas me permettre de mourir à cause d’elle.
Je lui fis un croche-pied, la renversai et me jetai sur elle lorsqu’elle tomba.
Je levai l’épée à deux mains, prêt à la lui enfoncer dans le cœur.
Merde.
Je ne pouvais pas hésiter.
Je fermai les yeux et maudis silencieusement tout ce qui me passait par la tête.
Je veux vivre !
« Ne te prends pas trop la tête avec les morts. »
Ses paroles me revinrent. Je les avais prises pour des remontrances.
Tchac.
La pointe de l’épée s’enfonça dans sa chair et lui transperça le cœur.
Son corps tressaillit comme un poisson tiré hors de l’eau, puis s’affaissa.
Je laissai la femme morte derrière moi et me relevai en titubant, avec peine.
Le roulis et le vacarme du train résonnaient dans mon crâne.
« Ugh… »
J’avais l’estomac noué.
Sans réfléchir, je plaquai une main sur ma bouche ; le sang chaud sur mes doigts s’étala sur mes lèvres.
« Hé, t’as entendu un drôle de bruit, à l’instant ? »
« Ouais, je crois que moi aussi. »
« Il se passe quelque chose ? »
Des voix chuchotèrent de l’autre côté du compartiment.
Boum.
Je retirai l’épée de la poitrine de la morte.
À peine l’eus-je dégagée que le sang jaillit de la blessure comme une fontaine.
Avant même que je puisse assimiler le fait que je venais de tuer quelqu’un qui n’était pas ma cible, la porte du compartiment derrière moi fut arrachée de ses gonds.
« AAAAAAH ! »
« AAAAAH ! »
Le compartiment derrière moi avait sombré dans le chaos total.
Je pris appui contre la paroi et repoussai un infecté qui se jetait sur moi.
D’autres infectés tambourinaient sur la porte du compartiment bondé, en face.
Un homme assis vers le fond ouvrit la porte.
« C’est quoi, ce raffut ? Qu… qui êtes-vous ? Mais qu’est-ce que… AAAAAH ! »
Dès que la porte s’ouvrit, un infecté le mordit et le compartiment de devant sombra à son tour dans le chaos.
Je frappai de mon épée l’infecté qui me barrait le passage.
Heureusement, celui-là ne ressuscita pas et ne revint pas à la vie chaque fois que je le tuais.
S’il ne mourait jamais, ça aurait été un tout autre problème.
Parce qu’alors, ce ne serait plus un infecté. Ce serait un zombie.
Maintenant que j’y pensais, j’avais encore un peu discuté avec lui après notre conversation sur les compétences.
« Qu’est-ce qui se passe si je ne tue pas la cible ? »
« C’est pour ça que je te dis de ne pas échouer. »
« Oui, mais au cas où. »
Je lui avais surtout posé la question par précaution, en me disant que ça ne ferait pas de mal de me préparer au pire.
Il était resté silencieux un bon moment après que je lui eus lancé la question sans trop y réfléchir.
C’était vraiment si difficile à répondre ? Je me souviens avoir penché la tête, perplexe, juste avant qu’il ne finisse par parler.
« Tue-les. Il ne doit rester personne en vie dans ce train. »
À l’époque, je n’avais pas compris ce que ça voulait dire.
J’avais déjà eu bien des occasions de tuer Lia.
J’utilisai la Détection du mana.
Lia était toujours au fond du train.
Contrairement au chaos qui régnait à l’avant, les wagons du fond avaient presque entièrement été ravagés.
Je serrai mon épée et regardai autour de moi les infectés qui remplissaient le train.
Pfiou.
La main qui tenait l’épée était moite de sueur.
Toutes sortes de pensées me traversèrent l’esprit.
Autrefois, j’étais un étudiant ordinaire.
Les études, les relations avec les autres, tout était banal.
J’étais moyen en tout, insignifiant.
Si tout ça ne m’était jamais arrivé, j’aurais probablement intégré une université correcte grâce à mes notes, puis trouvé un emploi convenable dans une entreprise convenable.
Pour être honnête, je détestais ça.
J’enviais ceux qui se donnaient à fond, sans se soucier de l’opinion des autres, et qui consacraient toute leur vie à poursuivre un seul désir.
Je me souciais trop du regard des autres pour risquer de renoncer à quelque chose dans le but d’accomplir quoi que ce soit.
Peut-être que la vérité, c’était que je voulais trop de choses.
« Vis, quoi qu’il arrive. Ce serait dommage de mourir comme ça, non ? »
Je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle.
Dès que j’entendis ces mots, mon esprit s’éclaircit.
Je compris exactement ce que je devais faire, et pourquoi on m’avait entraîné là-dedans.
Présenté comme ça, le désir n’était finalement pas si énorme.
Survis !
Survis, et ensuite, comme il l’avait dit, je flanquerai mon poing dans la figure de celui qui avait organisé tout ça.
Finie, l’hésitation.
Je n’avais plus aucune raison d’hésiter.
Crac. Quelque chose éclata dans ma bouche.
L’étiquette indiquait « potion de mana », mais ça avait plutôt le goût d’un bonbon rond.
Le mana qui enveloppait la lame scintilla faiblement.
C’était la même compétence qui avait tranché net le pupitre d’un professeur d’un seul coup, quand je l’avais testée dans l’espace entre les couches.
On m’avait dit qu’en vrai, elle frapperait encore plus fort.
Je frappai l’infectée à la gorge.
Ce n’était pas tant une coupe qu’un trait tracé dans l’air. La tête de la femme d’âge mûr se détacha proprement et tomba au sol.
Finie, l’hésitation.
J’en étais désormais certain.
Je pouvais tout faire, quoi qu’il en coûte, tant que je survivais.
J’avançai en fauchant les infectés qui remplissaient les wagons, l’un après l’autre.
Arrivé au dernier wagon, je me retournai en sentant une présence.
Ce n’était pas la présence d’un infecté, mais mes nerfs étaient si à vif que mon corps dirigea l’épée vers la gorge de l’homme par pur réflexe.
« Doucement, c’est moi. »
« Dead ? »
Pas mal, comme bilan de survie, pour quelqu’un qui porte un nom aussi sinistre, hein ?
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