Chapitre 12
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Je suis revenu en dieu ◈
Chapitre 12 : Maître de la Tour (4)
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Je fis semblant de trembler, et l’homme prit un ton ferme.
« Ça suffit, calmez-vous. Quant à vos compagnons, je suis désolé, mais il va falloir les oublier. Si vous comptez faire ce métier, ce genre de choses est inévitable. »
Je glissai les mains sous mes genoux et baissai la tête, comme si j’avais perdu toute volonté.
Le jeune homme qui se tenait derrière lui chuchota à celui qui m’interrogeait.
« Sunbae, je ne crois vraiment pas que ce gamin sache quoi que ce soit. Il ne savait même pas qu’il s’agissait d’un double donjon. »
Après avoir quitté la Tour des Épreuves, j’avais atterri dans un autre donjon. Et pas n’importe lequel.
Un double donjon. On l’appelait aussi un faux donjon.
C’était un type rare et particulier de donjon, qui se formait lorsque deux donjons se chevauchaient au même endroit.
Dans un donjon normal, une fois celui-ci terminé, un portail de sortie apparaissait. Mais dans un double donjon, au lieu d’un portail de sortie, on se retrouvait directement dans le donjon suivant.
Et c’est là que les ennuis commençaient.
La raison pour laquelle on appelait les doubles donjons des faux donjons était simple.
Le second donjon, dissimulé sous le premier, était toujours d’un rang supérieur à celui qui se trouvait en surface.
Comme le donjon mentait sur son propre rang, on le qualifiait de faux donjon.
Si les chasseurs qui y entraient parvenaient à traverser le donjon caché sans encombre et à en ressortir, tout allait bien. Sinon, ça finissait en accident. Comme celui-ci.
Et les doubles donjons avaient encore un autre problème.
Les disparus.
Comme on n’y entrait pas par une voie normale, il y avait forcément des disparus.
Il s’agissait de chasseurs qui disparaissaient ou mouraient sans jamais ressortir du donjon. Et apparemment, dans les doubles donjons, ce genre de cas était particulièrement fréquent.
Quelle chance.
Le premier donjon où j’étais entré était de rang D. Après avoir quitté la Tour des Épreuves, je m’étais réveillé dans le second.
Le Canyon des Harpies, de rang C+, qu’on considérait de fait comme un donjon de rang B à cause de son terrain impitoyable et de ses monstres volants.
Normalement, dès qu’un donjon était plein, ou qu’une heure s’était écoulée depuis l’entrée de quelqu’un, il se scellait de l’extérieur, peu importe le nombre de personnes encore à l’intérieur.
Mais il existait une catégorie rare de chasseurs, les Clefs, qui possédaient la compétence « Ouverture de donjon », capable de desceller un donjon de l’extérieur.
Comme l’incident concernait des stagiaires de l’Association et s’était produit dans un donjon qui lui appartenait, il leur fallait régler l’affaire rapidement, pour sauver les apparences.
Abstraction faite du double donjon, l’Association soupçonnait pour l’instant que moi, le seul survivant, avais tué jusqu’au dernier de mes compagnons à l’intérieur.
J’avais vite évalué la situation et je m’en tirais en jouant les idiots, en répétant que je ne savais rien.
Je n’avais pas oublié d’en rajouter un peu, histoire de rendre mon jeu plus convaincant.
En me voyant trembler, livide, l’autre membre du personnel continuait de tenter de calmer son sunbae.
Celui qui se trouvait devant moi était le senior, et celui derrière lui, le junior. Pour une raison ou une autre, le chasseur senior ne cessait pourtant de chercher l’approbation du junior du regard. Il avait dû se passer quelque chose entre eux.
Le junior continuait à prendre ma défense.
« Comment un gamin sans pouvoir aurait-il pu tuer toute son équipe ? »
« Ce qui me chiffonne, c’est qu’il ait obtenu une affiliation juste après être entré dans le donjon. »
« Tu disais que c’était un dieu inconnu, c’est ça ? C’est rare, mais ça arrive, d’obtenir une affiliation après être entré dans un donjon. »
Waouh. Un déchet sans nom, dont personne n’a jamais entendu parler. C’était un peu fort.
L’homme qui m’interrogeait croisa les bras et poussa un soupir.
« Très bien. Nous allons nous arrêter là pour l’enquête. »
« Euh… Je peux quand même continuer à travailler comme chasseur, pas vrai ? »
« Ah, ne vous inquiétez pas pour ça. Votre activité de chasseur ne posera aucun problème, Kang Hangyeol-ssi. Ce serait absurde de vous interdire de travailler à cause d’un malheureux accident. »
« Merci. »
Le membre du personnel chargé de l’interrogatoire sortit le premier. Je le suivis peu après. On ne me posa pas d’autres questions.
Une fois sorti du bâtiment de l’Association, je m’assis sur un banc près de l’entrée et allumai mon téléphone.
J’étais entré pour l’interrogatoire le matin, et quand j’en étais sorti, l’après-midi était déjà bien entamé.
Mon téléphone était resté éteint un bon moment, mais personne n’aurait vraiment eu de raison d’essayer de me joindre. Enfin, il n’aurait pas dû y en avoir.
« Qu’est-ce que c’est ? »
J’avais reçu un texto d’un numéro inconnu. [rappelle-moi quand t’as fini]
Ce ton… Peu importe comment je le prenais, ça ne pouvait être que Choi Suhyun.
Choi Suhyun était un chasseur Clef, détenteur de la compétence Ouverture de donjon. C’était lui qui avait ouvert l’accès au second donjon, le Canyon des Harpies.
Choi Suhyun était la Clef.
Les chasseurs possédant une compétence capable de desceller les donjons étaient extrêmement rares.
Le plus jeune Éveillé jamais recensé, chasseur de rang S, et en plus une Clef.
À ce stade, son véritable emploi au gouvernement devait être un simple passe-temps.
Ayant pratiquement confirmé que le numéro inconnu appartenait à Choi Suhyun, je le rappelai.
Il décrocha avant la fin de la troisième sonnerie.
« Allô… »
« Immeuble Haeseong. Parking souterrain, B3, place 21-2. »
« Hein ? »
« Viens. »
Choi Suhyun se contenta de dire ce qu’il avait à dire, puis raccrocha sans attendre ma réponse.
Je cherchai l’immeuble Haeseong sur mon téléphone.
Il se trouvait juste de l’autre côté de la rue.
Arrivé au passage piéton, je fixai l’immeuble et marmonnai :
« Quel sale type. »
Même avant de devenir Sans affiliation, il avait dû passer sa vie à se faire traiter de bizarre.
Le parking souterrain de l’immeuble, qui abritait à la fois le siège d’une guilde et des bureaux, était bondé de voitures.
Une McLaren 920S Spider.
Le tout dernier modèle de supercar, sorti depuis moins d’un an.
J’avais lu un jour sur Internet qu’avec l’avènement des chasseurs, les secteurs qui avaient le plus profité de la situation étaient ceux des supercars et des produits de luxe.
C’était, paraît-il, une sorte de réflexe compensatoire : quand on exerçait un métier où l’on pouvait mourir à tout instant, on avait envie de se faire plaisir.
En regardant la voiture de Choi Suhyun, je marmonnai avec une conviction absolue :
« Vous voyez, je vous l’avais dit : son emploi au gouvernement, c’est juste un passe-temps. »
« Petit con, je t’entends, tu sais. »
Choi Suhyun baissa la vitre et me lança un regard noir.
« Monte, maintenant. »
À peine avais-je bouclé ma ceinture que Choi Suhyun démarra.
Une fois remontés à la surface, Choi Suhyun fit rouler dans sa bouche un bonbon artisanal sorti d’une boîte en fer.
« J’ai entendu dire que tu avais obtenu une affiliation. »
« C’est comme ça que ça s’est passé. »
« Félicitations. Franchement, peu importe de quel dieu il s’agit. Juste après ton éveil, mieux vaut avoir quelqu’un sur qui s’appuyer que personne. »
« Et on va où ? »
Choi Suhyun avait coupé le GPS et conduisait apparemment à l’instinct.
« Chez moi. »
« Je n’ai pas l’habitude de sortir avec des hommes, vous savez. »
« Tu veux mourir ? »
Le visage de Choi Suhyun se fit parfaitement sérieux tandis qu’il croquait son bonbon avec force.
« Je peux pas plaisanter ? Comment tu fais pour vivre en étant aussi sérieux tout le temps ? »
« Eh bien, dis donc. À t’entendre, on croirait que tu as vécu plus longtemps que moi. »
Sans tenir compte de la remarque de Choi Suhyun, je m’adossai au siège moelleux et pris un bonbon dans le bocal en verre pour le mettre dans ma bouche.
Heureusement, Choi Suhyun ne sembla pas trop s’en formaliser.
« Alors, pourquoi est-ce qu’on va chez vous, au juste ? »
Je mis le bonbon au raisin dans ma bouche et attendis sa réponse.
« Il y a une raison. »
Choi Suhyun ne me dit jamais laquelle.
Son attitude ne m’inquiétait pas particulièrement.
Il finirait par me le dire.
Autant ne pas se presser.
C’était peut-être l’interrogatoire de toute la matinée, mais je me sentais étrangement fatigué.
Le chauffage soufflait de l’air chaud par les bouches d’aération, et je ne tardai pas à piquer du nez.
Je me réveillai une trentaine de minutes plus tard.
Nous étions apparemment arrivés : un garage privé s’étendait devant le pare-brise.
Choi Suhyun était déjà sorti. Il frappa à la portière passager, comme pour m’ordonner de descendre.
J’ouvris la portière, sortis et me frottai les yeux.
« Ça aurait été sympa que vous m’ouvriez la portière. »
« Ouvre-la toi-même. »
Choi Suhyun inclina la tête pour me faire signe de le suivre.
Dans le garage privé se trouvaient la McLaren avec laquelle nous étions arrivés, une Chevrolet, une Porsche, une Ferrari et une Bugatti. Tous les derniers modèles de marques dont on avait forcément déjà entendu parler.
« Waouh. C’est dingue. »
Le fait que tout ça ait suffi à me réveiller complètement en disait long. L’ascenseur qui reliait le garage s’ouvrit.
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne montes pas ? »
Je me dépêchai de rejoindre Choi Suhyun dans l’ascenseur.
Je regrettais de m’être assoupi et d’avoir raté la vue de la maison depuis l’extérieur.
« Vous vivez indécemment bien, dites donc. »
« Si tu veux dire que je vis bien, dis que je vis bien. Pourquoi “indécemment” ? »
« Je devrais dire “comme un porc” à la place ? »
« Tu veux mourir ? »
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et je m’élançai dehors comme si je fuyais.
Derrière moi, j’aperçus le visage de Choi Suhyun, qui avait l’air complètement exaspéré.
Je lui tournai le dos, et Choi Suhyun serra le poing.
Si un chasseur de rang S me donnait un seul coup avec ce corps, je risquais de me briser une ou deux côtes sans même qu’il force.
Choi Suhyun sortit de l’ascenseur, les mains enfoncées dans les poches de son costume.
Je craignis sincèrement qu’il ne finisse par me frapper, mais il ne se passa rien.
Droit devant, au-delà d’un mur de grandes baies vitrées élégantes, s’étendait le jardin.
Pendant un instant, je pensai à mon propre studio en sous-sol.
La salle de bains de cette maison devait être plus grande que tout mon logement.
Bon sang.
« J’ai entendu dire qu’on t’avait interrogé toute la journée. Tu as mangé ? »
« Vous croyez que j’en ai eu le temps ? »
« Tu veux quoi ? Pizza ? Poulet ? Un burger, ça va aussi. »
« Quand on vit dans un endroit pareil, on évite de dire des choses qui me retournent le cerveau. »
« Et alors, je devrais manger bio, sans pesticides ? »
« Beurk, ne dites pas des trucs aussi horribles. Du poulet ou un burger, ça me va. »
« Alors, pizza. »
Je ne comprenais vraiment pas pourquoi il se donnait la peine de demander s’il allait faire ce qu’il voulait de toute façon.
« Je vais commander à manger. Attends dans le salon. »
Choi Suhyun agita la main et se dirigea vers le deuxième étage.
Je me laissai tomber sur l’immense canapé en U qui se trouvait à côté.
Mon corps s’y enfonça. Autant appeler ça un lit plutôt qu’un canapé.
Ouaf.
« Ouaf ? »
Ouaf, ouaf.
« Ouah, tu m’as fait peur. C’est un chien. »
Un petit chien tout duveteux était perché sur le canapé.
Un bichon, peut-être ?
Le chien aboya vers moi un instant, puis tourna la tête et sauta du canapé avec désinvolture.
« Songsong. Mange, allez. »
Je me retournai et passai la tête par-dessus le dossier du canapé.
Choi Suhyun avait troqué son costume contre un survêtement confortable et prenait le chien dans ses bras.
« C’est quoi, ce nom ? »
« Qu’est-ce qu’il a ? C’est un bichon, alors Songsong. C’est mignon. »
« Ne me dites pas que vous l’appelez Choi Songsong, d’après votre nom de famille ? »
Choi Suhyun me regarda comme s’il ne voyait pas où était le problème.
« Waouh. Impressionnant. Je vais me taire, désormais. »
Je soupirai et me tus.
De toute façon, ce n’était pas mon chien.
Ça m’était égal.
« Alors, pourquoi vous m’avez invité chez vous ? »
« Avant ça, tu sais que tu me dois des remerciements, pas vrai ? »
Songsong, qui avait fini son repas en un temps record, sauta sur les pieds de Choi Suhyun.
Choi Suhyun se pencha un peu et le prit dans ses bras.
Même un petit chien devait peser un peu, mais quand Choi Suhyun le souleva, il se posa dans ses bras, léger comme un duvet.
Je me levai du canapé en repensant aux paroles de Choi Suhyun, puis repassai en revue tout ce qui s’était produit ce jour-là.
Tout ce qui s’était passé — si tant est qu’on puisse appeler ça ainsi — se résumait à avoir été traîné à l’Association dès le matin, interrogé toute la journée, puis kidnappé chez Choi Suhyun. Voilà tout.
À peine de quoi parler d’un événement.
Quelque chose pour quoi je devrais le remercier, hein ?
J’étais le seul survivant d’un accident survenu pendant un exercice sur le terrain dans un donjon organisé par l’Association.
Ce n’était pas la première fois qu’on me convoquait la veille.
Avant cela, j’étais déjà allé à l’Association plus de fois que je ne pouvais en compter.
Au début, on avait soupçonné que j’avais peut-être tué les coéquipiers qui étaient entrés avec moi. Mais, à un moment donné, leur attitude avait changé.
Pour ma part, mieux valait que l’affaire soit classée comme un simple accident plutôt que de me faire coller d’emblée l’étiquette de chasseur meurtrier.
« C’est vous qui avez fait ça ? »
Notes de bas de page :
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