*Tzzzz—*
« Argh... Merde. »
Zen laissa échapper un grognement de frustration alors que le fragile cercle magique gris flottant au-dessus de sa paume volait en éclats, se changeant en minuscules étincelles d'essence.
« Encore un échec. »
Le sort [Bouclier d'Essence] qu’il tentait de lancer depuis cinq ou six heures venait de s'effondrer, juste avant que le dernier nœud ne s'enclenche.
Il poussa un long soupir en s'affaissant contre le siège en cuir usé de la calèche.
Le fourré de Mournwood se trouvait à près de sept heures de route de Thornhaven, et il avait espéré mettre ce temps à profit.
Au lieu de quoi, il avait passé tout le trajet à réaliser à quel point il était dans la merde.
Six heures s'étaient écoulées, et il n'arrivait même pas à exécuter le sort défensif le plus élémentaire : [Bouclier d'Essence].
« Qu'est-ce que je fais de travers ? »
Sous-estimait-il sa Malédiction, la Sécheresse de l'Âme ?
Pourtant, il avait vu Mikael lancer ce sort à plusieurs reprises dans les souvenirs fragmentés dont il avait hérité.
Même si le sort qu'il utilisait était mince et faible, il parvenait à le lancer.
Alors pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il pas en faire autant ?
Il connaissait tous les principes, toute la séquence géométrique du cercle magique, la densité d'essence, les nœuds d'ancrage...
Bon sang, il pouvait même voir le plan complet du sort, clair comme de l'eau de roche dans son esprit, grâce à son Talent de Lanceur de Sorts de rang Divin.
Alors pourquoi ?
Son Talent lui offrait une compréhension intuitive de n'importe quel sort qu'il avait déjà vu.
Pourtant, à l'instant où il tentait de l'exécuter... tout se brisait.
C'était comme si...
C'était comme si son corps rejetait l'essence elle-même.
Était-ce parce que son âme ne venait pas de ce monde ?
« Argh... C'est tellement frustrant. »
Marmonna-t-il en se passant les mains sur le visage.
« Réessayons une fois de plus. »
Il se redressa sur son siège et ferma les yeux, lâchant un petit souffle.
Il chercha en lui son noyau d'essence grise, situé près de son Dantian.
Rien que le trouver était une corvée.
Il le sollicita lentement, tentant doucement de l'attirer vers le bout de ses doigts.
« ...Allez. »
Il lui fallut une minute de concentration intense pour réussir à extraire un simple filet d'essence.
Il sentait sa Volonté lutter contre la Malédiction.
Son essence se déplaçait lentement à travers ses méridiens, comme du goudron épais.
Il serra les mâchoires, la sueur perlant sur ses tempes.
Chaque fibre de son être voulait lâcher prise et laisser l'énergie se dissiper.
Mais il persista.
Il refusa de lâcher, guidant obstinément le filet le long de ses bras.
Une faible lueur gris-blanc se forma sur ses doigts.
Son Talent de rang Divin bourdonna au fond de son esprit, lui transmettant les informations.
Lentement, un cercle extérieur brillant se forma au-dessus de sa paume.
Zen se concentra, forçant son essence à suivre le schéma précis de ses souvenirs.
Il commença à relier les nœuds internes, traçant les lignes d'un point à l'autre.
Ses bras tremblaient.
« Juste un peu plus. »
Il grinça des dents.
La connexion finale n'était qu'à quelques centimètres.
*Goutte ! Goutte ! Goutte !*
Des gouttes de sang s'écoulèrent de son nez, tachant son pantalon noir.
Il manquait d'essence à force de pratiquer sans relâche.
Mais il ne s'arrêta pas.
Il était à la toute dernière étape.
C'était le plus loin qu'il ait jamais été.
Juste un peu plus.
Il pouvait déjà voir le sort complet dans son esprit.
Un tissage élégant d'énergie cristallisée formant une barrière scintillante.
Mais juste au moment où il allait terminer le sort...
*Tzzzz—*
Tout éclata en étincelles scintillantes d'essence grise.
Le sort ricocha contre sa paume avec une sensation de brûlure.
« ...Putain de merde ! »
Zen se tira les cheveux de frustration.
Sa poitrine se soulevait au rythme de ses respirations saccadées.
Il avait forcé.
Même après tout ça...
Pourquoi ce n'était pas suffisant ?
Qu'est-ce qu'il faisait mal ?
Il repassa la séquence dans sa tête, encore et encore.
Ça aurait dû fonctionner.
À moins qu'il n'ait mal compris la structure du sort.
À moins que le défaut ne vienne pas du sort... mais de lui.
« Peut-être que je ne suis pas fait pour ça. »
« Peut-être que je ne pourrai jamais rentrer ? »
Plusieurs pensées négatives tourbillonnèrent dans son esprit, chacune plus sombre que la précédente.
Des écailles violettes commencèrent à se former sur le côté gauche de son cou, se propageant lentement vers sa joue.
Comme ce serait facile d'en finir ici.
Les pensées négatives continuaient de faire surface.
Une autre.
Puis une autre.
Et encore une.
« Est-ce que je devrais... en finir ici ? »
Un instant de douleur et tout ça — la peur, la confusion, cette identité empruntée — tout disparaîtrait.
Ses mains se dirigèrent lentement vers sa propre gorge avant même qu'il ne s'en rende compte.
Il aurait dû prendre cette décision bien avant.
Pourquoi essayait-il seulement ?
« Pourquoi j'essayais de rentrer ? »
« ...Oh, c'est vrai. »
« Pour mes parents. »
« Mes parents. »
Quel idiot il faisait.
Des parents ?
« Hein ? »
Q-quoi ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Zen haleta comme s'il venait de se réveiller d'un long rêve, son cœur battant contre ses côtes comme un oiseau en cage.
Il pressa sa main contre sa poitrine.
« C'était quoi, ça ? »
« Pourquoi je pensais à des trucs pareils ? »
Depuis quand était-il suicidaire ?
Son regard gris tomba soudain sur la vitre de la calèche, où il vit son propre reflet.
Des écailles violettes recouvraient maintenant son cou, grimpant vers ses joues.
Ses yeux s'écarquillèrent...
« Des écailles ? Qu'est-ce que... »
C'est à ce moment-là qu'il comprit ce qui se passait.
Comment avait-il pu oublier la chose la plus élémentaire sur le système de pouvoir des Éclipsés ?
Il avait été trop absorbé par l'identité de Mikael.
Tous les éveillés du Royaume Éclipsé connaissaient une vérité cruelle.
Tous les éveillés sont sensibles à l'attrait des émotions négatives, qui peuvent les entraîner dans les ténèbres et leur faire perdre le contrôle.
Et cet attrait augmente à mesure que l'on monte en rang.
Plus votre rang est élevé, plus vous grimpez dans la puissance, plus l'attrait devient fort.
Il se nourrit de peur, de colère et de désespoir jusqu'à ce que même les plus forts perdent pied.
Certains appellent ça la seconde Malédiction des Éveillés, d'autres le prix à payer pour jouer à Dieu.
C'est pour ça que, dans le jeu, il fallait aussi investir des points de statistique dans la Volonté.
« Il faut que je fasse attention la prochaine fois. »
Mais pourquoi avait-il eu ces pensées négatives si soudainement ?
C'est alors qu'il réalisa que la calèche s'était arrêtée depuis longtemps et qu'il pouvait voir les arbres sombres et denses par la fenêtre.
« Ah... voilà la raison. »
Il était déjà dans le fourré de Mournwood.
La forêt de Mournwood possédait un effet de zone qui amplifiait les émotions négatives.
Il avait survécu uniquement parce que sa Volonté était anormalement élevée pour son rang.
Sans ça, il aurait perdu le contrôle et serait devenu un monstre.
Il fit apparaître son écran de statut.
[Volonté : 2.1]
Presque l'équivalent d'un éveillé de rang 2 inférieur, alors qu'il n'était que rang 1 intermédiaire.
Il ferma les yeux, se concentrant sur sa Volonté, et les écailles sur son visage commencèrent à reculer lentement.
« Ça va probablement prendre du temps. »
Il sortit son mouchoir de sa veste et s'essuya le nez ensanglanté.
Il ouvrit la portière de la calèche et sortit sous le ciel nocturne.
Il vit Thomas, le cocher à la barbe épaisse, inconscient.
« Il a probablement été submergé par les émotions négatives et nous a conduits droit dans la forêt. »
« Enfin, il devrait être en sécurité puisqu'il n'est pas un Éveillé. Sinon, il aurait perdu le contrôle et se serait transformé en monstre. »
« Je vais juste le réveiller et le renvoyer. »
Il releva le col de sa chemise en lin blanc pour cacher les écailles sur son cou.
Il se pencha, avec l'intention de secouer l'épaule de l'homme.
Mais juste au moment où ses doigts allaient entrer en contact, un frisson soudain lui parcourut l'échine.
Sans réfléchir, il se jeta sur le côté alors que la tête de Thomas pivotait et, dans un mouvement violent, se jetait sur lui.
Zen l'esquiva au tout dernier moment et tourna la tête vers l'endroit où Thomas avait atterri.
Thomas était accroupi, les yeux brillant d'un rouge vif, et il grognait en sa direction.
Grrrrrrr—
Les yeux gris de Zen s'écarquillèrent d'horreur.
« I-Il était un Éveillé. »
*****