WeTried Translations
Traducteur/éditeur : WeTried
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◈ J’ai créé un classement dont les Transcendants raffolent ◈
Chapitre 28 : Fuir la réalité
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La protagoniste, Judy, qui se tenait maintenant devant moi, était vive d’esprit.
Elle avait des talents remarquables à tous les niveaux. D’ici quelques années, elle percerait probablement à jour des mensonges comme les miens, qui ne méritaient même pas le qualificatif de prouesse.
« Ah, alors tu te souviens de moi depuis tout ce temps. »
« Je pensais toujours à toi. Je ne t’ai retrouvée que récemment, mais… si j’avais su que tu étais dans une telle situation, je serais venue te chercher plus tôt. »
Pour l’heure, elle n’avait que douze ans.
Avec un peu de magie d’illusion et quelques manipulations soigneuses de ses souvenirs, elle avait gobé tout ce que je lui racontais.
À présent, pour Judy, j’étais comme une sorte de papa aux longues jambes qui veillait sur elle depuis longtemps.
En gros, l’histoire était la suivante.
Comme j’avais des liens avec la famille Murphy, je leur rendais parfois visite et, lorsque j’étais jeune, j’avais rencontré Judy à quelques reprises.
Plus tard, j’avais appris que la famille Murphy avait connu la ruine et que Judy avait été vendue. J’avais essayé de la retrouver, sans succès.
Ce n’est que récemment que j’avais enfin remis la main sur elle et que je l’avais sauvée.
Plus de la moitié de cette histoire venait de choses que Judy avait dites elle-même, et j’y avais ajouté quelques détails imaginés pour en faire ce récit bancal.
Malgré tout, une fillette de douze ans y avait cru dur comme fer.
À cet âge-là, difficile de lui en vouloir.
Une fois qu’un souvenir était implanté, le temps ne suffisait pas à l’effacer.
Même des années plus tard, cette petite scène que j’avais gravée dans son esprit resterait là.
« Non, rien que le fait que tu sois venue me chercher… Je t’en suis tellement reconnaissante. »
Sa voix tentait de rester calme, mais elle tremblait de larmes.
Jusqu’ici, la distance et la tension entre nous lui avaient permis de se retenir. Mais elle semblait ne plus pouvoir tenir.
C’était normal.
Comme je l’avais dit, elle n’avait que douze ans.
Quel que soit son talent, avant de prendre conscience de sa véritable nature, elle n’était rien de plus qu’une enfant un peu mûre pour son âge.
Son destin avait été cruellement scellé.
D’une manière ou d’une autre, tout ce qui l’entourait serait détruit.
Tous ceux et tout ce qu’elle chérissait et aimait seraient réduits en miettes.
Ce cycle de renaissances se répéterait.
Elle accumulerait le karma, encore et encore, prisonnière d’un cycle de souffrance à chaque fois.
Judy avait gardé son calme tandis que nous échangions quelques mots.
Mais, à un moment, les émotions qu’elle retenait avaient débordé et les larmes s’étaient mises à couler.
« Ouuiiin… Ouuiiin… Snif… »
Ses sanglots jaillirent, comme si elle relâchait enfin son souffle.
Elle se blottit naturellement dans mes bras. Je lui tapotai le dos et attendis qu’elle cesse de pleurer.
Une enfant menue, légère et incroyablement fragile.
Qui me croirait si je lui racontais ce qu’elle deviendrait un jour ?
Je ne pouvais m’empêcher d’y penser.
Elle pleura longtemps, sans s’arrêter.
Après avoir pleuré jusqu’à s’enrouer et versé toutes les larmes de son corps, elle finit par fermer les yeux.
À un moment, je lui avais lancé un sort de sommeil.
« …Dors bien. »
Après avoir installé Judy, qui dormait paisiblement, dans son lit, je quittai ma chambre.
Je ne me sentais pas particulièrement mieux, alors je décidai de cesser de penser à son malheur.
À partir de maintenant, il me suffisait de construire de beaux souvenirs avec elle.
À la place, je repêchai une autre idée qui m’était passée par la tête.
Qui croirait que Judy était destinée à devenir, un jour, incontestablement la plus forte ?
Après y avoir réfléchi encore un peu, j’aboutis soudain à une conclusion inattendue.
« …Je crois qu’ils y croiraient. »
Il y avait des gens qui se goinfreraient avec enthousiasme même si je leur servais une bouillie de haricots rouges faite de merde.
Et ces tarés occupaient généralement des postes comparables à ceux des dirigeants de ce monde. Dans un pays, ils seraient au moins députés, voire ministres ou vice-ministres.
Je commençai soudain à comprendre ce que j’étais en train de faire.
Bien sûr, je n’en étais pas entièrement responsable, mais étais-je en train de dépouiller les Transcendants de leur humanité et de leur intelligence, sous mes yeux… ?
C’était vraiment une terreur qui s’étendait à tout l’univers…
« Hum. N’y pensons plus. »
Plus j’y réfléchissais, plus ça devenait effrayant. Je décidai donc de faire le vide dans mon esprit.
Autrement dit, je fuyais la réalité.
Les gens qui passaient leurs journées à parler de caca, de pipi et de nichons sur la Galerie ne pouvaient tout de même pas être des dirigeants de dimensions ou des arbitres ayant anéanti des dizaines de galaxies, si ?
« …Héhé. »
Pour résumer la situation mondiale en une phrase : elle était sinistre à souhait. Mais ce n’était sûrement pas ma faute.
Fermement convaincu de cela, j’effaçai de mon cœur toute trace de conscience et de responsabilité.
* * *
C’était l’histoire d’une époque révolue, où les conflits étaient plus fréquents.
À l’époque, l’ordre du Grand Monde céleste était plus chaotique qu’aujourd’hui.
Il existait autrefois une institution appelée le Conseil de la Table ronde.
Les êtres les plus puissants de chaque dimension s’asseyaient autour d’une table ronde et tranchaient les affaires que les châtiments de la causalité ne pouvaient régler.
En ce temps-là, d’innombrables Transcendants suivaient de près chacune de leurs réunions régulières.
Bien sûr, des groupes semblables existaient encore aujourd’hui.
Mais leur autorité avait considérablement diminué.
À leur place, quelque chose avait vu le jour, qui suscitait autant, sinon plus, d’intérêt.
La Galerie multidimensionnelle des Transcendants.
Une communauté conçue avec soin, grâce à l’aide d’une Divinité anonyme de rang Absolu et de plusieurs Divinités suprêmes.
…À vrai dire, elle n’avait pas eu beaucoup d’influence au début.
- Pourquoi utiliser la Galerie ? Ça coûte du karma.
- Ce système cache forcément une combine pour exploiter ses utilisateurs.
- Je sens une immense conspiration. Pas des poils pubiens…
- Alors, il y a plein d’avatars féminins sur la Galerie ?
Pour commencer, les échanges entre les dimensions n’étaient pas monnaie courante.
Au sein du Grand Monde céleste d’une même dimension, d’autres moyens de communication étaient plus rapides et plus familiers. Beaucoup de Transcendants ne connaissaient pas non plus les communautés en ligne.
En outre, la plupart n’avaient pas de vie quotidienne digne d’être racontée.
L’existence après la transcendance était plus ennuyeuse qu’on aurait pu le croire.
C’est pourquoi ils passaient leurs journées à se divertir dans des corps d’avatar ou, lorsqu’ils s’ennuyaient, à rendre visite aux sectes et aux guildes sous leur coupe pour s’en mêler et leur dire quoi faire.
À la longue, même cela avait fini par les lasser.
Il n’y avait donc pas grand-chose à raconter sur la Galerie, et partager une histoire inconnue intéressante coûtait énormément de karma.
La fréquentation était restée faible pendant un bon moment.
[ Le Conseil de la Table ronde cessera toute activité à compter d’aujourd’hui. ]
Mais par la suite, deux événements avaient renforcé son influence.
Le premier avait été la dissolution du Conseil de la Table ronde.
Même le peu de divertissement qui revenait de temps à autre avait disparu.
Le second avait été l’assouplissement de la loi de causalité, rendu possible par la stabilisation de treize dimensions.
Les guerres et les conflits majeurs avaient peu à peu pris fin, et chaque dimension s’était relativement stabilisée.
Dans le même temps, le nombre d’utilisateurs de la Galerie avait commencé à augmenter petit à petit.
Il avait fini par atteindre un niveau sans commune mesure avec celui des débuts.
C’est ainsi que la Galerie multidimensionnelle des Transcendants avait perduré.
« …Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Kalendorf, commandant en chef de la Septième Dimension, qui connaissait toute cette histoire, se connecta à la Galerie.
Environ neuf ans s’étaient écoulés depuis que Kalendorf s’était déployé dans une guerre entre espèces du Royaume supérieur, à l’aide d’un corps d’avatar.
« De quoi parlent-ils ? »
Kalendorf se souvenait de l’ambiance qui régnait sur la Galerie.
Même à l’époque, la Galerie des Transcendants ne manquait pas de vulgarité.
À moins d’avoir des relations, les Transcendants du rang de Divinité inférieure étaient rarement invités. Les membres s’échangeaient des noms familiers et, avec le temps, l’endroit avait pris des airs de lieu de rendez-vous entre voisins.
Mais ce qu’il voyait aujourd’hui dépassait tout ça.
Difficile de croire qu’un tel changement ait pu se produire en seulement neuf ans.
« …Et pourquoi il y a autant de publications ? »
S’il y avait une amélioration, c’était le déluge de publications et de commentaires. « Inondation » était le mot juste.
Mais aux yeux de Kalendorf, tout le reste avait régressé.
- Ouuiiin… J’avais mal à la corne, alors j’ai pleuré…
- C’est le plus gros choc que j’aie subi depuis que le chef adjoint de la secte m’a poignardé dans le dos, à l’époque du Royaume supérieur.
- Oz n’est pas un bébé…
ㄴ Oz n’a jamais été un bébé, pauvre con…
ㄴ Mais Oz a un bébé, non ?
- Mais les conceptions virginales, ça existe, non ? Je vous en prie.
ㄴ Oui, c’est possible.
ㄴ Lâche l’affaire. Une conception virginale, mon cul, lol.
- Allez, explique-nous ces tatouages et cet accouchement, maintenant !!!!!!
« … »
Des publications et des commentaires que Kalendorf ne comprenait pas et n’avait aucune envie de comprendre s’étalaient partout.
Kalendorf retira aussitôt les vêtements portés jusque-là et enfila le pyjama préparé dans sa résidence.
« Seulement neuf ans, et je suis déjà si fatigué. »
Après trois ou quatre ans de sommeil, sa tête serait sans doute reposée.
Se répétant cela en boucle, Kalendorf sombra dans un profond sommeil, au sein de son Véritable Corps.
…Au même moment, dans le monde réel, une divinité supérieure de la Septième Dimension fuyait la réalité.
[ Si on rassemble les indices, l’ex-mari d’Oz <<< ce connard est le plus taré de tous. ]
En recoupant les actions et les publications d’Oz,
Il avait eu un enfant avec une Divinité de rang Absolu, puis avait rompu avec Oz et fait d’Oz une mère célibataire.
Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps, mais ils s’étaient remis à discuter récemment, parce que les gens parlaient d’Oz.
Quel que soit son charme, Oz était retombée amoureuse de lui, s’était retrouvée marquée par une gravure d’âme qu’elle ne désirait pas, puis s’était vantée sur la Galerie de la bête spirituelle qu’elle avait reçue en cadeau.
Aujourd’hui, on dirait même qu’il est allé voir l’enfant avec Oz… Mais qu’est-ce qu’il fout, ce connard ?
« C’est justement ce que je veux te demander, espèce de taré. »
Pendant ce temps, celui qui faisait face à la réalité de la Galerie connaissait le plus grand désarroi de sa vie.
Quelles délires ces gens pouvaient-ils bien se raconter ?
Notes de bas de page :
Le commentaire sur la « conspiration » reprend un jeu de mots coréen : « eum-mo » peut désigner aussi bien une conspiration que des poils pubiens.
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