Chapitre 6
Chapitre 6
Chapitre 6
Traductrice : Karameruhime
Avant que je ne puisse répondre quoi que ce soit, elle lâcha sèchement.
« Bonbon Écrou. »
C’est un interrogatoire qui semblait me dire de ne même pas songer à nier. Ses paroles ont fait ressurgir une scène dans mon esprit.
« 𝙴𝚗 𝚏𝚊𝚒𝚝, 𝚒𝚕 𝚙𝚊𝚛𝚊𝚒̂𝚝 𝚚𝚞𝚎 𝚛𝚊𝚖𝚊𝚜𝚜𝚎𝚛 𝚌𝚎 𝚋𝚘𝚗𝚋𝚘𝚗 𝚙𝚎𝚛𝚖𝚎𝚝 𝚍𝚎 𝚛𝚎́𝚙𝚊𝚛𝚎𝚛 𝚕𝚎𝚜 𝚓𝚘𝚞𝚎𝚝𝚜. »
C'était ce que j'avais dit en assemblant les fragments de Sad Smiley.
Un non-Qualifié ne peut pas voir l'explication de l'objet Bonbon Écrou. Autrement dit, la fenêtre système.
Une logique simple, et pourtant j'avais tenu pour acquis l'existence de la fenêtre système, c'était ma faute.
Mo Haein nourrisait des soupçons depuis lors, mais en voyant que moi, qui avais été laissé seul, j’étais vivant et en bonne santé. Elle semblait en avoir eu la confirmation.
'À l'avenir, je ferai attention.'
De toute façon, j'avais déjà décidé d'arrêter de faire semblant d'être un civil.
Feindre l'ignorance totale aurait été difficile, à cause de Park Seonggyeon, atteindre la vraie fin ne serait pas évident.
C'est aussi pour ça que j'ai éliminé la Princesse Tarentella.
Je répondis de manière vague.
« On dirait que ça marche. »
« Ça marche ? »
« C'est la première fois que je vis ça, donc… ce message qui apparaît là, c'est ce qu'on appelle une fenêtre système ? »
« Oui. »
Mo Haein, toujours sans baisser son arme, demanda.
« L'araignée, tu t'en es occupé comment ? »
« Je l'ai juste frappée. »
La lame frôla mon menton. Je m'efforçai de garder mon calme.
« Les patterns étaient bien visibles, j'ai plutôt une bonne vue. »
Mo Haein émit un rire bref, incrédule.
« Sans aucun objet, en solo lors de l'épreuve, tu aurais tenu le coup contre l'araignée avec juste une vitesse de base ? »
« J'ai pensé que c'était similaire à un jeu, alors j'ai joué comme tel. J'aime beaucoup les jeux. »
Mes yeux remontent naturellement vers les coins, alors quand mon visage est sans expression, on pouvait facilement mal m’interpréter.
Je fis de mon mieux pour rendre mon visage amical, en plissant un peu les yeux et en relevant légèrement les coins des lèvres.
« Et vous avez dit que je n'allais pas vraiment mourir. »
« Espèce de téméraire. »
Je frottai de la main l'endroit sous mon menton où j'avais été piqué. Ça ne semblait pas saigner.
Mo Haein me regarda en silence un moment.
« Un Qualifié qui entre dans une Épreuve pour la première fois et qui fait un truc pareil… »
Elle s'arrêta de parler et se mordit les lèvres.
« Pour l'instant, sortons d'ici pour en parler. Toi, ton nom c'est quoi ? »
« Han Goyo. »
« Appelle-moi Lieutenant. »
« Oui. »
Et ainsi, je devins immédiatement le subordonné de Mo Haein.
« Lieutenant? »
Silence.
Un objet froid fut glissé dans ma main.
C'était un item de l'Agence de Réponse aux Épreuves, remis uniquement aux grades Lieutenant et au-dessus : des menottes pour Qualifiés.
Incapable de bouger le moindre doigt, je regardai Mo Haein avec des yeux décontenancés.
Mo Haein brandit la Lame d'obsidienne et m'avertit.
« Tiens toi tranquillement, d’accord ? »
« …… »
Je ne dis plus rien et me mordis les lèvres.
Décidément, gagner la confiance de Mo Haein était un échec.
Les menottes aux poignets, Mo Haein ne se dirigea pas vers la prochaine étape. Elle se retourna dans la direction d'où elle était venue.
« On va chercher Park Seonggyeon maintenant. »
Mo Haein ouvrit une porte condamnée dans le couloir entre l'entrepôt et le laboratoire. Un espace abritant un ascenseur apparut.
Contrairement à l'extérieur décoré de couleurs vives comme un parc pour enfants, c'était un ascenseur fait d'un métal gris terne et austère.
▼
L'ascenseur descendait, c'était le bouton qu'elle avait pressé. Dès qu'elle appuya dessus, la porte s'ouvrit aussitôt.
Ce qui frappa le regard en premier, c'était une grande inscription en rouge vif sur le mur.
𝙄𝙣𝙩𝙚𝙧𝙙𝙞𝙩 𝙖𝙪𝙭 𝙚𝙣𝙛𝙖𝙣𝙩𝙨 !
À l'intérieur de l'ascenseur, les boutons d'étages se résumaient à un seul, comme à l'extérieur.
Pour être précis, à l'emplacement où une cinquantaine de boutons auraient pu tenir, un seul grand bouton était collé.
À l'intérieur d'un long rectangle, une rangée de chiffres s'étirait à perte de vue.
𝘉𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫𝟫….
Je renonçai à compter les 9 en cours de route, et Mo Haein appuya sur le grand bouton avec sa pince.
Une annonce grésillante se déversa.
« 𝙾𝚗 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍, 𝚘𝚗 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍. 𝙰𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚊𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚊𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍𝚜, 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍𝚜, 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍𝚜. »
Puis la porte se ferma et l'ascenseur se mit en mouvement.
Dans l'ascenseur qui descendait, elle coinça la Lame d'obsidienne sous son bras et croisa les bras.
« Toi. »
Malgré le fait qu'elle me traitait comme un suspect, elle semblait quand même disposée à me parler. Je répondis prudemment.
« Oui. »
« Si on meurt ici, qu'est-ce qui se passe selon toi ? »
Si toutes les vies sont épuisées et qu'on atteint le Game Over, ou si le Cherry Picker est équipé sur les deux bras et les deux jambes.
Le joueur devient un employé de l'usine.
« On devient un employé de l'usine de jouets, et on ne peut plus jamais en sortir. »
Mo Haein raconta des choses que je savais déjà.
Mais ce qui suivait, c'était quelque chose que je ne savais pas.
« L'endroit où on va… il y a des gens coincés dans cette Épreuve. Dans cet endroit. »
Je savais déjà ce qu'il y avait dans les souterrains du jeu.
Il y avait là des centaines d'employés, portant le même uniforme de travail que le joueur, fabricant assidûment des jouets.
J'avais fouillé partout mais sans trouver le moindre événement, j'avais pensé que c'était juste un espace caché glissé là par le créateur pour le fun, une sorte d'easter egg…
Tous ces gens étaient coincés dans l'Épreuve ?
Le souvenir de trouver mignons les employés en pixel art de ce jeu, répétant les mêmes gestes pour fabriquer des jouets, me revint.
Les employés n'étaient ni fatigués, ni malades, ni mal à l'aise.
Contrairement à la surface, dans l'usine souterraine sombre et étouffante, ils portaient sur leur visage ce sourire béat qu'on voit dans 〈HapFactory〉 et fabriquaient joyeusement des jouets.
Je déglutis lentement et ouvris la bouche.
« Le Sergent Park Seonggyeon est là-bas ? »
« Le Sergent c'est fini. Ce sale gamin m'a tiré dessus. »
Mo Haein appuya sa joue contre la Lame d'obsidienne. En voyant sa joue s'aplatir et bomber sous la pression, j'oubliai un instant la situation et la regardai, fasciné.
On dit que la Lame d'obsidienne ne blesse pas son maître et en effet, malgré son visage appuyé contre ce tranchant acéré, pas la moindre égratignure sur sa joue.
Elle baissa les yeux et se mit à parler.
« Depuis le début il attaquait les jouets comme des ennemis PNJ, établissait des relations hostiles avec eux, provoquait des incidents, et maintenant il est incapable de clear seul. »
Park Seonggyeon avait attaqué Smiley.
Mo Haein avait perdu un cœur en essayant de le protéger.
En me réveillant dans l'usine pour la première fois, je comprenais maintenant clairement l'identité du bruit que j'avais entendu.
Après la première mort, Mo Haein déjà en Sad Smile était en train de gérer les Smiley devenus hostiles.
C'est la raison pour laquelle elle s'était retrouvée à emprunter la route du Bad Ending, pourtant si difficile.
« Jusqu'à ce que je termine, c'est ici en bas que Park Seonggyeon peut se mettre à l'abri des attaques des jouets et survivre tranquillement. »
Je regardai son badge. L'émoticône Smiley qui y était collée était en train de pleurer.
Mo Haein était à deux doigts du Game Over.
« C'est pas dangereux ? »
« C'est dangereux. Mais on ne peut pas rester dos au mur, jusqu’à ce que ce soit dégagé.»
Il est vrai que Park Seonggyeon pourrait lancer une attaque surprise.
Il lui restait 2 cœurs.
Bien sûr, équiper le Cherry Picker sur tous ses membres entraînerait immédiatement le Game Over, mais Park Seonggyeon n'était pas fou, il n'aurait pas fait ça.
Park Seonggyeon, avec ses 3 Cherry Pickers équipés, était physiquement supérieur dans la situation actuelle.
En réalité, j'avais moi aussi mon propre atout.
En jouant avec un bug, j'avais accumulé des bonbons Boulons au fil du temps.
L'idée était d'en donner à Mo Haein.
Expliquer la méthode de dissimulation était compliqué, et neutraliser Park Seonggyeon sans bonbon Boulon était la meilleure option.
Cling.
L'ascenseur arriva à destination, s'immobilisa et trembla légèrement.
« ■■ 𝚎́𝚝𝚊𝚐𝚎. 𝙰𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚊𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚊𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚊𝚕𝚕𝚎𝚣, 𝚟𝚎𝚞𝚒𝚕𝚕𝚎𝚣 𝚗𝚎 𝚙𝚊𝚜 𝚍𝚎𝚜𝚌𝚎𝚗𝚍𝚛𝚎 𝚊𝚟𝚊𝚗𝚝 𝚕'𝚊𝚛𝚛𝚎̂𝚝 𝚌𝚘𝚖𝚙𝚕𝚎𝚝. »
La porte s'ouvrit.
Mais ce qui nous attendait n'était pas le panorama attendu.
Des visages jaunes remplissaient le champ de vision.
Smiley…….
Un Smiley immense, dont le visage remplissait entièrement la porte de l'ascenseur, nous attendait.
Dans ses yeux en plastique lisses, entièrement noirs et sans pupilles, nos silhouettes se reflétaient.
Tous les deux, nous étions pétrifiés, les yeux écarquillés.
Pas même un cri, on retient jusqu'à notre souffle.
Comme si un faux pas pouvait tout faire s'effondrer d'un coup.
La confrontation avec le Smiley géant de 〈HapFactory〉 ne se produit que dans le combat final du boss.
Le Smiley géant possédait les patterns d'attaque les plus imprévisibles du boss final, un grand corps et une large zone d'attaque utilisant divers jouets, c'était sa particularité.
Il fallait se préparer suffisamment avant de l'affronter.
Alors pourquoi ici.
C'était un endroit où les jouets n'étaient pas censés apparaître.
Enfin, peut-on vraiment dire ça ?
Le jeu que je connaissais était en train de changer. C'était tout à fait possible.
Ce n'est pas la cause à laquelle je dois réfléchir maintenant.
Ce qui compte, c'est comment affronter le Smiley géant devant mes yeux.
« …… »
Mo Haein leva le pied très lentement.
Et le posa derrière elle.
Un pas prudent.
La Lame d'obsidienne serrée dans sa main, les veines bleues saillaient sur le dos de sa main.
Heureusement, même après ce pas en arrière de Mo Haein, Smiley ne bougea pas.
Elle me fit signe sans un mot.
Je fis de même, un pas lent en arrière.
J'essayais.
Clang.
La porte de l'ascenseur, forcée de rester ouverte, émit un son plaintif.
Le Smiley tourna son visage vers l'intérieur.
Voilà qui était clair. C'était moi que Smiley regardait.
Une sueur froide coulait le long des tempes de Mo Haein.
Le boss final de 〈HapFactory〉 n'est pas un adversaire facile, même pour Mo Haein.
Si elle avait été seule, elle aurait pu battre le Smiley géant avec la Lame d'obsidienne.
Mais avec quelqu'un à protéger, c'était impossible.
De plus, manier librement la Lame d'obsidienne dans l'étroit couloir de l'ascenseur était aussi une contrainte.
Mo Haein risquait de finir en Game Over.
Elle ne me connaissait pas, mais moi je la connaissais.
Je ne voulais pas voir une entité qui avait joué aux jeux de l'Archive avec affection finir comme employée d'une usine de jouets pour l'éternité.
Je décidai de faire diversion.
Je déplaçais vers l'avant le pied que j'avais reculé. À ce pas, Mo Haein écarquilla les yeux.
Elle avait envie de me crier dessus sur-le-champ, mais de peur de provoquer le Smiley, elle se mordit à peine les lèvres.
Je fis encore un pas en avant.
Un pas de plus.
Smiley recula son visage.
Alors la porte de l'ascenseur, qu'on croyait en panne, tenta de se refermer.
Clac — Smiley arracha la porte de l'ascenseur avec sa pince.
Grâce à ça, je pus sortir sans problème.
Certes, il aurait mieux valu que la porte se referme…
Smiley recula légèrement en cadence avec mes pas.
En marchant, je sortis discrètement les bonbons Boulons de mon inventaire et les pris en main.
Je glissai doucement le bonbon par terre et sortis complètement de l'ascenseur.
Le sous-sol, caché par le Smiley, apparut.
C'était un espace vaste et haut, difficile à appréhender d'un seul coup d'œil.
L'intérieur était plongé dans l'obscurité et n’était pas clairement visible, mais j'avais la certitude que ça s'étendait encore loin.
De grandes machines étaient disposées çà et là, ronronnant doucement.
Toutes les machines semblaient éteintes, comme à l'arrêt.
Et plusieurs centaines d'employés.
Les employés vêtus d'uniformes de travail gris se tenaient au garde-à-vous, le sourire figé aux lèvres, les bras le long du corps.
Malgré tant de personnes présentes, on n'entendait pas même leur respiration.
Sans doute parce qu'il ne s'agissait pas de vraies « personnes ».
Derrière les employés, le Smiley géant me regardait de haut.
'…Un peu inquiétant, quand même.'
Un jouet d'environ 15m de haut, c'était une présence qui imposait une certaine pression.
Mais pour l'instant, ça allait encore.
En me basant sur les jouets de 〈HapFactory〉 que j'avais vus jusqu'ici, Smiley ne ferait pas le premier pas.
La grande pince de Smiley se rapprocha de moi. Ne sentant aucune intention d'attaquer, j'attendis tranquillement.
La grande pince saisit mon corps comme une figurine.
Je fus soulevé comme une poupée.
Smiley m'amena devant son visage. Un bruit mécanique s'écoula.
« 𝚂𝚖𝚒𝚕𝚎𝚢-𝚟𝚘𝚞𝚜- 𝚜𝚘𝚞𝚑𝚊𝚒𝚝𝚎-𝚕𝚊-𝚋𝚒𝚎𝚗𝚟𝚎𝚗𝚞𝚎- 𝚟𝚘𝚞𝚜-𝚎𝚝-𝚟𝚘𝚞𝚜-𝚜𝚎𝚞𝚕- 𝚍𝚊𝚗𝚜-𝙷𝚊𝚙𝙵𝚊𝚌𝚝𝚘𝚛𝚢-𝚎𝚗𝚜𝚎𝚖𝚋𝚕𝚎- 𝚗𝚘𝚞𝚜-𝚑𝚎𝚞𝚛𝚎𝚞𝚡-𝚑𝚎𝚞𝚛𝚎𝚞𝚡- »
Derrière le bruit mécanique répétant « heureux, heureux » en boucle, des rires d'enfants et des acclamations se firent entendre.
Une mélodie solennelle en 8-bit s'éleva.
Si Smiley me serrait ne serait-ce qu'un peu la main ici, je serais réduit en miettes.
Pourtant, étrangement, je n'avais pas vraiment peur.
Smiley aussi, comme Mo Haein, semblait être un PNJ que j'appréciais.
Même arrivé à ce stade, je voulais toujours finir sur la vraie fin.
C'était peut-être impossible, mais je voulais essayer jusqu'au bout.
« Smiley. »
Je souris à Smiley.
« Je peux te tuer ? »
La condition absolue pour atteindre la vraie fin, la mort de Smiley.
Le boss final de 〈HapFactory〉 exprima son vœu le plus cher et attendit la réponse.