Chapitre 13
Chapitre 13
Chapitre 13
Traductrice : Karameruhime
Kwak Hanmuk resta bouche bée.
« …Waouh. »
Il accourut d'un bond et me passa le bras autour des épaules avec un bruit sourd.
« On m’a traité de fou partout où je suis allé, mais je n'avais encore jamais vu un vrai de mes propres yeux. »
Affichant ses canines pointues dans un large sourire, Kwak Hanmuk me couvrit de compliments.
« Toi, Goyo, t'es vraiment un putain de fou. »
« Merci. »
En entendant mes remerciements, il éclata même de rire.
Je ramassai aussi une batte de baseball pour lui, et je la lui tendis.
Encouragé par son enthousiasme, je lui expliquai mon plan.
« Il y a un groupe qui a pris le contrôle d'une supérette. »
Ceux qui avaient pris cette grande supérette avaient commis absolument tous les crimes possibles dans un monde zombie : meurtre, incendie, pillage.
C'était une bande d'à peu près cinq ou six individus, et si on les laissait faire, ils allaient poser des bâtons dans les roues des joueurs jusqu'à la toute fin de Dead Zone Delivery.
Au point où on se dit qu’un zombie serait préférable.
Dans un monde apocalyptique où l'autorité publique s'était effondrée, il était nécessaire de rendre justice soi-même.
Nettoyer ce genre de groupes dès le début restait la stratégie la plus rapide.
« On y va. »
Après avoir entendu mon explication sommaire, Kwak Hanmuk ne posa aucune question de plus et cala simplement sa batte de baseball sous son bras.
Je le guidais tandis qu’il me suivait tranquillement derrière moi, jusqu'à notre destination. Le nom de la grande supérette ne laissait place à aucune ambiguïté.
𝘔𝘢𝘨𝘢𝘴𝘪𝘯 𝘥𝘦 𝘱𝘳𝘰𝘹𝘪𝘮𝘪𝘵𝘦́ 𝘢𝘣𝘢𝘯𝘥𝘰𝘯𝘯𝘦́.
L’intérieur était parfaitement visible à travers les vitres.
Les zombies de Dead Zone Delivery, ayant perdu la vue et l'odorat, ne réagissaient qu'au son, c'est pourquoi les vitres n'avaient pas été obstruées.
En repérant la supérette, une fenêtre système s'afficha.
◆ 𝑄𝑢𝑒̂𝑡𝑒 𝑝𝑟𝑖𝑛𝑐𝑖𝑝𝑎𝑙𝑒 : 𝑐ℎ𝑎𝑠𝑠𝑒𝑟 𝑙𝑒 𝑔𝑟𝑜𝑢𝑝𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑜𝑐𝑐𝑢𝑝𝑒 𝑙𝑒 𝑀𝑎𝑔𝑎𝑠𝑖𝑛 𝑑𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑥𝑖𝑚𝑖𝑡𝑒́ 𝑎𝑏𝑎𝑛𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒́. 𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑝𝑝𝑟𝑒̂𝑡𝑒𝑧 𝑎̀ 𝑡𝑒𝑛𝑡𝑒𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑚𝑎𝑛œ𝑢𝑣𝑟𝑒 𝑟𝑖𝑠𝑞𝑢𝑒́𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝑏𝑢𝑡 𝑑'𝑎𝑐𝑐𝑒́𝑙𝑒́𝑟𝑒𝑟 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛. 𝐶𝑜𝑛𝑠𝑡𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑟𝑜𝑛𝑔𝑒́𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑎 𝑟𝑎𝑔𝑒, 𝑙𝑒𝑠 𝑜𝑐𝑐𝑢𝑝𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑠𝑢𝑝𝑒́𝑟𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑑𝑣𝑒𝑟𝑠𝑎𝑖𝑟𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑑𝑜𝑢𝑡𝑎𝑏𝑙𝑒𝑠, 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑑𝑒́𝑐𝑖𝑑𝑒́𝑠 𝑎̀ 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑢𝑛 𝑠𝑖𝑚𝑝𝑙𝑒 𝑐𝑎𝑠𝑠𝑒-𝑐𝑟𝑜𝑢̂𝑡𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑧𝑜𝑚𝑏𝑖𝑒𝑠. 𝐶𝑒𝑝𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡, 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑝𝑒𝑛𝑠𝑒𝑧 𝑞𝑢'𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑢𝑛 𝑎𝑙𝑙𝑖𝑒́ 𝑠𝑢𝑓𝑓𝑖𝑠𝑎𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑢𝑖𝑠𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑣𝑜𝑠 𝑐𝑜̂𝑡𝑒́𝑠, 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑎𝑣𝑒𝑛𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑟𝑒́𝑢𝑠𝑠𝑖𝑟.
La fenêtre système n'avait pas tort. Si j'avais joué seul, jamais je n'aurais tenté une chose pareille.
Mais cette fois, j'avais un solide atout sur lequel compter.
« C'est là-bas. »
À peine avais-je pointé du doigt la supérette que Kwak Hanmuk fonça comme une flèche.
Crash !
D'un coup de batte franc et puissant, il fit voler en éclats la vitre, et se jeta à l'intérieur au milieu des débris de verre.
Ceux qui s'étaient adossés aux étagères en ricanant se levèrent précipitamment, armes en main. L'un d'eux tenait même une arme à feu, dont on ne savait où il l'avait trouvée.
Mais face à Kwak Hanmuk, cela ne changeait absolument rien.
Bang !
Des coups de feu retentirent de toutes parts.
La balle tirée ne toucha qu'un malheureux paquet de chips, une victime totalement innocente.
Le sachet de chips explosa, méconnaissable, tandis qu'une batte de baseball s'abattit sur la tête du tireur.
Un bruit sourd d'impact retentit, et l'homme armé s'effondra aussitôt.
L'arme qui échappa de sa main fut rattrapée sans effort par Kwak Hanmuk.
Il glissa le pistolet à sa ceinture et se mit à frapper de sa batte les autres qui hésitaient encore.
Un homme, frappé de plein fouet, s'envola comme une balle de baseball et renversa un rayonnage entier. Des pots de nouilles instantanées au poulet épicé dégringolèrent en cascade sur lui.
Kwak Hanmuk sauta en prenant appui sur le rayonnage renversé. Un coup de pied net, fendant l'air, il cueillit un homme qui brandissait maladroitement un couteau.
Il y avait un écart énorme entre un militaire professionnellement entraîné et des types d'à peine vingt ans n'ayant jamais mis les pieds à l'armée.
Un fossé tellement grand qu'il en devenait presque gênant à mentionner.
Moi, je regardais confortablement la scène depuis l'arrière, ma seule contribution fut quand l'un d'eux se tortillait par terre et tentait de se relever, je lui assénai un coup de batte pour le recoucher.
Le premier homme que Kwak Hanmuk avait frappé grommela douloureusement.
« Putain…. c'est qui ces enfoirés… »
Ah !
Je me précipitai vers l'homme.
Et je sauvai in extremis le pot de nouilles au poulet épicé qui était sur le point d'être trempé par son sang.
J'avais failli perdre de précieuses provisions.
Après avoir inspecté le pot sous toutes les coutures pour vérifier qu'il n'avait rien, je lui répondis.
« Pourquoi ça t'intéresse ? »
L'homme, écarquillant les yeux, me fixait d'en bas. Je penchai la tête sur le côté et ajoutai.
« Que tu saches qui je suis ne va pas prolonger ta vie pour autant. »
« Quoi ? …Argh ! »
L'homme, le visage effaré, s'apprêtait à hurler quelque chose, alors je lui assénai un coup de batte.
Il n'eut plus l'occasion de dire quoi que ce soit d'inutile, et s'évanouit sagement, les yeux fermés.
Kwak Hanmuk, lui, continuait toujours de se déchaîner.
En rangeant les provisions éparpillées, je patientai, et il ne fallut pas longtemps avant que la supérette ne soit plus remplie que des gémissements des hommes évanouis.
𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑣𝑒𝑧 𝑣𝑎𝑖𝑛𝑐𝑢 𝑙𝑒𝑠 𝑜𝑐𝑐𝑢𝑝𝑎𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑆𝑢𝑝𝑒́𝑟𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑀𝑜𝑟𝑡 !
Une victoire qui ne pouvait pas être plus nette.
En voyant l'annonce de victoire sur la fenêtre système, Kwak Hanmuk fit claquer sa langue, l'air déçu.
« C'est déjà fini ? »
Il fit tournoyer sa batte dans le vide, comme pour se consoler.
« Lieutenant Kwak, vous êtes le meilleur. »
Je levai les deux pouces bien haut dans sa direction.
« J'aimerais bien qu'on refasse équipe souvent à l'avenir, Lieutenant. »
Face à ma flatterie pleine de sincérité calculée pour l'avenir, Kwak Hanmuk eut un large sourire. Il posa sa batte sur son épaule et déclara.
« C'était vachement marrant, Goyo. On remet ça une prochaine fois ? »
De toute façon, il allait avoir largement l'occasion de briller dans Dead Zone Delivery.
Frapper des zombies bien fort, les réduire en morceaux, les envoyer valser au loin et ainsi de suite.
Alors que je me réjouissais d'avoir enfin trouvé une occupation qui me convenait, une fenêtre système apparut.
𝑉𝑜𝑢𝑠 ℎ𝑒́𝑠𝑖𝑡𝑒𝑧 𝑒𝑛𝑐𝑜𝑟𝑒 𝑎̀ 𝑒𝑛𝑟𝑒𝑔𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒𝑟 "𝑀𝑜 𝐻𝑎𝑒𝑖𝑛". 𝑇𝑜𝑢𝑡𝑒𝑓𝑜𝑖𝑠, 𝑙'𝑒𝑛𝑟𝑒𝑔𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑒́𝑡𝑎𝑝𝑒 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑠𝑝𝑒𝑛𝑠𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑎̀ 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑒𝑛 𝑡𝑎𝑛𝑡 𝑞𝑢𝑒 𝑠𝑦𝑠𝑡𝑒̀𝑚𝑒.
𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑒𝑠𝑡𝑖𝑚𝑒𝑧 𝑞𝑢'𝑖𝑙 𝑛𝑒 𝑠𝑒𝑟𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑠𝑖 𝑚𝑎𝑢𝑣𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑒 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑒 𝑢𝑛 𝑙𝑒́𝑔𝑒𝑟 𝑟𝑖𝑠𝑞𝑢𝑒 𝑒𝑡 𝑑'𝑒𝑛𝑟𝑒𝑔𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒𝑟 "𝐾𝑤𝑎𝑘 𝐻𝑎𝑛𝑚𝑢𝑘" 𝑒𝑛 𝑝𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒𝑟.
𝑆𝑜𝑢ℎ𝑎𝑖𝑡𝑒𝑧-𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑒𝑛𝑟𝑒𝑔𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒𝑟 "𝐾𝑤𝑎𝑘 𝐻𝑎𝑛𝑚𝑢𝑘" ?
Comme je refusais obstinément d'enregistrer Mo Haein, le système avait fini par proposer tout seul un compromis.
Désormais habitué à ignorer ces fenêtres système, je ramassai plutôt le sac à dos tombé au sol.
𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑎𝑣𝑒𝑧 𝑟𝑒́𝑐𝑢𝑝𝑒́𝑟𝑒́ 𝑢𝑛 𝑠𝑎𝑐 𝑎̀ 𝑑𝑜𝑠 : 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑐𝑎𝑝𝑎𝑐𝑖𝑡𝑒́ 𝑑'𝑖𝑛𝑣𝑒𝑛𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑒́𝑡𝑒𝑛𝑑𝑢𝑒.
Dead Zone Delivery ne proposait aucun inventaire de base, il fallait donc absolument farmer un sac à dos.
C'était un choix de conception pensé pour renforcer le réalisme, mais devoir rassembler chaque objet un par un s'avérait terriblement fastidieux.
Je fourrai pêle-mêle des provisions dans le sac. En attrapant un pot de nouilles instantanées au poulet épicé, je jetai un œil à l'emballage, par curiosité.
𝘚𝘢𝘷𝘦𝘶𝘳 𝘱𝘰𝘶𝘭𝘦𝘵 𝘦́𝘱𝘪𝘤𝘦́, 𝘯𝘦́𝘦 𝘥𝘶 𝘵𝘰𝘮𝘣𝘦𝘢𝘶 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘭𝘢𝘮𝘮𝘦𝘴 𝘲𝘶𝘪 𝘣𝘳𝘶̂𝘭𝘦 ■■■ !
Ça ressemblait à un pot de nouilles instantanées coréen classique, mais le texte imprimé dessus était étrange.
Dans le jeu, quand on consultait la description de l'objet, on n'avait droit qu'à une brève mention du genre "nourriture au goût de...".
Comme c'était la première fois que je voyais cet emballage, j'inspectai un peu plus les autres provisions autour de moi.
𝘛𝘩𝘰𝘯 𝘮𝘢𝘺𝘰, 𝘱𝘦̂𝘤𝘩𝘦́ 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘦𝘢𝘶𝘹 𝘣𝘰𝘶𝘪𝘭𝘭𝘢𝘯𝘵𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘪𝘷𝘪𝘦̀𝘳𝘦 ■
𝘚𝘢𝘶𝘮𝘰𝘯 𝘮𝘢𝘺𝘰, 𝘱𝘦̂𝘤𝘩𝘦́ 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘦𝘢𝘶𝘹 𝘵𝘶𝘮𝘶𝘭𝘵𝘶𝘦𝘶𝘴𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘳𝘪𝘷𝘪𝘦̀𝘳𝘦 ■
Les onigiris triangulaires n'étaient pas mieux lotis. Si ça n'avait pas été un monde de zombies, je n'aurais même pas voulu y toucher du bout des doigts, avec des descriptions pareilles.
« Goyo, qu'est-ce qu'il y a ? »
Kwak Hanmuk, qui venait de prendre un bonbon au chocolat, demanda en déchirant l'emballage et en vidant le contenu directement dans sa bouche.
« C'est juste que toutes les descriptions sont bizarres. »
« Les Épreuves sont toujours comme ça. »
C'est vrai qu'en effet, les descriptions d'objets étaient souvent étranges.
Pendant que je rassemblais les provisions, Kwak Hanmuk avait jeté quelques friandises dans mon sac à dos, et avait proprement ligoté les anciens occupants de la supérette, les entassant bien rangés dans un coin.
Une fois cela terminé, il fit craquer ses doigts avec un bruit sec.
« Alors, on devrait tuer ces enfoirés ? »
« Inutile de vous donner cette peine, Lieutenant. Ils peuvent encore servir. »
Les provisions récoltées semblaient largement suffisantes pour nous trois. Je passai le sac à dos sur mon épaule et jetai un œil par la fenêtre.
« Grrraah…. »
Attirés par les coups de feu, des zombies affluaient vers la supérette en traînant les pieds. Rien qu'à vue d'œil, ils devaient déjà être plusieurs dizaines à nous encercler.
« On va leur laisser un petit repas avant de partir. »
Je rendis simplement aux occupants de la supérette la même monnaie qu'ils avaient utilisée pour kidnapper des survivants dans cette Zone.
Je m'en servis comme appâts.
Kwak Hanmuk et moi parvînmes à nous échapper sains et saufs de la horde de zombies attroupée. En les regardant se repaître, Kwak Hanmuk siffla légèrement.
« On devrait maintenant filer vers la Zone Verte pour rejoindre la Lieutenante Mo. »
« D'accord. »
Il me suivit docilement, avant de me demander soudain.
« Goyo, t'as vingt-quatre ans ? »
« Oui. »
« Y'a sept ans d'écart entre nous, alors. »
Clic.
Le bruit d'une arme qu'on charge résonna.
Je m'arrêtai net. En espérant me tromper, je me retournai lentement.
« Même en sachant que cette Épreuve n'est qu'une sorte d'espace vide qui se répète à l'infini… quand on y est confronté directement, c'est différent. »
Mais le canon de son arme était bel et bien pointé sur moi.
« Même un Qualifié entraîné à mort par l'Agence aurait du mal à agir sans la moindre hésitation, comme toi. »
Kwak Hanmuk fit « pan, pan » avec la bouche, mimant le bruit d'un tir.
« Toi, Goyo, tu sacrifies carrément des gens comme repas pour zombies, hein ? »
Présenté ainsi, son soupçon n'était pas dénué de logique. Mais c'était uniquement parce que c'était une Épreuve… si ce n'en était pas une, est-ce que moi aussi…
Hum.
Repensant à Park Seonggyeon, devenu un feu d'artifice doré, je corrigeai mes pensées.
« Je crois que je suis quelqu'un d'un peu froid, en effet. »
« Un peu ? »
« Enfin bon, il faut bien que je survive, moi aussi. »
Kwak Hanmuk éclata littéralement de rire.
Ma réponse ne semblait pas mauvaise en soi, mais impossible d'être certain qu'elle passerait l'examen du Lieutenant Kwak.
C'était le genre d'homme capable de presser la détente tout en riant comme ça.
« Moi, j'ai juste… des priorités bien claires, c'est tout. »
Je continuai à parler lentement, tout en m'approchant de lui.
Je vins me placer juste devant le canon de son arme.
« Et vous, Lieutenant Kwak, vous faites partie de mes priorités. »
Kwak Hanmuk me fixa intensément. Face à ce regard qui réclamait une explication, je répondis.
« On est dans la même équipe. »
On est du même côté, maintenant, alors arrêtez de me soupçonner. Je ne poignarde pas mes coéquipiers dans le dos.
…je ne l'avais pas dit ouvertement comme ça, mais Kwak Hanmuk avait forcément compris ce que je voulais dire.
Il éclata aussitôt de rire et rangea son arme dans sa veste de baseball.
« Impossible de rivaliser avec toi, grand frère Goyo. »
Je ne savais pas trop pourquoi il m'appelait " grand frère" tout à coup, mais je répondis sans hésiter.
« Merci de me faire confiance. »
S'il avait continué à me tenir en joue jusqu'au bout, les choses auraient pu tourner de façon bien plus compliquée à tous points de vue, j'avais eu de la chance. Je n'avais aucune envie de lui faire exploser la tête.
J'emmenai ensuite Kwak Hanmuk faire un détour par l'armurerie.
Normalement, dans le jeu, il fallait accomplir toute une série de quêtes annexes avant de pouvoir découvrir l'emplacement caché de l'armurerie et savoir comment y accéder.
Mais moi, je l'y guidai comme si c'était chez moi, et Kwak Hanmuk pilla les objets comme s'il était lui aussi chez lui.
Le voir me suivre sans la moindre objection me procura une sensation un peu étrange.
Je n'avais donné aucune explication détaillée à l'Agence.
Seul Samra savait que j'avais vécu les Épreuves et les personnages qui y étaient liés à travers mes parties de jeu vidéo.
Pourtant, depuis la formation de l'équipe spéciale, l'Agence ne m'avait posé aucune question à ce sujet.
Kwak Hanmuk faisait de même. Il ne disait rien, alors même que je dénichais les stratégies et jusqu'à l'emplacement d'objets rares sans effort apparent.
' Ils doivent se dire que peu importe ce que je suis, tant que je parviens à fermer les Épreuves, ça leur convient. '
Une attitude qui trahissait clairement leur intention de se servir de moi comme d'un simple outil.
Je savais que l'Agence accordait une importance primordiale aux résultats, mais je devais admettre que ça ne ressemblait décidément pas à un organisme gouvernemental classique.
Une fois le pillage terminé à l'armurerie, le soleil commençait déjà à décliner.
Un sac de sport sur le dos, je me dirigeai vers la Zone Verte, tournant le dos au crépuscule qui embrasait le ciel de rouge.
De jour, les zombies se déplacent lentement, mais dès la nuit tombée, ils gagnent en vitesse.
Si on ne voulait pas se retrouver à courir pour échapper à des zombies rapides, mieux valait atteindre la Zone Verte avant la tombée de la nuit.
Dead Zone Delivery se divise en quatre zones.
La Zone Verte, zone sécurisée où séjournent les survivants.
On n'y croisait que très rarement quelques zombies, en nombre suffisamment faible pour que les survivants puissent s'en charger eux-mêmes.
La Zone Jaune est la zone où le joueur démarre la partie, l'endroit où les zombies commencent véritablement à apparaître en nombre. De jour, leur nombre restait limité, mais il doublait la nuit.
Dans la Zone Rouge, les zombies grouillaient sans discontinuer, jour et nuit.
Et enfin, la dernière : la Zone Morte.
Dans la Zone Morte, la zone entière est considérée comme plongée dans la nuit en permanence, même en plein jour, et on y trouve des individus appelés "zombies morts".
Des zombies bien plus puissants et rapides que les zombies ordinaires.
Le laboratoire, destination finale de la livraison, se trouvait justement dans la Zone Morte.
En suivant la voie normale, un joueur n'avait d'autre choix que de commencer sa livraison seulement après s'être suffisamment renforcé.
Une méthode qui, bien entendu, ne me concernait absolument pas.
Avant d'entrer dans la Zone Verte.
Je demandai à Kwak Hanmuk une seule chose, quelque chose qu'il saurait, j'en étais certain, particulièrement bien faire.
Kwak Hanmuk, visiblement ravi, accepta ma demande de bon cœur.
En entrant dans la Zone Verte, le nombre de zombies errants diminua nettement.
L'endroit où se regroupaient les survivants était une école primaire.
Les personnes montant la garde à la porte blindée entourée de barbelés nous lancèrent des regards chargés de méfiance.
Habitué désormais à me faire mettre en joue par une poignée d'hommes sans que ça me fasse plus d'effet que ça, j'ouvris mon sac à dos pour leur montrer son contenu.
En voyant le sac rempli à ras bord de provisions, leurs yeux s'écarquillèrent.
« Je vous donnerai des informations sur les provisions, mais appelez d'abord une certaine "Morae". Elle devrait être arrivée ici aujourd'hui. »
Face à des vivres, tous les soupçons et toutes les réserves passaient immédiatement au second plan. L'un des gardes se précipita à l'intérieur en courant.
Peu après, un homme d'une cinquantaine d'années apparut, entouré de plusieurs subordonnés.
« Où avez-vous trouvé ces provisions ? »
Mo Haein, elle, restait introuvable.
Kwak Hanmuk et moi échangeâmes un regard.
Ce n'était certainement pas une poignée d'hommes chétifs comme ceux-là qui auraient pu l'empêcher de sortir.
Et si elle n'apparaissait toujours pas, malgré tout le raffut qu'on avait dû faire dehors, cela ne pouvait signifier qu'une chose.
Elle n'était jamais arrivée jusqu'à la Zone Verte.
Pourquoi ?
Il n'y avait absolument aucune raison à cela, ce qui rendait la situation d'autant plus troublante.
Kwak Hanmuk fronça les sourcils avec un "hmm" inquiet. Puis il baissa la voix et me chuchota.
« La Lieutenante Mo… on dirait qu'elle s'est fait mordre par un zombie. »