« Rappelle-moi, s’il te plaît. »
« S’il te plaît. »
La gorge de Raiden se serra.
Il continua de faire défiler les messages.
Le dernier datait de quelques heures à peine.
« Cher Raiden, si tu vois ce message, contacte-moi dès que possible, s’il te plaît. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai besoin que tu me le dises. S’il te plaît. Je veux savoir que tu vas bien. »
Les yeux de Raiden le brûlèrent.
Il avait été tellement occupé à survivre, à protéger Aria et à gérer une crise après l’autre qu’il n’avait même pas pensé à consulter son téléphone. Il ne s’était pas rendu compte à quel point Morgana avait dû s’inquiéter.
Et maintenant, en découvrant tous ces messages et en voyant son ton passer de l’enjouement à l’inquiétude, puis à la peur, il se sentit comme le pire salaud du monde.
« Morg, souffla-t-il d’une voix étranglée. Je… Je suis vraiment désolé. »
Un silence s’installa.
« Tu as intérêt à l’être, répondit-elle, la voix devenue nasillarde. Il entendit un reniflement à l’autre bout du fil. Tu as vraiment intérêt. »
« Je sais. Je sais. J’aurais dû trouver un moyen de te contacter. J’aurais dû t’en dire plus avant de partir. J’aurais dû… Je sais pas. Faire quelque chose. Je… »
« Oui, tu aurais dû, le coupa-t-elle. Mais tu ne l’as pas fait. Et maintenant, ça fait une semaine que je me demande si quelque chose de terrible t’est arrivé. Tu peux seulement imaginer ce que ça fait ? »
« Je suis désolé. »
« Je sais. »
Un nouveau silence.
« Tu vas vraiment bien ? demanda-t-elle d’une petite voix. Genre, vraiment bien ? Pas juste “ça va” pour faire bonne figure, mais vraiment bien ? »
Raiden baissa les yeux vers ses bras, où de légères égratignures et des ecchymoses finissaient encore de guérir.
« Oui, répondit-il doucement. Ça va. Je suis un peu amoché, mais ça va. »
« Tant mieux. »
« Tant mieux ? »
« Oui, tant mieux. Parce que si tu n’allais pas bien, je devrais venir te remettre sur pied moi-même. »
Raiden éclata de rire.
« Voilà, je te retrouve. »
« La ferme. » Mais sa voix souriait à présent. « Je me suis inquiétée, d’accord ? Tu as disparu sans prévenir et je ne savais pas quoi penser. »
« Je sais. Je suis désolé. »
« Tu l’as déjà dit. »
« Je vais le redire. Je suis désolé. »
« Arrête, tu ne fais qu’empirer les choses. »
« Pardon. »
« RAIDEN. »
« Pardon !! »
Elle rit, et ce son lui réchauffa la poitrine.
« Imbécile, marmonna-t-elle avec tendresse. »
« Ton imbécile. »
« N’en profite pas. »
« Je dis juste ça comme ça. »
« Tu ne dis rien du tout. Maintenant, dis-moi ce que tu penses d’Aria. Elle est jolie ? »
Raiden cligna des yeux.
« Quoi ? »
« Tu. La. Trouves. Jolie ? »
« Euh… Oui, j’imagine ? Elle a les cheveux bruns et les yeux turquoise, elle a un petit côté éthéré, mais… »
« Un petit côté éthéré. »
« Morg, ce n’est pas ce que tu crois… »
« Je n’ai pas dit que c’était quoi que ce soit. Je pose juste des questions. »
« Tu m’interroges. »
« Je suis ta petite amie. C’est mon rôle. »
Raiden soupira.
« Elle est jolie, d’accord ? Mais pas comme tu l’imagines. Elle est plutôt… jolie d’une façon triste. Comme quelqu’un qui a beaucoup souffert et ne sait plus sourire. J’essayais juste de l’aider à reprendre sa vie en main. Mais je te jure, personne n’est aussi belle que toi !! »
Morgana resta silencieuse un instant.
« C’est… plutôt mignon, en fait, admit-elle. »
« Ouais, enfin. Ne le répète à personne. J’ai une réputation à tenir. »
« Quelle réputation ? Celle du fermier sans gêne ? »
« Hé, qui tu traites de fermier ? »
« C’est ça qui t’a vexé ? »
« Exactement !! »
« Mouais. »
Raiden l’imaginait presque lever les yeux au ciel.
« Bref, reprit Morgana, la voix plus douce à présent, je suis contente que tu sois rentré. Et que tu ailles bien. Et je suis contente que tu aies aidé Aria, même si tu l’as fait de la manière la plus imprudente, stupide et dangereuse qui soit. »
« Merci, Morg. »
« De rien. Mais tu m’en dois une. »
« Je sais. »
« Un grand rendez-vous. Dans un endroit sympa. Avec de la vraie nourriture qui ne vient pas d’une ferme. Ça ne me dérange pas de manger tes petits plats, ils sont délicieux, mais j’aimerais aussi qu’on sorte au restaurant, pour une fois. »
« Hé, on sort tout le temps !! Et puis, les produits de la ferme, c’est bon. »
« Les produits de la ferme, c’est ce que tu as cultivé toi-même et que tu m’as ensuite fait manger en me répétant que c’était “bio”, “bon pour la santé” et “excellent pour moi”. »
« C’est excellent pour toi !! »
« Ça avait un goût de terre. Tu avais oublié de laver les légumes !! »
« C’est le goût de la santé. »
« Tu es impossible. »
« Et tu m’aimes comme ça. »
Un silence s’installa.
Puis la voix de Morgana s’éleva, douce et chaleureuse.
« Oui, répondit-elle tout bas. C’est vrai. »
Le cœur de Raiden manqua un battement.
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais elle le devança.
« Ne dis rien. Juste… ne disparais plus comme ça, d’accord ? Je suis sérieuse. La prochaine fois, trouve un moyen de me contacter. Même si ce n’est qu’un message. Même si tu écris juste “je suis vivant”. D’accord ? »
« D’accord, répondit Raiden doucement. Je te le promets. »
« Bien. »
Un nouveau silence.
« Je t’aime, imbécile. »
« Moi aussi, je t’aime, Morg. »
« Bien. Maintenant, va prendre une douche. Tu sens le mouton. »
« Hé, c’est insultant pour Woolie. »
« Woolie peut sentir le mouton autant qu’il veut. Toi, tu es humain. Comporte-toi comme tel. »
« Bon, bon. Je vais me doucher. »
« Bien. Et Raiden ? »
« Oui ? »
« La prochaine fois que tu frôles la mort, préviens-moi. Je préfère avoir peur avec toi que d’avoir peur sans toi. »
La gorge de Raiden se serra.
« Oui, répondit-il doucement. Je le ferai. »
« Bien. Allez, file. On se parlera plus tard. »
« Salut, Morg. »
« Salut, imbécile. »
L’appel prit fin.
Raiden resta assis un long moment, les yeux rivés sur son téléphone.
Puis il rouvrit ses messages et les relut un à un, plus lentement cette fois, en laissant chacun d’eux faire son chemin.
Les questions idiotes. Les nouvelles du quotidien. L’inquiétude grandissante. La peur. L’amour.
Tout ça.
Pour lui.
Sa poitrine se réchauffa tandis qu’il retombait amoureux d’elle.
Et, assis là, au soleil, entouré de sa famille, tandis que les messages de Morgana brillaient sur son écran, il se rendit compte d’une chose.
Il avait vraiment de la chance.
Plus qu’il ne le méritait.
Et il ferait tout son possible pour ne plus jamais tenir cette chance pour acquise.
Il reprit son téléphone et se mit à répondre aux questions une par une.
« Mdr, qui fait un sandwich comme ça ?? Je te plains. »
« La plage : je vais pouvoir te voir en bikini, héhéhé… »
« Le rouge. Ma couleur préférée, c’est le rouge, plus précisément le rouge de tes cheveux. »
… Il resta là jusqu’au coucher du soleil, à répondre aux messages un par un, sans jamais cesser de sourire.
Je n’ai pas beaucoup d’expérience concrète en matière de romance, alors j’ai essayé d’écrire ces deux chapitres en imaginant à quoi ressemblerait une histoire d’amour pour moi. Dites-moi si vous avez aimé ou non. Merci.
Comme toujours, merci pour votre soutien, vous êtes les meilleurs.
Pour vous remercier de continuer à lire ce livre, PUBLICATION EN MASSE !!!
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